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ACTE IV

Premier Tableau

(Le mas des Micocoules. (Lou Mas di Falabrego) La cour intérieure du mas. Au fond un grand portail donnant sur la Cran. A gauche, la cour se prolonge sous des arcades, où sont les communs. À droite, la maison d'habitation de Ramon et de Mireille. Au premier plan, image ou statue de la Vierge. A gauche, une longue table continuant dans coulisse, où sont assis des moissonneurs au lever du rideau. On devine dans la cour les feux de la Saint-Jean qui éclairent celle-ci et autour desquels les enfants forment une ronde joyeuse.)

Scène 1

CHŒUR DES MOISSONNEURS
Amis, voici la moisson faite!
Entassez les fagots; faites flamber le feu!
Et jusqu'au jour que chacun fête
Saint Jean le moissonneur; saint Jean l'ami de Dieu!

(Ramon et Mireille paraissent sur le seuil. Les danses s'interrompent aussitôt, les voix se taisent. Les moissonneurs se lèvent et se découvrent avec respect)

Scène 2

RAMON
Bien! Réjouissez vous, amis! Voici le Maître!
Au diable les soucis et prenons du bon temps!
De vos rudes labeurs, dès que le jour va naître,
Vous serez tous payés en beaux écus comptants.

LES ENFANTS
(entourant Mireille et lui offrant un bouquet)
Après la moisson finie,
A vous la gerbe bénie,
Faite d'épis et de fleurs!
Que bientôt ainsi Dieu même
Vous donnant à qui vous aime,
Lie à jamais vos deux coeurs!...
Après la moisson finie,
A vous la gerbe bénie
Faite d'épis et de fleurs!

(Mireille prend le bouquet et embrasse sans répondre l'enfant qui le lui offre.)

LE CHŒUR
(à demi-voix)
Qu'a-t-elle donc? Pourquoi cette mine attristée?

RAMON
(bas aux moissonneurs, en s'efforçant de rire)
Chut! Mireille m'en veut! Mireille est irritée
Je vous dirai pourquoi demain.

(Mireille traverse lentement de théâtre et se retire dans sa chambre.)

Allons, le verre en main, amis!

REPRISE DU CHŒUR
Amis, voici la moisson faite!
Entassez les fagots, faites flamber le feu!
Et jusqu'au jour que chacun fête
Saint Jean le moissonneur, saint Jean l'ami de Dieu!

LES ENFANTS
(au-dehors, dansant autour du brasier)
Saint Jean! saint Jean! saint Jean!

(Les garçons de ferme ont enlevé la table. Les moissonneurs sortent en chantant. La porte du fond se ferme. Les dernières lueurs du brasier s'éteignent et les voix s'éloignent. Ramon reste seul.)

Scène 3

RAMON
Ah! Malheureuse enfant! ah! maudites amours!
Cruels soucis qu'un sort funeste nous envoie
C'en est fait de ma joie,
Et du repos de mes vieux jours!...

(Avec un accent désolé et le front penché vers la terre)

Aux jours d'été les grands orages!
Le ciel obscurcit l'horizon;
L'éclair déchire les nuages;
Le vent disperse la moisson!
Ainsi le deuil frappe à ma porte!
Ainsi le malheur fond sur moi,
Brisant mon rêve qu'il emporte!...
Telle est de Dieu l'aveugle loi!...

(Ramon regagne tristement sa chambre. La scène est obscure, mais la fenêtre de Mireille est éclairée Mireille, accoudée à sa fenêtre (ou à la porte), fredonne doucement et tristement.)

Scène 4

MIREILLE
(dans sa chambre)
Ô Magali, ma bien-aimée,
Fuyons tous deux sous la ramée
Au fond du bois silencieux!
La nuit sur nous étend ses voiles,
Et tes beaux yeux
Vont faire pâlir les étoiles
Au sein des cieux!...

Scène 5

(On entend la musette, pendant que le jour commence à poindre. Le berger apparaît sur les dernières mesures et chante)

LE BERGER
Le jour se lève
Et fait pâlir la sombre nuit.
Au loin, déjà l'ardente grève,
Que nulle brise ne soulève,
S'enflamme et luit!
Et dans les airs l'oiseau s'enfuit.
Et moi, tout seul avec mes chèvres,
La soif aux lèvres,
J'erre au hasard dans le désert brûlant,
D'un pas tranquille et lent.
Le lézard gris boit la lumière,
L'humble grillon, dans la poussière,
Chante au soleil,
Et moi couché dans la bruyère,
Je vais reprendre mon sommeil.

(Pendant les dernières mesures de la chanson du berger, Mireille est sortie de sa chambre et regarde le berger s'éloigner.)

Scène 6

MIREILLE
(seule en scène)
Heureux petit berger,
Ah ! que ton sort me fait envie!
Toujours libre, le coeur léger,
Les peines de la vie
Ne peuvent t'affliger,
Heureux petit berger!
Dans ce désert de feu
Tout seul avec tes chèvres,
Tu dors sous le ciel bleu,
Une chanson aux lèvres.
Et pendant ton sommeil
Les joyeuses cigales
Font tinter au soleil
Leurs bruyantes cymbales!...
Heureux petit berger,
Ton sort me fait envie!
Toujours libre, le coeur léger,
Les soucis de la vie
Ne peuvent t'affliger,
Heureux petit berger!

Scène 7

(Vincenette entre par le portail du fond et s'avance rapidement vers Mireille)

VINCENETTE
Mireille!

MIREILLE
Qui m'appelle? est-ce lui?

VINCENETTE
Non, Mireille, c'est moi!
Mais parlons bas!... N'éveillons personne!

MIREILLE
Qu'as-tu donc? Qu'est-il arrivé.

VINCENETTE
Calme tes craintes. Il est sauvé!

MIREILLE
Sauvé, qui donc? Grand Dieu! Je tremble.

VINCENETTE
Le mauvais sort cette nuit les rassemble
Sur le chemin du Val d'Enfer,
Et le traître Ourrias, ivre de folle rage,
Le frappe au front de son trident de fer!

MIREILLE
Ciel!... Ourrias!... Vincent!

VINCENETTE
Attends et prends courage!
Taven m'a fait venir
Et m'a dit : « Ne crains rien.
Sa blessure est légère,
Il dort, tout ira bien. »

MIREILLE
(avec anxiété)
Ah! parle encore! achève!:.. en tremblant je t'écoute!
Tu ne m'as pas tout dit! tu me trompes sans doute
De peur de m'affliger!
Vincent m'attend! sa vie est en danger!

VINCENETTE
(lui prenant doucement les mains)
Non! non! que ton coeur se rassure!
Taven guérira sa blessure!
Ne pleure plus, ô Mireille! et crois-moi
Si je tremblais pour lui, serais-je auprès de toi?

MIREILLE
(avec une exaltation croissante)
Eh bien, c'est aujourd'hui que l'église des Saintes
Ouvre sa porte aux malheureux!
Dieu même dans le ciel accueillera leurs plaintes,
Et les anges prieront pour eux!
Femmes, vieillards, enfants du pays de Provence,
Les pieds nus et les yeux en pleurs,
Iront porter là-bas leur humble redevance
D'épis mûrs, de fruits et de fleurs!
Moi, je veux, cette fois, arriver la première
Devant le porche du saint lieu;
Et, dans l'ombre, à genoux, et, le front sur la pierre,
Pour mon Vincent implorer Dieu!

VINCENETTE
Ah! chère soeur! chère Mireille!
C'est le ciel qui t'inspire et que Dieu te conseille!
Moi, j'attends là-bas que ton père s'éveille.

MIREILLE
Colliers et bracelets, anneaux d'argent et d'or,
Rameaux de buis bénit, saintes palmes fleuries,
Tous mes pauvres bijoux, tout mon petit trésor
J'en fais don aux Saintes Maries!

(S'agenouillant.)

Ô patronnes des amoureux!

VINCENETTE
(les mains jointes et les yeux au ciel)
Ô refuges des malheureux!

MIREILLE
Saintes martyres!

VINCENETTE
Saintes femmes!

MIREILLE
Dont le regard lit dans nos âmes!

VINCENETTE
Dont la main peut sécher nos pleurs!...

MIREILLE
Et guérir toutes nos douleurs!

VINCENETTE
Ainsi qu'à Dieu même,
A vous j'ai recours!

MIREILLE
Protégez les jours de celui que j'aime!

(Se relevant)

Il est temps de partir!... allons, n'hésitons pas!
Qu'un bon ange guide nos pas!

(Se tournant vers la chambre de son père)

Dieu me pardonnera...
Pardonnez-moi, mon père!
Adieu!... j'aime!... je crois!... j'espère!

(Elles sortent.)

Deuxième Tableau

(Le désert de la Crau. Vaste étendue de terrain pierreux et aride, éclairé par un soleil ardent. Sur le premier plan, quelques arbres tordus par le vent. À droite, une vieille citerne en ruine à demi enfouie sous les herbes. Le silence n'est interrompu que par le chant monotone des cigales ou le cri aigu de quelque oiseau de proie traversant l'air. Mireille entre en courant, très pâle, les cheveux au vent et le corsage dénoué)

MIREILLE
Voici la vaste plaine et le désert de feu.
Dieu bon, fais que Mireille accomplisse son voeu!
En marche, ainsi que Maguelonne!
Les ailes de l'amour et le vent de la foi,
Sous le ciel ardent qui rayonne
Jadis l'emportaient comme moi!...
Ni de la mer l'onde écumante,
Ni les éclairs, ni la tourmente,
Ni les traits enflammés du jour,
N'ont arrêté la pauvre amante,
La pèlerine d'amour!

(Elle fait quelques pas.)

Mais le ciel m'éblouit!... le jour m'aveugle!

(Elle s'arrête)

Où suis-je !
Je me sens prise de vertige !...

(Tendant les mains vers l'horizon.)

Et là-bas, ô prodige!
Dans l'azur transparent des cieux,
Quel rêve de terre promise
Tout à coup surgit à mes yeux!

(On voit au loin se dessiner dans le ciel, par un effet de mirage, une ville miraculeuse au bord d'un grand lac entouré d'arbres.)

Est-ce Jérusalem et sa pieuse église,
Ou le tombeau des Saintes de la mer?

(L'image disparaît peu à peu et s'efface)

Mais non!... la vision s'évanouit dans l'air,
L'image ailée
S'est envolée!

(Elle s'élance en avant et s'affaisse tout à coup et poussant un cri de douleur et en portant ses main à son front.)

Ah! de sa flèche d'or le soleil m'a blessée!...
Je meurs!...adieu, Vincent, adieu!...pleur ta fiancée!

(Mireille tombe à terre évanouie, cependant qu'on entend au loin la musette du berger. Sur les dernière mesures. Mireille revient à elle.)

Non, non! Je ne mourrai pas!
Je ne veux pas mourir! marchons encor
En marche, ainsi que Maguelonne !
Les ailes de l'amour et le vent de la foi,
Sous le ciel ardent qui rayonne
Jadis l'emportaient comme moi!
Ni de la mer l'onde écumante,
Ni les éclairs, ni la tourmente,
Ni les traits enflammés du jour
N'arrêteront la pauvre amante,
La pèlerine de l'amour!
En marche! ... En marche! ... En marche !...
Ah!

(Elle a disparu au loin en chantant la fin de cet air)
ACTE IV

Premier Tableau

(Le mas des Micocoules. (Lou Mas di Falabrego) La cour intérieure du mas. Au fond un grand portail donnant sur la Cran. A gauche, la cour se prolonge sous des arcades, où sont les communs. À droite, la maison d'habitation de Ramon et de Mireille. Au premier plan, image ou statue de la Vierge. A gauche, une longue table continuant dans coulisse, où sont assis des moissonneurs au lever du rideau. On devine dans la cour les feux de la Saint-Jean qui éclairent celle-ci et autour desquels les enfants forment une ronde joyeuse.)

Scène 1

CHŒUR DES MOISSONNEURS
Amis, voici la moisson faite!
Entassez les fagots; faites flamber le feu!
Et jusqu'au jour que chacun fête
Saint Jean le moissonneur; saint Jean l'ami de Dieu!

(Ramon et Mireille paraissent sur le seuil. Les danses s'interrompent aussitôt, les voix se taisent. Les moissonneurs se lèvent et se découvrent avec respect)

Scène 2

RAMON
Bien! Réjouissez vous, amis! Voici le Maître!
Au diable les soucis et prenons du bon temps!
De vos rudes labeurs, dès que le jour va naître,
Vous serez tous payés en beaux écus comptants.

LES ENFANTS
(entourant Mireille et lui offrant un bouquet)
Après la moisson finie,
A vous la gerbe bénie,
Faite d'épis et de fleurs!
Que bientôt ainsi Dieu même
Vous donnant à qui vous aime,
Lie à jamais vos deux coeurs!...
Après la moisson finie,
A vous la gerbe bénie
Faite d'épis et de fleurs!

(Mireille prend le bouquet et embrasse sans répondre l'enfant qui le lui offre.)

LE CHŒUR
(à demi-voix)
Qu'a-t-elle donc? Pourquoi cette mine attristée?

RAMON
(bas aux moissonneurs, en s'efforçant de rire)
Chut! Mireille m'en veut! Mireille est irritée
Je vous dirai pourquoi demain.

(Mireille traverse lentement de théâtre et se retire dans sa chambre.)

Allons, le verre en main, amis!

REPRISE DU CHŒUR
Amis, voici la moisson faite!
Entassez les fagots, faites flamber le feu!
Et jusqu'au jour que chacun fête
Saint Jean le moissonneur, saint Jean l'ami de Dieu!

LES ENFANTS
(au-dehors, dansant autour du brasier)
Saint Jean! saint Jean! saint Jean!

(Les garçons de ferme ont enlevé la table. Les moissonneurs sortent en chantant. La porte du fond se ferme. Les dernières lueurs du brasier s'éteignent et les voix s'éloignent. Ramon reste seul.)

Scène 3

RAMON
Ah! Malheureuse enfant! ah! maudites amours!
Cruels soucis qu'un sort funeste nous envoie
C'en est fait de ma joie,
Et du repos de mes vieux jours!...

(Avec un accent désolé et le front penché vers la terre)

Aux jours d'été les grands orages!
Le ciel obscurcit l'horizon;
L'éclair déchire les nuages;
Le vent disperse la moisson!
Ainsi le deuil frappe à ma porte!
Ainsi le malheur fond sur moi,
Brisant mon rêve qu'il emporte!...
Telle est de Dieu l'aveugle loi!...

(Ramon regagne tristement sa chambre. La scène est obscure, mais la fenêtre de Mireille est éclairée Mireille, accoudée à sa fenêtre (ou à la porte), fredonne doucement et tristement.)

Scène 4

MIREILLE
(dans sa chambre)
Ô Magali, ma bien-aimée,
Fuyons tous deux sous la ramée
Au fond du bois silencieux!
La nuit sur nous étend ses voiles,
Et tes beaux yeux
Vont faire pâlir les étoiles
Au sein des cieux!...

Scène 5

(On entend la musette, pendant que le jour commence à poindre. Le berger apparaît sur les dernières mesures et chante)

LE BERGER
Le jour se lève
Et fait pâlir la sombre nuit.
Au loin, déjà l'ardente grève,
Que nulle brise ne soulève,
S'enflamme et luit!
Et dans les airs l'oiseau s'enfuit.
Et moi, tout seul avec mes chèvres,
La soif aux lèvres,
J'erre au hasard dans le désert brûlant,
D'un pas tranquille et lent.
Le lézard gris boit la lumière,
L'humble grillon, dans la poussière,
Chante au soleil,
Et moi couché dans la bruyère,
Je vais reprendre mon sommeil.

(Pendant les dernières mesures de la chanson du berger, Mireille est sortie de sa chambre et regarde le berger s'éloigner.)

Scène 6

MIREILLE
(seule en scène)
Heureux petit berger,
Ah ! que ton sort me fait envie!
Toujours libre, le coeur léger,
Les peines de la vie
Ne peuvent t'affliger,
Heureux petit berger!
Dans ce désert de feu
Tout seul avec tes chèvres,
Tu dors sous le ciel bleu,
Une chanson aux lèvres.
Et pendant ton sommeil
Les joyeuses cigales
Font tinter au soleil
Leurs bruyantes cymbales!...
Heureux petit berger,
Ton sort me fait envie!
Toujours libre, le coeur léger,
Les soucis de la vie
Ne peuvent t'affliger,
Heureux petit berger!

Scène 7

(Vincenette entre par le portail du fond et s'avance rapidement vers Mireille)

VINCENETTE
Mireille!

MIREILLE
Qui m'appelle? est-ce lui?

VINCENETTE
Non, Mireille, c'est moi!
Mais parlons bas!... N'éveillons personne!

MIREILLE
Qu'as-tu donc? Qu'est-il arrivé.

VINCENETTE
Calme tes craintes. Il est sauvé!

MIREILLE
Sauvé, qui donc? Grand Dieu! Je tremble.

VINCENETTE
Le mauvais sort cette nuit les rassemble
Sur le chemin du Val d'Enfer,
Et le traître Ourrias, ivre de folle rage,
Le frappe au front de son trident de fer!

MIREILLE
Ciel!... Ourrias!... Vincent!

VINCENETTE
Attends et prends courage!
Taven m'a fait venir
Et m'a dit : « Ne crains rien.
Sa blessure est légère,
Il dort, tout ira bien. »

MIREILLE
(avec anxiété)
Ah! parle encore! achève!:.. en tremblant je t'écoute!
Tu ne m'as pas tout dit! tu me trompes sans doute
De peur de m'affliger!
Vincent m'attend! sa vie est en danger!

VINCENETTE
(lui prenant doucement les mains)
Non! non! que ton coeur se rassure!
Taven guérira sa blessure!
Ne pleure plus, ô Mireille! et crois-moi
Si je tremblais pour lui, serais-je auprès de toi?

MIREILLE
(avec une exaltation croissante)
Eh bien, c'est aujourd'hui que l'église des Saintes
Ouvre sa porte aux malheureux!
Dieu même dans le ciel accueillera leurs plaintes,
Et les anges prieront pour eux!
Femmes, vieillards, enfants du pays de Provence,
Les pieds nus et les yeux en pleurs,
Iront porter là-bas leur humble redevance
D'épis mûrs, de fruits et de fleurs!
Moi, je veux, cette fois, arriver la première
Devant le porche du saint lieu;
Et, dans l'ombre, à genoux, et, le front sur la pierre,
Pour mon Vincent implorer Dieu!

VINCENETTE
Ah! chère soeur! chère Mireille!
C'est le ciel qui t'inspire et que Dieu te conseille!
Moi, j'attends là-bas que ton père s'éveille.

MIREILLE
Colliers et bracelets, anneaux d'argent et d'or,
Rameaux de buis bénit, saintes palmes fleuries,
Tous mes pauvres bijoux, tout mon petit trésor
J'en fais don aux Saintes Maries!

(S'agenouillant.)

Ô patronnes des amoureux!

VINCENETTE
(les mains jointes et les yeux au ciel)
Ô refuges des malheureux!

MIREILLE
Saintes martyres!

VINCENETTE
Saintes femmes!

MIREILLE
Dont le regard lit dans nos âmes!

VINCENETTE
Dont la main peut sécher nos pleurs!...

MIREILLE
Et guérir toutes nos douleurs!

VINCENETTE
Ainsi qu'à Dieu même,
A vous j'ai recours!

MIREILLE
Protégez les jours de celui que j'aime!

(Se relevant)

Il est temps de partir!... allons, n'hésitons pas!
Qu'un bon ange guide nos pas!

(Se tournant vers la chambre de son père)

Dieu me pardonnera...
Pardonnez-moi, mon père!
Adieu!... j'aime!... je crois!... j'espère!

(Elles sortent.)

Deuxième Tableau

(Le désert de la Crau. Vaste étendue de terrain pierreux et aride, éclairé par un soleil ardent. Sur le premier plan, quelques arbres tordus par le vent. À droite, une vieille citerne en ruine à demi enfouie sous les herbes. Le silence n'est interrompu que par le chant monotone des cigales ou le cri aigu de quelque oiseau de proie traversant l'air. Mireille entre en courant, très pâle, les cheveux au vent et le corsage dénoué)

MIREILLE
Voici la vaste plaine et le désert de feu.
Dieu bon, fais que Mireille accomplisse son voeu!
En marche, ainsi que Maguelonne!
Les ailes de l'amour et le vent de la foi,
Sous le ciel ardent qui rayonne
Jadis l'emportaient comme moi!...
Ni de la mer l'onde écumante,
Ni les éclairs, ni la tourmente,
Ni les traits enflammés du jour,
N'ont arrêté la pauvre amante,
La pèlerine d'amour!

(Elle fait quelques pas.)

Mais le ciel m'éblouit!... le jour m'aveugle!

(Elle s'arrête)

Où suis-je !
Je me sens prise de vertige !...

(Tendant les mains vers l'horizon.)

Et là-bas, ô prodige!
Dans l'azur transparent des cieux,
Quel rêve de terre promise
Tout à coup surgit à mes yeux!

(On voit au loin se dessiner dans le ciel, par un effet de mirage, une ville miraculeuse au bord d'un grand lac entouré d'arbres.)

Est-ce Jérusalem et sa pieuse église,
Ou le tombeau des Saintes de la mer?

(L'image disparaît peu à peu et s'efface)

Mais non!... la vision s'évanouit dans l'air,
L'image ailée
S'est envolée!

(Elle s'élance en avant et s'affaisse tout à coup et poussant un cri de douleur et en portant ses main à son front.)

Ah! de sa flèche d'or le soleil m'a blessée!...
Je meurs!...adieu, Vincent, adieu!...pleur ta fiancée!

(Mireille tombe à terre évanouie, cependant qu'on entend au loin la musette du berger. Sur les dernière mesures. Mireille revient à elle.)

Non, non! Je ne mourrai pas!
Je ne veux pas mourir! marchons encor
En marche, ainsi que Maguelonne !
Les ailes de l'amour et le vent de la foi,
Sous le ciel ardent qui rayonne
Jadis l'emportaient comme moi!
Ni de la mer l'onde écumante,
Ni les éclairs, ni la tourmente,
Ni les traits enflammés du jour
N'arrêteront la pauvre amante,
La pèlerine de l'amour!
En marche! ... En marche! ... En marche !...
Ah!

(Elle a disparu au loin en chantant la fin de cet air)



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