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Deuxième Tableau

Alexandrie. La terrasse de la maison de Nicias à Alexandrie (Cette terrasse domine la ville et la mer; elle est ombragée de grands arbres. A droite, vaste tenture derrière laquelle se trouve la salle préparée pour le banquet.
Lentement Athanaël a paru ; il s'est arrêté au fond; à sa vue un serviteur se lève sous le portique et marche à sa rencontre.)

LE SERVITEUR
(brusquement)
Va, mendiant, chercher ailleurs ta vie!
Mon maître ne reçoit pas les chiens comme toi!

ATHANAËL
(doucement)
Mon fils, fais, s'il le plaît, ce que je te commande,
Je suis l'ami de ton maître et je veux lui parler à l'instant.

LE SERVITEUR
(levant son bâton)
Hors d'ici, mendiant!

ATHANAËL
(fermement et avec calme)
Frappe, si tu le veux,
Mais avertis ton maître,
Va.
(Devant le regard et l'attitude d'Athanaël, le serviteur recule, s'incline et disparaît dans la maison. Athanaël,
seul après avoir contemplé un instant la ville du haut de la terrasse.)
Voilà donc la terrible cité!
Alexandrie! Alexandrie!
Où je suis né dans le péché;
l'air brillant où j'ai respiré
l'affreux parfum de la luxure!
Voilà la mer voluptueuse où j'écoutais chanter
la sirène aux yeux d'or!
Oui, voilà mon berceau selon la chair,
(très expressive)
Alexandrie! O ma patrie! Mon berceau, ma patrie!
De ton amour, j'ai détourné mon coeur.
Pour ta richesse, je te hais! Pour ta science et ta beauté, je te hais!
Je te hais!
Et maintenant je te maudis comme un temple hanté par les esprits impurs!
Venez! Anges du ciel! Souffles de Dieu! Venez! Venez!
Anges du ciel! Souffles de Dieu!
Parfumez, du battement de vos ailes, l'air corrompu qui va m'environner!
Venez! Anges du ciel! Souffles de Dieu! Venez! Souffles de Dieu!
Anges du ciel! Venez!

CROBYLE et MYRTALE
(Les voix de Crobyle et de Myrtale, dans la maison)
Ah!
(Nicias paraît et s'avance, les bras appuyés sur les épaules de Crobyle et de Myrtale, deux belles esclaves rieuses.) (en riant aux éclats)
Ah!

NICIAS
(aperçoit Athanaël; il s'arrête et quitte Crobyle et Myrtale ; puis, n'hésitant plus à le reconnaître, il court lui, les bras ouverts; avec vivacité)
Athanaël! c'est toi! mon condisciple, mon ami, mon frère!
(avec légèreté et bonne humeur)
Oh! je te reconnais, bien qu'à la vérité tu sois
bien plus semblable à la bête qu'à l'homme! Embrasse-moi...
et sois le bien venu. Tu quittes le désert? Tu nous reviens?

ATHANAËL
O Nicias! Je ne reviens que pour un jour, que pour une heure!

NICIAS
Dis-moi tes voeux!

ATHANAËL
(calme)
Nicias, tu connais cette comédienne, Thaïs, la courtisane?

NICIAS
(riant)
Certes, je la connais! Pour mieux dire, elle est mienne,
(léger et vif)
encore pour un jour! J'ai vendu pour elle mes vignes
et ma dernière terre et mon dernier moulin,
et composé trois livres d'élégies;
et cela ne compte pour rien!
Je voudrais la fixer, que je perdrais ma peine;
son amour est léger et fuyant comme un rêve!
Qu'attends-tu d'elle?

ATHANAËL
(convaincu)
Je veux la ramener à Dieu!

NICIAS
(éclatant de rire)
Ah! Ah! Ah! Ah! Mon pauvre ami!
Crains d'offenser Vénus dont elle est la prêtresse.

ATHANAËL
(avec assurance)
Je veux la ramener à Dieu!
J'arracherai Thaïs à ces amours immondes
et je la donnerai pour épouse à Jésus.
Pour entrer dans un monastère,
Thaïs va me suivre aujourd'hui!

NICIAS
(bas à l'oreille d'Athanaël et en riant)
Crains d'offenser Vénus, la puissante Déesse! Elle se vengera!

ATHANAËL
Dieu me protègera.
(avec tranquillité)
Où puis-je voir cette femme?

NICIAS
(souriant)
Ici même! Pour la dernière fois,
elle y doit souper avec moi en très joyeuse compagnie!
Elle joue aujourd'hui; en sortant du théâtre, elle viendra.

ATHANAËL
Prête-moi donc, ami, quelque robe d'Asie,
afin que dignement je puisse figurer à ce festin
que tu vas lui donner.

NICIAS
Crobyle et Myrtale, mes chères,
Hâtez-vous de parer mon bon Athanaël.

(Myrtale frappe dans ses mains. Le serviteur paraît auquel elle donne un ordre. Il sort et revient aussitôt avec des esclaves portant un coffret dont Crobyle et Myrtale tirent les objets qui doivent servir à la toilette d'Athanaël
ainsi qu'un miroir de métal dans lequel, en riant, elles lui font voir son visage.)

CROBYLE
(riant)
Ah!

MYRTALE
(riant)
Ah!

(Nicias et Athanaël se sont assis, ils causent amicalement.)

NICIAS
(à Athanaël)
Je vais donc te revoir brillant comme autrefois!

CROBYLE
(riant)
Ah! Ah!

MYRTALE
(riant)
Ah! Ah!

ATHANAËL
(à Nicias)
Oui, j'emprunte à l'enfer des armes contre lui.

(Tandis qu'Athanaël continue à causer avec Nicias, Crobyle et Myrtale commencent à lui verser sur la tête des parfums, à lui accommoder les cheveux et la barbe.)

NICIAS
(en riant)
Philosophe orgueilleux! L'âme humaine est fragile.

CROBYLE
(riant)
Ah! Ah!

MYRTALE
(riant)
Ah! Ah!

ATHANAËL
Je ne crains pas l'orgueil quand le ciel me conduit.

CROBYLE
(à Myrtale, à part)
Il est jeune!

MYRTALE
(à Crobyle, de même)
Il est beau!

CROBYLE
(en riant)
Ah!

MYRTALE
(de même)
Ah!
Sa barbe est un peu rude!

CROBYLE
Ses yeux sont pleins de feu!

MYRTALE
Ce bandeau lui sied bien!

CROBYLE et MYRTALE
Cher Satrape, voici tes bracelets!

MYRTALE
Tes bagues!

CROBYLE
Donne tes bras!

MYRTALE
Tes doigts!

CROBYLE et MYRTALE
(à part)
Il est jeune, il est beau!
Ses yeux sont pleins de feu! Il est jeune, il est beau!

MYRTALE
(continuant la toilette)
La robe maintenant!

CROBYLE
(avec câlinerie)
Quitte ce noir cilice!

ATHANAËL
(se lève comme pour leur échapper)
Ah! femmes, pour cela, jamais!


(Crobyle et Myrtale, d'abord effarouchées par le brusque refus d'Athanaël, reviennent doucement auprès de lui.)

MYRTALE
Soit!

CROBYLE
Soit!

CROBYLE et MYRTALE
(lui passant une robe brodée par dessus sa tunique)
Cache tes rigueurs sous cette robe souple!
(riant aux éclats)
Ah!

NICIAS
(à Athanaël, avec familiarité, en souriant)
Ne t'offense pas de leur raillerie,
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt!
Ne t'offense pas de leur raillerie,
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt!

CROBYLE
(à part, en riant)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait...
Sa divinité farouche s'humaniserait!

ATHANAËL
(à lui-même, avec calme)
Esprit de lumière!
Arme mon coeur pour le combat!

MYRTALE
(à part, en riant)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait... s'humaniserait!
Je le crois!

(Elles continuent la toilette.)

MYRTALE
Laisse-nous te chausser de ces sandales d'or

CROBYLE
Laisse-nous te verser ce parfum sur les joues!

NICIAS
(à Athanaël)
Ne t'offense pas de leur raillerie!
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt! Admire-les!
Ne t'offense pas!
Sois heureux.

CROBYLE
(à part)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait...
Sa divinité farouche s'humaniserait!
Il est beau! Comme un Dieu!
Ah! Il est beau comme un jeune Dieu!

ATHANAËL
(à lui-même)
Esprit de lumière!
Arme mon coeur pour le combat!
Arme mon coeur contre les charmes,
Les charmes du démon!
Contre les charmes du démon! du démon!

MYRTALE
(léger)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait... s'humaniserait!
Je le crois! Il est beau!
Comme un Dieu!
Ah! Il est beau comme un jeune Dieu!

(Grandes acclamations lointaines et prolongées. Au bruit des acclamations, Nicias est remonté vers la terrasse;
il a regardé du côté de la ville.)

NICIAS
(revenant vers Athanaël en souriant)
Garde-toi bien! Voici ta terrible ennemie!

(Des groupes d'Histrions et de Comédiennes mêlés à des Philosophes, amis de Nicias, paraissent sur la terrasse, précédant de peu d'instants la venue de Thaïs.)

LES COMÉDIENNES, LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
(8 sopranos, 6 ténors, 6 basses ; Crobyle et Myrtale avec les Comédiennes ; tous avec admiration et vénération)
Thaïs! Soeur des Karites!

LES HISTRIONS
Rose d'Alexandrie!

LES PHILOSOPHES
Belle silencieuse!

LES COMÉDIENNES, LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
Thaïs! Tant désirée! Thaïs! Thaïs! Thaïs!

NICIAS
(à Thaïs)
Chère Thaïs!
(invite ses amis à se rendre dans la salle du banquet dont les esclaves soulèvent les tentures)
Hermodore! Aristobule! Callicrate! Dorion!
Mes hôtes! Mes amis!
(Tous se rendent dans la salle dont les tentures se referment.)
Les Dieux soient avec vous!

(Thaïs a été retenue doucement par Nicias au moment où elle se disposait à suivre ses amis dans la salle du banquet. Nicias tombe assis; Thaïs est près de lui. Celle-ci reste debout et répond avec un sourire amèrement ironique au désir de Nicias qui la contemple amoureusement mais tristement.)

THAÏS
C'est Thaïs, l'idole fragile qui vient pour la dernière
fois s'asseoir à la table fleurie. Demain, je ne serai
pour toi plus rien qu'un nom.

NICIAS
Nous nous sommes aimés une longue semaine...

THAÏS
Nous nous sommes aimés une longue semaine...

NICIAS
C'est beaucoup de constance et je ne me plains pas;
et tu vas t'en aller... libre loin de mes bras...

THAÏS
Libre... loin de tes bras...
Pour ce soir, sois joyeux,
laissons s'épanouir les heures bien heureuses,
et ne demandons rien, plus rien à cette nuit
qu'un peu de folle ivresse et de divin oubli!

THAÏS et NICIAS
(sans retenir)
Demain! Demain! Demain, je ne serai pour toi qu'un nom.

THAÏS
(avec amertume)
Ah! Demain! Je ne serai pour toi plus rien... qu'un nom!

(Quelques philosophes, parmi lesquels se trouve Athanaël, sortent de la salle tout en discutant gravement et se dirigent lentement vers la terrasse où ils s'arrêtent. Athanaël s'est détaché du groupe ; il demeure immobile dans une attitude sévère en regardant Thaïs.)

THAÏS
(distraite, à Nicias)
Quel est cet étranger dont le regard farouche s'attache ainsi sur moi?
Je ne l'ai jamais vu paraître en nos festins. D'où vient-il? Quel est-il?

NICIAS

(assez bas et négligemment)
Un philosophe à l'âme rude! Un solitaire du désert!
(avec ironie)
Prends garde! Il est ici pour toi!

THAÏS
(avec une légèreté malicieuse)
Qu'apporte-t-il? L'amour?

NICIAS
Nulle faiblesse humaine ne saurait amollir son coeur.
Il veut te convertir à sa sainte doctrine...

THAÏS
(même sentiment que précédemment)
Qu'enseigne-t-il?

ATHANAËL
(s'avançant doucement)
Le mépris de la chair, l'amour de la douleur,
L'austère pénitence!

THAÏS
(après l'avoir regardé longuement, avec un sourire d'incrédulité)
Va... Passe ton chemin; je ne crois qu'à l'amour
et nulle autre puissance ne pourrait rien sur moi!

(Les Philosophes cessent leur entretien et descendent vers Thaïs. Tous les invités, prévenus par les esclaves,
ont quitté la salle du banquet et peu à peu se joignent, avec un sentiment d'étonnement et de curiosité, à Thaïs et à Nicias.)

ATHANAËL
(qui l'a écoutée avec une sombre colère; avec éclat)

Ah! Ne blasphème pas! Non! Ne blasphème pas!


(Tous entourent Thaïs et Nicias. Thaïs s'avance vers Athanaël - immobile et sombre - doucement avec grâce;
et en le regardant avec un sourire malicieux.)

THAÏS
(à Athanaël, avec un sorte de câlinerie ironique)
Qui te fait si sévère et pourquoi démens-tu la flamme de tes yeux?
Quelle triste folie te fait manquer à ton destin?
Homme fait pour aimer, quelle erreur est la tienne!
Homme fait pour savoir, qui t'aveugle à ce point!
Tu n'as pas effleuré la coupe de la vie!
Tu n'as pas épelé l'amoureuse sagesse!
(avec charme, avec séduction)
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

LES COMÉDIENNES, LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
(Crobyle et Myrtale avec les Comédiennes ; à Athanaël avec le même sentiment que Thaïs)
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
(très ardemment)
Non! Non! Je hais vos fausses ivresses!
Non! Ici, je me tais; mais j'irai, pécheresse,
j'irai dans ton palais te porter le salut,
et je vaincrai l'enfer en triomphant de toi!

THAÏS, NICIAS, LES COMÉDIENNES,
LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
J'irai dans ton palais!


(Au théâtre on passe cette mesure. Voir la petite note de la mesure suivante, en cas de coupure.)

THAÏS et NICIAS
Couronne-toi de roses, rien n'est vrai que d'aimer!

THAÏS, NICIAS, LES COMÉDIENNES,
LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
Tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
(au fond)
J'irai dans ton palais te porter le salut!

THAÏS, NICIAS, LES COMÉDIENNES,
LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
(en riant)
Ah! Ose venir, toi que braves Venus!

(Thaïs, se disposant à reproduire la scène des amours d'Aphrodite)
(Vision du 1er Acte.)

THAÏS
(avec provocation)
Ose venir, toi qui braves Vénus!

(Athanaël a fui avec un gest d'horreur.)
Deuxième Tableau

Alexandrie. La terrasse de la maison de Nicias à Alexandrie (Cette terrasse domine la ville et la mer; elle est ombragée de grands arbres. A droite, vaste tenture derrière laquelle se trouve la salle préparée pour le banquet.
Lentement Athanaël a paru ; il s'est arrêté au fond; à sa vue un serviteur se lève sous le portique et marche à sa rencontre.)

LE SERVITEUR
(brusquement)
Va, mendiant, chercher ailleurs ta vie!
Mon maître ne reçoit pas les chiens comme toi!

ATHANAËL
(doucement)
Mon fils, fais, s'il le plaît, ce que je te commande,
Je suis l'ami de ton maître et je veux lui parler à l'instant.

LE SERVITEUR
(levant son bâton)
Hors d'ici, mendiant!

ATHANAËL
(fermement et avec calme)
Frappe, si tu le veux,
Mais avertis ton maître,
Va.
(Devant le regard et l'attitude d'Athanaël, le serviteur recule, s'incline et disparaît dans la maison. Athanaël,
seul après avoir contemplé un instant la ville du haut de la terrasse.)
Voilà donc la terrible cité!
Alexandrie! Alexandrie!
Où je suis né dans le péché;
l'air brillant où j'ai respiré
l'affreux parfum de la luxure!
Voilà la mer voluptueuse où j'écoutais chanter
la sirène aux yeux d'or!
Oui, voilà mon berceau selon la chair,
(très expressive)
Alexandrie! O ma patrie! Mon berceau, ma patrie!
De ton amour, j'ai détourné mon coeur.
Pour ta richesse, je te hais! Pour ta science et ta beauté, je te hais!
Je te hais!
Et maintenant je te maudis comme un temple hanté par les esprits impurs!
Venez! Anges du ciel! Souffles de Dieu! Venez! Venez!
Anges du ciel! Souffles de Dieu!
Parfumez, du battement de vos ailes, l'air corrompu qui va m'environner!
Venez! Anges du ciel! Souffles de Dieu! Venez! Souffles de Dieu!
Anges du ciel! Venez!

CROBYLE et MYRTALE
(Les voix de Crobyle et de Myrtale, dans la maison)
Ah!
(Nicias paraît et s'avance, les bras appuyés sur les épaules de Crobyle et de Myrtale, deux belles esclaves rieuses.) (en riant aux éclats)
Ah!

NICIAS
(aperçoit Athanaël; il s'arrête et quitte Crobyle et Myrtale ; puis, n'hésitant plus à le reconnaître, il court lui, les bras ouverts; avec vivacité)
Athanaël! c'est toi! mon condisciple, mon ami, mon frère!
(avec légèreté et bonne humeur)
Oh! je te reconnais, bien qu'à la vérité tu sois
bien plus semblable à la bête qu'à l'homme! Embrasse-moi...
et sois le bien venu. Tu quittes le désert? Tu nous reviens?

ATHANAËL
O Nicias! Je ne reviens que pour un jour, que pour une heure!

NICIAS
Dis-moi tes voeux!

ATHANAËL
(calme)
Nicias, tu connais cette comédienne, Thaïs, la courtisane?

NICIAS
(riant)
Certes, je la connais! Pour mieux dire, elle est mienne,
(léger et vif)
encore pour un jour! J'ai vendu pour elle mes vignes
et ma dernière terre et mon dernier moulin,
et composé trois livres d'élégies;
et cela ne compte pour rien!
Je voudrais la fixer, que je perdrais ma peine;
son amour est léger et fuyant comme un rêve!
Qu'attends-tu d'elle?

ATHANAËL
(convaincu)
Je veux la ramener à Dieu!

NICIAS
(éclatant de rire)
Ah! Ah! Ah! Ah! Mon pauvre ami!
Crains d'offenser Vénus dont elle est la prêtresse.

ATHANAËL
(avec assurance)
Je veux la ramener à Dieu!
J'arracherai Thaïs à ces amours immondes
et je la donnerai pour épouse à Jésus.
Pour entrer dans un monastère,
Thaïs va me suivre aujourd'hui!

NICIAS
(bas à l'oreille d'Athanaël et en riant)
Crains d'offenser Vénus, la puissante Déesse! Elle se vengera!

ATHANAËL
Dieu me protègera.
(avec tranquillité)
Où puis-je voir cette femme?

NICIAS
(souriant)
Ici même! Pour la dernière fois,
elle y doit souper avec moi en très joyeuse compagnie!
Elle joue aujourd'hui; en sortant du théâtre, elle viendra.

ATHANAËL
Prête-moi donc, ami, quelque robe d'Asie,
afin que dignement je puisse figurer à ce festin
que tu vas lui donner.

NICIAS
Crobyle et Myrtale, mes chères,
Hâtez-vous de parer mon bon Athanaël.

(Myrtale frappe dans ses mains. Le serviteur paraît auquel elle donne un ordre. Il sort et revient aussitôt avec des esclaves portant un coffret dont Crobyle et Myrtale tirent les objets qui doivent servir à la toilette d'Athanaël
ainsi qu'un miroir de métal dans lequel, en riant, elles lui font voir son visage.)

CROBYLE
(riant)
Ah!

MYRTALE
(riant)
Ah!

(Nicias et Athanaël se sont assis, ils causent amicalement.)

NICIAS
(à Athanaël)
Je vais donc te revoir brillant comme autrefois!

CROBYLE
(riant)
Ah! Ah!

MYRTALE
(riant)
Ah! Ah!

ATHANAËL
(à Nicias)
Oui, j'emprunte à l'enfer des armes contre lui.

(Tandis qu'Athanaël continue à causer avec Nicias, Crobyle et Myrtale commencent à lui verser sur la tête des parfums, à lui accommoder les cheveux et la barbe.)

NICIAS
(en riant)
Philosophe orgueilleux! L'âme humaine est fragile.

CROBYLE
(riant)
Ah! Ah!

MYRTALE
(riant)
Ah! Ah!

ATHANAËL
Je ne crains pas l'orgueil quand le ciel me conduit.

CROBYLE
(à Myrtale, à part)
Il est jeune!

MYRTALE
(à Crobyle, de même)
Il est beau!

CROBYLE
(en riant)
Ah!

MYRTALE
(de même)
Ah!
Sa barbe est un peu rude!

CROBYLE
Ses yeux sont pleins de feu!

MYRTALE
Ce bandeau lui sied bien!

CROBYLE et MYRTALE
Cher Satrape, voici tes bracelets!

MYRTALE
Tes bagues!

CROBYLE
Donne tes bras!

MYRTALE
Tes doigts!

CROBYLE et MYRTALE
(à part)
Il est jeune, il est beau!
Ses yeux sont pleins de feu! Il est jeune, il est beau!

MYRTALE
(continuant la toilette)
La robe maintenant!

CROBYLE
(avec câlinerie)
Quitte ce noir cilice!

ATHANAËL
(se lève comme pour leur échapper)
Ah! femmes, pour cela, jamais!


(Crobyle et Myrtale, d'abord effarouchées par le brusque refus d'Athanaël, reviennent doucement auprès de lui.)

MYRTALE
Soit!

CROBYLE
Soit!

CROBYLE et MYRTALE
(lui passant une robe brodée par dessus sa tunique)
Cache tes rigueurs sous cette robe souple!
(riant aux éclats)
Ah!

NICIAS
(à Athanaël, avec familiarité, en souriant)
Ne t'offense pas de leur raillerie,
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt!
Ne t'offense pas de leur raillerie,
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt!

CROBYLE
(à part, en riant)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait...
Sa divinité farouche s'humaniserait!

ATHANAËL
(à lui-même, avec calme)
Esprit de lumière!
Arme mon coeur pour le combat!

MYRTALE
(à part, en riant)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait... s'humaniserait!
Je le crois!

(Elles continuent la toilette.)

MYRTALE
Laisse-nous te chausser de ces sandales d'or

CROBYLE
Laisse-nous te verser ce parfum sur les joues!

NICIAS
(à Athanaël)
Ne t'offense pas de leur raillerie!
Ne baisse pas devant elles les yeux!
Admire-les plutôt! Admire-les!
Ne t'offense pas!
Sois heureux.

CROBYLE
(à part)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait...
Sa divinité farouche s'humaniserait!
Il est beau! Comme un Dieu!
Ah! Il est beau comme un jeune Dieu!

ATHANAËL
(à lui-même)
Esprit de lumière!
Arme mon coeur pour le combat!
Arme mon coeur contre les charmes,
Les charmes du démon!
Contre les charmes du démon! du démon!

MYRTALE
(léger)
Il est beau comme un jeune Dieu!
Et si Daphné le rencontrait... s'humaniserait!
Je le crois! Il est beau!
Comme un Dieu!
Ah! Il est beau comme un jeune Dieu!

(Grandes acclamations lointaines et prolongées. Au bruit des acclamations, Nicias est remonté vers la terrasse;
il a regardé du côté de la ville.)

NICIAS
(revenant vers Athanaël en souriant)
Garde-toi bien! Voici ta terrible ennemie!

(Des groupes d'Histrions et de Comédiennes mêlés à des Philosophes, amis de Nicias, paraissent sur la terrasse, précédant de peu d'instants la venue de Thaïs.)

LES COMÉDIENNES, LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
(8 sopranos, 6 ténors, 6 basses ; Crobyle et Myrtale avec les Comédiennes ; tous avec admiration et vénération)
Thaïs! Soeur des Karites!

LES HISTRIONS
Rose d'Alexandrie!

LES PHILOSOPHES
Belle silencieuse!

LES COMÉDIENNES, LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
Thaïs! Tant désirée! Thaïs! Thaïs! Thaïs!

NICIAS
(à Thaïs)
Chère Thaïs!
(invite ses amis à se rendre dans la salle du banquet dont les esclaves soulèvent les tentures)
Hermodore! Aristobule! Callicrate! Dorion!
Mes hôtes! Mes amis!
(Tous se rendent dans la salle dont les tentures se referment.)
Les Dieux soient avec vous!

(Thaïs a été retenue doucement par Nicias au moment où elle se disposait à suivre ses amis dans la salle du banquet. Nicias tombe assis; Thaïs est près de lui. Celle-ci reste debout et répond avec un sourire amèrement ironique au désir de Nicias qui la contemple amoureusement mais tristement.)

THAÏS
C'est Thaïs, l'idole fragile qui vient pour la dernière
fois s'asseoir à la table fleurie. Demain, je ne serai
pour toi plus rien qu'un nom.

NICIAS
Nous nous sommes aimés une longue semaine...

THAÏS
Nous nous sommes aimés une longue semaine...

NICIAS
C'est beaucoup de constance et je ne me plains pas;
et tu vas t'en aller... libre loin de mes bras...

THAÏS
Libre... loin de tes bras...
Pour ce soir, sois joyeux,
laissons s'épanouir les heures bien heureuses,
et ne demandons rien, plus rien à cette nuit
qu'un peu de folle ivresse et de divin oubli!

THAÏS et NICIAS
(sans retenir)
Demain! Demain! Demain, je ne serai pour toi qu'un nom.

THAÏS
(avec amertume)
Ah! Demain! Je ne serai pour toi plus rien... qu'un nom!

(Quelques philosophes, parmi lesquels se trouve Athanaël, sortent de la salle tout en discutant gravement et se dirigent lentement vers la terrasse où ils s'arrêtent. Athanaël s'est détaché du groupe ; il demeure immobile dans une attitude sévère en regardant Thaïs.)

THAÏS
(distraite, à Nicias)
Quel est cet étranger dont le regard farouche s'attache ainsi sur moi?
Je ne l'ai jamais vu paraître en nos festins. D'où vient-il? Quel est-il?

NICIAS

(assez bas et négligemment)
Un philosophe à l'âme rude! Un solitaire du désert!
(avec ironie)
Prends garde! Il est ici pour toi!

THAÏS
(avec une légèreté malicieuse)
Qu'apporte-t-il? L'amour?

NICIAS
Nulle faiblesse humaine ne saurait amollir son coeur.
Il veut te convertir à sa sainte doctrine...

THAÏS
(même sentiment que précédemment)
Qu'enseigne-t-il?

ATHANAËL
(s'avançant doucement)
Le mépris de la chair, l'amour de la douleur,
L'austère pénitence!

THAÏS
(après l'avoir regardé longuement, avec un sourire d'incrédulité)
Va... Passe ton chemin; je ne crois qu'à l'amour
et nulle autre puissance ne pourrait rien sur moi!

(Les Philosophes cessent leur entretien et descendent vers Thaïs. Tous les invités, prévenus par les esclaves,
ont quitté la salle du banquet et peu à peu se joignent, avec un sentiment d'étonnement et de curiosité, à Thaïs et à Nicias.)

ATHANAËL
(qui l'a écoutée avec une sombre colère; avec éclat)

Ah! Ne blasphème pas! Non! Ne blasphème pas!


(Tous entourent Thaïs et Nicias. Thaïs s'avance vers Athanaël - immobile et sombre - doucement avec grâce;
et en le regardant avec un sourire malicieux.)

THAÏS
(à Athanaël, avec un sorte de câlinerie ironique)
Qui te fait si sévère et pourquoi démens-tu la flamme de tes yeux?
Quelle triste folie te fait manquer à ton destin?
Homme fait pour aimer, quelle erreur est la tienne!
Homme fait pour savoir, qui t'aveugle à ce point!
Tu n'as pas effleuré la coupe de la vie!
Tu n'as pas épelé l'amoureuse sagesse!
(avec charme, avec séduction)
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

LES COMÉDIENNES, LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
(Crobyle et Myrtale avec les Comédiennes ; à Athanaël avec le même sentiment que Thaïs)
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
(très ardemment)
Non! Non! Je hais vos fausses ivresses!
Non! Ici, je me tais; mais j'irai, pécheresse,
j'irai dans ton palais te porter le salut,
et je vaincrai l'enfer en triomphant de toi!

THAÏS, NICIAS, LES COMÉDIENNES,
LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
Assieds-toi près de nous, couronne-toi de roses;
rien n'est vrai que d'aimer, tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
J'irai dans ton palais!


(Au théâtre on passe cette mesure. Voir la petite note de la mesure suivante, en cas de coupure.)

THAÏS et NICIAS
Couronne-toi de roses, rien n'est vrai que d'aimer!

THAÏS, NICIAS, LES COMÉDIENNES,
LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
Tends les bras à l'amour!

ATHANAËL
(au fond)
J'irai dans ton palais te porter le salut!

THAÏS, NICIAS, LES COMÉDIENNES,
LES HISTRIONS et LES PHILOSOPHES
(en riant)
Ah! Ose venir, toi que braves Venus!

(Thaïs, se disposant à reproduire la scène des amours d'Aphrodite)
(Vision du 1er Acte.)

THAÏS
(avec provocation)
Ose venir, toi qui braves Vénus!

(Athanaël a fui avec un gest d'horreur.)



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