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PROLOGUE

La Taverne de Maitre Luther.
Intérieur d'une taverne allemande. Au fond, à droite, en pan coupé, grande porte donnant sur la rue. A gauche, en pan coupé, une fenêtre à petits vitraux.
Dans le milieu un large enfoncement rempli de tonneaux symétriquement rangés autour d'un tonneau colossal surmonté d'un petit Bacchus tenant une banderole qui porte cet exergue: Au Tonneau de Nuremberg. Au-dessus des tonneaux s'étagent des rayons garnis de flacons de toutes formes. Devant le grand tonneau, un petit comptoir. Portes latérales, sur le premier plan, à gauche, un grand poêle; à droite, une horloge de bois et une petite porte cachée dans la boiserie. Cette boiserie s'étend sur la muraille, tout autour de la salle à hauteur d'homme. Çà et là, des tables et des bancs.

SCÈNE PREMIÈRE
Esprits
Il fait nuit; la scène est éclairée par un rayon de lune.
Chœur Invisible.

LES ESPRITS DE LA BIÈRE
Glou! glou! glou! glou! je suis la bière.

LES ESPRITS DU VIN
Glou! glou! glou! glou! je suis le vin.

TOUS LES ESPRITS ENSEMBLE
Glou! glou! glou! nous sommes
Les amis des hommes;
Nous chassons d'ici
Langueur et souci.
Glou!

SCÈNE II
Le conseiller Lindorff, Andrès.

LINDORF
entrant, suivi d'Andrès
Le conseiller Lindorf, morbleu! C'est moi qui suis
Le conseiller Lindorf! ... Ne crains rien et me suis.
N'as-tu pas pour maîtresse
La Stella, cette enchanteresse?

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
Qui vient de Milan ...

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
Traînant sur ses pas
Nombre d'amoureux, n'est-ce pas?

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
C'est à l'un d'eux, je gage,
Que tu portes ce message?

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
Je te l'achète.

ANDRÈS
Bon.

LINDORF
Dix thalers!

ANDRÈS
Non!

LINDORF
Vingt! Trente!..
Andrès ne répond pas. – A part.
Parlons-lui sa langue.
Levant sa canne.
Quarante!

ANDRÈS
Oui! ...

LINDORF
lui donnant de l'argent et prenant la lettre.
Donne, et va-t'en au diable!

ANDRÈS
Oui! oui!
Il sort.

LINDORF
regardant la suscription de la lettre.
Voyons: »pour Hoffmann«, bon ... je m'en doutais!
ô femmes
Voilà les maîtres de vos cœurs!
Voilà de vos âmes
Les heureux vainqueurs!
Un poète! ... un ivrogne! ... enfin! passons! ...
Il ouvre la lettre, en tire une petite clef et lit.
»Je t'aime! ...
Si je t'ai fait souffrir, si tu m'aimes toi-même,
Ami, pardonne-moi,
Cette clef t'ouvrira ma loge, souviens-toi! ...«
A lui-même.
Oui, l'on devient digne d'envie,
Quand, brisé par l'amour, on porte aux cabarets
Et ses espoirs et ses regrets!
Voilà ce qu'il vous faut! ... Eh bien! non, sur ma vie.
Dans les rôles d'amoureux
Langoureux
Je sais que je suis pitoyable;
Mais j'ai de l'esprit comme un diable,
Comme un diable! ...
Mes yeux lancent des éclairs,
Des éclairs! ...
J'ai dans tout le physique
Un aspect satanique
Qui produit sur les nerfs
L'effet d'une pile électrique,
Electrique! ...
Par les nerfs j'arrive au cœur
Je triomphe par la peur,
Par la peur! ...
Oui, chère prima donna
Quand on a
La beauté parfaite
On doit dédaigner un poète,
Un poète!
De ce boudoir parfumé,
Parfumé,
Que le diable m'emporte
Si je n'ouvre la porte!
Mon rival est aimé,
Je ne le suis pas, que m'importe?
Que m'importe?
Sans parler du positif.
Je suis vieux, mais je suis vif!
Je suis vif
Il regarde sa montre.
Deux heures devant moi! ... Si j'ai bonne mémoire,
C'est dans ce cabaret, qu'avec de jeunes fous
Hoffmann vient deviser et boire!
Surveillons-le jusqu'au moment du rendez-vous!

SCÈNE III
Lindorf, Luther, Garçons

LUTHER
entrant, suivi de ses garçons
Vite! vite! qu'on se remue!
Les brocs! les chopes, les quinquets!
Les toasts vont suivre les bouquets
Et souhaiter la bienvenue
A cet astre du firmament!
Vivement, garçons, vivement!

Les garçons achèvent de préparer la salle. La porte du fond s'ouvre:Nathanaël, Hermann, Wofframm, Wilhelm et une troupe d'étudiants entrent gaiement en scène.

SCÈNE IV
Lindorf, Luther, Nathanael, Hermann, Étudiants, Garçons de Taverne.

CHŒUR DES ÉTUDIANTS
Drig! drig! drig! maître Luther,
Tison d'enfer,
Drig! drig! drig! à nous ta bière,
A nous ton vin,
Jusqu'au matin
Remplis mon verre,
Jusqu'au matin
Remplis les pots d'étain!

NATHANAEL
Luther est un brave homme;
Tire lan laire!
C'est demain qu'on l'assomme;
Tire lan la!

LE CHŒUR
Tire lan la!
Les étudiants frappent les gobelets sur les tables.

LUTHER
allant de table en table avec les garçons et servant les étudiants.
Voilà, messieurs, voilà!

HERMANN
Sa cave est d'un bon drille;
Tire lan laire!
C'est demain qu'on la pille
Tire lan la!

LE CHŒUR
Tire lan la!

Bruit de gobelets.

LUTHER
Voilà, messieurs, voilà!

WILHELM
Sa femme est fille d'Eve;
Tire lan laire;
C'est demain qu'on l'enlève;
Tire lan la!

LE CHŒUR
Tire lan la!

LUTHER
Voilà, messieurs, voilà!

LE CHŒUR
Drig! drig! drig! maître Luther
Tison d'enfer!
Drig! drig! drig! à nous la bière,
A nous ton vin!
Jusqu'au matin
Remplis mon verre!
Jusqu'au matin
Remplis les pots d'étain!

Les étudiants s'assoient, boivent et fument dans tous les coins.

LUTHER
Eh bien! Stella? ...

NATHANAEL
Vive Dieu! mes amis, la belle créature!
Comme au chef-d'œuvre de Mozart
Elle prête l'accent d'une voix ferme et sûre!
C'est la grâce de la nature,
Et c'est le triomphe de l'art!
Que mon premier toast soit pour elle!
Je bois à la Stella!

TOUS
Vivat! à la Stella!

NATHANAEL
Comment Hoffmann n'est-il pas là
Pour fêter avec nous cette étoile nouvelle!
Eh! Luther! ... ma grosse tonne!
Qu'as-tu fait de notre Hoffmann?

HERMANN
C'est ton vin qui l'empoisonne!
Tu l'as tué, foi d'Hermann!
Rends-nous Hoffmann!

TOUS
Rends-nous Hoffmann!

LINDORF
à part
Au diable Hoffmann!

NATHANAEL
Morbleu! qu'on nous l'apporte
Ou ton dernier jour a lui!

LUTHER
Messieurs, il ouvre la porte,
Et Niklausse est avec lui!

TOUS
Vivat! c'est lui!

LINDORF
à part.
Veillons sur lui.
Oh! oh! d'où vient cet air fâché?

NATHANAEL
à Hoffmann
C'est à ne pas te reconnaître.

HERMANN
Sur quelle herbe as-tu donc marché?

HOFFMANN
Hélas! sur une herbe morte
Au souffle glacé du nord! ...

NICKLAUSSE
Et là, près de cette porte,
Sur un ivrogne qui dort!

HOFFMANN
C'est vrai! ... Ce coquin-là, pardieu! m'a fait envie!
A boire! ... et, comme lui, couchons dans le ruisseau.

HERMANN
Sans oreiller?

HOFFMANN
La pierre!

NATHANAEL
Et sans rideau?

HOFFMANN
Le ciel!

NATHANAEL
Sans couvre-pied?

HOFFMANN
La pluie!

HERMANN
As-tu le cauchemar, Hoffmann?

HOFFMANN
Non, mais ce soir.
Tout à l'heure, au théâtre ...

TOUS
Eh bien?

HOFFMANN
J'ai cru revoir...
Baste! ... à quoi bon rouvrir une vieille blessure?
La vie est courte! ... Il faut l'égayer en chemin.
Il faut boire, chanter et rire à l'aventure,
Sauf à pleurer demain!

NATHANAEL
Chante donc le premier, sans qu'on te le demande;
Nous ferons chorus.

HOFFMANN
Soit!

NATHANAEL
Quelque chose de gai!

HERMANN
La chanson du Rat!

NATHANAEL
Non! moi, j'en suis fatigué.
Ce qu'il nous faut, c'est la légende
De Klein-Zach? ...

TOUS
C'est la légende de Klein-Zach!

HOFFMANN
Va pour Klein-Zach!
Il était une fois à la cour d'Eysenach
Un petit avorton qui se nommait Klein-Zach!
Il était coiffé d'un colbac,
Et ses jambes faisaient clic, clac!
Voilà Klein-Zach!

LE CHŒUR
Clic, clac! ...
Voilà Klein-Zach!

HOFFMANN
Il avait une bosse en guise d'estomac;
Ses pieds ramifiés semblaient sortir d'un sac,
Son nez était noir de tabac,
Et sa tête faisait cric, crac,
Cric, crac,
Voilà Klein-Zach.

LE CHŒUR
Cric, crac,
Voilà Klein-Zach

HOFFMANN
Quant aux traits de sa figure ...
Il semble s'absorber peu à peu dans son rêve.

LE CHŒUR
Quant aux traits de sa figure? ...

HOFFMANN
très lentement
Quant aux traits de sa figure ...
Il se lève.
Ah! sa figure était charmante! ... Je la vois,
Belle comme le jour où, courant après elle,
Je quittai comme un fou la maison paternelle
Et m'enfuis à travers les vallons et les bois!
Ses cheveux en torsades sombres
Sur son col élégant jetaient leurs chaudes ombres.
Ses yeux, enveloppés d'azur,
Promenaient autour d'elle un regard frais et pur
Et, comme notre char emportait sans secousse
Nos cœurs et nos amours, sa voix vibrante et douce
Aux cieux qui l'écoutaient jetait ce chant vainqueur
Dont l'éternel écho résonne dans mon cœur!

NATHANAEL
O bizarre cervelle!
Qui diable peins-tu là! Klein-Zach? ...

HOFFMANN
Je parle d'elle.

NATHANAEL
lui touchant l'épaule
Qui?

HOFFMANN
sortant de son rêve
Non! personne! ... rien! mon esprit se troublait!
Rien! ... Et Klein-Zach vaut mieux, tout difforme qu'il est! ...
Quand il avait trop bu de genièvre ou de rack
Il fallait voir flotter les deux pans de son frac,
Comme des herbes dans un lac! ...
Et le monstre faisait flic, flac! ...
Flic, flac!
Voilà Klein-Zach!

LE CHŒUR
Flic, flac!
Voilà Klein-Zach!

HOFFMANN
jetant son verre
Peuh! ... cette bière est détestable!
Allumons le punch! grisons-nous!
Et que les plus fous
Roulent sous la table.

LE CHŒUR
Et que les plus fous
Roulent sous la table!

Mouvement général. On éteint les lumières. Luther allume un immense bol de punch; une lumière bleuâtre éclaire la scène.
Luther est un brave homme,
Tire lanlaire,
Tire lan la,
C'est demain qu'on l'assomme,
Tire lan laire,
Tire lan la,

Sa cave est d'un bon drille.
Tire lan laire,
Tire lan la,
C'est demain qu'on la pille,
Tire lan laire,
Tire lan la.

NICKLAUSSE
A la bonne heure, au moins! voilà que l'on se pique
De raison et de sens pratique!
Peste soit des cœurs langoureux!

NATHANAEL
Gageons qu'Hoffmann est amoureux!

HOFFMANN
Amoureux ... Le diable m'emporte
Si jamais je le deviens! ...

LINDORF
à mi-voix
Eh! eh! l'impertinence est forte
Il ne faut jurer de rien!

HOFFMANN
se retournant
Plaît-il?
Reconnaissant Lindorf
Quand on parle du diable,
On en voit les cornes! ...

NICKLAUSSE
Pardon!
La perruque! ... chaste don

LINDORF
En admettant qu'un bohème
Soit volable, cher amour!

HOFFMANN
levant son verre
A madame votre femme,
Cher suppôt de Lucifer!

LINDORF
même jeu
Elle en mourra, sur mon âme,
Cher échappé de l'Enfer!

Ils boivent.

NICKLAUSSE ET LE CHŒUR
Simple échange de politesses!
C'est ainsi qu'à l'ombre des bois
De deux bergers, pour leurs maîtresses
Alternaient les chants et les voix!

HOFFMANN
aux étudiants
Je vous dis, moi, qu'un malheur me menace!
Montrant Lindorf
Je ne l'ai pas rencontré face à face
Qu'il ne m'en soit arrivé quelque ennui!
Tout mauvais sort me vient de lui! ...
Si je joue, il me fait perdre! ...

LINDORF
Bon! il faut croire
Que vous jouez mal!
Espirt morose,
Grand merci pour Fausta, Gretchen et Léonor!

HOFFMANN
Baste! autant celles-là que d'autres?

NATHANAEL
Ta maîtresse est donc un trésor
Que tu méprises tant les nôtres?

HOFFMANN
Ma maîtresse? ...
A part
Oui, Stella!
Trois femmes dans la même femme!
Trois âmes dans une seule âme!
Artiste, jeune fille, et courtisane! ...
Tendant la main vers la droite
Là!
Haut
Ma maîtresse? ... Non pas! dites mieux, trois maîtresses,
Trio charmant d'enchanteresses
Qui se partagèrent mes jours!
Voulez-vous le récit de ces folles amours? ...

LE CHŒUR
Oui, oui!

NICKLAUSSE
Que parles-tu de trois maîtresses?

HOFFMANN
Fume! ...
Avant que cette pipe éteinte se rallume
Tu m'auras sans doute compris,
O toi qui dans ce drame où mon cœur se consume
Railleur
Du bon sens emportas le prix!

Tous les étudiants vont reprendre leurs places.

LUTHER
rentrant en scène
Messieurs, on va lever le rideau.

NATHANAEL
Qu'il se lève!
C'est là notre moindre souci!

LINDORF
à part
Avant que l'opéra s'achève,
J'ai le temps d'écouter aussi.

Luther va reprendre sa place à son comptoir.

LE CHŒUR
Écoutons! il est doux de boire
Au récit d'une folle histoire,
En suivant le nuage clair
Que la pipe jette dans l'air!

HOFFMANN
s'asseyant sur le coin d'une table.
Je commence.

LE CHŒUR
Silence!

LINDORF
à part
Dans une heure, j'espère, ils seront à quia!

HOFFMANN
Le nom de la première était Olympia!

Le rideau tombe, pendant qu'Hoffmann parle à tous les étudiants attentifs.
PROLOGUE

La Taverne de Maitre Luther.
Intérieur d'une taverne allemande. Au fond, à droite, en pan coupé, grande porte donnant sur la rue. A gauche, en pan coupé, une fenêtre à petits vitraux.
Dans le milieu un large enfoncement rempli de tonneaux symétriquement rangés autour d'un tonneau colossal surmonté d'un petit Bacchus tenant une banderole qui porte cet exergue: Au Tonneau de Nuremberg. Au-dessus des tonneaux s'étagent des rayons garnis de flacons de toutes formes. Devant le grand tonneau, un petit comptoir. Portes latérales, sur le premier plan, à gauche, un grand poêle; à droite, une horloge de bois et une petite porte cachée dans la boiserie. Cette boiserie s'étend sur la muraille, tout autour de la salle à hauteur d'homme. Çà et là, des tables et des bancs.

SCÈNE PREMIÈRE
Esprits
Il fait nuit; la scène est éclairée par un rayon de lune.
Chœur Invisible.

LES ESPRITS DE LA BIÈRE
Glou! glou! glou! glou! je suis la bière.

LES ESPRITS DU VIN
Glou! glou! glou! glou! je suis le vin.

TOUS LES ESPRITS ENSEMBLE
Glou! glou! glou! nous sommes
Les amis des hommes;
Nous chassons d'ici
Langueur et souci.
Glou!

SCÈNE II
Le conseiller Lindorff, Andrès.

LINDORF
entrant, suivi d'Andrès
Le conseiller Lindorf, morbleu! C'est moi qui suis
Le conseiller Lindorf! ... Ne crains rien et me suis.
N'as-tu pas pour maîtresse
La Stella, cette enchanteresse?

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
Qui vient de Milan ...

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
Traînant sur ses pas
Nombre d'amoureux, n'est-ce pas?

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
C'est à l'un d'eux, je gage,
Que tu portes ce message?

ANDRÈS
Oui.

LINDORF
Je te l'achète.

ANDRÈS
Bon.

LINDORF
Dix thalers!

ANDRÈS
Non!

LINDORF
Vingt! Trente!..
Andrès ne répond pas. – A part.
Parlons-lui sa langue.
Levant sa canne.
Quarante!

ANDRÈS
Oui! ...

LINDORF
lui donnant de l'argent et prenant la lettre.
Donne, et va-t'en au diable!

ANDRÈS
Oui! oui!
Il sort.

LINDORF
regardant la suscription de la lettre.
Voyons: »pour Hoffmann«, bon ... je m'en doutais!
ô femmes
Voilà les maîtres de vos cœurs!
Voilà de vos âmes
Les heureux vainqueurs!
Un poète! ... un ivrogne! ... enfin! passons! ...
Il ouvre la lettre, en tire une petite clef et lit.
»Je t'aime! ...
Si je t'ai fait souffrir, si tu m'aimes toi-même,
Ami, pardonne-moi,
Cette clef t'ouvrira ma loge, souviens-toi! ...«
A lui-même.
Oui, l'on devient digne d'envie,
Quand, brisé par l'amour, on porte aux cabarets
Et ses espoirs et ses regrets!
Voilà ce qu'il vous faut! ... Eh bien! non, sur ma vie.
Dans les rôles d'amoureux
Langoureux
Je sais que je suis pitoyable;
Mais j'ai de l'esprit comme un diable,
Comme un diable! ...
Mes yeux lancent des éclairs,
Des éclairs! ...
J'ai dans tout le physique
Un aspect satanique
Qui produit sur les nerfs
L'effet d'une pile électrique,
Electrique! ...
Par les nerfs j'arrive au cœur
Je triomphe par la peur,
Par la peur! ...
Oui, chère prima donna
Quand on a
La beauté parfaite
On doit dédaigner un poète,
Un poète!
De ce boudoir parfumé,
Parfumé,
Que le diable m'emporte
Si je n'ouvre la porte!
Mon rival est aimé,
Je ne le suis pas, que m'importe?
Que m'importe?
Sans parler du positif.
Je suis vieux, mais je suis vif!
Je suis vif
Il regarde sa montre.
Deux heures devant moi! ... Si j'ai bonne mémoire,
C'est dans ce cabaret, qu'avec de jeunes fous
Hoffmann vient deviser et boire!
Surveillons-le jusqu'au moment du rendez-vous!

SCÈNE III
Lindorf, Luther, Garçons

LUTHER
entrant, suivi de ses garçons
Vite! vite! qu'on se remue!
Les brocs! les chopes, les quinquets!
Les toasts vont suivre les bouquets
Et souhaiter la bienvenue
A cet astre du firmament!
Vivement, garçons, vivement!

Les garçons achèvent de préparer la salle. La porte du fond s'ouvre:Nathanaël, Hermann, Wofframm, Wilhelm et une troupe d'étudiants entrent gaiement en scène.

SCÈNE IV
Lindorf, Luther, Nathanael, Hermann, Étudiants, Garçons de Taverne.

CHŒUR DES ÉTUDIANTS
Drig! drig! drig! maître Luther,
Tison d'enfer,
Drig! drig! drig! à nous ta bière,
A nous ton vin,
Jusqu'au matin
Remplis mon verre,
Jusqu'au matin
Remplis les pots d'étain!

NATHANAEL
Luther est un brave homme;
Tire lan laire!
C'est demain qu'on l'assomme;
Tire lan la!

LE CHŒUR
Tire lan la!
Les étudiants frappent les gobelets sur les tables.

LUTHER
allant de table en table avec les garçons et servant les étudiants.
Voilà, messieurs, voilà!

HERMANN
Sa cave est d'un bon drille;
Tire lan laire!
C'est demain qu'on la pille
Tire lan la!

LE CHŒUR
Tire lan la!

Bruit de gobelets.

LUTHER
Voilà, messieurs, voilà!

WILHELM
Sa femme est fille d'Eve;
Tire lan laire;
C'est demain qu'on l'enlève;
Tire lan la!

LE CHŒUR
Tire lan la!

LUTHER
Voilà, messieurs, voilà!

LE CHŒUR
Drig! drig! drig! maître Luther
Tison d'enfer!
Drig! drig! drig! à nous la bière,
A nous ton vin!
Jusqu'au matin
Remplis mon verre!
Jusqu'au matin
Remplis les pots d'étain!

Les étudiants s'assoient, boivent et fument dans tous les coins.

LUTHER
Eh bien! Stella? ...

NATHANAEL
Vive Dieu! mes amis, la belle créature!
Comme au chef-d'œuvre de Mozart
Elle prête l'accent d'une voix ferme et sûre!
C'est la grâce de la nature,
Et c'est le triomphe de l'art!
Que mon premier toast soit pour elle!
Je bois à la Stella!

TOUS
Vivat! à la Stella!

NATHANAEL
Comment Hoffmann n'est-il pas là
Pour fêter avec nous cette étoile nouvelle!
Eh! Luther! ... ma grosse tonne!
Qu'as-tu fait de notre Hoffmann?

HERMANN
C'est ton vin qui l'empoisonne!
Tu l'as tué, foi d'Hermann!
Rends-nous Hoffmann!

TOUS
Rends-nous Hoffmann!

LINDORF
à part
Au diable Hoffmann!

NATHANAEL
Morbleu! qu'on nous l'apporte
Ou ton dernier jour a lui!

LUTHER
Messieurs, il ouvre la porte,
Et Niklausse est avec lui!

TOUS
Vivat! c'est lui!

LINDORF
à part.
Veillons sur lui.
Oh! oh! d'où vient cet air fâché?

NATHANAEL
à Hoffmann
C'est à ne pas te reconnaître.

HERMANN
Sur quelle herbe as-tu donc marché?

HOFFMANN
Hélas! sur une herbe morte
Au souffle glacé du nord! ...

NICKLAUSSE
Et là, près de cette porte,
Sur un ivrogne qui dort!

HOFFMANN
C'est vrai! ... Ce coquin-là, pardieu! m'a fait envie!
A boire! ... et, comme lui, couchons dans le ruisseau.

HERMANN
Sans oreiller?

HOFFMANN
La pierre!

NATHANAEL
Et sans rideau?

HOFFMANN
Le ciel!

NATHANAEL
Sans couvre-pied?

HOFFMANN
La pluie!

HERMANN
As-tu le cauchemar, Hoffmann?

HOFFMANN
Non, mais ce soir.
Tout à l'heure, au théâtre ...

TOUS
Eh bien?

HOFFMANN
J'ai cru revoir...
Baste! ... à quoi bon rouvrir une vieille blessure?
La vie est courte! ... Il faut l'égayer en chemin.
Il faut boire, chanter et rire à l'aventure,
Sauf à pleurer demain!

NATHANAEL
Chante donc le premier, sans qu'on te le demande;
Nous ferons chorus.

HOFFMANN
Soit!

NATHANAEL
Quelque chose de gai!

HERMANN
La chanson du Rat!

NATHANAEL
Non! moi, j'en suis fatigué.
Ce qu'il nous faut, c'est la légende
De Klein-Zach? ...

TOUS
C'est la légende de Klein-Zach!

HOFFMANN
Va pour Klein-Zach!
Il était une fois à la cour d'Eysenach
Un petit avorton qui se nommait Klein-Zach!
Il était coiffé d'un colbac,
Et ses jambes faisaient clic, clac!
Voilà Klein-Zach!

LE CHŒUR
Clic, clac! ...
Voilà Klein-Zach!

HOFFMANN
Il avait une bosse en guise d'estomac;
Ses pieds ramifiés semblaient sortir d'un sac,
Son nez était noir de tabac,
Et sa tête faisait cric, crac,
Cric, crac,
Voilà Klein-Zach.

LE CHŒUR
Cric, crac,
Voilà Klein-Zach

HOFFMANN
Quant aux traits de sa figure ...
Il semble s'absorber peu à peu dans son rêve.

LE CHŒUR
Quant aux traits de sa figure? ...

HOFFMANN
très lentement
Quant aux traits de sa figure ...
Il se lève.
Ah! sa figure était charmante! ... Je la vois,
Belle comme le jour où, courant après elle,
Je quittai comme un fou la maison paternelle
Et m'enfuis à travers les vallons et les bois!
Ses cheveux en torsades sombres
Sur son col élégant jetaient leurs chaudes ombres.
Ses yeux, enveloppés d'azur,
Promenaient autour d'elle un regard frais et pur
Et, comme notre char emportait sans secousse
Nos cœurs et nos amours, sa voix vibrante et douce
Aux cieux qui l'écoutaient jetait ce chant vainqueur
Dont l'éternel écho résonne dans mon cœur!

NATHANAEL
O bizarre cervelle!
Qui diable peins-tu là! Klein-Zach? ...

HOFFMANN
Je parle d'elle.

NATHANAEL
lui touchant l'épaule
Qui?

HOFFMANN
sortant de son rêve
Non! personne! ... rien! mon esprit se troublait!
Rien! ... Et Klein-Zach vaut mieux, tout difforme qu'il est! ...
Quand il avait trop bu de genièvre ou de rack
Il fallait voir flotter les deux pans de son frac,
Comme des herbes dans un lac! ...
Et le monstre faisait flic, flac! ...
Flic, flac!
Voilà Klein-Zach!

LE CHŒUR
Flic, flac!
Voilà Klein-Zach!

HOFFMANN
jetant son verre
Peuh! ... cette bière est détestable!
Allumons le punch! grisons-nous!
Et que les plus fous
Roulent sous la table.

LE CHŒUR
Et que les plus fous
Roulent sous la table!

Mouvement général. On éteint les lumières. Luther allume un immense bol de punch; une lumière bleuâtre éclaire la scène.
Luther est un brave homme,
Tire lanlaire,
Tire lan la,
C'est demain qu'on l'assomme,
Tire lan laire,
Tire lan la,

Sa cave est d'un bon drille.
Tire lan laire,
Tire lan la,
C'est demain qu'on la pille,
Tire lan laire,
Tire lan la.

NICKLAUSSE
A la bonne heure, au moins! voilà que l'on se pique
De raison et de sens pratique!
Peste soit des cœurs langoureux!

NATHANAEL
Gageons qu'Hoffmann est amoureux!

HOFFMANN
Amoureux ... Le diable m'emporte
Si jamais je le deviens! ...

LINDORF
à mi-voix
Eh! eh! l'impertinence est forte
Il ne faut jurer de rien!

HOFFMANN
se retournant
Plaît-il?
Reconnaissant Lindorf
Quand on parle du diable,
On en voit les cornes! ...

NICKLAUSSE
Pardon!
La perruque! ... chaste don

LINDORF
En admettant qu'un bohème
Soit volable, cher amour!

HOFFMANN
levant son verre
A madame votre femme,
Cher suppôt de Lucifer!

LINDORF
même jeu
Elle en mourra, sur mon âme,
Cher échappé de l'Enfer!

Ils boivent.

NICKLAUSSE ET LE CHŒUR
Simple échange de politesses!
C'est ainsi qu'à l'ombre des bois
De deux bergers, pour leurs maîtresses
Alternaient les chants et les voix!

HOFFMANN
aux étudiants
Je vous dis, moi, qu'un malheur me menace!
Montrant Lindorf
Je ne l'ai pas rencontré face à face
Qu'il ne m'en soit arrivé quelque ennui!
Tout mauvais sort me vient de lui! ...
Si je joue, il me fait perdre! ...

LINDORF
Bon! il faut croire
Que vous jouez mal!
Espirt morose,
Grand merci pour Fausta, Gretchen et Léonor!

HOFFMANN
Baste! autant celles-là que d'autres?

NATHANAEL
Ta maîtresse est donc un trésor
Que tu méprises tant les nôtres?

HOFFMANN
Ma maîtresse? ...
A part
Oui, Stella!
Trois femmes dans la même femme!
Trois âmes dans une seule âme!
Artiste, jeune fille, et courtisane! ...
Tendant la main vers la droite
Là!
Haut
Ma maîtresse? ... Non pas! dites mieux, trois maîtresses,
Trio charmant d'enchanteresses
Qui se partagèrent mes jours!
Voulez-vous le récit de ces folles amours? ...

LE CHŒUR
Oui, oui!

NICKLAUSSE
Que parles-tu de trois maîtresses?

HOFFMANN
Fume! ...
Avant que cette pipe éteinte se rallume
Tu m'auras sans doute compris,
O toi qui dans ce drame où mon cœur se consume
Railleur
Du bon sens emportas le prix!

Tous les étudiants vont reprendre leurs places.

LUTHER
rentrant en scène
Messieurs, on va lever le rideau.

NATHANAEL
Qu'il se lève!
C'est là notre moindre souci!

LINDORF
à part
Avant que l'opéra s'achève,
J'ai le temps d'écouter aussi.

Luther va reprendre sa place à son comptoir.

LE CHŒUR
Écoutons! il est doux de boire
Au récit d'une folle histoire,
En suivant le nuage clair
Que la pipe jette dans l'air!

HOFFMANN
s'asseyant sur le coin d'une table.
Je commence.

LE CHŒUR
Silence!

LINDORF
à part
Dans une heure, j'espère, ils seront à quia!

HOFFMANN
Le nom de la première était Olympia!

Le rideau tombe, pendant qu'Hoffmann parle à tous les étudiants attentifs.



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