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ACTE I


(Campement de soldats. Tentes au milieu de la campagne. A droite, au deuxième plan, l' entrée de la tente du général Boum. A gauche, au premier plan, la cantine. Au fond, un praticable, représentant une colline, au milieu de la scène, monte d'abord de droite à gauche, puis de gauche à droite fusils, au fond, rangés sur des râteliers. soldats, paysannes, vivandières, puis)

Scène Première

CHŒUR
En attendant que l’heure sonne,
L’heure héroïque du combat,
Chantons et buvons!
Courte et bonne,
C’est la devise du soldat!
Chantons, buvons,
jouons, dansons!
En attendant que l’heure sonne,
L’heure héroïque du combat! etc.

(Pendant ce chœur, quelques soldats valsent avec des paysannes; d’autres jouent aux cartes et aux dés sur des tambours; d’autres boivent, etc. Les vivandières vont de l’un à l’autre. Entrent Fritz et Wanda)

WANDA
O mon Fritz, que tu m’affliges
En m’apprenant ton départ!

FRITZ
Va, je ferai des prodiges,
Pour revenir sans retard.
Allez, jeunes filles,
Dansez et tournez;
Vous dans vos familles
Vous resterez;
Mais nous, pauvres hommes,
Bientôt nous irons,
Pour de faibles sommes,
Braver les canons.
Si le sort funeste
Ne peut s’éviter,
Du temps qui nous reste
Sachons profiter.
Vidons notre verre
En brave guerrier,
Et tant pis, ma chère,
Si c’est le dernier.
O filles jolies,
O braves garçons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons;
Comme des toupies,
Comme des tontons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons.

TOUS
O filles jolies, etc.

FRITZ
Quand, prenant les armes,
Nous en irons,
Que de cris,
De larmes et de pâmoisons!
N’ayez peur, mes belles,
Nous vous écrirons,
Et de nos nouvelles
Nous vous donnerons.
Votre cœur, je pense,
Restera constant,
Malgré notre absence.
Mais, en attendant,
Vidons notre verre,
Prenons un baiser,
Et tant pis, ma chère,
Si c’est le dernier.
O filles jolies,
O braves garçons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons,
Comme des toupies,
Comme des tontons;
Tournons et valsons,
Valsons et tournons.

TOUS
O filles jolies, etc., etc.

(Au moment où la valse est très animée, paraît le général Boum, arrivant de la droite. Il s’arrête indigné, et lève les bras au ciel: il a un énorme panache sur son chapeau)

Scène Seconde

BOUM
Des femmes dans le camp,
effroyable licence!

(Toutes les femmes s’enfuient avec un grand cri)

FRITZ
(à part)
Bon! Voilà le gêneur!

BOUM
Avez vous donc, soldats,
Perdu toute prudence?

FRITZ
Pour être militaire,
En a-t-on moins un cœur?

BOUM
(venant à Fritz)
Vous encor, vous parlez!

FRITZ
Mais, général...

BOUM
Silence!
Quand je me fâche, L’on se tait!
Car ma rigueur, on la connaît.

CHŒUR
Quand il se fâche,
L’on se tait!
Car sa rigueur, on la connaît.

BOUM
À cheval sur la discipline,
Par les vallons je vais devant moi,
J’extermine les bataillons!
Le plus fier ennemi
Se cache, tremblant, penaud,
Quand il aperçoit
Le panache que j’ai là-haut!
Pif paf pouf, tara papapoum!
Je suis le général Boum! Boum!

TOUS
Pif paf pouf, tara papapoum!
Il est le général Boum! Boum!

BOUM
Dans nos salons,
Après la guerre, je reparais;
Et la plus belle, pour me plaire,
Se met en frais;
Elle caresse ma moustache,
En souriant
En ce moment là,
Mon panache est fort gênant.
Paf pouf, tara papapoum!
Je suis le général Boum! Boum!

TOUS
Pif, paf pouf, tara papapoum!
Il est, le général Boum! Boum!
Vive le général Boum!

BOUM
A la bonne heure!
Je retrouve mes enfants,
Les vaillants soldats
De la Grande-duchesse,
Notre souveraine.

TOUS
Vive la Grande-duchesse!

BOUM
Vous n’êtes pas méchants,
Mais il y a ce Fritz qui vous gâte.

FRITZ
(à part)
Bon!
J’étais sûr que ça allait
Tomber sur moi!

BOUM
Fusilier Fritz, venez ici.

FRITZ
(s’approchant)
Général?

BOUM
Mauvais soldat!

FRITZ
Je sais bien d’où ça vient, tout ça...

BOUM
Qu’est ce que vous dites?

FRITZ
Je dis que je sais bien
D’où ça vient, tout ça
C’est des histoires de femmes.

BOUM
Comment?

FRITZ
C’est parce que vous avez fait
La cour à la petite Wanda.

BOUM
Pas du tout!

FRITZ
Je vous demande bien pardon
Vous lui avez fait la cour
Et elle n’a pas voulu de vous,
Parce qu’elle est
Amoureuse de moi et voilà!

BOUM
(à part)
O fureur!

FRITZ
Elles ont mauvais goût,
Les femmes: elles aiment mieux
Le jeune soldat que le vieux chef.

BOUM
Je vous mettrai
À la salle de police, moi!

FRITZ
Ça n’y fera rien.

BOUM
Je vous ferai fusiller!

FRITZ
Comme ça sera malin!

BOUM
Mauvais soldat!

FRITZ
Ça vous serait bien égal
Que je soie un mauvais soldat
Mais je suis un joli soldat
C’est ça qui est vexant.

BOUM
Taisez vous!

FRITZ
Je me tais mais ça n’empêche pas!

BOUM
Jamais je ne me suis
Occupé de cette petite.

FRITZ
Je vous demande
Bien pardon derechef,
Vous vous en êtes occupé.

Scène Troisième

(Entre Népomuc)

NÉPOMUC
(à Boum)
Général!

BOUM
Dites-moi que vous m’annoncez
L’approche de l’ennemi, monsieur;
Dites-le-moi, je vous en prie!

NÉPOMUC
Non, général
Je viens vous prévenir
Que la Grande-duchesse
Va venir passer
Son régiment en revue.

BOUM
Vous entendez, soldats!

NÉPOMUC
Elle désire qu’une tente
Soit dressée pour elle ici
Au milieu même
Du campement de ses soldats.

(Il sort)

BOUM
Vite un homme en faction!
Fusilier Fritz!

FRITZ
(à part)
Toujours moi!

(haut)

Général?

BOUM
Vous allez vous
Mettre en faction ici.

FRITZ
En plein soleil naturellement!

BOUM
Ne répliquez pas!

FRITZ
Pourquoi faire,
D’abord, me mettre en faction?

BOUM
Pour garder la tente
De La Grande-Duchesse.

FRITZ
Puisqu’elle n’est pas dressée!

BOUM
Vous garderez
L’endroit où elle sera.

FRITZ
Alors, c’est pour empêcher qu’on
Ne vienne emporter le terrain?
Je vous demande
Un peu si ça a le sens commun!

BOUM
Toujours, alors?

FRITZ
Bon! bon!
Je sais d’où ça vient
Les femmes, voilà! les femmes!

BOUM
Ah! Comme je te ferais fusiller, toi,
Si, à la veille d’une bataille,
Je n’avais pas peur
De diminuer mon effectif!

FRITZ
Mais voilà!
Vous avez peur
De diminuer votre effectif.

BOUM
Je n’aurai pas le dernier, alors?

FRITZ
Non, par exemple!

BOUM
Alors, je serais bien bête
De m’obstiner
Soldats, à vos rangs!

(Roulement de tambours: les soldats vont prendre leurs fusils et se placent sur deux rangs, au fond)

Portez armes!

FRITZ
(au général Boum)
Eh bien, où allez vous comme ça?

BOUM
C’est trop fort, ça, par exemple!
Ça ne vous regarde pas!
Est ce qu’il va falloir que je vous rende
Compte de mes mouvements?
Soldats, par le flanc gauche!
En avant marche!

REPRISE DU CHŒUR
Pif paf pouf, tara papapoum!
Suivons le général Boum! Boum!

(Les soldats sortent; Fritz reste en faction. Après le défilé, le général Boum s’approche de Fritz)

BOUM
Hou! Le vilain soldat!

(Il sort en courant, pour rattraper son armée)

Scène Quatrième

FRITZ
(seul, montant sa faction)
Comme c’est encore malin,
Ça, de venir faire la grimace
A un pauvre jeune soldat
Qui ne peut pas répondre à son général!
C’est une chose
Qu’on ne veut pas comprendre!
Il y a comme ça des généraux
Qui ont des grades, des honneurs
Eh bien, ils croient que ça suffit
Auprès des femmes pas du tout!
Il arrive que les femmes préfèrent
Le jeune soldat qui n’a pas de grades
Mais qui est aimable
Alors, le vieux général
Asticote le jeune soldat
Et c’est toujours comme ça
Et tant que le monde durera,
Ça sera comme ça
Et voilà! tout ça
C’est des histoires de femmes
Et pas autre chose!

(tournant la tête à gauche)

Ah! La voici, la petite Wanda!
Elle croit que je vais aller la retrouver
Ah! Si je pouvais!
Voyant que je n’y vais pas, elle vient

(entre Wanda par la gauche; elle reste, un moment, au fond)

Comme il enragerait,
Le vieux général, s’il voyait cela!

Scène Cinquième

WANDA
(loin de Fritz)
Me voici, Fritz! j’ai tant couru
Que j’en suis, ma foi, hors d’haleine!

(se rapprochant un peu)

Mais, pour te voir cet air bourru,
Ce n’était vraiment pas la peine
Dis moi pourquoi?

(Fritz lui montre son fusil, puis, un doigt sur la bouche, il indique qu’on ne peut pas parler sous les armes)

Que veut dire cette grimace?
J’accours, et te voilà de glace!
Es-tu muet, beau grenadier?
Ne sais-tu m’aimer que par signe?

FRITZ
(immobile à son poste)
Il le faut bien, car la consigne,
Hélas! Me défend de parler.

WANDA
(se rapprochant toujours de Fritz)
Finis cette plaisanterie
Lorsque l’on voit sa bonne amie,
Monsieur, l’on doit tout oublier
Vite, un mot, ou bien j’égratigne!

FRITZ
Je ne peux pas, car la consigne,
Hélas! Me défend de bouger.

WANDA
Il me dit non, car la consigne,
Hélas! Lui défend de bouger.
Et si, pour toi perdant la tête,
Je te disais: “viens, grosse bête,
Viens vite là prendre un baiser”,
Me ferais-tu l’injure insigne?

FRITZ
(allant vivement à elle)
Ah! Ma foi, non!
Car la consigne
Ne me défend pas d’embrasser.

WANDA
Je savais bien que la consigne
Ne défendait pas d’embrasser!

FRITZ
Non, ma Wanda, non, la consigne
Ne me défend pas d’embrasser!

WANDA
Je savais bien que la consigne
Ne défendait pas d’embrasser!

(Fritz l’embrasse)

ENSEMBLE
Au diable la consigne!
Et vive l’amour!
Tant pis!
En ce jour bravons la consigne,
Obéissons à l’amour!

(Le général Boum entre par à droite)

Scène Sixième

BOUM
Ah! Ah! Je t’y prends!

FRITZ
(bas, à Wanda)
Nous sommes pincés!

(Il reprend vivement son fusil et se remet en faction)

WANDA
Mon Fritz!

BOUM
(à Fritz)
Cette faction que
Je t’ai ordonné de monter,
Ce mouvement que
J’ai fait faire à mon armée
tout cela a été fait pour te surprendre
et je te surprends.

FRITZ
Eh bien, tenez!
Ça doit vous faire plaisir
Car c’est la première fois
que je vois réussir
Un de vos mouvements!

BOUM
Malheureux!

(Un coup de fusil au dehors)

WANDA
(tombant dans les bras de Fritz)
Ah!

FRITZ
Ma Wanda!

(Elle s’est évanouie dans ses bras)

BOUM
Qu’est ce que c’est que ça?
Qu’est ce que c’est?

FRITZ
Une attaque peut être
permettez moi de la reporter chez sa mère.

(Second coup de fusil)

BOUM
Oui va et veille bien sur elle.

FRITZ
Ah! Vous voyez bien, général
vous voyez bien que vous l’aimez!

BOUM
Va! va!

FRITZ
(à Wanda qu’il soutient toujours)
Viens prendre un verre de schnaps.

Scène Septième

(Il entre avec elle dans la cantine. nouveaux coups de fusil au dehors. Entre par à droite, le Baron Puck: il court effaré, courbé en deux)

PUCK
Ah! Mon cher Boum!

BOUM
Qu’est-il donc arrivé?

PUCK
On m’a demandé le mot d’ordre
Absorbé comme je l’étais
Par les hautes combinaisons
De la politique,
J’ai négligé de répondre, et, alors...

BOUM
Pan, pan, ratapan!

PUCK
Pan, pan, ratapan! ils ont tiré.

BOUM
C’était leur devoir.

PUCK
Heureusement, ils m’ont manqué.

BOUM
Ils seront punis pour cela.

PUCK
Qu’est ce que vous dites?

BOUM
Je dis qu’ils n’auraient pas
Dû vous manquer.

PUCK
Alors, vous auriez voulu...?

BOUM
Comme général, certainement!
Mais j’en aurais été désolé comme ami.

PUCK
A la bonne heure!

BOUM
Et qu’est-ce qui me procure l’avantage?

PUCK
C’est une chose très délicate
Vous savez que notre habitude,
À la veille d’une campagne,
Est de ne rien négliger
De ce qui peut animer le soldat
Et faire de l’effet sur les troupes.

BOUM
Sans doute!

PUCK
Cette fois-ci,
Nous avons imaginé quelque chose qui,
Je crois, est assez ingénieux,
La Grande-duchesse va venir.

BOUM
Je le sais.

PUCK
Elle restera au milieu des soldats.
Quand elle sera là,
Vous lui offrirez de chanter devant elle
La chanson du régiment.

BOUM
Bon!

PUCK
Son altesse vous répondra:
“Mais cette chanson, je la sais”
Et elle la chantera.

BOUM
Elle même?

PUCK
Elle-même et c’est avec vous,
Rudolph, qu’elle la chantera!

BOUM
Avec moi! quel honneur!
Mais la sait elle vraiment?

PUCK
Elle la sait parfaitement
Nous avons étudié ça pendant
Deux heures, ce matin.

BOUM
C’est une affaire entendue.

PUCK
Bien!
Maintenant, parlons un peu
De nos propres affaires

(il lui offre une prise de tabac)

En usez vous?

BOUM
Non, pas de cela

(il prend à sa ceinture un pistolet à deux coups, le décharge en l’air, puis porte, l’un après l’autre, les canons fumants sous chacune de ses narines en respirant avec force l’odeur de la poudre)

Voilà ma civette, à moi!

PUCK
Vous savez pourquoi
Nous faisons la guerre.

BOUM
Moi? pas du tout!

PUCK
Je vais vous le dire
La Grande-duchesse,
Notre souveraine et mon élève
Car j’ai été son précepteur...

(il ôte respectueusement son chapeau, et, en le regardant, dit avec frayeur.)

Ah! Mon ami! qu’est ce que c’est?

(il s’évanouit presque en montrant un grand trou dans le chapeau)

Regardez la balle!

BOUM
Allons! Ils n’ont pas trop mal visé.

PUCK
Ça me fait un effet...!
Comme c’est heureux
Que j’aie eu mon chapeau!
Sans cela, j’étais mort.

BOUM
Remettez le vite.

PUCK
(remettant son chapeau)
Ah! Oui!
Ils n’auraient qu’à tirer encore
La Grande-duchesse donc,
Notre souveraine et mon élève,
A vingt ans jusqu’à présent,
Elle nous a laissé le pouvoir;
Mais j’ai remarqué que,
Depuis quelque temps,
Elle était inquiète, préoccupée
Je me suis dit:
“Voilà une femme qui s’ennuie
Il faut que je lui trouve
Une distraction”
Alors, j’ai fait déclarer
La guerre et voilà!

BOUM
Très ingénieux!

PUCK
N’est ce pas?
Distraire mon élève!...
C’est comme cela
Que je l’ai toujours tenue
Par des joujoux quand elle était petite...
Mais n’anticipons pas sur le passé
Plus tard, il a fallu autre chose
Et c’est pour la distraire
Que je lui ai cherché un mari.

BOUM
Le prince Paul?

PUCK
Oui mais ce malheureux prince,
Que j’avais eu soin de choisir
Du reste parfaitement nul,
N’a produit aucun effet:
La Grande-duchesse ne peut pas
Se décider à l’épouser
Elle le traîne depuis six mois
Il y a huit jours, le père du jeune homme,
l’Electeur de Steis-Stein-Steis
Laper-Bott-Moll- Schorstenburg,
l’Electeur, dis-je,
A envoyé ici un de ses plus
Fins diplomates, le baron Grog,
Avec mission de décider
notre aimable maîtresse
À prononcer le oui sacramentel.
Notre aimable maîtresse a formellement
Refusé de recevoir le Baron Grog
Et continue à s’ennuyer
Espérons que la guerre
la distraira un peu.

BOUM
Comptez sur moi.

PUCK
Malheureusement, cette distraction
Ne pourra durer que quelque temps.
La princesse a vingt ans
Elle ne tardera pas à s’apercevoir
Qu’il y a d’autres plaisirs
Son cœur n’a pas parlé encore
Il parlera bientôt
Et, ce jour-là, malheur à nous,
Si nous n’avons pas
Pris nos précautions!

BOUM
Vous me faites peur.

PUCK
Avez vous jamais pensé à ce
Que nous pourrions devenir,
Si la princesse s’avisait
D’avoir un favori?

BOUM
Nous serions rasés!
Il ne faut pas qu’elle en ait!

PUCK
Il ne le faut pas!

BOUM
Il ne le faut pas!

(Roulement de tambours à une certaine distance. Entre par à droite, Népomuc. Boum remonte au devant de lui. Avec énergie, à Népomuc.)

L’ennemi! c’est l’ennemi!

NÉPOMUC
Mais non, général,
C’est son altesse qui arrive.

BOUM
C’est bien, monsieur
Faites mettre les troupes sous les armes.

NÉPOMUC
Oui, général.

(Il sort)

PUCK
Donc, c’est entendu:
Tout à l’heure la chanson militaire
Dans huit jours, la victoire!

BOUM
Après ça, le retour dans nos foyers!

PUCK
Et à nous deux le pouvoir!

ENSEMBLE
À nous deux le pouvoir!

(L’armée arrive par à droite. Les paysannes, Wanda parmi elles, entrent des deux côtés, et restent au fond, derrière les soldats. Fritz est dans les rangs. Puck a passé à droite)

Scène Huitième

CHŒUR
Portons armes! Présentons armes!
Fixes, droits, l’œil à quinze pas!
Que son altesse a de charmes!
Que son altesse a d’appas!
Portons armes! Présentons armes!
Fixes, droits, l’œil à quinze pas!

(Entre par à droite, la Grande-duchesse, derrière elle viennent ses demoiselles d’honneur, puis, un brillant état major de jeunes officiers en uniformes éclatants. Les soldats présentent les armes. La Grande-duchesse passe devant le front des troupes, elle paraît frappée de la beauté de Fritz, qui est à l’avant scène entre deux tout petits soldats. Scène muette: Fritz est très troublé par les regards de la Grande-duchesse)

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! Que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet,
Leur moustache et leur plumet!
Ah! Que j’aime les militaires!
Leur air vainqueur, leurs manières,
En eux tout me plaît!
Quand je vois là mes soldats
Prêts à partir pour la guerre,
Fixes, droits, l’œil à quinze pas,
Vrai dieu! Je suis toute fière!
Seront-ils vainqueurs ou défaits?
Je n’en sais rien ce que je sais...

CHŒUR
Ce qu’elle sait

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’elle sait ce que je sais
C’est que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet, etc.
Je sais ce que je voudrais
Je voudrais être cantinière!
Près d’eux toujours je serais
Et je les griserais!
Avec eux, vaillante et légère,
Au combat je m’élancerais!
Cela me plairait-il, la guerre?
Je n’en sais rien ce que je sais...

CHŒUR
Ce qu’elle sait.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’elle sait ce que je sais
C’est que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet, etc.

TOUTE L’ARMEE
Vive la Grande-duchesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Boum)
Je suis contente, général très contente.

(elle fait quelques pas et s’arrête en regardant Fritz)

Général?

BOUM
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Faites avancer ce soldat.

BOUM
(appelant le soldat qui est à la droite de Fritz)
Schwartz!

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, pas celui-là, pas Schwartz.

BOUM
(appelant celui qui est à la gauche de Fritz)
Schumacher!

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, pas Schumacher l’autre.

(Boum désigne Fritz)

Vous y êtes!

BOUM
(sourdement irrité)
Fusilier Fritz, trois pas en avant!

(Fritz fait trois pas en avant, présentant les armes)

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Ton nom?

FRITZ
Fritz.

LA GRANDE-DUCHESSE
Combien de campagnes?
Combien de blessures?

FRITZ
Aucune campagne aucune blessure
Pourtant, une fois,
En grimpant sur un mur,
Pour aller chiper des pommes,
Je me suis un peu
Mais je ne sais pas si ça peut compter
Aucune blessure, décidément,
Aucune blessure.

LA GRANDE-DUCHESSE
Simple soldat?

FRITZ
Simple soldat.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je te fais caporal.

FRITZ
Ah!

(Il fait quelques pas pour aller à Wanda, qui est au fond, au premier rang des paysannes)

BOUM
(l’arrêtant)
Mille millions!

FRITZ
Eh bien, c’est bon!

(Il se remet en position)

LA GRANDE-DUCHESSE
Où allais-tu donc?

FRITZ
J’allais dire à ma bonne amie
Que je suis caporal.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! eh bien.

BOUM
Eh bien?

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Tu diras à ta bonne amie
Que tu es sergent.

(à Boum)

Faites rompre les rangs, général.

BOUM
Rompez les rangs!
Et éloignez-vous.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pourquoi s’éloigneraient-ils?
Ne sont-ils pas mes soldats, mes enfants?

PUCK
(bas, à la Grande-duchesse)
Très bien, altesse, très bien!

LA GRANDE-DUCHESSE
(aux soldats)
Restez, mes amis, restez,
Et bavardons un peu ensemble.

(Les soldats se rapprochent un peu au milieu; les paysannes descendent en scène, moitié à gauche, moitié à droite. La Grande-duchesse s’assied sur un tambour
qu’apporte une cantinière. Les demoiselles d’honneur se placent à ses cotés, sur des pliants que leur donnent des soldats)

PUCK
(bas, à Boum)
Est-ce que vous avez
Remarqué l’obstination
Avec laquelle son altesse
Regardait ce soldat?

BOUM
(bas)
Oui mais on ne peut pas supposer.

PUCK
(bas)
Il faut tout supposer
J’ai été précepteur de la Grande-duchesse
Et je l’ai habituée
À faire tout ce qui lui plaît.

BOUM
(bas)
Ah diable! observons, alors.

PUCK
(bas)
Observons.

LA GRANDE-DUCHESSE
(se retournant vers Fritz)
Approche un peu, toi.

FRITZ
(s’approchant)
Altesse?

PUCK
(bas, à Boum)
Encore! vous voyez.

BOUM
(bas)
Oui, je vois

(à part, en regardant Fritz)

Toi, je te rattraperai!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Eh bien, est-elle contente, ta bonne amie?

FRITZ
Très contente.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et toi et tes camarades êtes-vous contents?

FRITZ
Mais, dame! vous savez, altesse
On est content, et on ne l’est pas
C’est dans la nature!

LA GRANDE-DUCHESSE
Bien nourri?

FRITZ
Oui bien nourri pas mal nourri
Beaucoup de pommes de terre
Pas mal nourri tout de même.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et les officiers,
Bons pour le soldat?

FRITZ
Très bons, les officiers
Bons et pas bons
Il y a le général qui est sévère.

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité?

BOUM
Mais, altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Laissez-le parler!

FRITZ
Très sévère, le général
Mais je sais d’où ça vient
Des histoires de femmes
Pas autre chose des histoires de femmes.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment?

BOUM
Ah! J’empêcherai.

LA GRANDE-DUCHESSE
Général boum,
Je vous ordonne
de laisser parler cet homme.

(à Fritz)

Tu disais?

FRITZ
Très sévère, le général
Parce qu’il a fait la cour à ma bonne amie,
Et qu’elle l’a envoyé promener.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah çà! Mais tout le monde est
Donc amoureux de ta bonne amie?
Elle est donc bien jolie!

FRITZ
(désignant Wanda)
Tenez, c’est cette petite, là-bas.

LA GRANDE-DUCHESSE
Fais-la venir.

FRITZ
Eh! Wanda!...
Elle n’ose pas
Allons, viens donc c’est timide
Ce n’est pas comme nous autres,
jeunes soldats.

(Wanda s’est avancée et est venue se placer devant la Grande-duchesse)

LA GRANDE-DUCHESSE
Il t’aime, ce grand garçon-là?

WANDA
(timidement)
Je le crois, madame.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et toi, tu l’aimes?

WANDA
Oh! Pour cela, j’en suis sûre!

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité?

(à part.)

Ah çà! Qu’est-ce que J’éprouve donc, moi?

(à Fritz)

T’ai-je dit que tu étais lieutenant?

(Elle se lève ainsi que les demoiselles d’honneur. Wanda regagne sa place)

FRITZ
Non, altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, je te le dis.

(Etonnement général)

FRITZ
Eh bien, je vous remercie.

PUCK
(bas, à Boum)
Comme elle va! Comme elle va!

BOUM
(bas)
Soyez tranquille!
Voilà un lieutenant
Que demain je placerai à l’avant-garde.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il fait chaud ici.

(à ses demoiselles d’honneur.)

Vous n’avez pas soif, mesdames?

IZA
Mais si fait, altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Moi aussi.

PUCK
On va chercher des sorbets.

LA GRANDE-DUCHESSE
Que parlez-vous de sorbets?
Je veux boire ce que boivent mes soldats.

BOUM
Mais ils boivent.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce que la vivandière leur verse, sans doute!

(à la vivandière)

Eh bien, approchez, vivandière,
Et donnez-moi un verre

(la vivandière approche et verse un petit verre à la Grande-duchesse)

Jusqu’au bord
Je bois à vos victoires, soldats,
Je bois à votre retour.

(Elle vide son verre. L’autre vivandière verse aux demoiselles d’honneur)

TOUS
Vive la Grande-duchesse!

PUCK
(bas, à Boum)
La voyez-vous, mon élève! comme elle va!

BOUM
(bas, à Puck)
Voici le moment, je crois,
Pour la chanson.

PUCK
(bas)
C’est mon avis.

BOUM
(allant à la Grande-duchesse)
Vous plairait-il, altesse,
Puisque vous avez fait à vos soldats
L’honneur de venir passer
Quelques instants auprès d’eux,
Vous plairait-il d’entendre
La chanson de leur régiment?

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Ah! Très bien

(elle regarde Puck. Haut)

Mais cette chanson,
Général, je la connais.

BOUM
(feignant la surprise)
Est-il possible, altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Et, si vous le voulez bien,
Je la chanterai moi même.

BOUM
Oh! Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Commençons!

BOUM
Hum! Hum!

LA GRANDE-DUCHESSE
Est-ce que vous allez chanter avec moi?

BOUM
Si votre altesse daigne permettre...

LA GRANDE-DUCHESSE
Un général en chef! oh! Non!
Ne compromettons pas votre dignité.

(à Fritz)

Viens, toi, tu chanteras avec moi.

BOUM
Oh! Vous n’y pensez pas!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est?

BOUM
Un simple lieutenant chanter avec.

LA GRANDE-DUCHESSE
Un lieutenant, est-ce trop peu?
Je le fais capitaine cela suffit-il?

BOUM
(s’inclinant d’un air contraint)
Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Venez, monsieur le capitaine,
Et chantez avec moi!

Chanson du Régiment

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! C’est un fameux régiment,
Le régiment de la Grande-duchesse!

FRITZ
Quand l’ennemi fait l’impertinent,
À tomber dessus faut
Voir comme il s’empresse!

LA GRANDE-DUCHESSE
On dit qu’les housards ont du bon,
Et qu’c’est un aimable escadron.

FRITZ
Avec sa crinière dans l’dos,
L’dragon a l’air très comme il faut.

LA GRANDE-DUCHESSE
On sait qu’dans
L’corps des artilleurs
On n’prend qu’des hommes
Qu’ont d’la valeur.

FRITZ
Mais rien ne vaut, malgré cela,
Le beau régiment que voilà!

ENSEMBLE
Ah! Ce sont de fiers soldats!
Au sein des combats,
Tout comme au sein des amours,
Les premiers toujours!
Trompettes, sonnez donc,
Et battez, les tambours,
En l’honneur de la guerre,
En l’honneur des amours!

CHŒUR
Trompettes, sonnez donc, etc.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! C'est un fameux régiment,
Le régiment de la Grande-duchesse!

FRITZ
Il a l’honneur pour sentiment;
Et la victoire, il la z’a pour maîtresse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Avec son superbe étendard,
Quand il arrive quelque part.

FRITZ
Les femmes, elles sont enchantées,
Mais c’est les hommes qui font un nez!

A GRANDE-DUCHESSE
Quand il s’en va, le régiment,
Les choses, elles se passant autrement.

FRITZ
C’est les hommes
Qui sont enchantés,
Mais c’est les femmes
Qui font un nez!

ENSEMBLE
Ah! Ce sont de fiers soldats!
Au sein des combats,
Tout comme au sein des amours,
Les premiers toujours!
Trompettes, sonnez donc,
Et battez, les tambours,
En l’honneur de la guerre,
En l’honneur des amours!

CHŒUR
Trompettes, sonnez donc, etc.

NÉPOMUC
(revenant par le fond, à droite)
Madame! madame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, qu’est-ce qu’il y a?

BOUM
Cette fois, monsieur,
J’espère que vous m’annoncez l’ennemi!

NÉPOMUC
Mais vous me dites toujours
La même chose!

(à la Grande-duchesse)

Madame, c’est le prince Paul
Il est arrêté aux avant-postes
Avec le baron Grog
Et il fait demander le mot d’ordre
Afin de pouvoir passer.

LA GRANDE-DUCHESSE
Le prince Paul! encore!

NÉPOMUC
Que faut-il répondre?

LA GRANDE-DUCHESSE
Enfin allez chercher le prince Paul
Et amenez-le moi
Quant au baron Grog,
Qu’on ne m’en parle plus!
J’ai refusé de le recevoir
Et ne le recevrai pas!

(Népomuc sort par à droite. À Fritz)

Allez mettre votre uniforme,
Monsieur le capitaine
Et, dès que vous l’aurez mis,
Revenez
Je tiens à voir comment il vous va.

FRITZ
Ça m’ira très bien.

(Il sort)

LA GRANDE-DUCHESSE
(aux soldats)
Allez, mes amis allez
Tout à l’heure,
Je vous reverrai une dernière fois,
Avant votre départ pour la bataille!

(Sortent par à droite. Boum fait entrer les demoiselles d’honneur dans sa tente. Les paysannes s’éloignent et Wanda sort par la gauche)
ACTE I


(Campement de soldats. Tentes au milieu de la campagne. A droite, au deuxième plan, l' entrée de la tente du général Boum. A gauche, au premier plan, la cantine. Au fond, un praticable, représentant une colline, au milieu de la scène, monte d'abord de droite à gauche, puis de gauche à droite fusils, au fond, rangés sur des râteliers. soldats, paysannes, vivandières, puis)

Scène Première

CHŒUR
En attendant que l’heure sonne,
L’heure héroïque du combat,
Chantons et buvons!
Courte et bonne,
C’est la devise du soldat!
Chantons, buvons,
jouons, dansons!
En attendant que l’heure sonne,
L’heure héroïque du combat! etc.

(Pendant ce chœur, quelques soldats valsent avec des paysannes; d’autres jouent aux cartes et aux dés sur des tambours; d’autres boivent, etc. Les vivandières vont de l’un à l’autre. Entrent Fritz et Wanda)

WANDA
O mon Fritz, que tu m’affliges
En m’apprenant ton départ!

FRITZ
Va, je ferai des prodiges,
Pour revenir sans retard.
Allez, jeunes filles,
Dansez et tournez;
Vous dans vos familles
Vous resterez;
Mais nous, pauvres hommes,
Bientôt nous irons,
Pour de faibles sommes,
Braver les canons.
Si le sort funeste
Ne peut s’éviter,
Du temps qui nous reste
Sachons profiter.
Vidons notre verre
En brave guerrier,
Et tant pis, ma chère,
Si c’est le dernier.
O filles jolies,
O braves garçons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons;
Comme des toupies,
Comme des tontons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons.

TOUS
O filles jolies, etc.

FRITZ
Quand, prenant les armes,
Nous en irons,
Que de cris,
De larmes et de pâmoisons!
N’ayez peur, mes belles,
Nous vous écrirons,
Et de nos nouvelles
Nous vous donnerons.
Votre cœur, je pense,
Restera constant,
Malgré notre absence.
Mais, en attendant,
Vidons notre verre,
Prenons un baiser,
Et tant pis, ma chère,
Si c’est le dernier.
O filles jolies,
O braves garçons,
Tournons et valsons,
Valsons et tournons,
Comme des toupies,
Comme des tontons;
Tournons et valsons,
Valsons et tournons.

TOUS
O filles jolies, etc., etc.

(Au moment où la valse est très animée, paraît le général Boum, arrivant de la droite. Il s’arrête indigné, et lève les bras au ciel: il a un énorme panache sur son chapeau)

Scène Seconde

BOUM
Des femmes dans le camp,
effroyable licence!

(Toutes les femmes s’enfuient avec un grand cri)

FRITZ
(à part)
Bon! Voilà le gêneur!

BOUM
Avez vous donc, soldats,
Perdu toute prudence?

FRITZ
Pour être militaire,
En a-t-on moins un cœur?

BOUM
(venant à Fritz)
Vous encor, vous parlez!

FRITZ
Mais, général...

BOUM
Silence!
Quand je me fâche, L’on se tait!
Car ma rigueur, on la connaît.

CHŒUR
Quand il se fâche,
L’on se tait!
Car sa rigueur, on la connaît.

BOUM
À cheval sur la discipline,
Par les vallons je vais devant moi,
J’extermine les bataillons!
Le plus fier ennemi
Se cache, tremblant, penaud,
Quand il aperçoit
Le panache que j’ai là-haut!
Pif paf pouf, tara papapoum!
Je suis le général Boum! Boum!

TOUS
Pif paf pouf, tara papapoum!
Il est le général Boum! Boum!

BOUM
Dans nos salons,
Après la guerre, je reparais;
Et la plus belle, pour me plaire,
Se met en frais;
Elle caresse ma moustache,
En souriant
En ce moment là,
Mon panache est fort gênant.
Paf pouf, tara papapoum!
Je suis le général Boum! Boum!

TOUS
Pif, paf pouf, tara papapoum!
Il est, le général Boum! Boum!
Vive le général Boum!

BOUM
A la bonne heure!
Je retrouve mes enfants,
Les vaillants soldats
De la Grande-duchesse,
Notre souveraine.

TOUS
Vive la Grande-duchesse!

BOUM
Vous n’êtes pas méchants,
Mais il y a ce Fritz qui vous gâte.

FRITZ
(à part)
Bon!
J’étais sûr que ça allait
Tomber sur moi!

BOUM
Fusilier Fritz, venez ici.

FRITZ
(s’approchant)
Général?

BOUM
Mauvais soldat!

FRITZ
Je sais bien d’où ça vient, tout ça...

BOUM
Qu’est ce que vous dites?

FRITZ
Je dis que je sais bien
D’où ça vient, tout ça
C’est des histoires de femmes.

BOUM
Comment?

FRITZ
C’est parce que vous avez fait
La cour à la petite Wanda.

BOUM
Pas du tout!

FRITZ
Je vous demande bien pardon
Vous lui avez fait la cour
Et elle n’a pas voulu de vous,
Parce qu’elle est
Amoureuse de moi et voilà!

BOUM
(à part)
O fureur!

FRITZ
Elles ont mauvais goût,
Les femmes: elles aiment mieux
Le jeune soldat que le vieux chef.

BOUM
Je vous mettrai
À la salle de police, moi!

FRITZ
Ça n’y fera rien.

BOUM
Je vous ferai fusiller!

FRITZ
Comme ça sera malin!

BOUM
Mauvais soldat!

FRITZ
Ça vous serait bien égal
Que je soie un mauvais soldat
Mais je suis un joli soldat
C’est ça qui est vexant.

BOUM
Taisez vous!

FRITZ
Je me tais mais ça n’empêche pas!

BOUM
Jamais je ne me suis
Occupé de cette petite.

FRITZ
Je vous demande
Bien pardon derechef,
Vous vous en êtes occupé.

Scène Troisième

(Entre Népomuc)

NÉPOMUC
(à Boum)
Général!

BOUM
Dites-moi que vous m’annoncez
L’approche de l’ennemi, monsieur;
Dites-le-moi, je vous en prie!

NÉPOMUC
Non, général
Je viens vous prévenir
Que la Grande-duchesse
Va venir passer
Son régiment en revue.

BOUM
Vous entendez, soldats!

NÉPOMUC
Elle désire qu’une tente
Soit dressée pour elle ici
Au milieu même
Du campement de ses soldats.

(Il sort)

BOUM
Vite un homme en faction!
Fusilier Fritz!

FRITZ
(à part)
Toujours moi!

(haut)

Général?

BOUM
Vous allez vous
Mettre en faction ici.

FRITZ
En plein soleil naturellement!

BOUM
Ne répliquez pas!

FRITZ
Pourquoi faire,
D’abord, me mettre en faction?

BOUM
Pour garder la tente
De La Grande-Duchesse.

FRITZ
Puisqu’elle n’est pas dressée!

BOUM
Vous garderez
L’endroit où elle sera.

FRITZ
Alors, c’est pour empêcher qu’on
Ne vienne emporter le terrain?
Je vous demande
Un peu si ça a le sens commun!

BOUM
Toujours, alors?

FRITZ
Bon! bon!
Je sais d’où ça vient
Les femmes, voilà! les femmes!

BOUM
Ah! Comme je te ferais fusiller, toi,
Si, à la veille d’une bataille,
Je n’avais pas peur
De diminuer mon effectif!

FRITZ
Mais voilà!
Vous avez peur
De diminuer votre effectif.

BOUM
Je n’aurai pas le dernier, alors?

FRITZ
Non, par exemple!

BOUM
Alors, je serais bien bête
De m’obstiner
Soldats, à vos rangs!

(Roulement de tambours: les soldats vont prendre leurs fusils et se placent sur deux rangs, au fond)

Portez armes!

FRITZ
(au général Boum)
Eh bien, où allez vous comme ça?

BOUM
C’est trop fort, ça, par exemple!
Ça ne vous regarde pas!
Est ce qu’il va falloir que je vous rende
Compte de mes mouvements?
Soldats, par le flanc gauche!
En avant marche!

REPRISE DU CHŒUR
Pif paf pouf, tara papapoum!
Suivons le général Boum! Boum!

(Les soldats sortent; Fritz reste en faction. Après le défilé, le général Boum s’approche de Fritz)

BOUM
Hou! Le vilain soldat!

(Il sort en courant, pour rattraper son armée)

Scène Quatrième

FRITZ
(seul, montant sa faction)
Comme c’est encore malin,
Ça, de venir faire la grimace
A un pauvre jeune soldat
Qui ne peut pas répondre à son général!
C’est une chose
Qu’on ne veut pas comprendre!
Il y a comme ça des généraux
Qui ont des grades, des honneurs
Eh bien, ils croient que ça suffit
Auprès des femmes pas du tout!
Il arrive que les femmes préfèrent
Le jeune soldat qui n’a pas de grades
Mais qui est aimable
Alors, le vieux général
Asticote le jeune soldat
Et c’est toujours comme ça
Et tant que le monde durera,
Ça sera comme ça
Et voilà! tout ça
C’est des histoires de femmes
Et pas autre chose!

(tournant la tête à gauche)

Ah! La voici, la petite Wanda!
Elle croit que je vais aller la retrouver
Ah! Si je pouvais!
Voyant que je n’y vais pas, elle vient

(entre Wanda par la gauche; elle reste, un moment, au fond)

Comme il enragerait,
Le vieux général, s’il voyait cela!

Scène Cinquième

WANDA
(loin de Fritz)
Me voici, Fritz! j’ai tant couru
Que j’en suis, ma foi, hors d’haleine!

(se rapprochant un peu)

Mais, pour te voir cet air bourru,
Ce n’était vraiment pas la peine
Dis moi pourquoi?

(Fritz lui montre son fusil, puis, un doigt sur la bouche, il indique qu’on ne peut pas parler sous les armes)

Que veut dire cette grimace?
J’accours, et te voilà de glace!
Es-tu muet, beau grenadier?
Ne sais-tu m’aimer que par signe?

FRITZ
(immobile à son poste)
Il le faut bien, car la consigne,
Hélas! Me défend de parler.

WANDA
(se rapprochant toujours de Fritz)
Finis cette plaisanterie
Lorsque l’on voit sa bonne amie,
Monsieur, l’on doit tout oublier
Vite, un mot, ou bien j’égratigne!

FRITZ
Je ne peux pas, car la consigne,
Hélas! Me défend de bouger.

WANDA
Il me dit non, car la consigne,
Hélas! Lui défend de bouger.
Et si, pour toi perdant la tête,
Je te disais: “viens, grosse bête,
Viens vite là prendre un baiser”,
Me ferais-tu l’injure insigne?

FRITZ
(allant vivement à elle)
Ah! Ma foi, non!
Car la consigne
Ne me défend pas d’embrasser.

WANDA
Je savais bien que la consigne
Ne défendait pas d’embrasser!

FRITZ
Non, ma Wanda, non, la consigne
Ne me défend pas d’embrasser!

WANDA
Je savais bien que la consigne
Ne défendait pas d’embrasser!

(Fritz l’embrasse)

ENSEMBLE
Au diable la consigne!
Et vive l’amour!
Tant pis!
En ce jour bravons la consigne,
Obéissons à l’amour!

(Le général Boum entre par à droite)

Scène Sixième

BOUM
Ah! Ah! Je t’y prends!

FRITZ
(bas, à Wanda)
Nous sommes pincés!

(Il reprend vivement son fusil et se remet en faction)

WANDA
Mon Fritz!

BOUM
(à Fritz)
Cette faction que
Je t’ai ordonné de monter,
Ce mouvement que
J’ai fait faire à mon armée
tout cela a été fait pour te surprendre
et je te surprends.

FRITZ
Eh bien, tenez!
Ça doit vous faire plaisir
Car c’est la première fois
que je vois réussir
Un de vos mouvements!

BOUM
Malheureux!

(Un coup de fusil au dehors)

WANDA
(tombant dans les bras de Fritz)
Ah!

FRITZ
Ma Wanda!

(Elle s’est évanouie dans ses bras)

BOUM
Qu’est ce que c’est que ça?
Qu’est ce que c’est?

FRITZ
Une attaque peut être
permettez moi de la reporter chez sa mère.

(Second coup de fusil)

BOUM
Oui va et veille bien sur elle.

FRITZ
Ah! Vous voyez bien, général
vous voyez bien que vous l’aimez!

BOUM
Va! va!

FRITZ
(à Wanda qu’il soutient toujours)
Viens prendre un verre de schnaps.

Scène Septième

(Il entre avec elle dans la cantine. nouveaux coups de fusil au dehors. Entre par à droite, le Baron Puck: il court effaré, courbé en deux)

PUCK
Ah! Mon cher Boum!

BOUM
Qu’est-il donc arrivé?

PUCK
On m’a demandé le mot d’ordre
Absorbé comme je l’étais
Par les hautes combinaisons
De la politique,
J’ai négligé de répondre, et, alors...

BOUM
Pan, pan, ratapan!

PUCK
Pan, pan, ratapan! ils ont tiré.

BOUM
C’était leur devoir.

PUCK
Heureusement, ils m’ont manqué.

BOUM
Ils seront punis pour cela.

PUCK
Qu’est ce que vous dites?

BOUM
Je dis qu’ils n’auraient pas
Dû vous manquer.

PUCK
Alors, vous auriez voulu...?

BOUM
Comme général, certainement!
Mais j’en aurais été désolé comme ami.

PUCK
A la bonne heure!

BOUM
Et qu’est-ce qui me procure l’avantage?

PUCK
C’est une chose très délicate
Vous savez que notre habitude,
À la veille d’une campagne,
Est de ne rien négliger
De ce qui peut animer le soldat
Et faire de l’effet sur les troupes.

BOUM
Sans doute!

PUCK
Cette fois-ci,
Nous avons imaginé quelque chose qui,
Je crois, est assez ingénieux,
La Grande-duchesse va venir.

BOUM
Je le sais.

PUCK
Elle restera au milieu des soldats.
Quand elle sera là,
Vous lui offrirez de chanter devant elle
La chanson du régiment.

BOUM
Bon!

PUCK
Son altesse vous répondra:
“Mais cette chanson, je la sais”
Et elle la chantera.

BOUM
Elle même?

PUCK
Elle-même et c’est avec vous,
Rudolph, qu’elle la chantera!

BOUM
Avec moi! quel honneur!
Mais la sait elle vraiment?

PUCK
Elle la sait parfaitement
Nous avons étudié ça pendant
Deux heures, ce matin.

BOUM
C’est une affaire entendue.

PUCK
Bien!
Maintenant, parlons un peu
De nos propres affaires

(il lui offre une prise de tabac)

En usez vous?

BOUM
Non, pas de cela

(il prend à sa ceinture un pistolet à deux coups, le décharge en l’air, puis porte, l’un après l’autre, les canons fumants sous chacune de ses narines en respirant avec force l’odeur de la poudre)

Voilà ma civette, à moi!

PUCK
Vous savez pourquoi
Nous faisons la guerre.

BOUM
Moi? pas du tout!

PUCK
Je vais vous le dire
La Grande-duchesse,
Notre souveraine et mon élève
Car j’ai été son précepteur...

(il ôte respectueusement son chapeau, et, en le regardant, dit avec frayeur.)

Ah! Mon ami! qu’est ce que c’est?

(il s’évanouit presque en montrant un grand trou dans le chapeau)

Regardez la balle!

BOUM
Allons! Ils n’ont pas trop mal visé.

PUCK
Ça me fait un effet...!
Comme c’est heureux
Que j’aie eu mon chapeau!
Sans cela, j’étais mort.

BOUM
Remettez le vite.

PUCK
(remettant son chapeau)
Ah! Oui!
Ils n’auraient qu’à tirer encore
La Grande-duchesse donc,
Notre souveraine et mon élève,
A vingt ans jusqu’à présent,
Elle nous a laissé le pouvoir;
Mais j’ai remarqué que,
Depuis quelque temps,
Elle était inquiète, préoccupée
Je me suis dit:
“Voilà une femme qui s’ennuie
Il faut que je lui trouve
Une distraction”
Alors, j’ai fait déclarer
La guerre et voilà!

BOUM
Très ingénieux!

PUCK
N’est ce pas?
Distraire mon élève!...
C’est comme cela
Que je l’ai toujours tenue
Par des joujoux quand elle était petite...
Mais n’anticipons pas sur le passé
Plus tard, il a fallu autre chose
Et c’est pour la distraire
Que je lui ai cherché un mari.

BOUM
Le prince Paul?

PUCK
Oui mais ce malheureux prince,
Que j’avais eu soin de choisir
Du reste parfaitement nul,
N’a produit aucun effet:
La Grande-duchesse ne peut pas
Se décider à l’épouser
Elle le traîne depuis six mois
Il y a huit jours, le père du jeune homme,
l’Electeur de Steis-Stein-Steis
Laper-Bott-Moll- Schorstenburg,
l’Electeur, dis-je,
A envoyé ici un de ses plus
Fins diplomates, le baron Grog,
Avec mission de décider
notre aimable maîtresse
À prononcer le oui sacramentel.
Notre aimable maîtresse a formellement
Refusé de recevoir le Baron Grog
Et continue à s’ennuyer
Espérons que la guerre
la distraira un peu.

BOUM
Comptez sur moi.

PUCK
Malheureusement, cette distraction
Ne pourra durer que quelque temps.
La princesse a vingt ans
Elle ne tardera pas à s’apercevoir
Qu’il y a d’autres plaisirs
Son cœur n’a pas parlé encore
Il parlera bientôt
Et, ce jour-là, malheur à nous,
Si nous n’avons pas
Pris nos précautions!

BOUM
Vous me faites peur.

PUCK
Avez vous jamais pensé à ce
Que nous pourrions devenir,
Si la princesse s’avisait
D’avoir un favori?

BOUM
Nous serions rasés!
Il ne faut pas qu’elle en ait!

PUCK
Il ne le faut pas!

BOUM
Il ne le faut pas!

(Roulement de tambours à une certaine distance. Entre par à droite, Népomuc. Boum remonte au devant de lui. Avec énergie, à Népomuc.)

L’ennemi! c’est l’ennemi!

NÉPOMUC
Mais non, général,
C’est son altesse qui arrive.

BOUM
C’est bien, monsieur
Faites mettre les troupes sous les armes.

NÉPOMUC
Oui, général.

(Il sort)

PUCK
Donc, c’est entendu:
Tout à l’heure la chanson militaire
Dans huit jours, la victoire!

BOUM
Après ça, le retour dans nos foyers!

PUCK
Et à nous deux le pouvoir!

ENSEMBLE
À nous deux le pouvoir!

(L’armée arrive par à droite. Les paysannes, Wanda parmi elles, entrent des deux côtés, et restent au fond, derrière les soldats. Fritz est dans les rangs. Puck a passé à droite)

Scène Huitième

CHŒUR
Portons armes! Présentons armes!
Fixes, droits, l’œil à quinze pas!
Que son altesse a de charmes!
Que son altesse a d’appas!
Portons armes! Présentons armes!
Fixes, droits, l’œil à quinze pas!

(Entre par à droite, la Grande-duchesse, derrière elle viennent ses demoiselles d’honneur, puis, un brillant état major de jeunes officiers en uniformes éclatants. Les soldats présentent les armes. La Grande-duchesse passe devant le front des troupes, elle paraît frappée de la beauté de Fritz, qui est à l’avant scène entre deux tout petits soldats. Scène muette: Fritz est très troublé par les regards de la Grande-duchesse)

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! Que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet,
Leur moustache et leur plumet!
Ah! Que j’aime les militaires!
Leur air vainqueur, leurs manières,
En eux tout me plaît!
Quand je vois là mes soldats
Prêts à partir pour la guerre,
Fixes, droits, l’œil à quinze pas,
Vrai dieu! Je suis toute fière!
Seront-ils vainqueurs ou défaits?
Je n’en sais rien ce que je sais...

CHŒUR
Ce qu’elle sait

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’elle sait ce que je sais
C’est que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet, etc.
Je sais ce que je voudrais
Je voudrais être cantinière!
Près d’eux toujours je serais
Et je les griserais!
Avec eux, vaillante et légère,
Au combat je m’élancerais!
Cela me plairait-il, la guerre?
Je n’en sais rien ce que je sais...

CHŒUR
Ce qu’elle sait.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’elle sait ce que je sais
C’est que j’aime les militaires,
Leur uniforme coquet, etc.

TOUTE L’ARMEE
Vive la Grande-duchesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Boum)
Je suis contente, général très contente.

(elle fait quelques pas et s’arrête en regardant Fritz)

Général?

BOUM
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Faites avancer ce soldat.

BOUM
(appelant le soldat qui est à la droite de Fritz)
Schwartz!

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, pas celui-là, pas Schwartz.

BOUM
(appelant celui qui est à la gauche de Fritz)
Schumacher!

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, pas Schumacher l’autre.

(Boum désigne Fritz)

Vous y êtes!

BOUM
(sourdement irrité)
Fusilier Fritz, trois pas en avant!

(Fritz fait trois pas en avant, présentant les armes)

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Ton nom?

FRITZ
Fritz.

LA GRANDE-DUCHESSE
Combien de campagnes?
Combien de blessures?

FRITZ
Aucune campagne aucune blessure
Pourtant, une fois,
En grimpant sur un mur,
Pour aller chiper des pommes,
Je me suis un peu
Mais je ne sais pas si ça peut compter
Aucune blessure, décidément,
Aucune blessure.

LA GRANDE-DUCHESSE
Simple soldat?

FRITZ
Simple soldat.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je te fais caporal.

FRITZ
Ah!

(Il fait quelques pas pour aller à Wanda, qui est au fond, au premier rang des paysannes)

BOUM
(l’arrêtant)
Mille millions!

FRITZ
Eh bien, c’est bon!

(Il se remet en position)

LA GRANDE-DUCHESSE
Où allais-tu donc?

FRITZ
J’allais dire à ma bonne amie
Que je suis caporal.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! eh bien.

BOUM
Eh bien?

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Tu diras à ta bonne amie
Que tu es sergent.

(à Boum)

Faites rompre les rangs, général.

BOUM
Rompez les rangs!
Et éloignez-vous.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pourquoi s’éloigneraient-ils?
Ne sont-ils pas mes soldats, mes enfants?

PUCK
(bas, à la Grande-duchesse)
Très bien, altesse, très bien!

LA GRANDE-DUCHESSE
(aux soldats)
Restez, mes amis, restez,
Et bavardons un peu ensemble.

(Les soldats se rapprochent un peu au milieu; les paysannes descendent en scène, moitié à gauche, moitié à droite. La Grande-duchesse s’assied sur un tambour
qu’apporte une cantinière. Les demoiselles d’honneur se placent à ses cotés, sur des pliants que leur donnent des soldats)

PUCK
(bas, à Boum)
Est-ce que vous avez
Remarqué l’obstination
Avec laquelle son altesse
Regardait ce soldat?

BOUM
(bas)
Oui mais on ne peut pas supposer.

PUCK
(bas)
Il faut tout supposer
J’ai été précepteur de la Grande-duchesse
Et je l’ai habituée
À faire tout ce qui lui plaît.

BOUM
(bas)
Ah diable! observons, alors.

PUCK
(bas)
Observons.

LA GRANDE-DUCHESSE
(se retournant vers Fritz)
Approche un peu, toi.

FRITZ
(s’approchant)
Altesse?

PUCK
(bas, à Boum)
Encore! vous voyez.

BOUM
(bas)
Oui, je vois

(à part, en regardant Fritz)

Toi, je te rattraperai!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Eh bien, est-elle contente, ta bonne amie?

FRITZ
Très contente.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et toi et tes camarades êtes-vous contents?

FRITZ
Mais, dame! vous savez, altesse
On est content, et on ne l’est pas
C’est dans la nature!

LA GRANDE-DUCHESSE
Bien nourri?

FRITZ
Oui bien nourri pas mal nourri
Beaucoup de pommes de terre
Pas mal nourri tout de même.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et les officiers,
Bons pour le soldat?

FRITZ
Très bons, les officiers
Bons et pas bons
Il y a le général qui est sévère.

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité?

BOUM
Mais, altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Laissez-le parler!

FRITZ
Très sévère, le général
Mais je sais d’où ça vient
Des histoires de femmes
Pas autre chose des histoires de femmes.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment?

BOUM
Ah! J’empêcherai.

LA GRANDE-DUCHESSE
Général boum,
Je vous ordonne
de laisser parler cet homme.

(à Fritz)

Tu disais?

FRITZ
Très sévère, le général
Parce qu’il a fait la cour à ma bonne amie,
Et qu’elle l’a envoyé promener.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah çà! Mais tout le monde est
Donc amoureux de ta bonne amie?
Elle est donc bien jolie!

FRITZ
(désignant Wanda)
Tenez, c’est cette petite, là-bas.

LA GRANDE-DUCHESSE
Fais-la venir.

FRITZ
Eh! Wanda!...
Elle n’ose pas
Allons, viens donc c’est timide
Ce n’est pas comme nous autres,
jeunes soldats.

(Wanda s’est avancée et est venue se placer devant la Grande-duchesse)

LA GRANDE-DUCHESSE
Il t’aime, ce grand garçon-là?

WANDA
(timidement)
Je le crois, madame.

LA GRANDE-DUCHESSE
Et toi, tu l’aimes?

WANDA
Oh! Pour cela, j’en suis sûre!

LA GRANDE-DUCHESSE
En vérité?

(à part.)

Ah çà! Qu’est-ce que J’éprouve donc, moi?

(à Fritz)

T’ai-je dit que tu étais lieutenant?

(Elle se lève ainsi que les demoiselles d’honneur. Wanda regagne sa place)

FRITZ
Non, altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, je te le dis.

(Etonnement général)

FRITZ
Eh bien, je vous remercie.

PUCK
(bas, à Boum)
Comme elle va! Comme elle va!

BOUM
(bas)
Soyez tranquille!
Voilà un lieutenant
Que demain je placerai à l’avant-garde.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il fait chaud ici.

(à ses demoiselles d’honneur.)

Vous n’avez pas soif, mesdames?

IZA
Mais si fait, altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Moi aussi.

PUCK
On va chercher des sorbets.

LA GRANDE-DUCHESSE
Que parlez-vous de sorbets?
Je veux boire ce que boivent mes soldats.

BOUM
Mais ils boivent.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce que la vivandière leur verse, sans doute!

(à la vivandière)

Eh bien, approchez, vivandière,
Et donnez-moi un verre

(la vivandière approche et verse un petit verre à la Grande-duchesse)

Jusqu’au bord
Je bois à vos victoires, soldats,
Je bois à votre retour.

(Elle vide son verre. L’autre vivandière verse aux demoiselles d’honneur)

TOUS
Vive la Grande-duchesse!

PUCK
(bas, à Boum)
La voyez-vous, mon élève! comme elle va!

BOUM
(bas, à Puck)
Voici le moment, je crois,
Pour la chanson.

PUCK
(bas)
C’est mon avis.

BOUM
(allant à la Grande-duchesse)
Vous plairait-il, altesse,
Puisque vous avez fait à vos soldats
L’honneur de venir passer
Quelques instants auprès d’eux,
Vous plairait-il d’entendre
La chanson de leur régiment?

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Ah! Très bien

(elle regarde Puck. Haut)

Mais cette chanson,
Général, je la connais.

BOUM
(feignant la surprise)
Est-il possible, altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Et, si vous le voulez bien,
Je la chanterai moi même.

BOUM
Oh! Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Commençons!

BOUM
Hum! Hum!

LA GRANDE-DUCHESSE
Est-ce que vous allez chanter avec moi?

BOUM
Si votre altesse daigne permettre...

LA GRANDE-DUCHESSE
Un général en chef! oh! Non!
Ne compromettons pas votre dignité.

(à Fritz)

Viens, toi, tu chanteras avec moi.

BOUM
Oh! Vous n’y pensez pas!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est?

BOUM
Un simple lieutenant chanter avec.

LA GRANDE-DUCHESSE
Un lieutenant, est-ce trop peu?
Je le fais capitaine cela suffit-il?

BOUM
(s’inclinant d’un air contraint)
Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Fritz)
Venez, monsieur le capitaine,
Et chantez avec moi!

Chanson du Régiment

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! C’est un fameux régiment,
Le régiment de la Grande-duchesse!

FRITZ
Quand l’ennemi fait l’impertinent,
À tomber dessus faut
Voir comme il s’empresse!

LA GRANDE-DUCHESSE
On dit qu’les housards ont du bon,
Et qu’c’est un aimable escadron.

FRITZ
Avec sa crinière dans l’dos,
L’dragon a l’air très comme il faut.

LA GRANDE-DUCHESSE
On sait qu’dans
L’corps des artilleurs
On n’prend qu’des hommes
Qu’ont d’la valeur.

FRITZ
Mais rien ne vaut, malgré cela,
Le beau régiment que voilà!

ENSEMBLE
Ah! Ce sont de fiers soldats!
Au sein des combats,
Tout comme au sein des amours,
Les premiers toujours!
Trompettes, sonnez donc,
Et battez, les tambours,
En l’honneur de la guerre,
En l’honneur des amours!

CHŒUR
Trompettes, sonnez donc, etc.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! C'est un fameux régiment,
Le régiment de la Grande-duchesse!

FRITZ
Il a l’honneur pour sentiment;
Et la victoire, il la z’a pour maîtresse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Avec son superbe étendard,
Quand il arrive quelque part.

FRITZ
Les femmes, elles sont enchantées,
Mais c’est les hommes qui font un nez!

A GRANDE-DUCHESSE
Quand il s’en va, le régiment,
Les choses, elles se passant autrement.

FRITZ
C’est les hommes
Qui sont enchantés,
Mais c’est les femmes
Qui font un nez!

ENSEMBLE
Ah! Ce sont de fiers soldats!
Au sein des combats,
Tout comme au sein des amours,
Les premiers toujours!
Trompettes, sonnez donc,
Et battez, les tambours,
En l’honneur de la guerre,
En l’honneur des amours!

CHŒUR
Trompettes, sonnez donc, etc.

NÉPOMUC
(revenant par le fond, à droite)
Madame! madame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, qu’est-ce qu’il y a?

BOUM
Cette fois, monsieur,
J’espère que vous m’annoncez l’ennemi!

NÉPOMUC
Mais vous me dites toujours
La même chose!

(à la Grande-duchesse)

Madame, c’est le prince Paul
Il est arrêté aux avant-postes
Avec le baron Grog
Et il fait demander le mot d’ordre
Afin de pouvoir passer.

LA GRANDE-DUCHESSE
Le prince Paul! encore!

NÉPOMUC
Que faut-il répondre?

LA GRANDE-DUCHESSE
Enfin allez chercher le prince Paul
Et amenez-le moi
Quant au baron Grog,
Qu’on ne m’en parle plus!
J’ai refusé de le recevoir
Et ne le recevrai pas!

(Népomuc sort par à droite. À Fritz)

Allez mettre votre uniforme,
Monsieur le capitaine
Et, dès que vous l’aurez mis,
Revenez
Je tiens à voir comment il vous va.

FRITZ
Ça m’ira très bien.

(Il sort)

LA GRANDE-DUCHESSE
(aux soldats)
Allez, mes amis allez
Tout à l’heure,
Je vous reverrai une dernière fois,
Avant votre départ pour la bataille!

(Sortent par à droite. Boum fait entrer les demoiselles d’honneur dans sa tente. Les paysannes s’éloignent et Wanda sort par la gauche)



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