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ACTE DEUXIÈME

GIULIETTA
A Venise. Galerie de fête dans un palais donnant sur le grand canal. Eau praticable au fond pour les gondoles. Balustrade, escaliers, colonnes lampadaires, lustres, coussins, fleurs. Portes latérales sur le premier plan, plus loin de larges portes ou arcades en pans coupés, conduisant à d'autres galeries.


SCÈNE PREMIÈRE
Hoffmann, Pitichinaccio, Jeunes Gens et Jeunes Femmes, Laquais, puis Giulietta et Nicklausse.
Les hôtes de Giulietta sont groupés debout ou étendus sur des coussins. Tableau brillant et animé.

Barcarolle

GIULIETTA ET NICKLAUSSE
dans la coulisse
Belle nuit, ô nuit d'amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d'amour!
Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses!
Loin de cet heureux séjour,
Le temps fuit sans retour
Zéphyrs embrasés,
Versez-nous vos caresses;
Zéphyrs embrasés
Donnez-nous vos baisers.

Belle nuit, ô nuit d'amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d'amour!

Giulietta et Nicklausse entrent en scène, venant lentement de la galerie du fond.

HOFFMANN
Et moi, ce n'est pas là, pardieu! ce qui m'enchante!
Aux pieds de la beauté qui nous vient enivrer
Le plaisir doit-il soupirer?
Non! ... Le rire à la bouche, écoutez comme il chante!

Giulietta s'assoit à droite, sur un divan où elle s'étend peu à peu en écoutant Hoffmann.

Chant Bachique

Amis! ... l'amour tendre et rêveur
Erreur!
L'amour dans le bruit et le vin
Divin!
Que d'un brûlant désir
Votre cœur s'enflamme
Aux fièvres du plaisir
Consumez votre âme!
Transports d'amour,
Durez un jour!
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux
A nous l'ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!

LE CHŒUR
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux!
A nous l'ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!

HOFFMANN
Le ciel te prête sa clarté
Beauté,
Mais vous cachez, ô cœurs de fer,
L'enfer!
Bonheur du paradis,
Où l'amour convie,
Serments, espoirs maudits,
Rêves de la vie!
O chastetés!
O puretés,
Mentez!

LE CHŒUR
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux!
A nous l'ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!

SCÈNE II
Les Mêmes, Schlemil, puis Dapertutto.

SCHLEMIL
entrant en scène
Je vois qu'on est en fête. A merveille, madame!

GIULIETTA
Comment! ... Mais je vous ai pleuré trois grands jours.

PITICHINACCIO
Dame!

SCHLEMIL
à Pitichinaccio
Avorton!

PITICHINACCIO
Holà!

GIULIETTA
les calmant
Calmez-vous!
Nous avons un poète étranger parmi nous.
Présentant Hoffmann
Hoffmann!

SCHLEMIL
de mauvaise grâce
Monsieur!

HOFFMANN
ironique
Monsieur!

GIULIETTA
à Schlemil
Souriez-nous, de grâce.
Et venez prendre place
Au pharaon.

LE CHŒUR
Vivat! Au pharaon!

Giulietta, après avoir invité du geste tout le monde à
la suivre dans la salle de jeu, se dirige vers la sortie. Hoffmann va pour offrir sa main à Giulietta, Schlemil intervient vivement.

SCHLEMIL
prenant la main de Giulietta qui essaie de le calmer.
Morbleu!

GIULIETTA
aux invités
Au jeu, messieurs, au jeu!

LE CHŒUR
Au jeu! au jeu!

Tout le monde sort, moins Nicklausse et Hoffmann.

SCÈNE III
Hoffmann, Nicklausse.

NICKLAUSSE
à Hoffmann
Un mot! ... J'ai deux chevaux sellés; au premier rêve
Dont se laisse affoler mon Hoffmann, je l'enlève.

HOFFMANN
Et quels rêves, jamais, pourraient être enfantés
Par de telles réalités?
Aime-t-on une courtisane? ...

NICKLAUSSE.
Ce Schlemil, cependant ...

HOFFMANN
Je ne suis pas Schlemil.

NICKLAUSSE
Prends-y garde, le diable est malin.

Dapertutto paraît au fond.

HOFFMANN
Le fût-il,
S'il me la fait aimer, je consens qu'il me damne.
Allons!

NICKLAUSSE
Allons!

Ils sortent.

DAPERTUTTO
seul
Allez! ... pour te livrer combat
Les yeux de Giulietta sont une arme certaine.
Il a fallu que Schlemil succombât ...
Foi de diable et de capitaine!
Tu feras comme lui.
Je veux que Giulietta t'ensorcelle aujourd'hui.

Tirant de son doigt une bague où brille un gros diamant et le faisant scintiller.

Chanson

Tourne, tourne, miroir où se prend l'alouette,
Scintille, diamant, fascine, attire-la ...
L'alouette ou la femme
A cet appât vainqueur
Vont de l'aile ou du cœur;
L'une y laisse sa vie et l'autre y perd son âme.
Tourne, tourne, miroir ou se prend l'alouette.
Scintille, diamant, fascine, attire-la.

Giulietta paraît et s'avance, comme fascinée, vers le diamant que Dapertutto tend vers elle.

SCÈNE IV
Dapertutto, Giulietta.

DAPERTUTTO
passant la bague au doigt de Giulietta.
Cher ange!

GIULIETTA
Qu'attendez-vous de votre servante?

DAPERTUTTO
Bien, tu m'as deviné,
A séduire les cœurs entre toutes savante,
Tu m'as déjà donné
L'ombre de Schlemil! Je varie
Mes plaisirs et te prie
De m'avoir aujourd'hui
Le reflet d'Hoffmann!

GIULIETTA
Quoi! son reflet!

DAPERTUTTO
Oui!
Son reflet! ... Tu doutes
De la puissance de tes yeux?

GIULIETTA
Non.

DAPERTUTTO.
Qui sait? Ton Hoffmann rêve peut-être mieux
Avec dureté
Oui, j'étais là, tout à l'heure, aux écoutes,
Avec ironie
Il te défie ...

GIULIETTA
Hoffmann? ... C'est bien! ... dès aujourd'hui
J'en ferai mon jouet.

Hoffmann entre.

DAPERTUTTO
C'est lui!

Dapertutto sort après avoir baisé la main de Giulietta.

SCÈNE V
Giulietta, Hoffmann.

Hoffmann traverse le théâtre, salue Giulietta et fait mine de s'éloigner.

GIULIETTA
à Hoffmann
Vous me quittez?

HOFFMANN
railleur
J'ai tout perdu ...

GIULIETTA
Quoi! ... vous aussi!..
Ah! vous me faites injure
Sans pitié, ni merci.
Partez! ... Partez! ...

HOFFMANN
Tes larmes t'ont trahie.
Ah! je t'aime ... fût-ce au prix de ma vie.

Duo

GIULIETTA
Ah! malheureux, mais tu ne sais donc pas
Qu'une heure, qu'un moment peuvent t'être funestes?
Que mon amour te perd à jamais si tu restes?
Que Schlemil peut ce soir te frapper dans mes bras?
Ne repousse pas ma prière;
Ma vie est à toi tout entière.
Partout je te promets d'accompagner tes pas.

HOFFMANN
O Dieu! de quelle ivresse embrases-tu mon âme?
Comme un concert divin ta voix m'a pénétré;
D'un feu doux et brûlant mon être est dévoré;
Tes regards dans les miens ont épanché leur flamme
Comme des astres radieux,
Et je sens, ô ma bien aimée,
Passer ton haleine embaumée
Sur mes lèvres et sur mes yeux.

GIULIETTA
Aujourd'hui, cependant, affermis mon courage
En me laissant quelque chose de toi!

HOFFMANN
Que veux-tu dire?

GIULIETTA
Écoute, et ne ris pas de moi.
Elle enlace Hoffmann de ses bras et prend un miroir qui est sur la table.
Ce que je veux, c'est ta fidèle image
Qui reproduit tes traits, ton regard, ton visage,
Le reflet que tu vois sur le mien se pencher.

HOFFMANN
Quoi! mon reflet? quelle folie!

GIULIETTA
Non! ... car il peut se détacher
De la glace polie
Pour venir tout entier dans mon cœur se cacher.

HOFFMANN
Dans ton cœur?

GIULIETTA
Dans mon cœur. C'est moi qui t'en supplie,
Hoffmann, comble mes vœux!

HOFFMANN
Mon reflet?

GIULIETTA
Ton reflet. Oui, sagesse ou folie,
Je l'attends, je le veux!

Ensemble

HOFFMANN
Extase! ivresse inassouvie,
Étrange et doux effroi!
Mon reflet, mon âme et ma vie
A toi, toujours à toi!

GIULIETTA
Si ta présence m'est ravie,
Je veux garder de toi
Ton reflet, ton âme et ta vie,
Ami, donne-les-moi!

SCÈNE VI
Les Mêmes, Schlemil, Dapertutto, Nicklausse, Pitichinaccio.

GIULIETTA
vivement
Schlemil!

Schlemil entre suivi de Nicklausse, Dapertutto, Pitichinaccio et quelques autres invités.

SCHLEMIL
J'en étais sûr! Ensemble!
Il remonte, s'adressant aux invités
Venez, messieurs, venez,
C'est pour Hoffmann, à ce qu'il semble,
Que nous sommes abandonnés.
Rires ironiques

HOFFMANN
presque parlé
Monsieur!

GIULIETTA
à Hoffmann
Silence!
bas
Je t'aime, il a ma clef.

PITICHINACCIO
à Schlemil
Tuons-le.

SCHLEMIL
Patience.

DAPERTUTTO
s'approchant d'Hoffmann
Comme vous êtes pâle!

HOFFMANN
Moi!

DAPERTUTTO
lui présentant un miroir
Voyez plutôt!

HOFFMANN
stupéfait, en regardant le miroir
Ciel!

NICKLAUSSE
à Hoffmann
Quoi?

HOFFMANN
avec une sorte d'effroi
Mon reflet!
Courant à deux grandes glaces alternativement
J'ai perdu mon reflet!

NICKLAUSSE
en montrant Giulietta ironiquement
Pour madame.

TOUS
moins Hoffmann et Nicklausse, en riant, d'une voix étouffée.
Ha! ha! ha! voyez son effroi.

NICKLAUSSE
Ah! viens, fuyons ces lieux où tu perdras ton âme.

HOFFMANN
éperdu
Non! non! je l'aime. Laisse-moi!

Ensemble

HOFFMANN
Hélas! mon cœur s'égare encore,
Mes sens se laissent embraser,
Maudit l'amour qui me dévore,
Ma raison ne peut s'apaiser.
Sous ce front clair comme une aurore
L'enfer même vient me griser.
Je la hais et je l'adore
Je veux mourir de son baiser.

GIULIETTA
Mon bel Hoffmann, je vous adore,
Mais n'ai point l'âme à refuser
Ce diamant aux feux d'aurore
Qui ne me coûte qu'un baiser.
Car je suis femme et j'adore
Ce qui me fait plus belle encore
Pour vous griser.
Poète, il faut vous apaiser.

DAPERTUTTO et PITICHINACCIO
Pauvre Hoffmann, l'amour encor
Vainement vient t'embraser;
Ta belle au regard d'aurore
Nous a vendu son baiser.
Car la coquette s'adore;
Un bijou qui peut encore
L'embellir et nous griser
Vaut bien pour elle un baiser.

SCHLEMIL
en touchant la garde de son épée
Ce poète que j'abhorre
Aurait bientôt son baiser
Sans ce fer clair et sonore
Dont je sais fort bien user.
Un fol amour te dévore?
Je suis là pour t'apaiser.
Tu prétends que l'on t'adore,
C'est bon, nous allons causer.

NICKLAUSSE ET LE CHŒUR
Hélas! son cœur s'enflamme encore!
Par elle il s'est laissé griser.
L'amour le brûle et le dévore.
Rien ne pourra l'apaiser.
La perfide qu'il adore
Prend les cœurs pour les briser.
Fuis la belle au front d'aurore,
Car on meurt de son baiser.

On entend un chant de gondoliers.

Final

GIULIETTA
Écoutez, messieurs,
Voici les gondoles,
L'heure des barcarolles
Et celle des adieux!
Schlemil reconduit les invités jusqu'au fond de la scène Giulietta sort par la gauche après avoir jeté un dernier regard à Hoffmann qui la suit des yeux.
Dapertutto reste au fond de la scène. Nicklausse, voyant qu'Hoffmann ne le suit pas, revient à lui et lui touche l'épaule.

NICKLAUSSE
Viens-tu?

HOFFMANN
Pas encore.

NICKLAUSSE
Pourquoi?
Bien, je comprends! adieu!
A part.
Mais je veille sur toi.

Il salue Schlemil et sort.

SCHLEMIL
Qu'attendez-vous, monsieur?

HOFFMANN
Que vous me donniez certaine clef que j'ai juré d'avoir.

SCHLEMIL
Vous n'aurez cette clef, monsieur, qu'avec ma vie!

HOFFMANN
J'aurai donc l'une et l'autre.

SCHLEMIL
C'est ce qu'il faut voir! En garde!

DAPERTUTTO
Vous n'avez pas d'épée,
Lui présentant son épée
prenez la mienne!

HOFFMANN
prenant l'épée
Merci!

CHŒUR
dans la coulisse qui se termine au baisser du rideau
Belle nuit, ô nuit d'amour!
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d'amour!

Hoffmann et Schlemil se battent; après quelques passes, Schlemil est blessé à mort, et tombe. Hoffmann jette son épée, se penche sur le corps de Schlemil et lui prend une petite clef pendue à son cou. Hoffmann s'élance dans l'appartement de Giulietta. Pitichinaccio regarde Schlemil avec curiosité et s'assure qu'il est bien mort. Dapertutto ramasse tranquillement son épée et la remet au fourreau, puis il remonte vers la galerie ... Giulietta paraît dans une gondole; au même moment rentre Hoffmann.

HOFFMANN
Personne ...

GIULIETTA
riant
Ha! Ha! Ha!

Hoffmann se retourne vers Giulietta et la regarde avec stupeur.

DAPERTUTTO
à Giulietta
Qu'en fais-tu maintenant?

GIULIETTA
Je te l'abandonne!

PITICHINACCIO
entre dans la gondole
Cher ange!

Giulietta le prend dans ses bras.

HOFFMANN
comprenant toute l'infamie de Giulietta
Misérable!

NICKLAUSSE
Hoffmann! Hoffmann! Les sbires!

Nicklausse entraîne Hoffmann.
Giulietta et Dapertutto rient.
ACTE DEUXIÈME

GIULIETTA
A Venise. Galerie de fête dans un palais donnant sur le grand canal. Eau praticable au fond pour les gondoles. Balustrade, escaliers, colonnes lampadaires, lustres, coussins, fleurs. Portes latérales sur le premier plan, plus loin de larges portes ou arcades en pans coupés, conduisant à d'autres galeries.


SCÈNE PREMIÈRE
Hoffmann, Pitichinaccio, Jeunes Gens et Jeunes Femmes, Laquais, puis Giulietta et Nicklausse.
Les hôtes de Giulietta sont groupés debout ou étendus sur des coussins. Tableau brillant et animé.

Barcarolle

GIULIETTA ET NICKLAUSSE
dans la coulisse
Belle nuit, ô nuit d'amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d'amour!
Le temps fuit et sans retour
Emporte nos tendresses!
Loin de cet heureux séjour,
Le temps fuit sans retour
Zéphyrs embrasés,
Versez-nous vos caresses;
Zéphyrs embrasés
Donnez-nous vos baisers.

Belle nuit, ô nuit d'amour,
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d'amour!

Giulietta et Nicklausse entrent en scène, venant lentement de la galerie du fond.

HOFFMANN
Et moi, ce n'est pas là, pardieu! ce qui m'enchante!
Aux pieds de la beauté qui nous vient enivrer
Le plaisir doit-il soupirer?
Non! ... Le rire à la bouche, écoutez comme il chante!

Giulietta s'assoit à droite, sur un divan où elle s'étend peu à peu en écoutant Hoffmann.

Chant Bachique

Amis! ... l'amour tendre et rêveur
Erreur!
L'amour dans le bruit et le vin
Divin!
Que d'un brûlant désir
Votre cœur s'enflamme
Aux fièvres du plaisir
Consumez votre âme!
Transports d'amour,
Durez un jour!
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux
A nous l'ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!

LE CHŒUR
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux!
A nous l'ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!

HOFFMANN
Le ciel te prête sa clarté
Beauté,
Mais vous cachez, ô cœurs de fer,
L'enfer!
Bonheur du paradis,
Où l'amour convie,
Serments, espoirs maudits,
Rêves de la vie!
O chastetés!
O puretés,
Mentez!

LE CHŒUR
Au diable celui qui pleure,
Pour deux beaux yeux!
A nous l'ivresse meilleure
Des chants joyeux!
Vivons une heure
Dans les cieux!

SCÈNE II
Les Mêmes, Schlemil, puis Dapertutto.

SCHLEMIL
entrant en scène
Je vois qu'on est en fête. A merveille, madame!

GIULIETTA
Comment! ... Mais je vous ai pleuré trois grands jours.

PITICHINACCIO
Dame!

SCHLEMIL
à Pitichinaccio
Avorton!

PITICHINACCIO
Holà!

GIULIETTA
les calmant
Calmez-vous!
Nous avons un poète étranger parmi nous.
Présentant Hoffmann
Hoffmann!

SCHLEMIL
de mauvaise grâce
Monsieur!

HOFFMANN
ironique
Monsieur!

GIULIETTA
à Schlemil
Souriez-nous, de grâce.
Et venez prendre place
Au pharaon.

LE CHŒUR
Vivat! Au pharaon!

Giulietta, après avoir invité du geste tout le monde à
la suivre dans la salle de jeu, se dirige vers la sortie. Hoffmann va pour offrir sa main à Giulietta, Schlemil intervient vivement.

SCHLEMIL
prenant la main de Giulietta qui essaie de le calmer.
Morbleu!

GIULIETTA
aux invités
Au jeu, messieurs, au jeu!

LE CHŒUR
Au jeu! au jeu!

Tout le monde sort, moins Nicklausse et Hoffmann.

SCÈNE III
Hoffmann, Nicklausse.

NICKLAUSSE
à Hoffmann
Un mot! ... J'ai deux chevaux sellés; au premier rêve
Dont se laisse affoler mon Hoffmann, je l'enlève.

HOFFMANN
Et quels rêves, jamais, pourraient être enfantés
Par de telles réalités?
Aime-t-on une courtisane? ...

NICKLAUSSE.
Ce Schlemil, cependant ...

HOFFMANN
Je ne suis pas Schlemil.

NICKLAUSSE
Prends-y garde, le diable est malin.

Dapertutto paraît au fond.

HOFFMANN
Le fût-il,
S'il me la fait aimer, je consens qu'il me damne.
Allons!

NICKLAUSSE
Allons!

Ils sortent.

DAPERTUTTO
seul
Allez! ... pour te livrer combat
Les yeux de Giulietta sont une arme certaine.
Il a fallu que Schlemil succombât ...
Foi de diable et de capitaine!
Tu feras comme lui.
Je veux que Giulietta t'ensorcelle aujourd'hui.

Tirant de son doigt une bague où brille un gros diamant et le faisant scintiller.

Chanson

Tourne, tourne, miroir où se prend l'alouette,
Scintille, diamant, fascine, attire-la ...
L'alouette ou la femme
A cet appât vainqueur
Vont de l'aile ou du cœur;
L'une y laisse sa vie et l'autre y perd son âme.
Tourne, tourne, miroir ou se prend l'alouette.
Scintille, diamant, fascine, attire-la.

Giulietta paraît et s'avance, comme fascinée, vers le diamant que Dapertutto tend vers elle.

SCÈNE IV
Dapertutto, Giulietta.

DAPERTUTTO
passant la bague au doigt de Giulietta.
Cher ange!

GIULIETTA
Qu'attendez-vous de votre servante?

DAPERTUTTO
Bien, tu m'as deviné,
A séduire les cœurs entre toutes savante,
Tu m'as déjà donné
L'ombre de Schlemil! Je varie
Mes plaisirs et te prie
De m'avoir aujourd'hui
Le reflet d'Hoffmann!

GIULIETTA
Quoi! son reflet!

DAPERTUTTO
Oui!
Son reflet! ... Tu doutes
De la puissance de tes yeux?

GIULIETTA
Non.

DAPERTUTTO.
Qui sait? Ton Hoffmann rêve peut-être mieux
Avec dureté
Oui, j'étais là, tout à l'heure, aux écoutes,
Avec ironie
Il te défie ...

GIULIETTA
Hoffmann? ... C'est bien! ... dès aujourd'hui
J'en ferai mon jouet.

Hoffmann entre.

DAPERTUTTO
C'est lui!

Dapertutto sort après avoir baisé la main de Giulietta.

SCÈNE V
Giulietta, Hoffmann.

Hoffmann traverse le théâtre, salue Giulietta et fait mine de s'éloigner.

GIULIETTA
à Hoffmann
Vous me quittez?

HOFFMANN
railleur
J'ai tout perdu ...

GIULIETTA
Quoi! ... vous aussi!..
Ah! vous me faites injure
Sans pitié, ni merci.
Partez! ... Partez! ...

HOFFMANN
Tes larmes t'ont trahie.
Ah! je t'aime ... fût-ce au prix de ma vie.

Duo

GIULIETTA
Ah! malheureux, mais tu ne sais donc pas
Qu'une heure, qu'un moment peuvent t'être funestes?
Que mon amour te perd à jamais si tu restes?
Que Schlemil peut ce soir te frapper dans mes bras?
Ne repousse pas ma prière;
Ma vie est à toi tout entière.
Partout je te promets d'accompagner tes pas.

HOFFMANN
O Dieu! de quelle ivresse embrases-tu mon âme?
Comme un concert divin ta voix m'a pénétré;
D'un feu doux et brûlant mon être est dévoré;
Tes regards dans les miens ont épanché leur flamme
Comme des astres radieux,
Et je sens, ô ma bien aimée,
Passer ton haleine embaumée
Sur mes lèvres et sur mes yeux.

GIULIETTA
Aujourd'hui, cependant, affermis mon courage
En me laissant quelque chose de toi!

HOFFMANN
Que veux-tu dire?

GIULIETTA
Écoute, et ne ris pas de moi.
Elle enlace Hoffmann de ses bras et prend un miroir qui est sur la table.
Ce que je veux, c'est ta fidèle image
Qui reproduit tes traits, ton regard, ton visage,
Le reflet que tu vois sur le mien se pencher.

HOFFMANN
Quoi! mon reflet? quelle folie!

GIULIETTA
Non! ... car il peut se détacher
De la glace polie
Pour venir tout entier dans mon cœur se cacher.

HOFFMANN
Dans ton cœur?

GIULIETTA
Dans mon cœur. C'est moi qui t'en supplie,
Hoffmann, comble mes vœux!

HOFFMANN
Mon reflet?

GIULIETTA
Ton reflet. Oui, sagesse ou folie,
Je l'attends, je le veux!

Ensemble

HOFFMANN
Extase! ivresse inassouvie,
Étrange et doux effroi!
Mon reflet, mon âme et ma vie
A toi, toujours à toi!

GIULIETTA
Si ta présence m'est ravie,
Je veux garder de toi
Ton reflet, ton âme et ta vie,
Ami, donne-les-moi!

SCÈNE VI
Les Mêmes, Schlemil, Dapertutto, Nicklausse, Pitichinaccio.

GIULIETTA
vivement
Schlemil!

Schlemil entre suivi de Nicklausse, Dapertutto, Pitichinaccio et quelques autres invités.

SCHLEMIL
J'en étais sûr! Ensemble!
Il remonte, s'adressant aux invités
Venez, messieurs, venez,
C'est pour Hoffmann, à ce qu'il semble,
Que nous sommes abandonnés.
Rires ironiques

HOFFMANN
presque parlé
Monsieur!

GIULIETTA
à Hoffmann
Silence!
bas
Je t'aime, il a ma clef.

PITICHINACCIO
à Schlemil
Tuons-le.

SCHLEMIL
Patience.

DAPERTUTTO
s'approchant d'Hoffmann
Comme vous êtes pâle!

HOFFMANN
Moi!

DAPERTUTTO
lui présentant un miroir
Voyez plutôt!

HOFFMANN
stupéfait, en regardant le miroir
Ciel!

NICKLAUSSE
à Hoffmann
Quoi?

HOFFMANN
avec une sorte d'effroi
Mon reflet!
Courant à deux grandes glaces alternativement
J'ai perdu mon reflet!

NICKLAUSSE
en montrant Giulietta ironiquement
Pour madame.

TOUS
moins Hoffmann et Nicklausse, en riant, d'une voix étouffée.
Ha! ha! ha! voyez son effroi.

NICKLAUSSE
Ah! viens, fuyons ces lieux où tu perdras ton âme.

HOFFMANN
éperdu
Non! non! je l'aime. Laisse-moi!

Ensemble

HOFFMANN
Hélas! mon cœur s'égare encore,
Mes sens se laissent embraser,
Maudit l'amour qui me dévore,
Ma raison ne peut s'apaiser.
Sous ce front clair comme une aurore
L'enfer même vient me griser.
Je la hais et je l'adore
Je veux mourir de son baiser.

GIULIETTA
Mon bel Hoffmann, je vous adore,
Mais n'ai point l'âme à refuser
Ce diamant aux feux d'aurore
Qui ne me coûte qu'un baiser.
Car je suis femme et j'adore
Ce qui me fait plus belle encore
Pour vous griser.
Poète, il faut vous apaiser.

DAPERTUTTO et PITICHINACCIO
Pauvre Hoffmann, l'amour encor
Vainement vient t'embraser;
Ta belle au regard d'aurore
Nous a vendu son baiser.
Car la coquette s'adore;
Un bijou qui peut encore
L'embellir et nous griser
Vaut bien pour elle un baiser.

SCHLEMIL
en touchant la garde de son épée
Ce poète que j'abhorre
Aurait bientôt son baiser
Sans ce fer clair et sonore
Dont je sais fort bien user.
Un fol amour te dévore?
Je suis là pour t'apaiser.
Tu prétends que l'on t'adore,
C'est bon, nous allons causer.

NICKLAUSSE ET LE CHŒUR
Hélas! son cœur s'enflamme encore!
Par elle il s'est laissé griser.
L'amour le brûle et le dévore.
Rien ne pourra l'apaiser.
La perfide qu'il adore
Prend les cœurs pour les briser.
Fuis la belle au front d'aurore,
Car on meurt de son baiser.

On entend un chant de gondoliers.

Final

GIULIETTA
Écoutez, messieurs,
Voici les gondoles,
L'heure des barcarolles
Et celle des adieux!
Schlemil reconduit les invités jusqu'au fond de la scène Giulietta sort par la gauche après avoir jeté un dernier regard à Hoffmann qui la suit des yeux.
Dapertutto reste au fond de la scène. Nicklausse, voyant qu'Hoffmann ne le suit pas, revient à lui et lui touche l'épaule.

NICKLAUSSE
Viens-tu?

HOFFMANN
Pas encore.

NICKLAUSSE
Pourquoi?
Bien, je comprends! adieu!
A part.
Mais je veille sur toi.

Il salue Schlemil et sort.

SCHLEMIL
Qu'attendez-vous, monsieur?

HOFFMANN
Que vous me donniez certaine clef que j'ai juré d'avoir.

SCHLEMIL
Vous n'aurez cette clef, monsieur, qu'avec ma vie!

HOFFMANN
J'aurai donc l'une et l'autre.

SCHLEMIL
C'est ce qu'il faut voir! En garde!

DAPERTUTTO
Vous n'avez pas d'épée,
Lui présentant son épée
prenez la mienne!

HOFFMANN
prenant l'épée
Merci!

CHŒUR
dans la coulisse qui se termine au baisser du rideau
Belle nuit, ô nuit d'amour!
Souris à nos ivresses,
Nuit plus douce que le jour,
O belle nuit d'amour!

Hoffmann et Schlemil se battent; après quelques passes, Schlemil est blessé à mort, et tombe. Hoffmann jette son épée, se penche sur le corps de Schlemil et lui prend une petite clef pendue à son cou. Hoffmann s'élance dans l'appartement de Giulietta. Pitichinaccio regarde Schlemil avec curiosité et s'assure qu'il est bien mort. Dapertutto ramasse tranquillement son épée et la remet au fourreau, puis il remonte vers la galerie ... Giulietta paraît dans une gondole; au même moment rentre Hoffmann.

HOFFMANN
Personne ...

GIULIETTA
riant
Ha! Ha! Ha!

Hoffmann se retourne vers Giulietta et la regarde avec stupeur.

DAPERTUTTO
à Giulietta
Qu'en fais-tu maintenant?

GIULIETTA
Je te l'abandonne!

PITICHINACCIO
entre dans la gondole
Cher ange!

Giulietta le prend dans ses bras.

HOFFMANN
comprenant toute l'infamie de Giulietta
Misérable!

NICKLAUSSE
Hoffmann! Hoffmann! Les sbires!

Nicklausse entraîne Hoffmann.
Giulietta et Dapertutto rient.



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