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PROLOGUE


(Le théâtre représente le palais d'Hébé dans le fond, et ses jardins dans les ailes)

Ouverture

Première Scène

HÉBÉ
Vous, qui d'Hébé suivez les lois,
Venez, rassemblez-vous, accourez à ma voix!
Vous chantez dès que l'aurore
Éclaire ce beau séjour:
Vous commencez avec le jour
Les jeux brillants de Terpsichore;
Les doux instants que vous donne l'Amour
Vous sont plus chers encore.

Scène Deuxième

Entrée Des 4 Nations.

(Troupe de jeunesse française, espagnole, italienne et polonaise, qui accourt et forme des danses gracieuses)

HÉBÉ
Amants sûrs de plaire,
Suivez votre ardeur!
Chantez votre bonheur,
Mais sans offenser le mystère!
Il est pour un tendre coeur
Des biens dont le secret augmente la douceur.
Songez qu'il faut les taire!

(Air grave pour deux polonais)

Premier Menuet

Second Menuet

HÉBÉ
Musettes, résonnez dans ce riant bocage,
Accordez-vous sous l'ombrage
Au murmure des ruisseaux,
Accompagnez le doux ramage
Des tendres oiseaux.

CHOEUR
Musettes, résonnez dans ce riant bocage,
Accordez-vous sous l'ombrage
Au murmure des ruisseaux,
Accompagnez le doux ramage
Des tendres oiseaux.

(Musette en rondeau)
(Bruit de tambours qui interrompt le ballet)

HÉBÉ
Qu'entends-je!
Les tambours font taire nos musettes?
C'est Bellone! Ses cris excitent les héros:
Qu'elle va dérober de sujets à Paphos!

Scène Troisième

(Bellone arrive au bruit des tambours et des trompettes qui la précèdent avec des guerriers portant des drapeaux. Elle invite la suite d'Hébé à n'aimer que la gloire)

BELLONE
(à la suite d'Hébé)
La Gloire vous appelle: écoutez ses trompettes!
Hâtez-vous, armez-vous, et devenez guerriers!
Quittez ces paisibles retraites!
Combattez, il est temps de cueillir des lauriers.

CHOEUR
(Les guerriers appellent les amants des nations alliées. Ces amants généreux se rangent près de Bellone, et suivent les étendards)
La Gloire vous appelle: écoutez ses trompettes!
Hâtez-vous, armez-vous, et devenez guerriers!

(Air pour deux guerriers portant les drapeaux)
(Air pour les amants et amantes qui suivent Bellone)

CHOEUR
Vous nous abandonnez.
Quelle peine mortelle!
Que vont devenir nos beaux jours!
Quelle peine mortelle!
Écoutez les Amours.
La Gloire nous appelle,
Nous n'écoutons qu'elle.

Scène Quatrième

HÉBÉ
Bellone les entraîne...
O toi, vainqueur des Cieux,
Viens prouver ton pouvoir suprême!
On ose te quitter pour suivre d'autres Dieux!
Fils de Vénus, ah!
Qui peut mieux te venger que toi-même?

Scène Cinquième

(L'Amour descend des cieux sur des nuages; il porte des traits nouveaux; il est accompagné d'une troupe d'Amours armés comme lui, dont les uns tiennent des brandons et les autres arborent des étendards galants)

(Annonce de l'Amour)

HÉBÉ
L'Amour paraît armé, qu'il soit victorieux!

L'AMOUR
Pourquoi Mars à l'Amour déclara-t-il la guerre?
Mars perd-t-il son encens, lorsqu'on vient m'en offrir?
Jamais les myrthes sur la terre
N'ont empêché les lauriers de fleurir.

HÉBÉ
(à l'Amour)
Pour remplacer les coeurs que vous ravit Bellone,
Fils de Vénus, lancez vos traits les plus certains;
Conduisez les plaisirs dans les climats lointains,
Quand l'Europe les abandonne!

L'AMOUR
(à sa suite)
Ranimez vos flambeaux, remplissez vos carquois,
Moissonnez, méritez les palmes les plus belles!
Amours, remportez, à la fois,
Cent victoires nouvelles!
L'horreur suit le terrible Mars;
Les Jeux s'amusent sur vos traces,
Partez, partez, vos nouveaux étendards
Sont l'ouvrage des Grâces.

(Air pour les Amours)

L'AMOUR, HÉBÉ
Traversez les plus vastes mers,
Volez, volez, Amours, volez, volez!
Portez vos armes et vos fers
Sur le plus éloigné rivage!
Est-il un coeur dans l'univers
Qui ne vous doive son hommage?

CHOEUR
(Les Amours s'envolent pendant le choeur et se dispersent loin de l'Europe dans les différents climats de l'Inde)
Traversez les plus vastes mers,
Volez, volez, Amours, volez, Amours.
Portez vos armes et vos fers
Sur le plus éloigné rivage!


PREMIÈRE ENTRÉE


Le Turc généreux

(Le théâtre représente les jardins d'Osman Pacha terminés par la mer)

Scène Première

ÉMILIE
(entrant seule)
C'est Osman qui me suit, ne lui cachons plus rien!
Pour arrêter son feu, découvrons-lui le mien!

OSMAN
(entrant, à Émilie)
Chercherez-vous toujours et l'ombre et le silence!

ÉMILIE
Je voudrais de mes maux cacher la violence.

OSMAN
Ciel! Qu'entends-je!

ÉMILIE
Apprenez mon destin rigoureux!
Dans le séjour témoin de ma naissance
J'épousais un amant digne de ma constance;
Sur un bord solitaire on commençait les jeux,
Lorsque des ravisseurs perfides
S'avancent le fer à la main.
La terreur un instant ferme mes yeux timides,
Ils ne s'ouvrent qu'aux cris d'un corsaire inhumain.
Bientôt les vents et le ciel même,
Complices de son crime, éloignent ses vaisseaux,
Et je me vois captive sur les eaux,
Près de ce que j'abhorre, et loin de ce que j'aime.

OSMAN
Qu'en peignant vos malheurs
vous redoublez mes maux!
Dissipez vos ennuis sur cet heureux rivage.

ÉMILIE
J'y subis, sous vos lois, un second esclavage.

OSMAN
Me reprocherez-vous de gêner vos désirs?
L'unique loi qu'ici vous prescrit ma tendresse,
C'est de permettre aux plaisirs
De vous y suivre sans cesse.
Répondez à mes voeux, couronnez mes soupirs!

ÉMILIE
Contre mes ravisseurs, ardent à me défendre,
Mon amant a risqué ses jours.
Lorsque, pour prix de son secours,
Peut-être un coup fatal l'a forcé de descendre
Dans l'affreuse nuit de tombeau,
Mon coeur ingrat d'un feu nouveau
Se laisserait surprendre?

OSMAN
Ah! Que me faites-vous entendre?
C'est trop m'accabler par vos pleurs,
Cessez d'entretenir d'inutiles douleurs!
Il faut que l'amour s'envole,
Dès qu'il voit partir l'espoir.
A l'ennui la constance immole
Le coeur qui s'en fait un devoir.
Je vous quitte, belle Émilie.
Songez que le noeud qui vous lie
Vous cause chaque jour des tourments superflus!
Vous aimez un objet que vous ne verrez plus.

Scène Deuxième

ÉMILIE
(Osman sort)
Que je ne verrai plus, barbare!...
Que me présage ce discours?
Ah! Si de mon amant le trépas me sépare,
Si mes yeux l'ont perdu, mon coeur le voit toujours.

(Le Ciel se couvre de nouages sombres, les vents sifflent, les flots s'élèvent)

La nuit couvre les cieux!
Quel funeste ravage!
Vaste empire des mers où triomphe l'horreur,
Vous êtes la terrible image
Du trouble de mon coeur.
Des vents impétueux vous éprouvez la rage,
D'un juste désespoir j'éprouve la fureur.

CHOEUR DES MATELOTS
(qu'on ne voit pas)
(La tempête continue avec la même violence)
Ciel! De plus d'une mort nous redoutons les coups!
Serons-nous embrasés par les feux du tonnerre?
Sous les ondes périrons-nous,
À l'aspect de la terre?

ÉMILIE
Que ces cris agitent mes sens!
Moi-même, je me crois victime de l'orage.

(La tempête diminue et la clarté revient)

Mais le ciel prend pitié du trouble que je sens,
Le ciel, le juste ciel calme l'onde et les vents.
Je souffrais dans le port les horreurs du naufrage.

CHOEUR
(qu'on ne voit pas)
Que nous sert d'échapper à la fureur des mers?
En évitant la mort nous tombons dans les fers.

ÉMILIE
D'infortunés captifs vont partager nos peines
Dans ce redoutable séjour.
S'ils sont amants, ah! que l'amour
Va redoubler le poids de l'horreur de leurs chaînes!

Scène Troisième

ÉMILIE
Un de ces malheureux approche en soupirant!
Hélas! Son infortune est semblable à la mienne!
Quel transport confus me surprend?
Parlons-lui! Ma patrie est peut-être la sienne.

(abordant Valère)

Étranger, je vous plains...

(le reconnaissant)

Ah! Valère, c'est vous!

VALÈRE
(en esclave)
C'est vous, belle Émilie!

ÉMILIE, VALÈRE
Je vous revois! Que de malheurs j'oublie!
De mon cruel destin je ne sens plus les coups.

ÉMILIE
Par quel sort aujourd'hui jeté sur cette rive...

VALÈRE
Depuis l'instant fatal qui nous a séparés,
Dans cet climats divers mes soupirs égarés
Vous cherchent nuit et jour... je vous trouve captive.

ÉMILIE
Et ce n'est pas encore mon plus cruel malheur.

VALÈRE
O ciel! Achevez.

ÉMILIE
Non, suspendez ma douleur!
De votre sort daignez enfin m'instruire!

VALÈRE
Un maître que je n'ai point vu
Dans ce palais m'a fait conduire...

ÉMILIE
Votre maître est le mien.

VALÈRE
O bonheur imprévu!

ÉMILIE
Valère, quelle erreur peut ainsi vous séduire!
Mon tyran m'aime...

VALÈRE
O désespoir!
Non, vous ne sortirez jamais de ses fers!
Quoi! Valère ne vous retrouve
Que pour vous perdre sans retour?
Notre Tyran vous aime!

ÉMILIE
Et ma douleur le prouve,
Je ne demandais pas ce triomphe à l'amour.

VALÈRE
Ah! Sait-on vous aimer dans ce fatal séjour!
Sur ces bords une âme enflammée
Partage ses voeux les plus doux,
Et vous méritez d'être aimée
Par un coeur qui n'aime que vous.

Scène Quatrième

OSMAN
(entrant, à Valère)
Esclave, je viens de t'entendre,
Ton crime m'est connu.

VALÈRE
Je ne m'en repens pas.

ÉMILIE
(troublée, à Osman)
Seigneur, est-il coupable? Hélas!...

OSMAN
(à Émilie)
Vous l'accusez en voulant le défendre.
Vous prétendez en vain cacher votre embarras,
Et retenir les pleurs que je vous vois répandre.
Vous cédez au penchant
de votre coeur trop tendre:
Ah! du mien je suivrai les lois,
Je saurai me venger ainsi que je dois.

ÉMILIE
(à Osman)
Le barbare!

VALÈRE
(à Osman)
J'attends l'arrêt de ta colère.

ÉMILIE
(tremblante)
Juste ciel! Quel moment!

OSMAN
(présentant Émilie à Valère)
Reçois de moi, Valère, Émilie et la liberté.

VALÈRE
(gaiement, à Osman)
Que dites-vous?...

(tristement)

Mais non, peut-il être sincère?
Il veut tromper nos coeurs...
c'est trop de cruauté!

OSMAN
O ciel! Quelle injustice!
Quoi! Vous vous défiez de ma sincérité,
Dans l'instant où mon coeur vous fait le sacrifice
Qui jamais ait le plus coûté?
Mais je le dois à la reconnaissance.

(montrant Valère)

Osman fut son esclave, et s'efforce aujourd'hui
D'imiter sa magnificence,
Dans ce noble sentier, que je suis loin de lui!
Il m'a tiré des fers sans me connaître...

VALÈRE
(l'embrassant)
Mon cher Osman, c'est vous!

(à Émilie)

Osman était mon maître.

OSMAN
Je vous ai reconnu sans m'offrir à vos yeux;
J'ai fait agir pour vous mon zèle et ma puissance:
Vos vaisseaux sont rentrés sous votre obéissance.

(Les vaisseaux de Valère avancent et paraissent chargés des présents du pacha, portés par des esclaves africains)

VALÈRE
(surpris)
Que vois-je?
Ils sont chargés de vos dons précieux!
Que de bienfaits!

OSMAN
Ne comptez que Émilie!

VALÈRE
O triomphe incroyable! O sublime vertu!

ÉMILIE
(à Osman)
Ne craignez pas que je l'oublie!

OSMAN
Estimez moins un coeur qui s'est trop combattu!

(On entends les tambourins des Matelots)
(avec douleur)

J'entends vos matelots...
Allez sur vos rivages,
Mes ordres sont donnés...
Allez, vivez contents...
Souvenez-vous d'Osman...

VALÈRE
(l'arrêtant)
Recevez nos hommages!

ÉMILIE
(à Osman)
Écoutez...

OSMAN
(hésitant)
Quoi!... Mais, non!

(s'en allant)

C'est souffrir trop longtemps,
C'est trop à vos regards offrir mon trouble extrême...
Je vous dois mon absence, et la dois à moi-même.

(Osman sort)

Scène Cinquième

VALÈRE
Fut-il jamais un coeur plus généreux?
Digne de notre éloge, il ne veut pas l'entendre...
Au plus parfait bonheur il a droit de prétendre,
Si la vertu peut rendre heureux.

Scène Sixième

ÉMILIE, VALÈRE
Volez, Zéphyrs, tendres amants de Flore!
Si vous nous conduisez, tous nos voeux sont remplis,
Rivages fortunés de l'empire des Lys,
Ah! nous vous reverrons encore.

CHOEUR
Volez, Zéphyrs, tendres amants de Flore!
Si vous nous conduisez, tous nos voeux sont remplis.

(Air pour les esclaves africains)

VALÈRE
Hâtez-vous de vous embarquer,
Jeunes coeurs, volez à Cythère!
Sur cette flotte téméraire
On ne peut jamais trop risquer.

ÉMILIE
Régnez, Amour, ne craignez point les flots!
Vous trouverez sur l'onde un aussi doux repos
Que sous les myrthes de Cythère.
Ne craignez point les flots!
Ils ont donné le jour à votre aimable mère.

Premier Rigaudon

Second Rigaudon

ÉMILIE
Fuyez, vents orageux!
Calmez les flots amoureux, Ris et jeux!
Charmant Plaisir, fais notre sort
Dans la route comme au port!
Si, quittant le rivage,
La raison fait naufrage,
Thétis, dans ce beau jour,
N'en sert que mieux l'Amour.

Premier Tambourin

Second Tambourin

ÉMILIE
Partez! On languit sur le rivage,
Tendres coeurs, embarquez-vous!

CHOEUR
Partez! On languit sur le rivage,
Tendres coeurs, embarquez-vous!

ÉMILIE
Voguez! Bravez les vents et l'orage!
Que l'espoir vous guide tous!

CHOEUR
Partez! On languit sur le rivage,
Tendres coeurs, embarquez-vous!
PROLOGUE


(Le théâtre représente le palais d'Hébé dans le fond, et ses jardins dans les ailes)

Ouverture

Première Scène

HÉBÉ
Vous, qui d'Hébé suivez les lois,
Venez, rassemblez-vous, accourez à ma voix!
Vous chantez dès que l'aurore
Éclaire ce beau séjour:
Vous commencez avec le jour
Les jeux brillants de Terpsichore;
Les doux instants que vous donne l'Amour
Vous sont plus chers encore.

Scène Deuxième

Entrée Des 4 Nations.

(Troupe de jeunesse française, espagnole, italienne et polonaise, qui accourt et forme des danses gracieuses)

HÉBÉ
Amants sûrs de plaire,
Suivez votre ardeur!
Chantez votre bonheur,
Mais sans offenser le mystère!
Il est pour un tendre coeur
Des biens dont le secret augmente la douceur.
Songez qu'il faut les taire!

(Air grave pour deux polonais)

Premier Menuet

Second Menuet

HÉBÉ
Musettes, résonnez dans ce riant bocage,
Accordez-vous sous l'ombrage
Au murmure des ruisseaux,
Accompagnez le doux ramage
Des tendres oiseaux.

CHOEUR
Musettes, résonnez dans ce riant bocage,
Accordez-vous sous l'ombrage
Au murmure des ruisseaux,
Accompagnez le doux ramage
Des tendres oiseaux.

(Musette en rondeau)
(Bruit de tambours qui interrompt le ballet)

HÉBÉ
Qu'entends-je!
Les tambours font taire nos musettes?
C'est Bellone! Ses cris excitent les héros:
Qu'elle va dérober de sujets à Paphos!

Scène Troisième

(Bellone arrive au bruit des tambours et des trompettes qui la précèdent avec des guerriers portant des drapeaux. Elle invite la suite d'Hébé à n'aimer que la gloire)

BELLONE
(à la suite d'Hébé)
La Gloire vous appelle: écoutez ses trompettes!
Hâtez-vous, armez-vous, et devenez guerriers!
Quittez ces paisibles retraites!
Combattez, il est temps de cueillir des lauriers.

CHOEUR
(Les guerriers appellent les amants des nations alliées. Ces amants généreux se rangent près de Bellone, et suivent les étendards)
La Gloire vous appelle: écoutez ses trompettes!
Hâtez-vous, armez-vous, et devenez guerriers!

(Air pour deux guerriers portant les drapeaux)
(Air pour les amants et amantes qui suivent Bellone)

CHOEUR
Vous nous abandonnez.
Quelle peine mortelle!
Que vont devenir nos beaux jours!
Quelle peine mortelle!
Écoutez les Amours.
La Gloire nous appelle,
Nous n'écoutons qu'elle.

Scène Quatrième

HÉBÉ
Bellone les entraîne...
O toi, vainqueur des Cieux,
Viens prouver ton pouvoir suprême!
On ose te quitter pour suivre d'autres Dieux!
Fils de Vénus, ah!
Qui peut mieux te venger que toi-même?

Scène Cinquième

(L'Amour descend des cieux sur des nuages; il porte des traits nouveaux; il est accompagné d'une troupe d'Amours armés comme lui, dont les uns tiennent des brandons et les autres arborent des étendards galants)

(Annonce de l'Amour)

HÉBÉ
L'Amour paraît armé, qu'il soit victorieux!

L'AMOUR
Pourquoi Mars à l'Amour déclara-t-il la guerre?
Mars perd-t-il son encens, lorsqu'on vient m'en offrir?
Jamais les myrthes sur la terre
N'ont empêché les lauriers de fleurir.

HÉBÉ
(à l'Amour)
Pour remplacer les coeurs que vous ravit Bellone,
Fils de Vénus, lancez vos traits les plus certains;
Conduisez les plaisirs dans les climats lointains,
Quand l'Europe les abandonne!

L'AMOUR
(à sa suite)
Ranimez vos flambeaux, remplissez vos carquois,
Moissonnez, méritez les palmes les plus belles!
Amours, remportez, à la fois,
Cent victoires nouvelles!
L'horreur suit le terrible Mars;
Les Jeux s'amusent sur vos traces,
Partez, partez, vos nouveaux étendards
Sont l'ouvrage des Grâces.

(Air pour les Amours)

L'AMOUR, HÉBÉ
Traversez les plus vastes mers,
Volez, volez, Amours, volez, volez!
Portez vos armes et vos fers
Sur le plus éloigné rivage!
Est-il un coeur dans l'univers
Qui ne vous doive son hommage?

CHOEUR
(Les Amours s'envolent pendant le choeur et se dispersent loin de l'Europe dans les différents climats de l'Inde)
Traversez les plus vastes mers,
Volez, volez, Amours, volez, Amours.
Portez vos armes et vos fers
Sur le plus éloigné rivage!


PREMIÈRE ENTRÉE


Le Turc généreux

(Le théâtre représente les jardins d'Osman Pacha terminés par la mer)

Scène Première

ÉMILIE
(entrant seule)
C'est Osman qui me suit, ne lui cachons plus rien!
Pour arrêter son feu, découvrons-lui le mien!

OSMAN
(entrant, à Émilie)
Chercherez-vous toujours et l'ombre et le silence!

ÉMILIE
Je voudrais de mes maux cacher la violence.

OSMAN
Ciel! Qu'entends-je!

ÉMILIE
Apprenez mon destin rigoureux!
Dans le séjour témoin de ma naissance
J'épousais un amant digne de ma constance;
Sur un bord solitaire on commençait les jeux,
Lorsque des ravisseurs perfides
S'avancent le fer à la main.
La terreur un instant ferme mes yeux timides,
Ils ne s'ouvrent qu'aux cris d'un corsaire inhumain.
Bientôt les vents et le ciel même,
Complices de son crime, éloignent ses vaisseaux,
Et je me vois captive sur les eaux,
Près de ce que j'abhorre, et loin de ce que j'aime.

OSMAN
Qu'en peignant vos malheurs
vous redoublez mes maux!
Dissipez vos ennuis sur cet heureux rivage.

ÉMILIE
J'y subis, sous vos lois, un second esclavage.

OSMAN
Me reprocherez-vous de gêner vos désirs?
L'unique loi qu'ici vous prescrit ma tendresse,
C'est de permettre aux plaisirs
De vous y suivre sans cesse.
Répondez à mes voeux, couronnez mes soupirs!

ÉMILIE
Contre mes ravisseurs, ardent à me défendre,
Mon amant a risqué ses jours.
Lorsque, pour prix de son secours,
Peut-être un coup fatal l'a forcé de descendre
Dans l'affreuse nuit de tombeau,
Mon coeur ingrat d'un feu nouveau
Se laisserait surprendre?

OSMAN
Ah! Que me faites-vous entendre?
C'est trop m'accabler par vos pleurs,
Cessez d'entretenir d'inutiles douleurs!
Il faut que l'amour s'envole,
Dès qu'il voit partir l'espoir.
A l'ennui la constance immole
Le coeur qui s'en fait un devoir.
Je vous quitte, belle Émilie.
Songez que le noeud qui vous lie
Vous cause chaque jour des tourments superflus!
Vous aimez un objet que vous ne verrez plus.

Scène Deuxième

ÉMILIE
(Osman sort)
Que je ne verrai plus, barbare!...
Que me présage ce discours?
Ah! Si de mon amant le trépas me sépare,
Si mes yeux l'ont perdu, mon coeur le voit toujours.

(Le Ciel se couvre de nouages sombres, les vents sifflent, les flots s'élèvent)

La nuit couvre les cieux!
Quel funeste ravage!
Vaste empire des mers où triomphe l'horreur,
Vous êtes la terrible image
Du trouble de mon coeur.
Des vents impétueux vous éprouvez la rage,
D'un juste désespoir j'éprouve la fureur.

CHOEUR DES MATELOTS
(qu'on ne voit pas)
(La tempête continue avec la même violence)
Ciel! De plus d'une mort nous redoutons les coups!
Serons-nous embrasés par les feux du tonnerre?
Sous les ondes périrons-nous,
À l'aspect de la terre?

ÉMILIE
Que ces cris agitent mes sens!
Moi-même, je me crois victime de l'orage.

(La tempête diminue et la clarté revient)

Mais le ciel prend pitié du trouble que je sens,
Le ciel, le juste ciel calme l'onde et les vents.
Je souffrais dans le port les horreurs du naufrage.

CHOEUR
(qu'on ne voit pas)
Que nous sert d'échapper à la fureur des mers?
En évitant la mort nous tombons dans les fers.

ÉMILIE
D'infortunés captifs vont partager nos peines
Dans ce redoutable séjour.
S'ils sont amants, ah! que l'amour
Va redoubler le poids de l'horreur de leurs chaînes!

Scène Troisième

ÉMILIE
Un de ces malheureux approche en soupirant!
Hélas! Son infortune est semblable à la mienne!
Quel transport confus me surprend?
Parlons-lui! Ma patrie est peut-être la sienne.

(abordant Valère)

Étranger, je vous plains...

(le reconnaissant)

Ah! Valère, c'est vous!

VALÈRE
(en esclave)
C'est vous, belle Émilie!

ÉMILIE, VALÈRE
Je vous revois! Que de malheurs j'oublie!
De mon cruel destin je ne sens plus les coups.

ÉMILIE
Par quel sort aujourd'hui jeté sur cette rive...

VALÈRE
Depuis l'instant fatal qui nous a séparés,
Dans cet climats divers mes soupirs égarés
Vous cherchent nuit et jour... je vous trouve captive.

ÉMILIE
Et ce n'est pas encore mon plus cruel malheur.

VALÈRE
O ciel! Achevez.

ÉMILIE
Non, suspendez ma douleur!
De votre sort daignez enfin m'instruire!

VALÈRE
Un maître que je n'ai point vu
Dans ce palais m'a fait conduire...

ÉMILIE
Votre maître est le mien.

VALÈRE
O bonheur imprévu!

ÉMILIE
Valère, quelle erreur peut ainsi vous séduire!
Mon tyran m'aime...

VALÈRE
O désespoir!
Non, vous ne sortirez jamais de ses fers!
Quoi! Valère ne vous retrouve
Que pour vous perdre sans retour?
Notre Tyran vous aime!

ÉMILIE
Et ma douleur le prouve,
Je ne demandais pas ce triomphe à l'amour.

VALÈRE
Ah! Sait-on vous aimer dans ce fatal séjour!
Sur ces bords une âme enflammée
Partage ses voeux les plus doux,
Et vous méritez d'être aimée
Par un coeur qui n'aime que vous.

Scène Quatrième

OSMAN
(entrant, à Valère)
Esclave, je viens de t'entendre,
Ton crime m'est connu.

VALÈRE
Je ne m'en repens pas.

ÉMILIE
(troublée, à Osman)
Seigneur, est-il coupable? Hélas!...

OSMAN
(à Émilie)
Vous l'accusez en voulant le défendre.
Vous prétendez en vain cacher votre embarras,
Et retenir les pleurs que je vous vois répandre.
Vous cédez au penchant
de votre coeur trop tendre:
Ah! du mien je suivrai les lois,
Je saurai me venger ainsi que je dois.

ÉMILIE
(à Osman)
Le barbare!

VALÈRE
(à Osman)
J'attends l'arrêt de ta colère.

ÉMILIE
(tremblante)
Juste ciel! Quel moment!

OSMAN
(présentant Émilie à Valère)
Reçois de moi, Valère, Émilie et la liberté.

VALÈRE
(gaiement, à Osman)
Que dites-vous?...

(tristement)

Mais non, peut-il être sincère?
Il veut tromper nos coeurs...
c'est trop de cruauté!

OSMAN
O ciel! Quelle injustice!
Quoi! Vous vous défiez de ma sincérité,
Dans l'instant où mon coeur vous fait le sacrifice
Qui jamais ait le plus coûté?
Mais je le dois à la reconnaissance.

(montrant Valère)

Osman fut son esclave, et s'efforce aujourd'hui
D'imiter sa magnificence,
Dans ce noble sentier, que je suis loin de lui!
Il m'a tiré des fers sans me connaître...

VALÈRE
(l'embrassant)
Mon cher Osman, c'est vous!

(à Émilie)

Osman était mon maître.

OSMAN
Je vous ai reconnu sans m'offrir à vos yeux;
J'ai fait agir pour vous mon zèle et ma puissance:
Vos vaisseaux sont rentrés sous votre obéissance.

(Les vaisseaux de Valère avancent et paraissent chargés des présents du pacha, portés par des esclaves africains)

VALÈRE
(surpris)
Que vois-je?
Ils sont chargés de vos dons précieux!
Que de bienfaits!

OSMAN
Ne comptez que Émilie!

VALÈRE
O triomphe incroyable! O sublime vertu!

ÉMILIE
(à Osman)
Ne craignez pas que je l'oublie!

OSMAN
Estimez moins un coeur qui s'est trop combattu!

(On entends les tambourins des Matelots)
(avec douleur)

J'entends vos matelots...
Allez sur vos rivages,
Mes ordres sont donnés...
Allez, vivez contents...
Souvenez-vous d'Osman...

VALÈRE
(l'arrêtant)
Recevez nos hommages!

ÉMILIE
(à Osman)
Écoutez...

OSMAN
(hésitant)
Quoi!... Mais, non!

(s'en allant)

C'est souffrir trop longtemps,
C'est trop à vos regards offrir mon trouble extrême...
Je vous dois mon absence, et la dois à moi-même.

(Osman sort)

Scène Cinquième

VALÈRE
Fut-il jamais un coeur plus généreux?
Digne de notre éloge, il ne veut pas l'entendre...
Au plus parfait bonheur il a droit de prétendre,
Si la vertu peut rendre heureux.

Scène Sixième

ÉMILIE, VALÈRE
Volez, Zéphyrs, tendres amants de Flore!
Si vous nous conduisez, tous nos voeux sont remplis,
Rivages fortunés de l'empire des Lys,
Ah! nous vous reverrons encore.

CHOEUR
Volez, Zéphyrs, tendres amants de Flore!
Si vous nous conduisez, tous nos voeux sont remplis.

(Air pour les esclaves africains)

VALÈRE
Hâtez-vous de vous embarquer,
Jeunes coeurs, volez à Cythère!
Sur cette flotte téméraire
On ne peut jamais trop risquer.

ÉMILIE
Régnez, Amour, ne craignez point les flots!
Vous trouverez sur l'onde un aussi doux repos
Que sous les myrthes de Cythère.
Ne craignez point les flots!
Ils ont donné le jour à votre aimable mère.

Premier Rigaudon

Second Rigaudon

ÉMILIE
Fuyez, vents orageux!
Calmez les flots amoureux, Ris et jeux!
Charmant Plaisir, fais notre sort
Dans la route comme au port!
Si, quittant le rivage,
La raison fait naufrage,
Thétis, dans ce beau jour,
N'en sert que mieux l'Amour.

Premier Tambourin

Second Tambourin

ÉMILIE
Partez! On languit sur le rivage,
Tendres coeurs, embarquez-vous!

CHOEUR
Partez! On languit sur le rivage,
Tendres coeurs, embarquez-vous!

ÉMILIE
Voguez! Bravez les vents et l'orage!
Que l'espoir vous guide tous!

CHOEUR
Partez! On languit sur le rivage,
Tendres coeurs, embarquez-vous!



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