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ACTE II


(Le théâtre représente le château et les jardins de Chenonceaux. Le fleuve serpente jusque sur le milieu du théâtre, disparaissant de temps en temps derrière des touffes d'arbres verts. A droite, un large escalier, par lequel on descend du château dans les jardins. Au lever du rideau, la reine Marguerite est entourée de ses femmes; elle vient d'achever sa toilette. Urbain, son page, à genoux devant elle, tient encore le miroir dans lequel elle vient de se regarder)

MARGUERITE
O beau pays de la Touraine!
Riants jardins, verte fontaine,
doux ruisseau qui murmure à peine,
que sur tes bords j'aime à rêver.
Ah, que sur tes bords j'aime à rêver
Ah! à rêver!
Belle forêt, sombre rivage,
cachez-moi bien sous votre ombrage,
et que la foudre ou l'orage
jusqu'à moi ne puisse arriver!
O beau pays de la Touraine,
riants jardins, verte fontaine...
Ah! à rêver!
Que Luther ou Calvin ensanglantent la terre
de leurs débats religieux;
des ministres du ciel que la morale austère
nous épouvante au nom des cieux!

MARGUERITE, URBAIN
DAME D'HONNEUR
Sombre chimère,
humeur sévère
n'approchez guère
de notre cour!
Sous mon (son) servage
on ne s'engage
qu'à rendre hommage
au dieu d'amour.

MARGUERITE
Oui, je veux chaque jour
aux échos d'alentour
redire nos refrains d'amour.

PAGE, CHOEUR,
DEUX DAMES D'HONNEUR,
Oui, les échos d'alentour
ont tous appris ces doux refrains d'amour.

MARGUERITE
Ecoutez, écoutez, les échos d'alentour
ont appris nos refrains d'amour...
Amour, amour!

LE PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
Amour...

MARGUERITE
Oui, déjà la fauvette...

LE PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
... viens...

MARGUERITE
... dans les airs le répète...

PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
... viens!

MARGUERITE
... et des tendres ramiers les soupirs langoureux
se perdent en mourant sur les flots amoureux...

PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
Sombre chimère,
humeur sévère,...
n'approchez guère!

CHOEUR
Soyez bannie toujours
de ce charmant séjour,
toujours, toujours!
Sous son servage,...
Sombre folie
ou pruderie
soyez bannie!

MARGUERITE
Ah!

TOUTES
Sous son (mon) empire
on ne respire
que pour sourire
au dieu d'amour...

MARGUERITE
...au dieu de l'amour!
A ce mot tout s'anime et renaît la nature,
l'oiseau redit ses chants sous l'épaisse verdure;
le ruisseau le répète avec un doux murmure;
la terre, les ondes, la terre, les cieux
redisent nos chants.

MARGUERITE, CHOEUR
Terre et cieux rediront tous nos chants amoureux,
tous nos chants, oui!

URBAIN
(pour lui)
Que notre reine est belle, hélas!
et quel dommage!

MARGUERITE
Et de quoi te plains-tu?

URBAIN
De n'être rien qu'un page!
Page discret, et fidèle et soumis!

MARGUERITE
De nos dames pourtant ce n'est pas là l'avis!
Qui vient ici? Vois!

URBAIN
La plus belle de vos demoiselles d'honneur.

MARGUERITE
Valentine! viens là sans trembler.

URBAIN
Tout pour elle, déjà la favorite!

MARGUERITE
Oui, je l'ai vue gémir
et les pleurs ont toujours le don de m'attendrir.

URBAIN
Ah! je ne rirai plus.

MARGUERITE
Ma fille, allons, courage!
Dis-moi le résultat de ton hardi voyage.

VELENTINE
Le comte de Nevers sur l'honneur a promis
de refuser ma main.

MARGUERITE
Bon! alors tout s'arrange;
et bientôt, j'en réponds, un autre hymen...

VELENTINE
Qu'entends-je? o ciel!

MARGUERITE
Pauvre enfant, tu rougis!
Tu l'aimes donc bien?

VELENTINE
Non, je ne le dois pas... et mon père?

MARGUERITE
Calme-toi, je lui parlerai.

VELENTINE
Oui! mais Raoul?

MARGUERITE
Et bien ma chère, il va venir.

VELENTINE
O ciel! jamais je n'oserai...

MARGUERITE
Vraiment? Vraiment jamais?
Alors c'est moi qui le verrai.

UNE DAME D'HONNEUR
Venez, Madame, sous ces épais ombrages
goûter un doux abri contre un soleil brûlant.
Le fleuve fortuné qui baigne ces rivages
vous offre de ses eaux le rempart transparent.

CHOEUR DES BAIGNEUSES
(Pendant ce choeur, celles des jeunes filles qui doivent se baigner, s'occupent de leur toilette. Plusieurs qui sont déjà prêtes paraissent en peignoir de gaze, et, avant de se plonger dans l'eau, dansent, jouent, courent les unes après les autres et forment différents groupes: divertissement que la reine contemple en souriant, étendue sur un banc de verdure. D'autres jeunes filles ont disparu derrière les touffes d'arbres du fond, et on les voit un instant après se baigner dans le fleuve. Le Page est caché derrière un arbre)
Jeunes beautés, sous ce feuillage
qui vous présente un doux ombrage,
bravez le jour et la chaleur.
Voyez ce fleuve qui murmure,
et dans le sein d'une onde pure
allez chercher, ah!,
chercher le calme et la fraîcheur.
Sous ce feuillage, bravez le jour,
cherchez le calme et la fraîcheur!

MARGUERITE
C'est bien, et de vos soins fidèles...

(Regardant Urbain)

Eh bien? que faites-vous là,
maître Urbain, que faites-vous là?

URBAIN
Qui? moi? j'attendais
les ordres de Madame.

MARGUERITE
Et moi qui l'oubliais!
Je le confondais presque avec ces demoiselles.
Sortez, sortez, beau page, et sur-le-champ,
sortez, sortez!

URBAIN
Hélas! Quel ennui de sortir dans un pareil moment!
Quel ennui! ah!...

(Urbain marche)

CHOEUR
Jeunes beautés, sous ce feuillage...
Voyez ce fleuve qui murmure,
Voyez ce doux ruisseau
et dans le sein d'une onde pure,
allez chercher le calme et la fraîcheur.

MARGUERITE
(à Urbain)
Encore! et quelle audace, Urbain!

URBAIN
Ce n'est pas moi, c'est un chevalier!

CHOEUR
Un chevalier! un chevalier!

URBAIN
Ah, point d'effroi!
Un voile épais couvre ses yeux.

MARGUERITE
Qu'il vienne; c'est Raoul!

URBAIN
Il ignore en quel piège on l'entraîne.

MARGUERITE
C'est lui, tout soumis à mes voeux.

VELENTINE
Ah! je vais fuir ces lieux.

MARGUERITE
Non, restez! je le veux!

CHOEUR
Le voici! Du silence!
En tremblant il s'avance,
et peut-être il a peur.
C'est charmant! Quel bonheur!
Il a peur! Quel bonheur! Il a peur!
Sous ce voile léger
s'il savait quel danger
le menace en ces lieux,
il serait trop heureux!
Mais la foi du serment
contre lui nous défend
et gaiement nous soustrait
à son oeil indiscret.

URBAIN
(regardant les dames)
Grâce à lui l'on m'oublie,
et je puis en ces lieux
contempler les dangers
qu'on dérobe à mes yeux.

MARGUERITE
(à les dames)
Il faut que je lui parle.
Allez, et laissez-nous.

URBAIN
(pour lui)
Ah! d'un pareil destin
qui ne serait jaloux?

DAMES
Oui, partons en silence,
son coeur bat à l'avance,
et peut-être il a peur!
C'est charmant! Quel bonheur!
Il a peur!
Partons!... en silence!
Sous ce voile léger
s'il savait quel danger
le menace en ces lieux...
il serait trop heureux!
Mais la foi du serment
contre lui nous défend,
et gaiement nous soustrait
à son ciel indiscret!

URBAIN
Ah!

MARGUERITE
Allez, allez, laissez-nous!

DAMES
Oui, partons en silence!

MARGUERITE
Pareille loyauté vaut son prix, chevalier,
et de votre serment je veux vous délier.
Otez ce voile!

RAOUL
O ciel, où suis-je?
De mes yeux éblouis n'est-ce pas un prestige?
Beauté divine, enchanteresse,
O vous qui régnez en ces lieux,
parlez, de grâce, mortelle ou déesse;
Suis-je sur la terre ou dans les cieux?
Parlez, parlez! De grâce, répondez!

MARGUERITE
(Pour elle)
Ah! de l'objet de sa tendresse,
je conçois le trouble amoureux.
Qu'il a de grâce; reine ou princesse
en aucun temps n'eût choisi mieux.
Non, non, jamais, non, non jamais!

(à Raoul)

Preux doit vivre pour sa Belle;
Dans l’absence plus fidèle
qu’il n’égare pas loin d’elle
l’ombre même d’un soupir!

RAOUL
(Pour lui)
Il me semble que c’est elle;
l’endroit, l’heure, tout rapelle
la perjure, l’infidèle
à mon tendre souvenir,
l’endroit, l’heure, etc...
Ah! l’amour!

MARGUERITE
Preux doit vivre pour sa Belle, etc.
Preux doit vivre pour sa Belle!
Qu’il n’égare pas loin d’elle
l’ombre même d’un soupir!
Preux doit vivre, etc.
Ah! l’amour!

RAOUL
D'un humble chevalier acceptez le servage.

MARGUERITE
De son obéissance il faut encore un gage.

RAOUL
Ah! je le jure à vos genoux.
A vos ordres soumis, parlez,
je suis à vous;
vos voeux, je les remplirai tous.

MARGUERITE
Ah! ...Ah!...

(pour elle)

Ah! Si j'étais coquette,
Dieu! pareille conquête,
ah! serait bientôt faite!
Mais non, non, non; et je dois
alors que sa belle
compte sur mon zèle,
lui plaire pour elle
et non pas pour moi!

RAOUL
A vous et ma vie et mon âme!
A vous mon épée et mon bras!
A vous et ma vie et mon âme,
mon épée et tout mon sang!
Pour l'honneur, pour son Dieu, pour sa dame,
trop heureux de braver le trépas!

MARGUERITE
Que j'aime l'ardeur qui l'enflamme!

RAOUL
A vous et ma vie et mon âme!

MARGUERITE
Que j'aime l'ardeur qui l'enflamme!

RAOUL
A vous tout mon sang!

MARGUERITE
Mais calmez-vous, car mes seuls voeux
sont ici, sont de vous rendre heureux.

RAOUL
A vous pour jamais, pour jamais!

MARGUERITE
Ah! si j'étais coquette, Dieu...

RAOUL
(pour elle)
Oui, cette conquête
va par sa défaite
punir la coquette
qui trahit sa foi. Oui!

(à Marguerite)

Une ardeur nouvelle
m'enflamme à jamais pour elle
et mon coeur fidèle
vivra sous sa loi, oui, sous sa loi!

URBAIN
Madame!

MARGUERITE
Allons, toujours le page!

URBAIN
Les seigneurs du pays viennent
pour rendre hommage à Votre Majesté!

RAOUL
Ciel!

MARGUERITE
C'est la vérité! Vous promettez
de m'obéir? Eh bien! je veux
former pour vous un illustre lien;
de ma mère et du roi les desseins politiques
veulent aux protestants unir les catholiques.
Et je sers leurs efforts en vous donnant ici
une riche héritière, aimable, et seule fille
du comte de Saint-Bris, votre ancien ennemi,
qui veut bien, oubliant ses haines de famille
s'unir à vous.

RAOUL
Qui? Lui?
Comptez donc sur ma foi!

MARGUERITE
Bien! à ce prix je vous attache à ma personne.

RAOUL
C'est trop de bontés!

URBAIN
Oui, trop bonne, je le vois,
pour tout le monde, hormis pour moi.

(Les dames et seigneurs arrivent)

MARGUERITE
Oui, d'un heureux hymen préparé par mes soins,
j'ai désiré, messieurs, que vous fussiez témoins.

CHOEUR
Honneur à la plus belle, honneur!
Hâtons-nous d'accourir.
C'est voler au plaisir.

MARCEL
(à Raoul)
Ah! qu'est-ce que j'apprends?
Vous avez recherché la main d'une Madianite?

RAOUL
Tais-toi!

MARCEL
Sa maison est celle du péché.

RAOUL
Tais-toi!

MARGUERITE
(à Saint-Bris et Nevers)
Mon frère, Charles IX,
qui connaît votre zèle,
tous les deux à Paris,
dès ce soir vous rappelle,
pour un vaste projet que j'ignore.

NEVERS, SAINT-BRIS
A sa loi nous nous soumettons.

MARGUERITE
Oui! mais, d'abord, à la mienne.
Grâce à cet hymen, abjurant toute haine,
prononcez donc tous trois, comme au pied de l'autel,
d'une éternelle paix prononcez le serment solennel.

(à les Catholiques et Protestantes)

Et vous aussi, messieurs,
qu'un seul voeu vous enchaîne!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par l'honneur, par le nom
que portaient mes ancêtres...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par le roi, par ce fer à mon bras confié...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par le Dieu qui connaît,
qui punit tous les traîtres...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Devant vous, nous jurons éternelle amitié.

MARCEL
(pour lui)
Par Luther, par la foi
que je tiens de mes maîtres,
Ah! jurons, par la croix,
par ce fer à mon bras confié,
Ah! jurons, guerre à mort,
Rome, à toi, tes soldats et tes prêtres
oui jurons!
Et jamais entre nous amitié, ni pitié!

TOUS, sauf MARCEL
Par l'honneur et le nom
que portaient mes ancêtres,
par le Dieu qui punit tous les traîtres,
nous jurons devant vous éternelle amitié,
devant vous nous jurons éternelle amitié!

MARCEL
(Pour lui)
Par Luther, par le Dieu que je sers,
par la croix, par ce fer à mon bras confié,
Ah! jurons, et jamais entre nous amitié ni pitié,
non, jamais amitié ni pitié.

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Providence, mère tendre,
sur la terre fais descendre
la concorde pour nous rendre
tous des frères, tous amis...
oui, tous des frères, tous amis!

MARCEL
(pour lui)
Providence, mère tendre,
sur mon maître, fais descendre
ta lumière pour le rendre
à ses frères, à tes fils!
Juste ciel! juste ciel!
fais descendre la lumière
pour le rendre à tes fils!

MARGUERITE
Que le ciel daigne entendre
et bénir à jamais ces serments...
Ah! daigne entendre, bénis ces serments!

UNE DAME
Ciel, daigne entendre, bénis ces serments!

RAOUL, NEVERS
Nous le jurons, oui, devant vous jurons amitié!

SAINT-BRIS
Ah! nous jurons devant vous amitié pour toujours, oui,
oui, nous jurons à jamais amitié!

MARCEL
(pour lui)
Guerre, guerre à mort et jamais amitié ni pitié,
Oui, oui, nous jurons à jamais guerre à mort!

DAMES
Dieu, bénissez ... ces serments!

SEIGNEURS, CHOEUR
Nous le jurons... ah! nous jurons!

MARGUERITE
(à Raoul)
Et maintenant, je dois offrir
à votre vue votre charmante prétendue,
qui rendra vos serments faciles à tenir!

(Saint-Bris et Valentine arrivent)

RAOUL
Ah! grand Dieu! qu'ai-je vu?

MARGUERITE
Qu'avez-vous?

RAOUL
Quoi! c'est elle! elle!
que m'offraient en ce jour...

MARGUERITE
Et l'hymen et l'amour.

RAOUL
Trahison! perfidie!
Moi son époux? ...jamais, jamais!

TOUS
Ciel!

RAOUL
Trahison, perfidie!
A ce point l'on m'outrage!

NEVERS, SAINT-BRIS
Ah! je tremble et frémis
et de honte et de rage!

MARGUERITE, LES AUTRES
O transport! ô démence!
et d'où vient cet outrage?

MARGUERITE, VELENTINE
URBAIN, DAMES
A briser de tels noeuds quel délire l'engage?
D'un penchant inconnu le pouvoir séducteur
viendrait-il tout-à-coup s'emparer de son coeur?

RAOUL
Je repousse à jamais un honteux mariage
Plus d'hymen, je l'ai dit, et fidèle à l'honneur,
je me ris désormais de leurs cris de fureur.

SAINT-BRIS, NEVERS
C'est à moi d'immoler l'ennemi qui m'outrage;
c'est son sang qu'il me faut, pour calmer ma fureur,
pour punir cet affront, oui, pour venger mon honneur.

MARCEL
Oui, mon coeur applaudit, cher Raoul, ton courage!
Chevalier et chrétien, écoutant seul l'honneur,
il se rit désormais de leurs cris de fureur,
il se rit de leurs cris de fureur!

DAMES
Et pourquoi rompre ainsi le serment qui l'engage?
Cet affront veut du sang; dans ce jour sa fureur,
doit punir ce cruel et venger son honneur!

MESSIEURS
Et pourquoi rompre ainsi le serment qui l'engage?
Cet affront veut du sang; dans ce jour sa fureur,
doit punir l'offenseur et venger son honneur!

VELENTINE
Et comment ai-je donc mérité tant d'outrage?
Dans mon coeur éperdu s'est glacé mon courage!

RAOUL
O douleur! triste sort!
A ce point l'on m'outrage!

NEVERS, SAINT-BRIS
Frémissant et tremblant,
plein de honte et de rage...
c'est son sang qu'il me faut
pour calmer ma fureur...

MARCEL
Oui, mon coeur applaudit au courage de Raoul...

CHOEUR
Cet affront veut du sang...

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
D'un penchant inconnu le pouvoir séducteur...

RAOUL
Plus d'hymen, je l'ai dit!

MARCEL
Seigneur, rempart et seul soutien...

MARGUERITE
Un semblable refus...

RAOUL
... n'est que trop légitime!

MARCEL
... du faible qui t'adore!

MARGUERITE
Dites-m'en la raison.

RAOUL
Je ne le puis sans crime.
Mais cet hymen ... jamais... Ah!

MARGUERITE
O transport! ô démence!
Et pourquoi cet outrage?
A briser de tels noeuds quel délire l'engage!

RAOUL
Oh douleur! triste sort!
A ce point l'on m'outrage!

SAINT-BRIS
Frémissant et tremblant et de honte et de rage...

NEVERS, SAINT-BRIS
(à Raoul)
... sortons! qu'il tombe sous nos coups!

CHOEUR
Cet affront veut du sang!

RAOUL
D'un tel honneur mon coeur est plus jaloux!

MARGUERITE
Arrêtez!
Devant moi quelle insulte nouvelle!
Vous, Raoul, votre épée!

(à Nevers et Saint-Bris)

Et vous, oubliez-vous qu'à l'instant
près de lui votre roi vous rappelle?

RAOUL
Je les suivrai.

MARGUERITE
Non pas! près de moi dans ces lieux, vous restez!

SAINT-BRIS
Le lâche est trop heureux
que cette main royale ait un tel privilège!

MARGUERITE
Téméraire!

RAOUL
(à Nevers et Saint-Bris)
C'est vous qu'elle protège
en désarmant mon bras...

SAINT-BRIS
C'est en vain qu'on prétend enchaîner mon courage.

RAOUL
... et bientôt je serai près de vous!

MARGUERITE
Téméraire! Tous les deux redoutez ma colère!

VELENTINE
Mais comment ai-je donc mérité cet affront?

NEVERS, SAINT-BRIS
Je saurai retrouver l'ennemi, l'offenseur!

MARCEL
Oui mon coeur applaudit Raoul de son noble courage!

CHOEUR
C'est en vain qu'on prétend enchaîner son courage!
O démence!
Il saura retrouver l'ennemi qui l'outrage!
D'où vient cet outrage?

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
O transport! ô démence!
et pourquoi cet outrage?
A briser de tels noeuds quel délire l'engage?
Qui l'engage?

RAOUL, NEVERS
C'est en vain qu'on prétend enchaîner mon courage;
je saurai retrouver l'ennemi qui m'outrage.

SAINT-BRIS
O démence! d'où vient cet outrage?

TOUS
Ah! partons, éloignons-nous!

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
O triste sort! d'un penchant...

RAOUL, NEVERS
SAINT-BRIS, MARCEL
Allons, partons, éloignons-nous!
C'est en vain qu'on prétend
enchaîner son (mon) courage!

CHOEUR
Rien ne pourra sauver Raoul!
Partons, partons! allons, partons, éloignons-nous!
Il saura retrouver l'ennemi qui l'outrage!

RAOUL
Oui, plus tard je saurai, par ma seule valeur,
repousser son offense et venger mon honneur!

NEVERS, SAINT-BRIS
Ah! partons! C'est à moi dans ma juste fureur,
à punir un perfide et venger son (mon) honneur!

MARCEL
Ah! viens, partons!
Il saura dans sa juste fureur
retrouver un perfide
et venger son honneur!

CHOEUR
Cet affront veut du sang; et sa juste fureur
doit punir un perfide et venger son honneur!

MARGUERITE, VELENTINE
URBAIN, DAMES
Hélas! hélas!...

MARCEL
Tu nous défends encor... Mon Dieu...

MARGUERITE, LES AUTRES
Allez, partez, éloignez-vous!

MARGUERITE, URBAIN, DAMES
O transport! ô démence!
et d'où vient cet outrage?

VELENTINE
Et comment ai-je donc mérité cet outrage?

LES AUTRES
C'est en vain qu'on voudrait enchaîner son courage!

MARGUERITE, URBAIN
A briser de tels noeuds...

VELENTINE
Dans mon coeur éperdu s'est glacé mon courage!
Il faut perdre à la fois son amour et l'honneur.
Et pour moi désormais plus d'espoir, plus de bonheur!
ACTE II


(Le théâtre représente le château et les jardins de Chenonceaux. Le fleuve serpente jusque sur le milieu du théâtre, disparaissant de temps en temps derrière des touffes d'arbres verts. A droite, un large escalier, par lequel on descend du château dans les jardins. Au lever du rideau, la reine Marguerite est entourée de ses femmes; elle vient d'achever sa toilette. Urbain, son page, à genoux devant elle, tient encore le miroir dans lequel elle vient de se regarder)

MARGUERITE
O beau pays de la Touraine!
Riants jardins, verte fontaine,
doux ruisseau qui murmure à peine,
que sur tes bords j'aime à rêver.
Ah, que sur tes bords j'aime à rêver
Ah! à rêver!
Belle forêt, sombre rivage,
cachez-moi bien sous votre ombrage,
et que la foudre ou l'orage
jusqu'à moi ne puisse arriver!
O beau pays de la Touraine,
riants jardins, verte fontaine...
Ah! à rêver!
Que Luther ou Calvin ensanglantent la terre
de leurs débats religieux;
des ministres du ciel que la morale austère
nous épouvante au nom des cieux!

MARGUERITE, URBAIN
DAME D'HONNEUR
Sombre chimère,
humeur sévère
n'approchez guère
de notre cour!
Sous mon (son) servage
on ne s'engage
qu'à rendre hommage
au dieu d'amour.

MARGUERITE
Oui, je veux chaque jour
aux échos d'alentour
redire nos refrains d'amour.

PAGE, CHOEUR,
DEUX DAMES D'HONNEUR,
Oui, les échos d'alentour
ont tous appris ces doux refrains d'amour.

MARGUERITE
Ecoutez, écoutez, les échos d'alentour
ont appris nos refrains d'amour...
Amour, amour!

LE PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
Amour...

MARGUERITE
Oui, déjà la fauvette...

LE PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
... viens...

MARGUERITE
... dans les airs le répète...

PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
... viens!

MARGUERITE
... et des tendres ramiers les soupirs langoureux
se perdent en mourant sur les flots amoureux...

PAGE, DEUX DAMES D'HONNEUR
Sombre chimère,
humeur sévère,...
n'approchez guère!

CHOEUR
Soyez bannie toujours
de ce charmant séjour,
toujours, toujours!
Sous son servage,...
Sombre folie
ou pruderie
soyez bannie!

MARGUERITE
Ah!

TOUTES
Sous son (mon) empire
on ne respire
que pour sourire
au dieu d'amour...

MARGUERITE
...au dieu de l'amour!
A ce mot tout s'anime et renaît la nature,
l'oiseau redit ses chants sous l'épaisse verdure;
le ruisseau le répète avec un doux murmure;
la terre, les ondes, la terre, les cieux
redisent nos chants.

MARGUERITE, CHOEUR
Terre et cieux rediront tous nos chants amoureux,
tous nos chants, oui!

URBAIN
(pour lui)
Que notre reine est belle, hélas!
et quel dommage!

MARGUERITE
Et de quoi te plains-tu?

URBAIN
De n'être rien qu'un page!
Page discret, et fidèle et soumis!

MARGUERITE
De nos dames pourtant ce n'est pas là l'avis!
Qui vient ici? Vois!

URBAIN
La plus belle de vos demoiselles d'honneur.

MARGUERITE
Valentine! viens là sans trembler.

URBAIN
Tout pour elle, déjà la favorite!

MARGUERITE
Oui, je l'ai vue gémir
et les pleurs ont toujours le don de m'attendrir.

URBAIN
Ah! je ne rirai plus.

MARGUERITE
Ma fille, allons, courage!
Dis-moi le résultat de ton hardi voyage.

VELENTINE
Le comte de Nevers sur l'honneur a promis
de refuser ma main.

MARGUERITE
Bon! alors tout s'arrange;
et bientôt, j'en réponds, un autre hymen...

VELENTINE
Qu'entends-je? o ciel!

MARGUERITE
Pauvre enfant, tu rougis!
Tu l'aimes donc bien?

VELENTINE
Non, je ne le dois pas... et mon père?

MARGUERITE
Calme-toi, je lui parlerai.

VELENTINE
Oui! mais Raoul?

MARGUERITE
Et bien ma chère, il va venir.

VELENTINE
O ciel! jamais je n'oserai...

MARGUERITE
Vraiment? Vraiment jamais?
Alors c'est moi qui le verrai.

UNE DAME D'HONNEUR
Venez, Madame, sous ces épais ombrages
goûter un doux abri contre un soleil brûlant.
Le fleuve fortuné qui baigne ces rivages
vous offre de ses eaux le rempart transparent.

CHOEUR DES BAIGNEUSES
(Pendant ce choeur, celles des jeunes filles qui doivent se baigner, s'occupent de leur toilette. Plusieurs qui sont déjà prêtes paraissent en peignoir de gaze, et, avant de se plonger dans l'eau, dansent, jouent, courent les unes après les autres et forment différents groupes: divertissement que la reine contemple en souriant, étendue sur un banc de verdure. D'autres jeunes filles ont disparu derrière les touffes d'arbres du fond, et on les voit un instant après se baigner dans le fleuve. Le Page est caché derrière un arbre)
Jeunes beautés, sous ce feuillage
qui vous présente un doux ombrage,
bravez le jour et la chaleur.
Voyez ce fleuve qui murmure,
et dans le sein d'une onde pure
allez chercher, ah!,
chercher le calme et la fraîcheur.
Sous ce feuillage, bravez le jour,
cherchez le calme et la fraîcheur!

MARGUERITE
C'est bien, et de vos soins fidèles...

(Regardant Urbain)

Eh bien? que faites-vous là,
maître Urbain, que faites-vous là?

URBAIN
Qui? moi? j'attendais
les ordres de Madame.

MARGUERITE
Et moi qui l'oubliais!
Je le confondais presque avec ces demoiselles.
Sortez, sortez, beau page, et sur-le-champ,
sortez, sortez!

URBAIN
Hélas! Quel ennui de sortir dans un pareil moment!
Quel ennui! ah!...

(Urbain marche)

CHOEUR
Jeunes beautés, sous ce feuillage...
Voyez ce fleuve qui murmure,
Voyez ce doux ruisseau
et dans le sein d'une onde pure,
allez chercher le calme et la fraîcheur.

MARGUERITE
(à Urbain)
Encore! et quelle audace, Urbain!

URBAIN
Ce n'est pas moi, c'est un chevalier!

CHOEUR
Un chevalier! un chevalier!

URBAIN
Ah, point d'effroi!
Un voile épais couvre ses yeux.

MARGUERITE
Qu'il vienne; c'est Raoul!

URBAIN
Il ignore en quel piège on l'entraîne.

MARGUERITE
C'est lui, tout soumis à mes voeux.

VELENTINE
Ah! je vais fuir ces lieux.

MARGUERITE
Non, restez! je le veux!

CHOEUR
Le voici! Du silence!
En tremblant il s'avance,
et peut-être il a peur.
C'est charmant! Quel bonheur!
Il a peur! Quel bonheur! Il a peur!
Sous ce voile léger
s'il savait quel danger
le menace en ces lieux,
il serait trop heureux!
Mais la foi du serment
contre lui nous défend
et gaiement nous soustrait
à son oeil indiscret.

URBAIN
(regardant les dames)
Grâce à lui l'on m'oublie,
et je puis en ces lieux
contempler les dangers
qu'on dérobe à mes yeux.

MARGUERITE
(à les dames)
Il faut que je lui parle.
Allez, et laissez-nous.

URBAIN
(pour lui)
Ah! d'un pareil destin
qui ne serait jaloux?

DAMES
Oui, partons en silence,
son coeur bat à l'avance,
et peut-être il a peur!
C'est charmant! Quel bonheur!
Il a peur!
Partons!... en silence!
Sous ce voile léger
s'il savait quel danger
le menace en ces lieux...
il serait trop heureux!
Mais la foi du serment
contre lui nous défend,
et gaiement nous soustrait
à son ciel indiscret!

URBAIN
Ah!

MARGUERITE
Allez, allez, laissez-nous!

DAMES
Oui, partons en silence!

MARGUERITE
Pareille loyauté vaut son prix, chevalier,
et de votre serment je veux vous délier.
Otez ce voile!

RAOUL
O ciel, où suis-je?
De mes yeux éblouis n'est-ce pas un prestige?
Beauté divine, enchanteresse,
O vous qui régnez en ces lieux,
parlez, de grâce, mortelle ou déesse;
Suis-je sur la terre ou dans les cieux?
Parlez, parlez! De grâce, répondez!

MARGUERITE
(Pour elle)
Ah! de l'objet de sa tendresse,
je conçois le trouble amoureux.
Qu'il a de grâce; reine ou princesse
en aucun temps n'eût choisi mieux.
Non, non, jamais, non, non jamais!

(à Raoul)

Preux doit vivre pour sa Belle;
Dans l’absence plus fidèle
qu’il n’égare pas loin d’elle
l’ombre même d’un soupir!

RAOUL
(Pour lui)
Il me semble que c’est elle;
l’endroit, l’heure, tout rapelle
la perjure, l’infidèle
à mon tendre souvenir,
l’endroit, l’heure, etc...
Ah! l’amour!

MARGUERITE
Preux doit vivre pour sa Belle, etc.
Preux doit vivre pour sa Belle!
Qu’il n’égare pas loin d’elle
l’ombre même d’un soupir!
Preux doit vivre, etc.
Ah! l’amour!

RAOUL
D'un humble chevalier acceptez le servage.

MARGUERITE
De son obéissance il faut encore un gage.

RAOUL
Ah! je le jure à vos genoux.
A vos ordres soumis, parlez,
je suis à vous;
vos voeux, je les remplirai tous.

MARGUERITE
Ah! ...Ah!...

(pour elle)

Ah! Si j'étais coquette,
Dieu! pareille conquête,
ah! serait bientôt faite!
Mais non, non, non; et je dois
alors que sa belle
compte sur mon zèle,
lui plaire pour elle
et non pas pour moi!

RAOUL
A vous et ma vie et mon âme!
A vous mon épée et mon bras!
A vous et ma vie et mon âme,
mon épée et tout mon sang!
Pour l'honneur, pour son Dieu, pour sa dame,
trop heureux de braver le trépas!

MARGUERITE
Que j'aime l'ardeur qui l'enflamme!

RAOUL
A vous et ma vie et mon âme!

MARGUERITE
Que j'aime l'ardeur qui l'enflamme!

RAOUL
A vous tout mon sang!

MARGUERITE
Mais calmez-vous, car mes seuls voeux
sont ici, sont de vous rendre heureux.

RAOUL
A vous pour jamais, pour jamais!

MARGUERITE
Ah! si j'étais coquette, Dieu...

RAOUL
(pour elle)
Oui, cette conquête
va par sa défaite
punir la coquette
qui trahit sa foi. Oui!

(à Marguerite)

Une ardeur nouvelle
m'enflamme à jamais pour elle
et mon coeur fidèle
vivra sous sa loi, oui, sous sa loi!

URBAIN
Madame!

MARGUERITE
Allons, toujours le page!

URBAIN
Les seigneurs du pays viennent
pour rendre hommage à Votre Majesté!

RAOUL
Ciel!

MARGUERITE
C'est la vérité! Vous promettez
de m'obéir? Eh bien! je veux
former pour vous un illustre lien;
de ma mère et du roi les desseins politiques
veulent aux protestants unir les catholiques.
Et je sers leurs efforts en vous donnant ici
une riche héritière, aimable, et seule fille
du comte de Saint-Bris, votre ancien ennemi,
qui veut bien, oubliant ses haines de famille
s'unir à vous.

RAOUL
Qui? Lui?
Comptez donc sur ma foi!

MARGUERITE
Bien! à ce prix je vous attache à ma personne.

RAOUL
C'est trop de bontés!

URBAIN
Oui, trop bonne, je le vois,
pour tout le monde, hormis pour moi.

(Les dames et seigneurs arrivent)

MARGUERITE
Oui, d'un heureux hymen préparé par mes soins,
j'ai désiré, messieurs, que vous fussiez témoins.

CHOEUR
Honneur à la plus belle, honneur!
Hâtons-nous d'accourir.
C'est voler au plaisir.

MARCEL
(à Raoul)
Ah! qu'est-ce que j'apprends?
Vous avez recherché la main d'une Madianite?

RAOUL
Tais-toi!

MARCEL
Sa maison est celle du péché.

RAOUL
Tais-toi!

MARGUERITE
(à Saint-Bris et Nevers)
Mon frère, Charles IX,
qui connaît votre zèle,
tous les deux à Paris,
dès ce soir vous rappelle,
pour un vaste projet que j'ignore.

NEVERS, SAINT-BRIS
A sa loi nous nous soumettons.

MARGUERITE
Oui! mais, d'abord, à la mienne.
Grâce à cet hymen, abjurant toute haine,
prononcez donc tous trois, comme au pied de l'autel,
d'une éternelle paix prononcez le serment solennel.

(à les Catholiques et Protestantes)

Et vous aussi, messieurs,
qu'un seul voeu vous enchaîne!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par l'honneur, par le nom
que portaient mes ancêtres...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par le roi, par ce fer à mon bras confié...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Par le Dieu qui connaît,
qui punit tous les traîtres...

SEIGNEURS, CHOEUR
... nous jurons!

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Devant vous, nous jurons éternelle amitié.

MARCEL
(pour lui)
Par Luther, par la foi
que je tiens de mes maîtres,
Ah! jurons, par la croix,
par ce fer à mon bras confié,
Ah! jurons, guerre à mort,
Rome, à toi, tes soldats et tes prêtres
oui jurons!
Et jamais entre nous amitié, ni pitié!

TOUS, sauf MARCEL
Par l'honneur et le nom
que portaient mes ancêtres,
par le Dieu qui punit tous les traîtres,
nous jurons devant vous éternelle amitié,
devant vous nous jurons éternelle amitié!

MARCEL
(Pour lui)
Par Luther, par le Dieu que je sers,
par la croix, par ce fer à mon bras confié,
Ah! jurons, et jamais entre nous amitié ni pitié,
non, jamais amitié ni pitié.

RAOUL, SAINT-BRIS, NEVERS
Providence, mère tendre,
sur la terre fais descendre
la concorde pour nous rendre
tous des frères, tous amis...
oui, tous des frères, tous amis!

MARCEL
(pour lui)
Providence, mère tendre,
sur mon maître, fais descendre
ta lumière pour le rendre
à ses frères, à tes fils!
Juste ciel! juste ciel!
fais descendre la lumière
pour le rendre à tes fils!

MARGUERITE
Que le ciel daigne entendre
et bénir à jamais ces serments...
Ah! daigne entendre, bénis ces serments!

UNE DAME
Ciel, daigne entendre, bénis ces serments!

RAOUL, NEVERS
Nous le jurons, oui, devant vous jurons amitié!

SAINT-BRIS
Ah! nous jurons devant vous amitié pour toujours, oui,
oui, nous jurons à jamais amitié!

MARCEL
(pour lui)
Guerre, guerre à mort et jamais amitié ni pitié,
Oui, oui, nous jurons à jamais guerre à mort!

DAMES
Dieu, bénissez ... ces serments!

SEIGNEURS, CHOEUR
Nous le jurons... ah! nous jurons!

MARGUERITE
(à Raoul)
Et maintenant, je dois offrir
à votre vue votre charmante prétendue,
qui rendra vos serments faciles à tenir!

(Saint-Bris et Valentine arrivent)

RAOUL
Ah! grand Dieu! qu'ai-je vu?

MARGUERITE
Qu'avez-vous?

RAOUL
Quoi! c'est elle! elle!
que m'offraient en ce jour...

MARGUERITE
Et l'hymen et l'amour.

RAOUL
Trahison! perfidie!
Moi son époux? ...jamais, jamais!

TOUS
Ciel!

RAOUL
Trahison, perfidie!
A ce point l'on m'outrage!

NEVERS, SAINT-BRIS
Ah! je tremble et frémis
et de honte et de rage!

MARGUERITE, LES AUTRES
O transport! ô démence!
et d'où vient cet outrage?

MARGUERITE, VELENTINE
URBAIN, DAMES
A briser de tels noeuds quel délire l'engage?
D'un penchant inconnu le pouvoir séducteur
viendrait-il tout-à-coup s'emparer de son coeur?

RAOUL
Je repousse à jamais un honteux mariage
Plus d'hymen, je l'ai dit, et fidèle à l'honneur,
je me ris désormais de leurs cris de fureur.

SAINT-BRIS, NEVERS
C'est à moi d'immoler l'ennemi qui m'outrage;
c'est son sang qu'il me faut, pour calmer ma fureur,
pour punir cet affront, oui, pour venger mon honneur.

MARCEL
Oui, mon coeur applaudit, cher Raoul, ton courage!
Chevalier et chrétien, écoutant seul l'honneur,
il se rit désormais de leurs cris de fureur,
il se rit de leurs cris de fureur!

DAMES
Et pourquoi rompre ainsi le serment qui l'engage?
Cet affront veut du sang; dans ce jour sa fureur,
doit punir ce cruel et venger son honneur!

MESSIEURS
Et pourquoi rompre ainsi le serment qui l'engage?
Cet affront veut du sang; dans ce jour sa fureur,
doit punir l'offenseur et venger son honneur!

VELENTINE
Et comment ai-je donc mérité tant d'outrage?
Dans mon coeur éperdu s'est glacé mon courage!

RAOUL
O douleur! triste sort!
A ce point l'on m'outrage!

NEVERS, SAINT-BRIS
Frémissant et tremblant,
plein de honte et de rage...
c'est son sang qu'il me faut
pour calmer ma fureur...

MARCEL
Oui, mon coeur applaudit au courage de Raoul...

CHOEUR
Cet affront veut du sang...

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
D'un penchant inconnu le pouvoir séducteur...

RAOUL
Plus d'hymen, je l'ai dit!

MARCEL
Seigneur, rempart et seul soutien...

MARGUERITE
Un semblable refus...

RAOUL
... n'est que trop légitime!

MARCEL
... du faible qui t'adore!

MARGUERITE
Dites-m'en la raison.

RAOUL
Je ne le puis sans crime.
Mais cet hymen ... jamais... Ah!

MARGUERITE
O transport! ô démence!
Et pourquoi cet outrage?
A briser de tels noeuds quel délire l'engage!

RAOUL
Oh douleur! triste sort!
A ce point l'on m'outrage!

SAINT-BRIS
Frémissant et tremblant et de honte et de rage...

NEVERS, SAINT-BRIS
(à Raoul)
... sortons! qu'il tombe sous nos coups!

CHOEUR
Cet affront veut du sang!

RAOUL
D'un tel honneur mon coeur est plus jaloux!

MARGUERITE
Arrêtez!
Devant moi quelle insulte nouvelle!
Vous, Raoul, votre épée!

(à Nevers et Saint-Bris)

Et vous, oubliez-vous qu'à l'instant
près de lui votre roi vous rappelle?

RAOUL
Je les suivrai.

MARGUERITE
Non pas! près de moi dans ces lieux, vous restez!

SAINT-BRIS
Le lâche est trop heureux
que cette main royale ait un tel privilège!

MARGUERITE
Téméraire!

RAOUL
(à Nevers et Saint-Bris)
C'est vous qu'elle protège
en désarmant mon bras...

SAINT-BRIS
C'est en vain qu'on prétend enchaîner mon courage.

RAOUL
... et bientôt je serai près de vous!

MARGUERITE
Téméraire! Tous les deux redoutez ma colère!

VELENTINE
Mais comment ai-je donc mérité cet affront?

NEVERS, SAINT-BRIS
Je saurai retrouver l'ennemi, l'offenseur!

MARCEL
Oui mon coeur applaudit Raoul de son noble courage!

CHOEUR
C'est en vain qu'on prétend enchaîner son courage!
O démence!
Il saura retrouver l'ennemi qui l'outrage!
D'où vient cet outrage?

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
O transport! ô démence!
et pourquoi cet outrage?
A briser de tels noeuds quel délire l'engage?
Qui l'engage?

RAOUL, NEVERS
C'est en vain qu'on prétend enchaîner mon courage;
je saurai retrouver l'ennemi qui m'outrage.

SAINT-BRIS
O démence! d'où vient cet outrage?

TOUS
Ah! partons, éloignons-nous!

MARGUERITE, URBAIN
VELENTINE, DAMES
O triste sort! d'un penchant...

RAOUL, NEVERS
SAINT-BRIS, MARCEL
Allons, partons, éloignons-nous!
C'est en vain qu'on prétend
enchaîner son (mon) courage!

CHOEUR
Rien ne pourra sauver Raoul!
Partons, partons! allons, partons, éloignons-nous!
Il saura retrouver l'ennemi qui l'outrage!

RAOUL
Oui, plus tard je saurai, par ma seule valeur,
repousser son offense et venger mon honneur!

NEVERS, SAINT-BRIS
Ah! partons! C'est à moi dans ma juste fureur,
à punir un perfide et venger son (mon) honneur!

MARCEL
Ah! viens, partons!
Il saura dans sa juste fureur
retrouver un perfide
et venger son honneur!

CHOEUR
Cet affront veut du sang; et sa juste fureur
doit punir un perfide et venger son honneur!

MARGUERITE, VELENTINE
URBAIN, DAMES
Hélas! hélas!...

MARCEL
Tu nous défends encor... Mon Dieu...

MARGUERITE, LES AUTRES
Allez, partez, éloignez-vous!

MARGUERITE, URBAIN, DAMES
O transport! ô démence!
et d'où vient cet outrage?

VELENTINE
Et comment ai-je donc mérité cet outrage?

LES AUTRES
C'est en vain qu'on voudrait enchaîner son courage!

MARGUERITE, URBAIN
A briser de tels noeuds...

VELENTINE
Dans mon coeur éperdu s'est glacé mon courage!
Il faut perdre à la fois son amour et l'honneur.
Et pour moi désormais plus d'espoir, plus de bonheur!



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