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ACTE I


(Le théâtre représente une salle du château du comte de Nevers. Au fond, de grandes croisées ouvertes laissent voir des jardins et une pelouse, sur laquelle plusieurs seigneurs jouent au ballon; à droite, une porte qui donne dans les appartements intérieurs; à gauche, une croisée fermée par un rideau et qui est censée donner sur un oratoire; sur le devant du théâtre, d'autres seigneurs jouent aux dés, au bilboquet, etc. Nevers, Tavannes, Cossé, de Retz, Thoré, Méru et d'autres seigneurs catholiques les regardent et parlent entre eux)

NEVERS
Des beaux jours de la jeunesse,
dans la plus riante ivresse,
hâtons-nous, le temps nous presse,
hâtons-nous de jouir...
...oui, hâtons-nous de jouir!

SEIGNEURS
Hâtons-nous, hâtons-nous de jouir!

NEVERS, SEIGNEURS,
Des beaux jours de la jeunesse, etc.

SEIGNEURS, COSSE, TAVANNES
Aux jeux, à la folie
consacrons notre vie,
et qu'ici tout s'oublie
excepté le plaisir!

SEIGNEURS, CHOEUR
Aux jeux, à la folie, etc.
Tout, oublions tout...

NEVERS
...tout, oublions tout,
excepté le plaisir,...

SEIGNEURS
...excepté le plaisir!

NEVERS, SEIGNEURS, CHOEUR
Des beaux jours de la jeunesse, etc.
Que tout s'oublie, tout
excepté le plaisir, amis,
et qu'ici tout s'oublie,
tout, excepté le plaisir!

TAVANNES
De ces lieux enchanteurs
châtelain respectable,
pourquoi, cher Nevers,
pourquoi ne pas nous mettre à table?

SEIGNEURS, CHOEUR
Pourquoi ne pas nous mettre à table?
Pourquoi? Pourquoi?

NEVERS
Nous attendons encore un convive.

TOUS
Et lequel?

NEVERS
Un jeune gentilhomme, un nouveau camarade,
qui dans nos lansquenets vient d'obtenir un grade
par le crédit de l'amiral!

TOUS
O ciel!

COSSE
C'est donc un huguenot?

TOUS
C'est donc un huguenot?

NEVERS
Eh! oui; mais je vous prie
de le traiter en frère, en ami; notre roi
nous en donne l'exemple et nous en fait la loi,
avec les protestants il se réconcilie;
Coligny, Médicis ont juré devant Dieu
une éternelle paix...

TAVANNES
Qui durera bien peu.

TOUS
Bien peu!

NEVERS
Que nous importe à nous!

TAVANNES
(Observe a Raoul)
Mais de ce côté, regardez, mes amis.

NEVERS
C'est celui que j'attends, c'est Raoul de Nangis.

THORE
Quelle sombre pensée...

MERU
... ou quel ennui l'accable?

TAVANNES
Des dogmes de Calvin effet inévitable!

DE RETZ
Je veux m'en amuser.

NEVERS
Et moi le convertir!

TAVANNES
Tu veux le convertir?

NEVERS
Au culte des vrais dieux:
l'amour et le plaisir

SEIGNEURS
L'amour et le plaisir!

RAOUL
Sous ce beau ciel de la Touraine,
parmi ce que la cour offre de plus brillant,
pour moi, simple soldat,
soldat que l'on connaît à peine,
ah! quel honneur d'être admis!

NEVERS
Il n'est pas mal, vraiment!

RAOUL
Quel honneur...

NEVERS
Et nous le formerons!

RAOUL
... d'être admis...

SEIGNEURS
Il n'est pas mal vraiment
et nous le formerons!
Mais vraiment, il est bien, il est bien!

NEVERS
A table!

SEIGNEURS
A table, Allons!

SEIGNEURS, CHOEUR
Bonheur de la table,
bonheur véritable,
plaisir seul durable,
qui ne trompe pas!
Buveur intrépide,
que Bacchus me guide,
que Bacchus lui seul préside,
que lui seul préside
à ce gai repas!

NEVERS
De la Touraine

CHOEUR
Versez les vins!

TAVANNES
Le vin amène

CHOEUR
Joyeux refrains!

TAVANNES, COSSE
Et dans l'ivresse

CHOEUR
Noyons soudain

TAVANNES, COSSE
et la sagesse

CHOEUR
et le chagrin!

SEIGNEURS, CHOEUR
Bonheur de la table, etc.
et la sagesse et le chagrin!

NEVERS
Versez de nouveaux vins! versez avec largesse,
Allons, Raoul, buvons à nos maîtresses!
Rien qu'à votre air et tendre et langoureux,
je gage que déjà vous êtes amoureux!

RAOUL
Qui? moi?

NEVERS
C'est permis à notre âge!
Mais sous ses chastes lois demain
l'hymen m'engage:
Je l'ai promis, je renonce à l'amour;
et depuis ce moment je ne saurais suffire
aux nombreux désespoirs des dames de la cour.

TAVANNES
Dis-nous cela! Chacun dans un récit fidèle
suivra ton exemple.

NEVERS
Oui, faisons tous cet essai;
c'est au nouveau venu de commencer.

SEIGNEURS
C'est vrai!

RAOUL
Je le puis volontiers sans compromettre
celle dont mon coeur est épris.

NEVERS
Et d'abord quelle est-elle?

RAOUL
Je n'en sais rien!

NEVERS
Son nom?

RAOUL
Je l'ignore!

NEVERS
Vraiment!
Or écoutons, messieurs, le récit est piquant.

RAOUL
Non loin des vieilles tours et des remparts d'Amboise,
seul j'égarais mes pas, quand j'aperçois soudain
une riche litière au détour du chemin;
d'étudiants nombreux la troupe discourtoise l'entourait,
et leurs cris, leur air audacieux
me laissaient deviner leur projet;
je m'élance... Tout fuit à mon aspect.
Timide, je m'avance...
Ah! quel spectacle enchanteur vint s'offrir à mes yeux!
Plus blanche que la blanche hermine,
plus pure qu'un jour de printemps,
un ange, une vierge divine,
de sa vue éblouit mes sens.
Vierge immortelle! Qu'elle était belle!
Et malgré moi devant elle m'inclinant,
je disais, je lui disais:
Bel ange, reine des amours,
beauté du ciel, je t'aimerai toujours,
toujours, toujours, toujours,
je veux t'aimer, je veux t'aimer toujours!

CHOEUR
(Marcel arrive)
Vraiment, sa candeur est charmante!
Hélas, il tremble devant deux beaux yeux!

RAOUL
En m'écoutant, un doux sourire
trahit le trouble de son coeur,
et dans ses yeux j'ai su lire
le présage de mon bonheur.
Amant fidèle, flamme nouvelle
me brûle encor, hélas, loin d'elle
me brûle encor, et je me dis
Bel ange, reine des amours...

TAVANNES
(Marcel arrives)
Quelle étrange figure ici vois-je apparaître?

RAOUL
C'est un vieux serviteur, messieurs,
qui jadis m'a vu naître.

MARCEL
(Approchant Raoul)
Sir Raoul?

(à Raoul)

Ciel! à table avec eux!
Ah! mon maître, Dieu nous dit:
"De l'impie évite le festin!"

MERU
(En riant)
C'est un saint d'Israël!

MARCEL
Dans le camp philistin!

NEVERS, SEIGNEURS
Que dit-il?

RAOUL
Ah! pardon!
Entre un glaive et la Bible
mon aïeul l'éleva, ne jurant que Luther,
dans l'horreur de l'amour, du pape et de l'enfer.

MARCEL
C'est cela!

RAOUL
Mais fidèle, héroïque et sensible,
diamant brut incrusté dans du fer!

(à Marcel)

Viens, sers-nous et tais-toi!
Tais-toi, s'il est possible!

MARCEL
J'obéis.

(pour lui)

Mais comment le sauver de leurs bras?

NEVERS, MERU
Amis, buvons à nos maîtresses!

RAOUL, COSSE, TAVANNES
Au seul objet de ma tendresse!

MARCEL
(pour lui)
Ah! viens, divin Luther,
pour le sauver du mal!
Ah! viens mêler ta voix tonnante
à leur chant infernal!
Seigneur, rempart et seul soutien
du faible qui t'adore!

NEVERS
(à Raoul)
Tiens! Bois!

RAOUL
Non!

MARCEL
Jamais dans ses maux, un chrétien...

MERU
(à Raoul)
Qu'est-ce donc?

RAOUL
De Luther c'est le chant protecteur,
que nous chantons toujours au moment du danger.

MARCEL
...vainement ne t'implore!...
L'éternel tentateur
pour notre malheur
s'arme aujourd'hui, Seigneur,
de ruse et de fureur;
viens nous sauver encore,
Seigneur, ah!, viens, Seigneur!

COSSE
Eh! mais... plus je le vois,
et plus il me rappelle
un soldat qui jadis aux murs de La Rochelle...

MARCEL
Vous me reconnaissez?

COSSE
Oui, vrai Dieu, je le crois!
Cette large blessure...

MARCEL
Elle venait de moi!

RAOUL
O ciel! Marcel!

COSSE
C'était de bonne guerre!
Et pour te le prouver,
vide avec moi ce verre!

MARCEL
Merci, je ne bois pas!

COSSE
(en rient)
Avec un fils d'enfer?

RAOUL
Grâce! Excusez-le!

NEVERS
Alors, s'il ne boit pas, qu'il chante!

RAOUL
Mais, messieurs...

SEIGNEURS
Il le faut! qu'il chante!

MARCEL
Volontiers.
Un vieil air huguenot contre les gens du pape
et le sexe damnable;
vous le connaissez bien:
c'est notre air de combat, celui de La Rochelle.

RAOUL
Marcel!

MARCEL
C'était alors qu'au bruit des tambours,
des cymbales, accompagné du
pif, paf, pouf des balles,
je chantais: Pif, paf, pif, paf!
Pour les couvents, c'est fini!
Les moines à terre,
guerre à tout cagot béni!
Papistes, la guerre!
Livrons à la flamme, au fer
leurs temples d'enfer,
livrons leurs temples d'enfer!
Terrassons-les, cernons-les,
frappons-les, perçons-les!
Pif, paf, pif, cernons-les!
Pif, paf, pif, frappons-les!
Pif, paf, pif, paf!
Qu'ils pleurent,
qu'ils meurent;
mais grâce jamais,
non, non, non, jamais!

SEIGNEURS
Ah! ah!, ah! ah!
Admirez sa douceur!
Grâce, grâce pour nos alarmes!

TAVANNES
Grâce!

COSSE
Merci!

MARCEL
Jamais mon bras ne trembla
aux plaintes des femmes!
Malheur à ces Dalila
qui perdent les âmes!
Brisons au tranchant du fer
leurs charmes d'enfer!
Brisons leurs charmes d'enfer!
Ces beaux démons, chassez-les,
traquez-les, frappez-les!
Pif, paf, pouf, chassez-les!
Pif, paf, pouf, traquez-les!
Pif, paf, pif, paf!
Qu'ils pleurent,
qu'ils meurent,
mais grâce, jamais,
non, non, non, jamais!

UN VALET
Au maître de ces lieux, au comte de Nevers,
on demande à parler.

NEVERS
Fût-ce le roi lui-même,
je n'y suis pas!
Je ris du Dieu de l'univers
lorsqu'à table je bois!

MARCEL
Ah! l'impie! il blasphème!

UN VALET
Mais c'est une jeune beauté!

NEVERS
Une femme, dis-tu?
Vraiment on ne peut croire
à quel point chaque jour je suis persécuté!

UN VALET
Elle est là dans votre oratoire.

NEVERS
Qu'elle attende!

THORE, COSSE
Non pas! en galant chevalier
et pour te remplacer, j'y cours!

MERU, DE RETZ
J'y cours!

TAVANNES, COSSE
J'y cours!

MERU, DE RETZ
J'y cours!

NEVERS
Très volontiers.
Un instant cependant...

(à le valet)

Léonard, qui est-ce?
La marquise d'Entrague ou la jeune comtesse?

UN VALET
Oh! non monsieur

NEVERS
C'est donc madame de Raincy?

UN VALET
Non, monsieur, et jamais je ne l'ai vue ici.

NEVERS
Une conquête nouvelle!
Vrai Dieu! c'est différent!
et je cours auprès d'elle,
au moins par curiosité!
Daignez, messieurs,
m'excuser, je vous prie;
et, fidèles à la gaieté,
continuez sans moi cette joyeuse orgie,
que l'amour a troublée, et si j'en puis juger,
que l'amitié bientôt reviendra partager!

(Nevers sort)

TAVANNES
L'aventure est singulière!

DE RETZ
Son destin est des plus beaux!

TOUS
L'aventure est singulière;
tout lui cède, et, sûr de plaire,
son destin est des plus beaux,
vraiment, est des plus beaux!
Du silence! Il faut nous taire!
Mais de ce galant mystère
que ne suis-je le héros!

TAVANNES
Que ne suis-je le héros!

THORE
Que ne suis-je le héros!

TOUS
L'aventure est singulière...

DE RETZ
Mais quelle est donc cette belle?

COSSE
Ne peut-on l'apercevoir?

MÉRU
Ne peut-on s’approcher d’elle?

COSSE
Ne peut-on l’apercevoir?

TAVANNES
J’en sais un moyen, peut-être,
te qui n’offre aucun danger.

(regardant la fenêtre)

Vous voyez cette fenêtre
que ferme un rideau léger:
par là sur son oratorie on a vue.

DE RETZ
Ah! parle donc!

TAVANNES
Du projet je suis l’auteur,
et j’en dois avoir la glorie!

(Il va a la fenêtre)

DE RETZ
Ah! parle donc!

TAVANNES
Je l’aperçois

COSSE
Est-elle bien?

TAVANNES
Elle est charmante.

DE RETZ
(a la fenêtre)
C'est à mon tour.

COSSE
(approchant)
Ah! je la vois!

THORE
Attraits divins!

MERU
Taille élégante!

TAVANNES
La connais-tu?

MERU
Non pas.

COSSE
Et toi?

DE RETZ
Ni moi!

TAVANNES
Et toi?

COSSE
Ni moi.

SEIGNEURS
Ni toi? Ni moi!
Mais que de charmes, de jeunesse!
Et que notre Nevers est heureux
d'avoir maîtresse aussi jolie,
une telle maîtresse!
Qu'il est heureux!

MERU
(à Raoul)
Eh quoi! vous seul n'êtes pas curieux!
Craignez-vous donc qu'un tel aspect ne blesse
d'un chaste huguenot le coeur religieux?

RAOUL
Vous nous jugez trop bien, et la preuve...

(regardant pour la fenêtre)

Grand Dieu!

SEIGNEURS
Qu'a-t-il donc?

RAOUL
Cette femme si jeune et si belle,
que mon bras a sauvée et dont je leur parlais!
C'est elle!

SEIGNEURS
Elle?

RAOUL
Je la reconnais!

MERU
C'est elle!

TAVANNES
C'est elle!

TOUS
Pauvre amant! Dans son ivresse
il croyait à sa sagesse,
dont un autre a le secret.

RAOUL
Le mépris, doit m’en venger,
oui, le mépris doit m’en venger!

SEIGNEURS
Pauvre amant! Etc.

MARCEL
Dieu puissant, que je révère,
pourrais-tu sans colère
de semblables attentats? Allons!

RAOUL
D’une injure aussi sanglante
la douleur est accablante;
c’est oser trop m’outrager. Allons!

MERU
Silence! je les entends!

SEIGNEURS
Allons, partons... partons!

NEVERS
(pour lui)
Il faut rompre l'hymen qui pour moi s'apprêtait!
A sa fille d'honneur la reine Marguerite
a conseillé cette étrange visite.
Et c'est ma fiancée... ici même... en secret,
qui vient me supplier de rompre un mariage
auquel l'ordre d'un père et l'oblige et l'engage!
Chevalier généreux, j'en ai fait le serment;
mais de dépit au fond du coeur j'enrage!

SEIGNEURS, CHOEUR
(à Nevers)
Honneur au conquérant
dont le pouvoir galant,
dont le tendre ascendant
soumet toutes les belles!
Honneur au conquérant!
Honneur! Honneur!
Il règne en tous les coeurs,
et pour lui, sans rigueurs
l'amour n'a que des fleurs
et des palmes nouvelles!
Honneur au conquérant!
Honneur!

(Un page arrive)

NEVERS
En ce château que cherchez-vous, beau page?

URBAIN
Nobles seigneurs salut! seigneurs salut!
Une dame noble et sage
dont les rois seraient jaloux
m'a chargé de ce message,
chevaliers, pour l'un de vous.
Sans qu'on la nomme,
honneur ici
au gentilhomme
qu'elle a choisi!
Vous pouvez croire
que nul seigneur
n'eut tant de gloire
ni de bonheur!
Non, non, non, jamais! Ah!
Ne craignez mensonge ou piège,
hevaliers, dans mes discours.
Or, salut! que Dieu protège
vos combats, vos amours!
Or, salut, chevaliers!
Dieu protège vos amours!

NEVERS
Trop de mérite aussi quelquefois importune;
mais puisque enfin, mes chers amis,
on ne peut se soustraire
aux coups de la fortune...

(à Urbain)

Donne donc!

URBAIN
Seriez-vous sir Raoul de Nangis?

NEVERS
Que dis-tu?

URBAIN
C'est à lui que ce billet s'adresse.

CHOEUR
Ah! Grand Dieu!

MARCEL
C'est mon maître; il est là, le voici.

RAOUL
Qui? moi?

URBAIN
(présentant une lettre)
C'est pour vous!

RAOUL
(pour lui)
"Près de la vieille tour
rendez-vous, sir Raoul,
vers le déclin du jour;
et là, les yeux voilés,
discret, et sans rien dire,
obéissez et laissez-vous conduire.
Aurez-vous ce courage?"

(fort)

Allons, à mes dépens
je vois que l'on veut rire.
Il en peut coûter cher. Eh bien! soit.
J'y consens.

(à Nevers)

Lisez vous-même.

NEVERS
Ah! Grand Dieu!

MERU
O surprise!

COSSE
Son cachet!

TAVANNES
Sa devise!

SEIGNEURS, CHOEUR
Est-il vrai?
C'est sa main!
Son bonheur est certain.

NEVERS
(avec une tendresse affectée)
Vous savez si je suis un ami,
un ami sûr et tendre...

MERU
S'il fallait vous servir...
S'il fallait vous défendre...

DE RETZ
Oui, de nous, de nos...

SEIGNEURS, NEVERS
... bras, vous pouvez tout attendre.
S'il fallait vous servir,
s'il fallait vous défendre
de nos bras vous pouvez tout attendre.
Seigneur, vous pouvez tout attendre.
Vous savez qu'en tout temps
nous serons vos amis.
Comptez-y, n'oubliez pas.
Vous vous en souviendrez, vous me l'avez promis.
A nous vous penserez, vous me l'avez promis.
A nous, à votre tour, plus tard vous penserez,
vous ne l'oublierez pas!

RAOUL
Quel changement soudain!
Que puis-je donc, grand Dieu?

TAVANNES
Tout!

CHOEUR
Tout!

MARCEL
Tout!

URBAIN
Tout!

URBAIN, SEIGNEURS, NEVERS
Les plaisirs, les honneurs
les honneurs, la puissance
de vos voeux combleront l'espérance.
De l'audace! et toujours la puissance
est de droit à qui sait la saisir.

NEVERS, SEIGNEURS
Ah! pour vous quelle gloire nouvelle!
La beauté dans ce jour, la beauté vous appelle!

URBAIN, NEVERS
De l'audace, et toujours la puissance...

SEIGNEURS
... de droit est à qui sait la saisir...

URBAIN
Ah!

NEVERS, SEIGNEURS
La puissance est de droit
à qui sait la saisir,
oui, est de droit
à qui sait la saisir!

RAOUL
Les plaisirs...

MARCEL
De leur ton...

LES AUTRES
Les plaisirs...

RAOUL
... les honneurs...

MARCEL
... voyez donc...

LES AUTRES
... les honneurs...

RAOUL
... combleront...

MARCEL
... voyez donc...

LES AUTRES
... combleront...

RAOUL
... tous mes voeux!

MARCEL
... la différence!

LES AUTRES
...tous nos voeux!

RAOUL
En honneur...

MARCEL
En honneur...

LES AUTRES
Ah! pour vous...

RAOUL
... je n'en puis...

MARCEL
... je n'en puis...

LES AUTRES
... dans ce jour...

RAOUL
... revenir!

MARCEL
... revenir!

LES AUTRES
... quel bonheur!

RAOUL
... en honneur...

MARCEL
Te Deum laudamus!
Samson terrasse les Philistins.

SEIGNEURS, CHOEUR, URBAIN
Les plaisirs...

RAOUL
... je n'en puis revenir!

SEIGNEURS
... les honneurs...

MARCEL
Te Deum
laudamus, glorificamus!

SEIGNEURS, CHOEUR
Oui, santés nouvelles,
faveurs éternelles
au vainqueur des belles!
A Raoul, notre soutien!
Allons, parlez vite!
L'amour vous invite,
l'honneur vous excite...
Adieu, tout va bien,
adieu, Raoul, notre soutien!
ACTE I


(Le théâtre représente une salle du château du comte de Nevers. Au fond, de grandes croisées ouvertes laissent voir des jardins et une pelouse, sur laquelle plusieurs seigneurs jouent au ballon; à droite, une porte qui donne dans les appartements intérieurs; à gauche, une croisée fermée par un rideau et qui est censée donner sur un oratoire; sur le devant du théâtre, d'autres seigneurs jouent aux dés, au bilboquet, etc. Nevers, Tavannes, Cossé, de Retz, Thoré, Méru et d'autres seigneurs catholiques les regardent et parlent entre eux)

NEVERS
Des beaux jours de la jeunesse,
dans la plus riante ivresse,
hâtons-nous, le temps nous presse,
hâtons-nous de jouir...
...oui, hâtons-nous de jouir!

SEIGNEURS
Hâtons-nous, hâtons-nous de jouir!

NEVERS, SEIGNEURS,
Des beaux jours de la jeunesse, etc.

SEIGNEURS, COSSE, TAVANNES
Aux jeux, à la folie
consacrons notre vie,
et qu'ici tout s'oublie
excepté le plaisir!

SEIGNEURS, CHOEUR
Aux jeux, à la folie, etc.
Tout, oublions tout...

NEVERS
...tout, oublions tout,
excepté le plaisir,...

SEIGNEURS
...excepté le plaisir!

NEVERS, SEIGNEURS, CHOEUR
Des beaux jours de la jeunesse, etc.
Que tout s'oublie, tout
excepté le plaisir, amis,
et qu'ici tout s'oublie,
tout, excepté le plaisir!

TAVANNES
De ces lieux enchanteurs
châtelain respectable,
pourquoi, cher Nevers,
pourquoi ne pas nous mettre à table?

SEIGNEURS, CHOEUR
Pourquoi ne pas nous mettre à table?
Pourquoi? Pourquoi?

NEVERS
Nous attendons encore un convive.

TOUS
Et lequel?

NEVERS
Un jeune gentilhomme, un nouveau camarade,
qui dans nos lansquenets vient d'obtenir un grade
par le crédit de l'amiral!

TOUS
O ciel!

COSSE
C'est donc un huguenot?

TOUS
C'est donc un huguenot?

NEVERS
Eh! oui; mais je vous prie
de le traiter en frère, en ami; notre roi
nous en donne l'exemple et nous en fait la loi,
avec les protestants il se réconcilie;
Coligny, Médicis ont juré devant Dieu
une éternelle paix...

TAVANNES
Qui durera bien peu.

TOUS
Bien peu!

NEVERS
Que nous importe à nous!

TAVANNES
(Observe a Raoul)
Mais de ce côté, regardez, mes amis.

NEVERS
C'est celui que j'attends, c'est Raoul de Nangis.

THORE
Quelle sombre pensée...

MERU
... ou quel ennui l'accable?

TAVANNES
Des dogmes de Calvin effet inévitable!

DE RETZ
Je veux m'en amuser.

NEVERS
Et moi le convertir!

TAVANNES
Tu veux le convertir?

NEVERS
Au culte des vrais dieux:
l'amour et le plaisir

SEIGNEURS
L'amour et le plaisir!

RAOUL
Sous ce beau ciel de la Touraine,
parmi ce que la cour offre de plus brillant,
pour moi, simple soldat,
soldat que l'on connaît à peine,
ah! quel honneur d'être admis!

NEVERS
Il n'est pas mal, vraiment!

RAOUL
Quel honneur...

NEVERS
Et nous le formerons!

RAOUL
... d'être admis...

SEIGNEURS
Il n'est pas mal vraiment
et nous le formerons!
Mais vraiment, il est bien, il est bien!

NEVERS
A table!

SEIGNEURS
A table, Allons!

SEIGNEURS, CHOEUR
Bonheur de la table,
bonheur véritable,
plaisir seul durable,
qui ne trompe pas!
Buveur intrépide,
que Bacchus me guide,
que Bacchus lui seul préside,
que lui seul préside
à ce gai repas!

NEVERS
De la Touraine

CHOEUR
Versez les vins!

TAVANNES
Le vin amène

CHOEUR
Joyeux refrains!

TAVANNES, COSSE
Et dans l'ivresse

CHOEUR
Noyons soudain

TAVANNES, COSSE
et la sagesse

CHOEUR
et le chagrin!

SEIGNEURS, CHOEUR
Bonheur de la table, etc.
et la sagesse et le chagrin!

NEVERS
Versez de nouveaux vins! versez avec largesse,
Allons, Raoul, buvons à nos maîtresses!
Rien qu'à votre air et tendre et langoureux,
je gage que déjà vous êtes amoureux!

RAOUL
Qui? moi?

NEVERS
C'est permis à notre âge!
Mais sous ses chastes lois demain
l'hymen m'engage:
Je l'ai promis, je renonce à l'amour;
et depuis ce moment je ne saurais suffire
aux nombreux désespoirs des dames de la cour.

TAVANNES
Dis-nous cela! Chacun dans un récit fidèle
suivra ton exemple.

NEVERS
Oui, faisons tous cet essai;
c'est au nouveau venu de commencer.

SEIGNEURS
C'est vrai!

RAOUL
Je le puis volontiers sans compromettre
celle dont mon coeur est épris.

NEVERS
Et d'abord quelle est-elle?

RAOUL
Je n'en sais rien!

NEVERS
Son nom?

RAOUL
Je l'ignore!

NEVERS
Vraiment!
Or écoutons, messieurs, le récit est piquant.

RAOUL
Non loin des vieilles tours et des remparts d'Amboise,
seul j'égarais mes pas, quand j'aperçois soudain
une riche litière au détour du chemin;
d'étudiants nombreux la troupe discourtoise l'entourait,
et leurs cris, leur air audacieux
me laissaient deviner leur projet;
je m'élance... Tout fuit à mon aspect.
Timide, je m'avance...
Ah! quel spectacle enchanteur vint s'offrir à mes yeux!
Plus blanche que la blanche hermine,
plus pure qu'un jour de printemps,
un ange, une vierge divine,
de sa vue éblouit mes sens.
Vierge immortelle! Qu'elle était belle!
Et malgré moi devant elle m'inclinant,
je disais, je lui disais:
Bel ange, reine des amours,
beauté du ciel, je t'aimerai toujours,
toujours, toujours, toujours,
je veux t'aimer, je veux t'aimer toujours!

CHOEUR
(Marcel arrive)
Vraiment, sa candeur est charmante!
Hélas, il tremble devant deux beaux yeux!

RAOUL
En m'écoutant, un doux sourire
trahit le trouble de son coeur,
et dans ses yeux j'ai su lire
le présage de mon bonheur.
Amant fidèle, flamme nouvelle
me brûle encor, hélas, loin d'elle
me brûle encor, et je me dis
Bel ange, reine des amours...

TAVANNES
(Marcel arrives)
Quelle étrange figure ici vois-je apparaître?

RAOUL
C'est un vieux serviteur, messieurs,
qui jadis m'a vu naître.

MARCEL
(Approchant Raoul)
Sir Raoul?

(à Raoul)

Ciel! à table avec eux!
Ah! mon maître, Dieu nous dit:
"De l'impie évite le festin!"

MERU
(En riant)
C'est un saint d'Israël!

MARCEL
Dans le camp philistin!

NEVERS, SEIGNEURS
Que dit-il?

RAOUL
Ah! pardon!
Entre un glaive et la Bible
mon aïeul l'éleva, ne jurant que Luther,
dans l'horreur de l'amour, du pape et de l'enfer.

MARCEL
C'est cela!

RAOUL
Mais fidèle, héroïque et sensible,
diamant brut incrusté dans du fer!

(à Marcel)

Viens, sers-nous et tais-toi!
Tais-toi, s'il est possible!

MARCEL
J'obéis.

(pour lui)

Mais comment le sauver de leurs bras?

NEVERS, MERU
Amis, buvons à nos maîtresses!

RAOUL, COSSE, TAVANNES
Au seul objet de ma tendresse!

MARCEL
(pour lui)
Ah! viens, divin Luther,
pour le sauver du mal!
Ah! viens mêler ta voix tonnante
à leur chant infernal!
Seigneur, rempart et seul soutien
du faible qui t'adore!

NEVERS
(à Raoul)
Tiens! Bois!

RAOUL
Non!

MARCEL
Jamais dans ses maux, un chrétien...

MERU
(à Raoul)
Qu'est-ce donc?

RAOUL
De Luther c'est le chant protecteur,
que nous chantons toujours au moment du danger.

MARCEL
...vainement ne t'implore!...
L'éternel tentateur
pour notre malheur
s'arme aujourd'hui, Seigneur,
de ruse et de fureur;
viens nous sauver encore,
Seigneur, ah!, viens, Seigneur!

COSSE
Eh! mais... plus je le vois,
et plus il me rappelle
un soldat qui jadis aux murs de La Rochelle...

MARCEL
Vous me reconnaissez?

COSSE
Oui, vrai Dieu, je le crois!
Cette large blessure...

MARCEL
Elle venait de moi!

RAOUL
O ciel! Marcel!

COSSE
C'était de bonne guerre!
Et pour te le prouver,
vide avec moi ce verre!

MARCEL
Merci, je ne bois pas!

COSSE
(en rient)
Avec un fils d'enfer?

RAOUL
Grâce! Excusez-le!

NEVERS
Alors, s'il ne boit pas, qu'il chante!

RAOUL
Mais, messieurs...

SEIGNEURS
Il le faut! qu'il chante!

MARCEL
Volontiers.
Un vieil air huguenot contre les gens du pape
et le sexe damnable;
vous le connaissez bien:
c'est notre air de combat, celui de La Rochelle.

RAOUL
Marcel!

MARCEL
C'était alors qu'au bruit des tambours,
des cymbales, accompagné du
pif, paf, pouf des balles,
je chantais: Pif, paf, pif, paf!
Pour les couvents, c'est fini!
Les moines à terre,
guerre à tout cagot béni!
Papistes, la guerre!
Livrons à la flamme, au fer
leurs temples d'enfer,
livrons leurs temples d'enfer!
Terrassons-les, cernons-les,
frappons-les, perçons-les!
Pif, paf, pif, cernons-les!
Pif, paf, pif, frappons-les!
Pif, paf, pif, paf!
Qu'ils pleurent,
qu'ils meurent;
mais grâce jamais,
non, non, non, jamais!

SEIGNEURS
Ah! ah!, ah! ah!
Admirez sa douceur!
Grâce, grâce pour nos alarmes!

TAVANNES
Grâce!

COSSE
Merci!

MARCEL
Jamais mon bras ne trembla
aux plaintes des femmes!
Malheur à ces Dalila
qui perdent les âmes!
Brisons au tranchant du fer
leurs charmes d'enfer!
Brisons leurs charmes d'enfer!
Ces beaux démons, chassez-les,
traquez-les, frappez-les!
Pif, paf, pouf, chassez-les!
Pif, paf, pouf, traquez-les!
Pif, paf, pif, paf!
Qu'ils pleurent,
qu'ils meurent,
mais grâce, jamais,
non, non, non, jamais!

UN VALET
Au maître de ces lieux, au comte de Nevers,
on demande à parler.

NEVERS
Fût-ce le roi lui-même,
je n'y suis pas!
Je ris du Dieu de l'univers
lorsqu'à table je bois!

MARCEL
Ah! l'impie! il blasphème!

UN VALET
Mais c'est une jeune beauté!

NEVERS
Une femme, dis-tu?
Vraiment on ne peut croire
à quel point chaque jour je suis persécuté!

UN VALET
Elle est là dans votre oratoire.

NEVERS
Qu'elle attende!

THORE, COSSE
Non pas! en galant chevalier
et pour te remplacer, j'y cours!

MERU, DE RETZ
J'y cours!

TAVANNES, COSSE
J'y cours!

MERU, DE RETZ
J'y cours!

NEVERS
Très volontiers.
Un instant cependant...

(à le valet)

Léonard, qui est-ce?
La marquise d'Entrague ou la jeune comtesse?

UN VALET
Oh! non monsieur

NEVERS
C'est donc madame de Raincy?

UN VALET
Non, monsieur, et jamais je ne l'ai vue ici.

NEVERS
Une conquête nouvelle!
Vrai Dieu! c'est différent!
et je cours auprès d'elle,
au moins par curiosité!
Daignez, messieurs,
m'excuser, je vous prie;
et, fidèles à la gaieté,
continuez sans moi cette joyeuse orgie,
que l'amour a troublée, et si j'en puis juger,
que l'amitié bientôt reviendra partager!

(Nevers sort)

TAVANNES
L'aventure est singulière!

DE RETZ
Son destin est des plus beaux!

TOUS
L'aventure est singulière;
tout lui cède, et, sûr de plaire,
son destin est des plus beaux,
vraiment, est des plus beaux!
Du silence! Il faut nous taire!
Mais de ce galant mystère
que ne suis-je le héros!

TAVANNES
Que ne suis-je le héros!

THORE
Que ne suis-je le héros!

TOUS
L'aventure est singulière...

DE RETZ
Mais quelle est donc cette belle?

COSSE
Ne peut-on l'apercevoir?

MÉRU
Ne peut-on s’approcher d’elle?

COSSE
Ne peut-on l’apercevoir?

TAVANNES
J’en sais un moyen, peut-être,
te qui n’offre aucun danger.

(regardant la fenêtre)

Vous voyez cette fenêtre
que ferme un rideau léger:
par là sur son oratorie on a vue.

DE RETZ
Ah! parle donc!

TAVANNES
Du projet je suis l’auteur,
et j’en dois avoir la glorie!

(Il va a la fenêtre)

DE RETZ
Ah! parle donc!

TAVANNES
Je l’aperçois

COSSE
Est-elle bien?

TAVANNES
Elle est charmante.

DE RETZ
(a la fenêtre)
C'est à mon tour.

COSSE
(approchant)
Ah! je la vois!

THORE
Attraits divins!

MERU
Taille élégante!

TAVANNES
La connais-tu?

MERU
Non pas.

COSSE
Et toi?

DE RETZ
Ni moi!

TAVANNES
Et toi?

COSSE
Ni moi.

SEIGNEURS
Ni toi? Ni moi!
Mais que de charmes, de jeunesse!
Et que notre Nevers est heureux
d'avoir maîtresse aussi jolie,
une telle maîtresse!
Qu'il est heureux!

MERU
(à Raoul)
Eh quoi! vous seul n'êtes pas curieux!
Craignez-vous donc qu'un tel aspect ne blesse
d'un chaste huguenot le coeur religieux?

RAOUL
Vous nous jugez trop bien, et la preuve...

(regardant pour la fenêtre)

Grand Dieu!

SEIGNEURS
Qu'a-t-il donc?

RAOUL
Cette femme si jeune et si belle,
que mon bras a sauvée et dont je leur parlais!
C'est elle!

SEIGNEURS
Elle?

RAOUL
Je la reconnais!

MERU
C'est elle!

TAVANNES
C'est elle!

TOUS
Pauvre amant! Dans son ivresse
il croyait à sa sagesse,
dont un autre a le secret.

RAOUL
Le mépris, doit m’en venger,
oui, le mépris doit m’en venger!

SEIGNEURS
Pauvre amant! Etc.

MARCEL
Dieu puissant, que je révère,
pourrais-tu sans colère
de semblables attentats? Allons!

RAOUL
D’une injure aussi sanglante
la douleur est accablante;
c’est oser trop m’outrager. Allons!

MERU
Silence! je les entends!

SEIGNEURS
Allons, partons... partons!

NEVERS
(pour lui)
Il faut rompre l'hymen qui pour moi s'apprêtait!
A sa fille d'honneur la reine Marguerite
a conseillé cette étrange visite.
Et c'est ma fiancée... ici même... en secret,
qui vient me supplier de rompre un mariage
auquel l'ordre d'un père et l'oblige et l'engage!
Chevalier généreux, j'en ai fait le serment;
mais de dépit au fond du coeur j'enrage!

SEIGNEURS, CHOEUR
(à Nevers)
Honneur au conquérant
dont le pouvoir galant,
dont le tendre ascendant
soumet toutes les belles!
Honneur au conquérant!
Honneur! Honneur!
Il règne en tous les coeurs,
et pour lui, sans rigueurs
l'amour n'a que des fleurs
et des palmes nouvelles!
Honneur au conquérant!
Honneur!

(Un page arrive)

NEVERS
En ce château que cherchez-vous, beau page?

URBAIN
Nobles seigneurs salut! seigneurs salut!
Une dame noble et sage
dont les rois seraient jaloux
m'a chargé de ce message,
chevaliers, pour l'un de vous.
Sans qu'on la nomme,
honneur ici
au gentilhomme
qu'elle a choisi!
Vous pouvez croire
que nul seigneur
n'eut tant de gloire
ni de bonheur!
Non, non, non, jamais! Ah!
Ne craignez mensonge ou piège,
hevaliers, dans mes discours.
Or, salut! que Dieu protège
vos combats, vos amours!
Or, salut, chevaliers!
Dieu protège vos amours!

NEVERS
Trop de mérite aussi quelquefois importune;
mais puisque enfin, mes chers amis,
on ne peut se soustraire
aux coups de la fortune...

(à Urbain)

Donne donc!

URBAIN
Seriez-vous sir Raoul de Nangis?

NEVERS
Que dis-tu?

URBAIN
C'est à lui que ce billet s'adresse.

CHOEUR
Ah! Grand Dieu!

MARCEL
C'est mon maître; il est là, le voici.

RAOUL
Qui? moi?

URBAIN
(présentant une lettre)
C'est pour vous!

RAOUL
(pour lui)
"Près de la vieille tour
rendez-vous, sir Raoul,
vers le déclin du jour;
et là, les yeux voilés,
discret, et sans rien dire,
obéissez et laissez-vous conduire.
Aurez-vous ce courage?"

(fort)

Allons, à mes dépens
je vois que l'on veut rire.
Il en peut coûter cher. Eh bien! soit.
J'y consens.

(à Nevers)

Lisez vous-même.

NEVERS
Ah! Grand Dieu!

MERU
O surprise!

COSSE
Son cachet!

TAVANNES
Sa devise!

SEIGNEURS, CHOEUR
Est-il vrai?
C'est sa main!
Son bonheur est certain.

NEVERS
(avec une tendresse affectée)
Vous savez si je suis un ami,
un ami sûr et tendre...

MERU
S'il fallait vous servir...
S'il fallait vous défendre...

DE RETZ
Oui, de nous, de nos...

SEIGNEURS, NEVERS
... bras, vous pouvez tout attendre.
S'il fallait vous servir,
s'il fallait vous défendre
de nos bras vous pouvez tout attendre.
Seigneur, vous pouvez tout attendre.
Vous savez qu'en tout temps
nous serons vos amis.
Comptez-y, n'oubliez pas.
Vous vous en souviendrez, vous me l'avez promis.
A nous vous penserez, vous me l'avez promis.
A nous, à votre tour, plus tard vous penserez,
vous ne l'oublierez pas!

RAOUL
Quel changement soudain!
Que puis-je donc, grand Dieu?

TAVANNES
Tout!

CHOEUR
Tout!

MARCEL
Tout!

URBAIN
Tout!

URBAIN, SEIGNEURS, NEVERS
Les plaisirs, les honneurs
les honneurs, la puissance
de vos voeux combleront l'espérance.
De l'audace! et toujours la puissance
est de droit à qui sait la saisir.

NEVERS, SEIGNEURS
Ah! pour vous quelle gloire nouvelle!
La beauté dans ce jour, la beauté vous appelle!

URBAIN, NEVERS
De l'audace, et toujours la puissance...

SEIGNEURS
... de droit est à qui sait la saisir...

URBAIN
Ah!

NEVERS, SEIGNEURS
La puissance est de droit
à qui sait la saisir,
oui, est de droit
à qui sait la saisir!

RAOUL
Les plaisirs...

MARCEL
De leur ton...

LES AUTRES
Les plaisirs...

RAOUL
... les honneurs...

MARCEL
... voyez donc...

LES AUTRES
... les honneurs...

RAOUL
... combleront...

MARCEL
... voyez donc...

LES AUTRES
... combleront...

RAOUL
... tous mes voeux!

MARCEL
... la différence!

LES AUTRES
...tous nos voeux!

RAOUL
En honneur...

MARCEL
En honneur...

LES AUTRES
Ah! pour vous...

RAOUL
... je n'en puis...

MARCEL
... je n'en puis...

LES AUTRES
... dans ce jour...

RAOUL
... revenir!

MARCEL
... revenir!

LES AUTRES
... quel bonheur!

RAOUL
... en honneur...

MARCEL
Te Deum laudamus!
Samson terrasse les Philistins.

SEIGNEURS, CHOEUR, URBAIN
Les plaisirs...

RAOUL
... je n'en puis revenir!

SEIGNEURS
... les honneurs...

MARCEL
Te Deum
laudamus, glorificamus!

SEIGNEURS, CHOEUR
Oui, santés nouvelles,
faveurs éternelles
au vainqueur des belles!
A Raoul, notre soutien!
Allons, parlez vite!
L'amour vous invite,
l'honneur vous excite...
Adieu, tout va bien,
adieu, Raoul, notre soutien!



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