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Acte III


Premier Tableau

L'Oasis (Sous les palmiers, un puits. Plus loin, pour les voyageurs, un abri dans la verdure. Plus loin encore, à la lisière du sable, incendié de soleil, les cellules blanches de la retraite d'Albine. Le soleil est très haut. Sous les palmiers, une à une, quelques femmes viennent en silence, descendent au puits, en remontent et s'éloignent. Thaïs et Athanaël paraissent.)

THAÏS
(accablée de fatigue, se soutient à peine)
L'ardent soleil m'écrase comme un fardeau trop lourd!
Ah! je succombe au poids du jour! Arrêtons-nous!

ATHANAËL
(avec rudesse)
Non! Marche encore! Brise ton corps, anéantis ta chair!

THAÏS
(humblement)
Père, tu dis vrai. Ma torture, je l'offre au divin rédempteur.

ATHANAËL
Seul, le repentir nous épure. Marche!
(d'une voix sourde et terrible)
Ce corps parfait que tu livras aux païens, aux infidèles,
(avec une furie soudaine)
à Nicias!
(puissant et attendri)
Dieu l'avait pourtant formé pour qu'il devint son tabernacle!
(changeant de ton, avec rudesse)
Et maintenant... que tu connais...
la vérité, tu ne peux plus unir tes lèvres,
tu ne peux plus joindre tes mains,
sans concevoir le dégoût de toi-même.
Marche! Expie!

THAÏS
(humblement)
Père, tu dis vrai.

ATHANAËL
Expie!

THAÏS
(craintive)
Sommes-nous loin encor de la maison de Dieu?

ATHANAËL
(avec rudesse)
Marche!

THAÏS
(chancelante)
Je ne puis! pardon, vénéré père!

(Comme elle va défaillir, il la soutient dans ses bras, puis la fait asseoir à l'ombre. Il la contemple un instant silencieusement. Tout à coup, alors, l'expression de son visage s'adoucit.)

ATHANAËL
Ah! des gouttes de sang coulent de ses pieds blancs.
La pitié s'émeut en mon âme! Pauvre enfant, pauvre femme!
J'ai trop prolongé cette épreuve, pardonne-moi! O ma soeur!
(Il se prosterne. Il pleure. Il baise les pieds saignants de Thaïs.)
O sainte Thaïs! O sainte,
(avec adoration)
très sainte Thaïs!

THAÏS
(le regardant longuement)
Ta parole a la douceur
(caressant)
d'une aurore!
(avec résolution)
Marchons maintenant!

ATHANAËL
(la retenant avec douceur)
Pas encore.
(calme sans lenteur, avec une affectueuse sollicitude)
De l'eau fraîche, des fruits, te rendront quelque force...
attends... que je descende vers le puits... que j'aille
vers la halte hospitalière. Vois, là-bas, ces cellules blanches:
C'est le couvent d'Albine où nous allons.
Le but est proche; Espère, prie!

(Il s'éloigne lentement, va vers l'abri sous le feuillage, rapporte des fruits dans une corbeille, puis descend vers le puits avec une coupe de bois.)

THAÏS
(seule)
O messager de Dieu, si bon dans ta rudesse,
Sois béni, toi qui m'as ouvert le ciel!
Ma chair saigne, et mon âme est pleine d'allégresse,
Un air léger baigne mon front brûlant.
Plus fraîche que l'eau de la source,
Plus douce qu'un rayon de miel,
Ta pensée est en moi suave et salutaire et mon esprit,
Dégagé de la terre plane déjà dans cette immensité!
Très vénéré père, sois béni!

(Athanaël revient portant l'eau et les fruits.)

THAÏS
(très soutenu tendre et intime)
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Donne ces fruits, donne ces fruits,
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Ma vie est à toi,
Ma vie est à toi,
Dieu te la confie.
Je t'appartiens,
Ma vie est à toi,
Dieu te la confie.

ATHANAËL
(près de Thaïs, lui offrant la coupe)
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Goûte à ces fruits,
Goûte à ces fruits,
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Ta vie est à moi,
Ta vie est à moi,
Dieu me le confie.
Tu m'appartiens,
Ta vie est à moi,
Dieu me le confie.

(Thaïs après avoir bu élève, en souriant, sa coupe vers Athanaël.)

THAÏS
Bois à ton tour!

ATHANAËL
(transfiguré et tendrement radieux)
Non! à te voir revivre, je goûte une douceur meilleure...
Je sens ton mal apaisé...
O douceur ineffable!

THAÏS
Tout m'enivre...
O divine bonté!

THAÏS
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Donne ces fruits,
Donne ces fruits,
Je t'appartiens, ma vie est à toi,
Dieu te la confie.
Ma vie est à toi!

ATHANAËL
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Goûte à ces fruits,
Goûte à ces fruits,
Tu m'appartiens, ta vie est à moi,
Dieu me la confie.
Ta vie est à moi!

DES VOIX
(1er et 2e Soprano, au loin)
Pater noster, qui es in coelis,
Panem nostrum quotidianum da nobis.

THAÏS
(surprise)
Qui vient?

ATHANAËL
(qui a été regarder et revient)
Ah! providence divine!
Voici la vénérable Albine et ses soeurs
rapportant le pain noir du couvent.
Elles viennent vers nous et marchent en priant.

LES VOIX
(plus proches)
Et ne nos inducas in tentationem,
sed liberanos a malo.

(Albine et ses compagnes paraissent.)

ATHANAËL
(pieusement)
Amen!
(à Albine)
La paix du Seigneur soit avec toi, sainte Albine.
J'apporte à ta ruche divine
Une abeille que j'ai, par la grâce d'en haut,
Trouvée un jour perdue en un chemin sans fleurs.
Dans le creux de ma main, très frêle, je l'ai prise.
De mon souffle je l'ai réchauffée
et voici que pour la consacrer à Dieu je te la donne.

ALBINE
(pieusement)
Ainsi soit-il!

ATHANAËL
(avec une émotion contenue)
Je n'irai pas plus loin.

ALBINE
(elle prend Thaïs dans ses bras et la tient un instant maternellement embrassée)
Venez, ma fille.

ATHTANAËL
Mon oeuvre est accomplie!
Adieu, chère Thaïs, reste recluse en l'étroite cellule,
Fais pénitence et prie à chaque heure pour moi!

THAÏS
(sans lenteur)
Je baise tes mains secourables et je pleure à te quitter...
(simple)
O toi qui m'as rendue à Dieu!

ATHANAËL
O parole touchante!
(avec une exaltation croissante)
O larmes adorables!
Bien heureuse la pécheresse gagnée à l'éternel amour!
(s'attendrissant)
Que son visage est beau!
Quel rayon d'allégresse émane de ses yeux!

THAÏS
Adieu, pour toujours!

ATHANAËL
(comme frappé)
Pour toujours?

THAÏS
Dans la cité céleste nous nous retrouverons!

ALBINE et LES FILLES BLANCHES
Amen!


(Elles s'éloignent. Athanaël la suite du regard comme dans un rêve.)

ATHANAËL
(seul)
Elle va lentement parmi les fille blanches,
Les palmiers inclinent leurs branches
Comme pour rafraîchir son front,
(peu à peu suffoqué par l'émotion)
Et les jours, et les ans passeront...
Sans qu'elle m'apparaisse encore!
(abattu)
Je ne la verrai plus!
(avec un cri d'angoisse)
Je ne la verrai plus!
(Appuyé sur son bâton, il regarde encore et toujours ardemment vers le chemin qu'a pris Thaïs.)

Rideau.


Deuxième Tableau

La Thébaïde (Les cabanes des Cénobites au bord du Nil. Le Ciel est rouge à l'Occident. Il y a dans l'air des menaces d'orage. Les Cénobites viennent de terminer leur repas du soir et regardent le ciel avec une vague terreur. Rafales lointaines du Simoun.)

LES 12 CÉNOBITES
Que le ciel est pesant! Quelle torpeur accable les êtres et les choses.

SIX CÉNOBITES
(basses)
On entend au loin le cri du chacal!
(ténors)
Le vent va déchaîner ses meutes rugissantes

LES 12 CÉNOBITES
(larges éclairs et grondement de la foudre, au loin)
Avec le tonnerre et l'éclair!

PALÉMON
(aux Cénobites qui s'empressent au travail selon l'indication de Palémon)
Rentrons dans nos cabanes et nos grains et nos fruits.
Redoutons une nuit d'orage qui les disperserait.

UN CÉNOBITE
Athanaël... Qui l'a vu?

PALÉMON
Depuis vingt jours qu'il nous est revenu, mes frères,
je crois bien qu'il n'a mangé, ni bu!
Le triomphe qu'il a remporté sur l'enfer
semble l'avoir brisé de corps et d'âme!

(Athanaël paraît les yeux fixes, l'air farouche, le corps comme brisé.)

LES CÉNOBITES
(avec respect)
C'est lui qui vient!

(Athanaël passe au milieu d'eux comme s'il ne les voyait pas.)

UN GROUPE
Sa pensée est absente.

UN AUTRE GROUPE
Elle est auprès de Dieu!

1er GROUPE
(en s'éloignant)
Respectons son silence.

2e GROUPE
(en s'éloignant)
Laissons le seul...

1er GROUPE
Laissons le seul...

ATHANAEL
(à Palémon avec humilité)
Demeure auprès de moi;
il faut que je confesse le trouble
de mon âme à ton âme sereine.
Tu sais, Ô Palémon,
que j'ai reconquis l'âme de celle qui fut l'impure Thaïs;
une orgueilleuse joie a suivi ce triomphe
et je suis revenu vers ce désert de paix! Et!
(suffoqué)
bien, en moi la paix est morte!
(frémissant)
En vain j'ai flagellé ma chair,
en vain je l'ai meurtrie!
Un démon me possède!
La beauté de la femme hante mes visions!
(bien chanté)
Je ne vois que Thaïs, Thaïs! Thaïs!
Ou mieux, ce n'est pas elle,
C'est Hélène et Phryné c'est Vénus Astarté,
toutes les splendeurs et toutes les voluptés en une seule créature!
Je ne voix que Thaïs! Thaïs! Thaïs!

(Il tombe comme écrasé de honte aux pieds de Palémon.)

PALÉMON
(doucement et simplement posant la main sur le tête d'Athanaël)
Ne t'avais-je pas dit:
"Ne nous mêlons jamais, mon fils aux gens du siècle;
craignons les pièges de l'esprit!"
Ah! Pourquoi nous as-tu quittés? Pourquoi?
Que Dieu t'assiste!

(Athanaël se lève. Palémon l'embrasse et s'éloigne.)
Adieu!

(Athanaël, seul, s'agenouille sur sa natte, étend les bras pour une muette et fervente oraison. Après quoi il s'allonge, les mains jointes et s'endort. C'est la Thébaïde. Athanaël endormi à la même place. Thaïs, près de lui, droite.)

THAIS
(à Athanaël, avec un grand charme et une séduction provocante)

Qui te fait si sévère, et pourquoi démens-tu la flamme de tes yeux?)

ATHANAEL
(d'une voix étouffée, comme en rêvant)
Thaïs!

THAIS
Quelle triste folie te fait manquer à ton destin?
Homme fait pour aimer,
(avec un sourire)
quelle erreur est la tienne!

ATHANAEL
(haletant, se levant)
Ah! Satan! Arrière! Ma chair brûle!

THAIS
(avec provocation)
Ose venir, toi qui braves Vénus!

ATHANAEL
(éperdu)
Je meurs!

THAIS
(rires stridents)
Ah!
(à volonté)
Ah!

ATHANAEL
Thaïs!

THAIS
(de même)
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

ATHANAEL
Viens! Viens! Viens! Thaïs!
(L'image de Thaïs disparaît subitement.)
Vision

ATHANAEL
(Apercevant la Vision:
avec un cri d'épouvante, et reculant)
Ah!

(Les voix placées assez loin.
On doit chanter fort. Effet très doux.)

LES VOIX
Une Sainte est près de quitter la terre,
Thaïs d'Alexandrie va mourir! Thaïs va mourir!

(La Vision s'efface.)

ATHANAEL
(avec égarement répétant les paroles entendues pendant la vision)
Thaïs va mourir! Thaïs va mourir!
(avec une passion furieuse)
Alors, pourquoi le ciel, les êtres, la lumière?
A quoi bon l'univers? Thaïs va mourir!
Ah! la voir encore! Le revoir, la saisir, la garder!
Je la veux! Je la veux
(haletant et désespéré)
Je vais te reprendre! Je vais te reprendre?
(en délirant)
Sois à moi! Sois à moi! A moi! A moi!
Sois à moi! Sois à moi!

(Il s'élance et disparaît dans la nuit. Fin de tableau. La musique continue jusqu'au changement. Obscurité complète. Nuages envahissants. Éclairs sinistres. Tonnerre.)


Troisième Tableau

La Mort de Thaïs (Le jardin du monastère d'Albine. A l'ombre d'un grand figuier, Thaïs est étendue, immobile, comme morte. Ses compagnes et Albine sont autour d'elle.)

LES FILLES BLANCHES
(Les Filles blanches à genoux,
les mains jointes, autour de Thaïs; presque murmuré)
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!
Effacez mon iniquité selon votre miséricorde!

ALBINE
(à part, contemplant Thaïs)
Dieu l'appelle et, ce soir,
la blancheur du linceul aura voilé ce pur visage!
Durant trois mois, elle a veillé, prié, pleuré...
Son corps est détruit par la pénitence,
mais ses péchés sont effacés!

LES FILLES BLANCHES
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!

(Athanaël, très pâle, très troublé paraît à l'entrée du jardin. Ayant été aperçu par Albine, il contient de suite son émotion et s'arrête humblement. Albine est allée au devant de lui avec respect. Les filles blanches forment un groupe qui tout d'abord dérobe à Athanaël la vue de Thaïs.)

ALBINE
(à Athanaël, simplement)
Sois le bienvenu dans nos tabernacles,
ô père vénéré!
Car sans doute tu viens pour bénir cette sainte
que tu nous a donnée?

ATHANAEL
(avec un trouble,
un égarement qu'il essaie de contenir)
Oui, Thaïs!

ALBINE
Ayant fait ce que ton esprit pur lui commanda de faire,
voici qu'elle va voir l'éternelle lumière!

(Les compagnes de Thaïs s'étant écartées,
Athanaël aperçoit Thaïs.)

ATHANAEL
(avec angoisse)
Thaïs! Thaïs!

(Athanaël, écrasé de douleur, est tombé prosterné. Albine et les Filles blanches s'éloignent de quelques pas. Les Filles blanches et Albine en s'éloignant.)

LES FILLES BLANCHES
(presque murmuré)
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!

(Athanaël s'est traîné sur le genoux et se trouve près de Thaïs à laquelle il tend les bras.)

ATHANAEL
(à voix basse et douloureusement)
Thaïs!

THAIS
(ouvre les yeux et regarde Athanaël avec douceur)
C'est toi, mon père!
(dans l'extase et n'écoutant pas ce que lui répond Athanaël)
Te souvient-il du lumineux voyage lorsque tu m'as conduite ici?

ATHANAEL
(avec attendrissement)
J'ai le seul souvenir de ta beauté mortelle!

THAIS
Te souvient-il de ces heures de calme
dans la fraîcheur de l'oasis!

ATHANAEL
(avec ardeur)
Ah! Je me souviens seulement de cette soif
inapaisée dont tu seras l'apaisement...

THAIS
Surtout te souvient-il de tes saintes paroles
en ce jour où par toi j'ai connu le seul amour!

ATHANAEL
(avec anxiété)
Quand j'ai parlé je t'ai menti!

THAIS
(toujours sans l'écouter et dans le ravissement)
Et la voilà l'aurore!

ATHANAEL
Je t'ai menti!

THAIS
Et les voilà les roses de l'éternel matin!

ATHANAEL
(comme pour la convaincre)
Non! Le ciel... Rien n'existe...
(avec fièvre)
Rien n'est vrai que la vie et que l'amour des être...
(avec adoration)
Je t'aime!

THAIS
Le ciel s'ouvre! Voici les anges et les prophètes...
et les saints! Ils viennent avec un sourire,
(elle se soulève)
les mains toutes pleines de fleurs!

ATHANAEL
Entends-moi donc... Ma toute aimée!

THAIS
(elle se lève tout à fait)
Deux séraphins aux blanches ailes planent dans l'azur,
et comme tu l'as dit, le doux consolateur posant
sur mes yeux ses doigts de lumière!
Ah! en essuie à jamais les pleurs!

ATHANAEL
Viens! tu m'appartiens! O ma Thaïs! Je t'aime... Je t'aime! Thaïs!
Ah! Viens! Dis-moi: je vivrai! Je vivrai!

THAIS
Le son des harpes d'or m'enchante!
De suaves parfums me pénètrent!
Je sens une exquise béatitude,
Ah! Ah! Une béatitude endormir tous mes maux!

ATHANAEL
O Thaïs! Ma Thaïs! O ma Thaïs, tu m'appartiens! Thaïs!
Thaïs! Je t'aime!
Viens! Thaïs! Ah! Viens! Viens!

THAIS
Ah! le ciel! Je voix... Dieu!

(Elle meurt.)

ATHANAËL
Morte!
(avec un accent déchirant)
pitié !
Acte III


Premier Tableau

L'Oasis (Sous les palmiers, un puits. Plus loin, pour les voyageurs, un abri dans la verdure. Plus loin encore, à la lisière du sable, incendié de soleil, les cellules blanches de la retraite d'Albine. Le soleil est très haut. Sous les palmiers, une à une, quelques femmes viennent en silence, descendent au puits, en remontent et s'éloignent. Thaïs et Athanaël paraissent.)

THAÏS
(accablée de fatigue, se soutient à peine)
L'ardent soleil m'écrase comme un fardeau trop lourd!
Ah! je succombe au poids du jour! Arrêtons-nous!

ATHANAËL
(avec rudesse)
Non! Marche encore! Brise ton corps, anéantis ta chair!

THAÏS
(humblement)
Père, tu dis vrai. Ma torture, je l'offre au divin rédempteur.

ATHANAËL
Seul, le repentir nous épure. Marche!
(d'une voix sourde et terrible)
Ce corps parfait que tu livras aux païens, aux infidèles,
(avec une furie soudaine)
à Nicias!
(puissant et attendri)
Dieu l'avait pourtant formé pour qu'il devint son tabernacle!
(changeant de ton, avec rudesse)
Et maintenant... que tu connais...
la vérité, tu ne peux plus unir tes lèvres,
tu ne peux plus joindre tes mains,
sans concevoir le dégoût de toi-même.
Marche! Expie!

THAÏS
(humblement)
Père, tu dis vrai.

ATHANAËL
Expie!

THAÏS
(craintive)
Sommes-nous loin encor de la maison de Dieu?

ATHANAËL
(avec rudesse)
Marche!

THAÏS
(chancelante)
Je ne puis! pardon, vénéré père!

(Comme elle va défaillir, il la soutient dans ses bras, puis la fait asseoir à l'ombre. Il la contemple un instant silencieusement. Tout à coup, alors, l'expression de son visage s'adoucit.)

ATHANAËL
Ah! des gouttes de sang coulent de ses pieds blancs.
La pitié s'émeut en mon âme! Pauvre enfant, pauvre femme!
J'ai trop prolongé cette épreuve, pardonne-moi! O ma soeur!
(Il se prosterne. Il pleure. Il baise les pieds saignants de Thaïs.)
O sainte Thaïs! O sainte,
(avec adoration)
très sainte Thaïs!

THAÏS
(le regardant longuement)
Ta parole a la douceur
(caressant)
d'une aurore!
(avec résolution)
Marchons maintenant!

ATHANAËL
(la retenant avec douceur)
Pas encore.
(calme sans lenteur, avec une affectueuse sollicitude)
De l'eau fraîche, des fruits, te rendront quelque force...
attends... que je descende vers le puits... que j'aille
vers la halte hospitalière. Vois, là-bas, ces cellules blanches:
C'est le couvent d'Albine où nous allons.
Le but est proche; Espère, prie!

(Il s'éloigne lentement, va vers l'abri sous le feuillage, rapporte des fruits dans une corbeille, puis descend vers le puits avec une coupe de bois.)

THAÏS
(seule)
O messager de Dieu, si bon dans ta rudesse,
Sois béni, toi qui m'as ouvert le ciel!
Ma chair saigne, et mon âme est pleine d'allégresse,
Un air léger baigne mon front brûlant.
Plus fraîche que l'eau de la source,
Plus douce qu'un rayon de miel,
Ta pensée est en moi suave et salutaire et mon esprit,
Dégagé de la terre plane déjà dans cette immensité!
Très vénéré père, sois béni!

(Athanaël revient portant l'eau et les fruits.)

THAÏS
(très soutenu tendre et intime)
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Donne ces fruits, donne ces fruits,
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Ma vie est à toi,
Ma vie est à toi,
Dieu te la confie.
Je t'appartiens,
Ma vie est à toi,
Dieu te la confie.

ATHANAËL
(près de Thaïs, lui offrant la coupe)
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Goûte à ces fruits,
Goûte à ces fruits,
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Ta vie est à moi,
Ta vie est à moi,
Dieu me le confie.
Tu m'appartiens,
Ta vie est à moi,
Dieu me le confie.

(Thaïs après avoir bu élève, en souriant, sa coupe vers Athanaël.)

THAÏS
Bois à ton tour!

ATHANAËL
(transfiguré et tendrement radieux)
Non! à te voir revivre, je goûte une douceur meilleure...
Je sens ton mal apaisé...
O douceur ineffable!

THAÏS
Tout m'enivre...
O divine bonté!

THAÏS
Baigne d'eau mes mains et mes lèvres,
Donne ces fruits,
Donne ces fruits,
Je t'appartiens, ma vie est à toi,
Dieu te la confie.
Ma vie est à toi!

ATHANAËL
Baigne d'eau tes mains et tes lèvres,
Goûte à ces fruits,
Goûte à ces fruits,
Tu m'appartiens, ta vie est à moi,
Dieu me la confie.
Ta vie est à moi!

DES VOIX
(1er et 2e Soprano, au loin)
Pater noster, qui es in coelis,
Panem nostrum quotidianum da nobis.

THAÏS
(surprise)
Qui vient?

ATHANAËL
(qui a été regarder et revient)
Ah! providence divine!
Voici la vénérable Albine et ses soeurs
rapportant le pain noir du couvent.
Elles viennent vers nous et marchent en priant.

LES VOIX
(plus proches)
Et ne nos inducas in tentationem,
sed liberanos a malo.

(Albine et ses compagnes paraissent.)

ATHANAËL
(pieusement)
Amen!
(à Albine)
La paix du Seigneur soit avec toi, sainte Albine.
J'apporte à ta ruche divine
Une abeille que j'ai, par la grâce d'en haut,
Trouvée un jour perdue en un chemin sans fleurs.
Dans le creux de ma main, très frêle, je l'ai prise.
De mon souffle je l'ai réchauffée
et voici que pour la consacrer à Dieu je te la donne.

ALBINE
(pieusement)
Ainsi soit-il!

ATHANAËL
(avec une émotion contenue)
Je n'irai pas plus loin.

ALBINE
(elle prend Thaïs dans ses bras et la tient un instant maternellement embrassée)
Venez, ma fille.

ATHTANAËL
Mon oeuvre est accomplie!
Adieu, chère Thaïs, reste recluse en l'étroite cellule,
Fais pénitence et prie à chaque heure pour moi!

THAÏS
(sans lenteur)
Je baise tes mains secourables et je pleure à te quitter...
(simple)
O toi qui m'as rendue à Dieu!

ATHANAËL
O parole touchante!
(avec une exaltation croissante)
O larmes adorables!
Bien heureuse la pécheresse gagnée à l'éternel amour!
(s'attendrissant)
Que son visage est beau!
Quel rayon d'allégresse émane de ses yeux!

THAÏS
Adieu, pour toujours!

ATHANAËL
(comme frappé)
Pour toujours?

THAÏS
Dans la cité céleste nous nous retrouverons!

ALBINE et LES FILLES BLANCHES
Amen!


(Elles s'éloignent. Athanaël la suite du regard comme dans un rêve.)

ATHANAËL
(seul)
Elle va lentement parmi les fille blanches,
Les palmiers inclinent leurs branches
Comme pour rafraîchir son front,
(peu à peu suffoqué par l'émotion)
Et les jours, et les ans passeront...
Sans qu'elle m'apparaisse encore!
(abattu)
Je ne la verrai plus!
(avec un cri d'angoisse)
Je ne la verrai plus!
(Appuyé sur son bâton, il regarde encore et toujours ardemment vers le chemin qu'a pris Thaïs.)

Rideau.


Deuxième Tableau

La Thébaïde (Les cabanes des Cénobites au bord du Nil. Le Ciel est rouge à l'Occident. Il y a dans l'air des menaces d'orage. Les Cénobites viennent de terminer leur repas du soir et regardent le ciel avec une vague terreur. Rafales lointaines du Simoun.)

LES 12 CÉNOBITES
Que le ciel est pesant! Quelle torpeur accable les êtres et les choses.

SIX CÉNOBITES
(basses)
On entend au loin le cri du chacal!
(ténors)
Le vent va déchaîner ses meutes rugissantes

LES 12 CÉNOBITES
(larges éclairs et grondement de la foudre, au loin)
Avec le tonnerre et l'éclair!

PALÉMON
(aux Cénobites qui s'empressent au travail selon l'indication de Palémon)
Rentrons dans nos cabanes et nos grains et nos fruits.
Redoutons une nuit d'orage qui les disperserait.

UN CÉNOBITE
Athanaël... Qui l'a vu?

PALÉMON
Depuis vingt jours qu'il nous est revenu, mes frères,
je crois bien qu'il n'a mangé, ni bu!
Le triomphe qu'il a remporté sur l'enfer
semble l'avoir brisé de corps et d'âme!

(Athanaël paraît les yeux fixes, l'air farouche, le corps comme brisé.)

LES CÉNOBITES
(avec respect)
C'est lui qui vient!

(Athanaël passe au milieu d'eux comme s'il ne les voyait pas.)

UN GROUPE
Sa pensée est absente.

UN AUTRE GROUPE
Elle est auprès de Dieu!

1er GROUPE
(en s'éloignant)
Respectons son silence.

2e GROUPE
(en s'éloignant)
Laissons le seul...

1er GROUPE
Laissons le seul...

ATHANAEL
(à Palémon avec humilité)
Demeure auprès de moi;
il faut que je confesse le trouble
de mon âme à ton âme sereine.
Tu sais, Ô Palémon,
que j'ai reconquis l'âme de celle qui fut l'impure Thaïs;
une orgueilleuse joie a suivi ce triomphe
et je suis revenu vers ce désert de paix! Et!
(suffoqué)
bien, en moi la paix est morte!
(frémissant)
En vain j'ai flagellé ma chair,
en vain je l'ai meurtrie!
Un démon me possède!
La beauté de la femme hante mes visions!
(bien chanté)
Je ne vois que Thaïs, Thaïs! Thaïs!
Ou mieux, ce n'est pas elle,
C'est Hélène et Phryné c'est Vénus Astarté,
toutes les splendeurs et toutes les voluptés en une seule créature!
Je ne voix que Thaïs! Thaïs! Thaïs!

(Il tombe comme écrasé de honte aux pieds de Palémon.)

PALÉMON
(doucement et simplement posant la main sur le tête d'Athanaël)
Ne t'avais-je pas dit:
"Ne nous mêlons jamais, mon fils aux gens du siècle;
craignons les pièges de l'esprit!"
Ah! Pourquoi nous as-tu quittés? Pourquoi?
Que Dieu t'assiste!

(Athanaël se lève. Palémon l'embrasse et s'éloigne.)
Adieu!

(Athanaël, seul, s'agenouille sur sa natte, étend les bras pour une muette et fervente oraison. Après quoi il s'allonge, les mains jointes et s'endort. C'est la Thébaïde. Athanaël endormi à la même place. Thaïs, près de lui, droite.)

THAIS
(à Athanaël, avec un grand charme et une séduction provocante)

Qui te fait si sévère, et pourquoi démens-tu la flamme de tes yeux?)

ATHANAEL
(d'une voix étouffée, comme en rêvant)
Thaïs!

THAIS
Quelle triste folie te fait manquer à ton destin?
Homme fait pour aimer,
(avec un sourire)
quelle erreur est la tienne!

ATHANAEL
(haletant, se levant)
Ah! Satan! Arrière! Ma chair brûle!

THAIS
(avec provocation)
Ose venir, toi qui braves Vénus!

ATHANAEL
(éperdu)
Je meurs!

THAIS
(rires stridents)
Ah!
(à volonté)
Ah!

ATHANAEL
Thaïs!

THAIS
(de même)
Ah! Ah! Ah! Ah! Ah!

ATHANAEL
Viens! Viens! Viens! Thaïs!
(L'image de Thaïs disparaît subitement.)
Vision

ATHANAEL
(Apercevant la Vision:
avec un cri d'épouvante, et reculant)
Ah!

(Les voix placées assez loin.
On doit chanter fort. Effet très doux.)

LES VOIX
Une Sainte est près de quitter la terre,
Thaïs d'Alexandrie va mourir! Thaïs va mourir!

(La Vision s'efface.)

ATHANAEL
(avec égarement répétant les paroles entendues pendant la vision)
Thaïs va mourir! Thaïs va mourir!
(avec une passion furieuse)
Alors, pourquoi le ciel, les êtres, la lumière?
A quoi bon l'univers? Thaïs va mourir!
Ah! la voir encore! Le revoir, la saisir, la garder!
Je la veux! Je la veux
(haletant et désespéré)
Je vais te reprendre! Je vais te reprendre?
(en délirant)
Sois à moi! Sois à moi! A moi! A moi!
Sois à moi! Sois à moi!

(Il s'élance et disparaît dans la nuit. Fin de tableau. La musique continue jusqu'au changement. Obscurité complète. Nuages envahissants. Éclairs sinistres. Tonnerre.)


Troisième Tableau

La Mort de Thaïs (Le jardin du monastère d'Albine. A l'ombre d'un grand figuier, Thaïs est étendue, immobile, comme morte. Ses compagnes et Albine sont autour d'elle.)

LES FILLES BLANCHES
(Les Filles blanches à genoux,
les mains jointes, autour de Thaïs; presque murmuré)
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!
Effacez mon iniquité selon votre miséricorde!

ALBINE
(à part, contemplant Thaïs)
Dieu l'appelle et, ce soir,
la blancheur du linceul aura voilé ce pur visage!
Durant trois mois, elle a veillé, prié, pleuré...
Son corps est détruit par la pénitence,
mais ses péchés sont effacés!

LES FILLES BLANCHES
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!

(Athanaël, très pâle, très troublé paraît à l'entrée du jardin. Ayant été aperçu par Albine, il contient de suite son émotion et s'arrête humblement. Albine est allée au devant de lui avec respect. Les filles blanches forment un groupe qui tout d'abord dérobe à Athanaël la vue de Thaïs.)

ALBINE
(à Athanaël, simplement)
Sois le bienvenu dans nos tabernacles,
ô père vénéré!
Car sans doute tu viens pour bénir cette sainte
que tu nous a donnée?

ATHANAEL
(avec un trouble,
un égarement qu'il essaie de contenir)
Oui, Thaïs!

ALBINE
Ayant fait ce que ton esprit pur lui commanda de faire,
voici qu'elle va voir l'éternelle lumière!

(Les compagnes de Thaïs s'étant écartées,
Athanaël aperçoit Thaïs.)

ATHANAEL
(avec angoisse)
Thaïs! Thaïs!

(Athanaël, écrasé de douleur, est tombé prosterné. Albine et les Filles blanches s'éloignent de quelques pas. Les Filles blanches et Albine en s'éloignant.)

LES FILLES BLANCHES
(presque murmuré)
Seigneur, ayez pitié de moi selon votre mansuétude!

(Athanaël s'est traîné sur le genoux et se trouve près de Thaïs à laquelle il tend les bras.)

ATHANAEL
(à voix basse et douloureusement)
Thaïs!

THAIS
(ouvre les yeux et regarde Athanaël avec douceur)
C'est toi, mon père!
(dans l'extase et n'écoutant pas ce que lui répond Athanaël)
Te souvient-il du lumineux voyage lorsque tu m'as conduite ici?

ATHANAEL
(avec attendrissement)
J'ai le seul souvenir de ta beauté mortelle!

THAIS
Te souvient-il de ces heures de calme
dans la fraîcheur de l'oasis!

ATHANAEL
(avec ardeur)
Ah! Je me souviens seulement de cette soif
inapaisée dont tu seras l'apaisement...

THAIS
Surtout te souvient-il de tes saintes paroles
en ce jour où par toi j'ai connu le seul amour!

ATHANAEL
(avec anxiété)
Quand j'ai parlé je t'ai menti!

THAIS
(toujours sans l'écouter et dans le ravissement)
Et la voilà l'aurore!

ATHANAEL
Je t'ai menti!

THAIS
Et les voilà les roses de l'éternel matin!

ATHANAEL
(comme pour la convaincre)
Non! Le ciel... Rien n'existe...
(avec fièvre)
Rien n'est vrai que la vie et que l'amour des être...
(avec adoration)
Je t'aime!

THAIS
Le ciel s'ouvre! Voici les anges et les prophètes...
et les saints! Ils viennent avec un sourire,
(elle se soulève)
les mains toutes pleines de fleurs!

ATHANAEL
Entends-moi donc... Ma toute aimée!

THAIS
(elle se lève tout à fait)
Deux séraphins aux blanches ailes planent dans l'azur,
et comme tu l'as dit, le doux consolateur posant
sur mes yeux ses doigts de lumière!
Ah! en essuie à jamais les pleurs!

ATHANAEL
Viens! tu m'appartiens! O ma Thaïs! Je t'aime... Je t'aime! Thaïs!
Ah! Viens! Dis-moi: je vivrai! Je vivrai!

THAIS
Le son des harpes d'or m'enchante!
De suaves parfums me pénètrent!
Je sens une exquise béatitude,
Ah! Ah! Une béatitude endormir tous mes maux!

ATHANAEL
O Thaïs! Ma Thaïs! O ma Thaïs, tu m'appartiens! Thaïs!
Thaïs! Je t'aime!
Viens! Thaïs! Ah! Viens! Viens!

THAIS
Ah! le ciel! Je voix... Dieu!

(Elle meurt.)

ATHANAËL
Morte!
(avec un accent déchirant)
pitié !

(Livret de Louis Gallet)



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