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SCÈNE VIII
Crespel, Hoffmann caché, puis Frantz.

CRESPEL
regardant autour de lui
Non, rien! J'ai cru qu'Hoffmann était ici.
Puisse-t-il être au diable!

HOFFMANN
à part
Grand merci!

FRANTZ
entrant, à Crespel
Monsieur!

CRESPEL
Quoi?

FRANTZ
Le docteur Miracle.

CRESPEL
Drôle! ... infâme!
Ferme vite la porte!

FRANTZ
Oui, monsieur, médecin ...

CRESPEL
Lui! médecin? Non, sur mon âme,
Un fossoyeur, un assassin!
Qui me tuerait ma fille après ma femme.
J'entends le cliquetis de ses flacons dans l'air.
Loin de moi qu'on le chasse.

Miracle paraît subitement. Frantz se sauve.

SCÈNE IX
Les Mêmes, Miracle.

MIRACLE
Ha! ha! ha! ha!

CRESPEL
Enfin!

MIRACLE
Eh bien! me voilà! c'est moi-même.
Ce bon monsieur Crespel, je l'aime!
Où donc est-il?

CRESPEL
l'arrêtant
Morbleu!

MIRACLE
Ha! ha! ha! ha!
Je cherchais votre Antonia!
Eh bien! ce mal qu'elle hérita
De sa mère? Toujours en progrès? chère belle
Nous la guérirons. Menez-moi près d'elle.

CRESPEL
Pour l'assassiner! ... Si tu fais un pas,
Je te jette par la fenêtre.

MIRACLE
Eh! là! tout doux! Je ne veux pas
Vous déplaire.

Il avance un fauteuil.

CRESPEL
Que fais-tu, traître?

MIRACLE
Pour conjurer le danger,
Il faut le connaître.
Laissez-moi l'interroger.

CRESPEL ET HOFFMANN
L'effroi me pénètre.

Ensemble

MIRACLE
la main étendue vers la chambre d'Antonia
A mon pouvoir vainqueur
Cède de bonne grâce! ...
Près de moi, sans terreur,
Viens ici prendre place,
Viens!

CRESPEL ET HOFFMANN
D'épouvante et d'horreur
Tout mon être se glace.
Une étrange terreur
M'enchaîne à cette place,
J'ai peur.

CRESPEL
s'asseyant sur le tabouret du clavecin
Allons, parle, et sois bref!

Miracle continue ses passes magnétiques. La porte de la chambre d'Antonia s'ouvre lentement. Miracle indique par ses gestes qu'il prend la main d'Antonia invisible, qu'il la mène près de l'un des fauteuils et la fait s'asseoir.

MIRACLE
indiquant l'un des fauteuils et s'asseyant sur l'autre.
Veuillez vous asseoir là!

CRESPEL
Je suis assis!

MIRACLE
sans répondre à Crespel
Quel âge avez-vous, je vous prie?

CRESPEL
Qui? moi?

MIRACLE
Je parle à votre enfant.

HOFFMANN
À part
Antonia?

MIRACLE
Quel âge? ...
Il écoute
Vingt ans!

CRESPEL
Hein?

MIRACLE
Le printemps de la vie! ...
Il fait le geste d'un homme qui tâte le pouls.
Voyons la main! ...

CRESPEL
La main? ...

MIRACLE
tirant sa montre
Chut! Laissez-moi compter.

HOFFMANN
à part
Dieu! ... suis-je le jouet d'un rêve? ... Est-ce un fantôme?

MIRACLE
Le pouls est inégal et vif, mauvais symptôme!
Chantez!..

CRESPEL
se levant
Non, non, tais-toi! ... ne la fais pas chanter!..

La voix d'Antonia se fait entendre dans l'air.

MIRACLE
Voyez, son front s'anime et son regard flamboie;
Elis porte la main à son cœur agité.

Il semble suivre Antonia du geste, la porte de la chambre se referme brusquement.

CRESPEL
Que dit-il?

MIRACLE
se levant et remettant un des fauteuils en place.
Il serait dommage, en vérité,
De laisser à la mort une si belle proie!

CRESPEL
Tais-toi! ...

Il repousse violemment l'autre fauteuil.

MIRACLE
Si vous voulez accepter mon secours,
Si vous voulez sauver ses jours,
J'ai là certains flacons que je tiens en réserve.

Il tire plusieurs flacons de sa poche et les fait sonner comme des castagnettes.

CRESPEL
Tais-toi! ...

MIRACLE
Dont il faudrait ...

CRESPEL
Tais-toi! Dieu me préserve
D'écouter tes conseils, misérable assassin! ...

MIRACLE
Dont il faudrait, chaque matin ...

Ensemble

MIRACLE
Eh oui! je vous entends!
Tout à l'heure! un instant!
Des flacons! pauvre père,
Vous en serez, j'espère
Content!

CRESPEL
Va-t'en! va-t'en! va-t'en!
Hors de chez moi, Satan!
Redoute la colère
Et la douleur d'un père!
Va-t'en!

HOFFMANN
à part
A la mort qui t'attend,
Je saurai, pauvre enfant,
T'arracher, je l'espère!
Tu ris en vain d'un père,
Satan!

MIRACLE
continuant toujours avec le même flegme
Dont il faudrait ...

CRESPEL
Va-t'en!

MIRACLE
Chaque matin ...

CRESPEL
Va-t'en! ...
Il pousse Miracle dehors, par la porte du fond et la reforme sur lui.
Ah! le voilà dehors et ma porte est fermée
Nous sommes seuls enfin,
Ma fille bien aimée!

MIRACLE
rentrant par la muraille
Dont il faudrait chaque matin ...

CRESPEL
Ah! misérable!
Viens! ... viens! ... Les flots puissent-ils t'engloutir
Nous verrons si le diable
T'en fera sortir! ...

Ensemble

Va-t'en! Va-t'en! Va-t'en!
Hors de chez moi, Satan!
Redoute la colère
Et la douleur d'un père,
Va-t'en!

HOFFMANN
à part
A la mort qui t'attend,
Je saurai, pauvre enfant,
T'arracher, je l'espère!
Tu ris en vain d'un père,
Satan!

MIRACLE
Dont il faudrait ...

CRESPEL
Va-t'en!

MIRACLE
Chaque matin ...

CRESPEL
Va-t'en!

Il suit Miracle qui sort à reculons en faisant sonner ses flacons. Ils disparaissent ensemble.

SCÈNE X
Hoffmann seul, puis Antonia.

HOFFMANN
redescend en scène
Ne plus chanter! hélas! Comment obtenir d'elle
Un pareil sacrifice?

ANTONIA
paraît
Eh bien?
Mon père, qu'a-t-il dit?

HOFFMANN
Ne me demande rien,
Plus tard tu sauras tout; une route nouvelle
S'ouvre à nous, mon Antonia! ...
Pour y suivre mes pas, chasse de ta mémoire
Ces rêves d'avenir, de succès et de gloire
Que ton cœur au mien confia.

ANTONIA
Mais toi-même?

HOFFMANN
L'amour tous les deux nous convie,
Tout ce qui n'est pas toi n'est plus rien dans ma vie.

ANTONIA
Tiens donc! voici ma main!

HOFFMANN
Ah! chère Antonia! Pourrai-je reconnaître
Ce que tu fais pour moi?
Il lui baise les mains.
Ton père va peut-être
Revenir, je te quitte ... à demain!

ANTONIA
A demain!

Hoffmann sort. Antonia le regarde s'éloigner. Après un moment, elle redescend en scène.

SCÈNE XI
Antonia, puis Miracle.

ANTONIA
allant ouvrir une des portes latérales
De mon père aisément il s'est fait le complice!
Allons, les pleurs sont superflus,
Je l'ai promis, je ne chanterai plus.

Elle se laisse tomber sur un fauteuil.

MIRACLE
surgissant tout à coup derrière elle et se penchant à son oreille
Tu ne chanteras plus? Sais-tu quel sacrifice
S'impose ta jeunesse, et l'as-tu mesuré?
La grâce, la beauté, le talent, don sacré,
Tous ces biens que le ciel t'a livrés en partage,
Faut-il les enfouir dans l'ombre d'un ménage?
N'as-tu pas entendu, dans un rêve orgueilleux,
Ainsi qu'une forêt par le vent balancée,
Ce doux frémissement de la foule pressée
Qui murmure ton nom et qui te suit des yeux?
Voilà l'ardente joie et la fête éternelle
Que tes vingt ans en fleur sont près d'abandonner,
Pour les plaisirs bourgeois où l'on veut t'enchaîne
Et des marmots d'enfants qui te rendront moins belle!

ANTONIA
sans se retourner
Ah! quelle est cette voix qui me trouble l'esprit?
Est-ce l'enfer qui parle ou Dieu qui m'avertit?
Non, non, ce n'est pas là le bonheur, voix maudite,
Et contre mon orgueil mon amour s'est armé;
La gloire ne vaut pas l'ombre heureuse où m'invite
La maison de mon bien-aimé.

MIRACLE
Quelles amours sont donc les vôtres?
Hoffmann te sacrifie à sa brutalité;
Il n'aime en toi que ta beauté,
Et pour lui, comme pour les autres,
Viendra bientôt le temps de l'infidélité! ...
Il disparaît.

ANTONIA
se levant
Non, ne me tente plus! ... Va-t'en,
Démon! ... Je ne veux plus t'entendre.
J'ai juré d'être à lui, mon bien-aimé m'attend,
Je ne m'appartiens plus et ne puis me reprendre;
Et tout à l'heure encor, sur son cœur adoré,
Quel éternel amour ne m'a-t-il pas juré; ! ...
Ah! qui me sauvera du démon, de moi-même? ...
Ma mère! ô ma mère! ... je l'aime! ...

Elle va tomber en pleurant près du clavecin.

MIRACLE
reparaît derrière Antonia
Ta mère? ... Oses-tu l'invoquer? ...
Ta mère? Mais n'est-ce pas elle
Qui parle par ma voix, ingrate, et te rappelle
La splendeur de son nom que tu veux abdiquer?
Le portrait s'éclaire et semble s'animer. C'est le fantôme de la mère qui apparaît à la place de la peinture.
Écoute! ...

LA VOIX
Antonia!

ANTONIA
Dieu! ... ma mère! ma mère.

Ensemble

LE FANTOME
Cher enfant que j'appelle
Comme autrefois,
C'est ta mère, c'est elle,
Entends sa voix!

ANTONIA
Ma mère!

MIRACLE
Oui! oui! c'est sa voix, l'entends-tu?
Sa voix, meilleure conseillère,
Qui te lègue un talent que le monde a perdu!

LE FANTOME
Antonia!

MIRACLE
Écoute! Elle semble revivre
Et le public lointain de ses bravos l'enivre!

ANTONIA
se levant
Ma mère!

LE FANTOME
Antonia!

MIRACLE
Reprends donc avec elle! ...

Il saisit un violon et accompagne avec une sorte de fureur.

Ensemble

ANTONIA
Oui, son âme m'appelle
Comme autrefois!
C'est ma mère, c'est elle,
J'entends sa voix!

LE FANTOME
Cher enfant que j'appelle
Comme autrefois,
C'est ta mère, c'est elle!
Entends sa voix!

ANTONIA
Non! assez! ... Je succombe!

MIRACLE
Encore!

ANTONIA
Je ne veux plus chanter.

MIRACLE
Encore!

ANTONIA
Quelle ardeur m'entraîne et me dévore?

MIRACLE
Encore! Pourquoi t'arrêter?

ANTONIA
haletante
Je cède au transport qui m'enivre!
Quelle flamme éblouit mes yeux! ...
Un seul moment encore à vivre,
Et mon âme s'envole aux cieux!

Ensemble

LE FANTOME.
Cher enfant que j'appelle etc.

ANTONIA
C'est ma mère, c'est elle, etc.
ANTONIA
Ah!

Elle vient tomber mourante sur le canapé. Miracle s'engloutit dans la terre en poussant un éclat de rire. La fantôme disparaît et le portrait reprend son premier aspect.

SCÈNE XII
Antonia, Crespel, puis Hoffmann, Nicklausse, Miracle et Frantz.

CRESPEL
accourant
Mon enfant! ... ma fille! ... Antonia! ...

ANTONIA
expirante
Mon père! ...
Écoutez! c'est ma mère
Qui m'appelle! ... Et lui ... de retour ...
C'est une chanson d'amour ...
Qui s'envole ...
Triste ou folle ...
Elle meurt.

CRESPEL
Non! ... un seul mot! ... un seul! ... ma fille ... parle-moi.
Mais parle donc! ... Mort exécrable! ...
Non! ... pitié! ... grâce! ... Éloigne-toi!

HOFFMANN
entrant précipitamment
Pourquoi ces cris?

CRESPEL
Hoffmann! ... ah! misérable!
C'est toi qui l'as tuée! ...

HOFFMANN
courant à Antonia
Antonia! ...

CRESPEL
courant avec égarement
Du sang!
Pour colorer sa joue! ... Une arme,
Un couteau! ...

Il saisit un couteau sur une table et va pour s'élancer sur Hoffmann.

NICKLAUSSE
entrant en scène et arrêtant Crespel
Malheureux! ...

HOFFMANN
à Nicklausse
Vite! ... donne l'alarme! ...
Un médecin! ... un médecin! ...

MIRACLE
paraissant
Présent!
Il s'approche d'Antonia et lui tâte le pouls.
Morte!

CRESPEL
éperdu
Ah! Dieu, mon enfant! ma fille!

HOFFMANN
avec désespoir
Antonia!

Frantz est entré le dernier et s'est agenouillé près d'Antonia.
SCÈNE VIII
Crespel, Hoffmann caché, puis Frantz.

CRESPEL
regardant autour de lui
Non, rien! J'ai cru qu'Hoffmann était ici.
Puisse-t-il être au diable!

HOFFMANN
à part
Grand merci!

FRANTZ
entrant, à Crespel
Monsieur!

CRESPEL
Quoi?

FRANTZ
Le docteur Miracle.

CRESPEL
Drôle! ... infâme!
Ferme vite la porte!

FRANTZ
Oui, monsieur, médecin ...

CRESPEL
Lui! médecin? Non, sur mon âme,
Un fossoyeur, un assassin!
Qui me tuerait ma fille après ma femme.
J'entends le cliquetis de ses flacons dans l'air.
Loin de moi qu'on le chasse.

Miracle paraît subitement. Frantz se sauve.

SCÈNE IX
Les Mêmes, Miracle.

MIRACLE
Ha! ha! ha! ha!

CRESPEL
Enfin!

MIRACLE
Eh bien! me voilà! c'est moi-même.
Ce bon monsieur Crespel, je l'aime!
Où donc est-il?

CRESPEL
l'arrêtant
Morbleu!

MIRACLE
Ha! ha! ha! ha!
Je cherchais votre Antonia!
Eh bien! ce mal qu'elle hérita
De sa mère? Toujours en progrès? chère belle
Nous la guérirons. Menez-moi près d'elle.

CRESPEL
Pour l'assassiner! ... Si tu fais un pas,
Je te jette par la fenêtre.

MIRACLE
Eh! là! tout doux! Je ne veux pas
Vous déplaire.

Il avance un fauteuil.

CRESPEL
Que fais-tu, traître?

MIRACLE
Pour conjurer le danger,
Il faut le connaître.
Laissez-moi l'interroger.

CRESPEL ET HOFFMANN
L'effroi me pénètre.

Ensemble

MIRACLE
la main étendue vers la chambre d'Antonia
A mon pouvoir vainqueur
Cède de bonne grâce! ...
Près de moi, sans terreur,
Viens ici prendre place,
Viens!

CRESPEL ET HOFFMANN
D'épouvante et d'horreur
Tout mon être se glace.
Une étrange terreur
M'enchaîne à cette place,
J'ai peur.

CRESPEL
s'asseyant sur le tabouret du clavecin
Allons, parle, et sois bref!

Miracle continue ses passes magnétiques. La porte de la chambre d'Antonia s'ouvre lentement. Miracle indique par ses gestes qu'il prend la main d'Antonia invisible, qu'il la mène près de l'un des fauteuils et la fait s'asseoir.

MIRACLE
indiquant l'un des fauteuils et s'asseyant sur l'autre.
Veuillez vous asseoir là!

CRESPEL
Je suis assis!

MIRACLE
sans répondre à Crespel
Quel âge avez-vous, je vous prie?

CRESPEL
Qui? moi?

MIRACLE
Je parle à votre enfant.

HOFFMANN
À part
Antonia?

MIRACLE
Quel âge? ...
Il écoute
Vingt ans!

CRESPEL
Hein?

MIRACLE
Le printemps de la vie! ...
Il fait le geste d'un homme qui tâte le pouls.
Voyons la main! ...

CRESPEL
La main? ...

MIRACLE
tirant sa montre
Chut! Laissez-moi compter.

HOFFMANN
à part
Dieu! ... suis-je le jouet d'un rêve? ... Est-ce un fantôme?

MIRACLE
Le pouls est inégal et vif, mauvais symptôme!
Chantez!..

CRESPEL
se levant
Non, non, tais-toi! ... ne la fais pas chanter!..

La voix d'Antonia se fait entendre dans l'air.

MIRACLE
Voyez, son front s'anime et son regard flamboie;
Elis porte la main à son cœur agité.

Il semble suivre Antonia du geste, la porte de la chambre se referme brusquement.

CRESPEL
Que dit-il?

MIRACLE
se levant et remettant un des fauteuils en place.
Il serait dommage, en vérité,
De laisser à la mort une si belle proie!

CRESPEL
Tais-toi! ...

Il repousse violemment l'autre fauteuil.

MIRACLE
Si vous voulez accepter mon secours,
Si vous voulez sauver ses jours,
J'ai là certains flacons que je tiens en réserve.

Il tire plusieurs flacons de sa poche et les fait sonner comme des castagnettes.

CRESPEL
Tais-toi! ...

MIRACLE
Dont il faudrait ...

CRESPEL
Tais-toi! Dieu me préserve
D'écouter tes conseils, misérable assassin! ...

MIRACLE
Dont il faudrait, chaque matin ...

Ensemble

MIRACLE
Eh oui! je vous entends!
Tout à l'heure! un instant!
Des flacons! pauvre père,
Vous en serez, j'espère
Content!

CRESPEL
Va-t'en! va-t'en! va-t'en!
Hors de chez moi, Satan!
Redoute la colère
Et la douleur d'un père!
Va-t'en!

HOFFMANN
à part
A la mort qui t'attend,
Je saurai, pauvre enfant,
T'arracher, je l'espère!
Tu ris en vain d'un père,
Satan!

MIRACLE
continuant toujours avec le même flegme
Dont il faudrait ...

CRESPEL
Va-t'en!

MIRACLE
Chaque matin ...

CRESPEL
Va-t'en! ...
Il pousse Miracle dehors, par la porte du fond et la reforme sur lui.
Ah! le voilà dehors et ma porte est fermée
Nous sommes seuls enfin,
Ma fille bien aimée!

MIRACLE
rentrant par la muraille
Dont il faudrait chaque matin ...

CRESPEL
Ah! misérable!
Viens! ... viens! ... Les flots puissent-ils t'engloutir
Nous verrons si le diable
T'en fera sortir! ...

Ensemble

Va-t'en! Va-t'en! Va-t'en!
Hors de chez moi, Satan!
Redoute la colère
Et la douleur d'un père,
Va-t'en!

HOFFMANN
à part
A la mort qui t'attend,
Je saurai, pauvre enfant,
T'arracher, je l'espère!
Tu ris en vain d'un père,
Satan!

MIRACLE
Dont il faudrait ...

CRESPEL
Va-t'en!

MIRACLE
Chaque matin ...

CRESPEL
Va-t'en!

Il suit Miracle qui sort à reculons en faisant sonner ses flacons. Ils disparaissent ensemble.

SCÈNE X
Hoffmann seul, puis Antonia.

HOFFMANN
redescend en scène
Ne plus chanter! hélas! Comment obtenir d'elle
Un pareil sacrifice?

ANTONIA
paraît
Eh bien?
Mon père, qu'a-t-il dit?

HOFFMANN
Ne me demande rien,
Plus tard tu sauras tout; une route nouvelle
S'ouvre à nous, mon Antonia! ...
Pour y suivre mes pas, chasse de ta mémoire
Ces rêves d'avenir, de succès et de gloire
Que ton cœur au mien confia.

ANTONIA
Mais toi-même?

HOFFMANN
L'amour tous les deux nous convie,
Tout ce qui n'est pas toi n'est plus rien dans ma vie.

ANTONIA
Tiens donc! voici ma main!

HOFFMANN
Ah! chère Antonia! Pourrai-je reconnaître
Ce que tu fais pour moi?
Il lui baise les mains.
Ton père va peut-être
Revenir, je te quitte ... à demain!

ANTONIA
A demain!

Hoffmann sort. Antonia le regarde s'éloigner. Après un moment, elle redescend en scène.

SCÈNE XI
Antonia, puis Miracle.

ANTONIA
allant ouvrir une des portes latérales
De mon père aisément il s'est fait le complice!
Allons, les pleurs sont superflus,
Je l'ai promis, je ne chanterai plus.

Elle se laisse tomber sur un fauteuil.

MIRACLE
surgissant tout à coup derrière elle et se penchant à son oreille
Tu ne chanteras plus? Sais-tu quel sacrifice
S'impose ta jeunesse, et l'as-tu mesuré?
La grâce, la beauté, le talent, don sacré,
Tous ces biens que le ciel t'a livrés en partage,
Faut-il les enfouir dans l'ombre d'un ménage?
N'as-tu pas entendu, dans un rêve orgueilleux,
Ainsi qu'une forêt par le vent balancée,
Ce doux frémissement de la foule pressée
Qui murmure ton nom et qui te suit des yeux?
Voilà l'ardente joie et la fête éternelle
Que tes vingt ans en fleur sont près d'abandonner,
Pour les plaisirs bourgeois où l'on veut t'enchaîne
Et des marmots d'enfants qui te rendront moins belle!

ANTONIA
sans se retourner
Ah! quelle est cette voix qui me trouble l'esprit?
Est-ce l'enfer qui parle ou Dieu qui m'avertit?
Non, non, ce n'est pas là le bonheur, voix maudite,
Et contre mon orgueil mon amour s'est armé;
La gloire ne vaut pas l'ombre heureuse où m'invite
La maison de mon bien-aimé.

MIRACLE
Quelles amours sont donc les vôtres?
Hoffmann te sacrifie à sa brutalité;
Il n'aime en toi que ta beauté,
Et pour lui, comme pour les autres,
Viendra bientôt le temps de l'infidélité! ...
Il disparaît.

ANTONIA
se levant
Non, ne me tente plus! ... Va-t'en,
Démon! ... Je ne veux plus t'entendre.
J'ai juré d'être à lui, mon bien-aimé m'attend,
Je ne m'appartiens plus et ne puis me reprendre;
Et tout à l'heure encor, sur son cœur adoré,
Quel éternel amour ne m'a-t-il pas juré; ! ...
Ah! qui me sauvera du démon, de moi-même? ...
Ma mère! ô ma mère! ... je l'aime! ...

Elle va tomber en pleurant près du clavecin.

MIRACLE
reparaît derrière Antonia
Ta mère? ... Oses-tu l'invoquer? ...
Ta mère? Mais n'est-ce pas elle
Qui parle par ma voix, ingrate, et te rappelle
La splendeur de son nom que tu veux abdiquer?
Le portrait s'éclaire et semble s'animer. C'est le fantôme de la mère qui apparaît à la place de la peinture.
Écoute! ...

LA VOIX
Antonia!

ANTONIA
Dieu! ... ma mère! ma mère.

Ensemble

LE FANTOME
Cher enfant que j'appelle
Comme autrefois,
C'est ta mère, c'est elle,
Entends sa voix!

ANTONIA
Ma mère!

MIRACLE
Oui! oui! c'est sa voix, l'entends-tu?
Sa voix, meilleure conseillère,
Qui te lègue un talent que le monde a perdu!

LE FANTOME
Antonia!

MIRACLE
Écoute! Elle semble revivre
Et le public lointain de ses bravos l'enivre!

ANTONIA
se levant
Ma mère!

LE FANTOME
Antonia!

MIRACLE
Reprends donc avec elle! ...

Il saisit un violon et accompagne avec une sorte de fureur.

Ensemble

ANTONIA
Oui, son âme m'appelle
Comme autrefois!
C'est ma mère, c'est elle,
J'entends sa voix!

LE FANTOME
Cher enfant que j'appelle
Comme autrefois,
C'est ta mère, c'est elle!
Entends sa voix!

ANTONIA
Non! assez! ... Je succombe!

MIRACLE
Encore!

ANTONIA
Je ne veux plus chanter.

MIRACLE
Encore!

ANTONIA
Quelle ardeur m'entraîne et me dévore?

MIRACLE
Encore! Pourquoi t'arrêter?

ANTONIA
haletante
Je cède au transport qui m'enivre!
Quelle flamme éblouit mes yeux! ...
Un seul moment encore à vivre,
Et mon âme s'envole aux cieux!

Ensemble

LE FANTOME.
Cher enfant que j'appelle etc.

ANTONIA
C'est ma mère, c'est elle, etc.
ANTONIA
Ah!

Elle vient tomber mourante sur le canapé. Miracle s'engloutit dans la terre en poussant un éclat de rire. La fantôme disparaît et le portrait reprend son premier aspect.

SCÈNE XII
Antonia, Crespel, puis Hoffmann, Nicklausse, Miracle et Frantz.

CRESPEL
accourant
Mon enfant! ... ma fille! ... Antonia! ...

ANTONIA
expirante
Mon père! ...
Écoutez! c'est ma mère
Qui m'appelle! ... Et lui ... de retour ...
C'est une chanson d'amour ...
Qui s'envole ...
Triste ou folle ...
Elle meurt.

CRESPEL
Non! ... un seul mot! ... un seul! ... ma fille ... parle-moi.
Mais parle donc! ... Mort exécrable! ...
Non! ... pitié! ... grâce! ... Éloigne-toi!

HOFFMANN
entrant précipitamment
Pourquoi ces cris?

CRESPEL
Hoffmann! ... ah! misérable!
C'est toi qui l'as tuée! ...

HOFFMANN
courant à Antonia
Antonia! ...

CRESPEL
courant avec égarement
Du sang!
Pour colorer sa joue! ... Une arme,
Un couteau! ...

Il saisit un couteau sur une table et va pour s'élancer sur Hoffmann.

NICKLAUSSE
entrant en scène et arrêtant Crespel
Malheureux! ...

HOFFMANN
à Nicklausse
Vite! ... donne l'alarme! ...
Un médecin! ... un médecin! ...

MIRACLE
paraissant
Présent!
Il s'approche d'Antonia et lui tâte le pouls.
Morte!

CRESPEL
éperdu
Ah! Dieu, mon enfant! ma fille!

HOFFMANN
avec désespoir
Antonia!

Frantz est entré le dernier et s'est agenouillé près d'Antonia.



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