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Scène Cinquième

LA GRANDE-DUCHESSE
Plus personne!

FRITZ
Eh non! plus personne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Général!

FRITZ
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Je suis contente de vous voir.

FRITZ
Et moi de même.

LA GRANDE-DUCHESSE
Merci.

FRITZ
Il n’y a pas de quoi, vraiment,
Il n’y a pas de quoi.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je me félicite de ce que j’ai fait,
Quand j’ai laissé tomber
Mon regard sur vous,
Vous n’étiez qu’un soldat.

FRITZ
Un pauvre jeune soldat.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je vous ai fait général en chef:
Vous avez battu l’ennemi.

FRITZ
Eh! bédame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que nous parlions
Des récompenses qui vous sont dues?

FRITZ
Je le veux bien, Altesse, mais à quoi bon?

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment!

FRITZ
Puisque je suis général en chef voyons,
Raisonnez un peu
Puisque je suis général en chef,
Je ne peux pas monter en grade.

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous croyez ça, vous?

FRITZ
Dame! il me semble
Puisque j’ai le panache
Je ne peux rien avoir de plus.

LA GRANDE-DUCHESSE
Dans le militaire, c’est possible; mais...

FRITZ
Mais?

LA GRANDE-DUCHESSE
Mais dans le civil...

FRITZ
Ah! ah!

(à part)

Je ne comprends pas du tout,
Mais ça ne fait rien
Puisqu’on veut me donner
Quelque chose, n’est ce pas?

LA GRANDE-DUCHESSE
D’abord, vous serez logé dans le palais:
Cela a été décidé, ce matin,
Sur la proposition du général Boum.

FRITZ
Sur la proposition du général Boum?

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, c’est une idée qui lui est venue,
Par mon ordre.

FRITZ
(riant)
A-t-il dû rager!

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que je l’exile?

FRITZ
Oh non!
Ce n’est pas
un méchant homme, au fond!
Tout ça, c’est des histoires de femmes,
Voilà tout des histoires de femmes.

LA GRANDE-DUCHESSE
De femmes?

FRITZ
Pas autre chose!

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme elles sont heureuses,
Les femmes de la campagne!
Quand une femme de la campagne
Aime un homme de la campagne
Elle va à lui, tout bonnement, et lui dit.

FRITZ
"Mon garçon, je t’aime"

LA GRANDE-DUCHESSE
Avec une bonne bourrade!
Mais dans nos sphères,
C’est autre chose.
Et nous, quand nous aimons,
Nous sommes obligées
De prendre des détours,
De nous faire entendre à demi-mot
Ainsi, tenez, ici même, dans ma cour,
Il y a une femme qui est folle de vous.

FRITZ
Dans votre cour? allons donc!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien au lieu d’aller
Tout bonnement à vous et de vous dire

FRITZ
Avec une bonne bourrade!

LA GRANDE-DUCHESSE
Elle me l’a dit, à moi.

FRITZ
A vous?

LA GRANDE-DUCHESSE
A moi.

FRITZ
Oh! mais, alors, dites donc,
C’est une intrigue!

LA GRANDE-DUCHESSE
C’est une intrigue.

FRITZ
Il faut en rire,
Voilà tout il faut en rire.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment, il faut?

FRITZ
(à part)
Ah diable!
Non il paraît qu’il ne faut pas
Soyons sérieux.

(haut)

Eh bien! mais, dites-moi,
D’abord cette dame est-elle
Bien de sa personne?

LA GRANDE-DUCHESSE
Mes courtisans affirment
Qu’il n’y en a pas de plus belle.
Quant à sa position,
Nous n’en parlerons pas.

FRITZ
Pourquoi ça?

LA GRANDE-DUCHESSE
N’en disons qu’un mot:
Ces grades, ces honneurs,
Dont il m’a plu de vous combler,
Vous désirez les garder, sans doute?

FRITZ
Mettez-vous à ma place!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh! Mon gaillard,
Pendant que vous y êtes,
Vous ne seriez pas fâché d’attraper
Quelque chose d’inamovible?

FRITZ
D’inamovible?

(à part)

C’est un nouveau grade.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien!
Sachez que la personne
De qui je vous parle
Est assez puissante pour vous faire
Obtenir tout ce que vous voudrez.

FRITZ
Ah diable! ah fichtre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Votre avenir est dans ses mains
Maintenant, j’en suis sûre,
Vous savez de qui je veux parler?

FRITZ
Un mot encore un seul, et je le saurai.

LA GRANDE-DUCHESSE
Quel mot?

FRITZ
Le nom de cette femme.

LA GRANDE-DUCHESSE
Le nom?

FRITZ
Oui.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il n’est pas défendu de le deviner,
Ce nom mais on ne peut pas le dire.

FRITZ
(à part)
Diable! c’est gênant ça pour savoir

(haut)

Vraiment, on ne peut pas le dire?

LA GRANDE-DUCHESSE
Puisque c’est une intrigue!

FRITZ
Une intrigue amoureuse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous l’avez dit,
Une intrigue amoureuse.

FRITZ
Comme ça, alors,
Votre amie vous a dit
De me dire quelque chose?

LA GRANDE-DUCHESSE
Voici ce qu’a dit mon amie:
Quand vous le verrez, je vous prie,
Dites-lui ce que vous savez.
Dites-lui qu’on l’a remarqué, distingué;
Dites-lui qu’on le trouve aimable,
Dites-lui que, s’il le voulait, on ne sait
De quoi l’on ne serait capable!
Ah! s’il lui plaisait d’ajouter
Des fleurs aux palmes de la gloire,
Qu’il pourrait vite remporter,
Ce vainqueur, une autre victoire!
Dites-lui qu’à peine entrevu, il m’a plu!
Dites-lui que j’en perds la tête!
Dites-lui qu’il
M’occupe tant, le brigand!
Tant et tant que j’en deviens bête!
Hélas! ce fut instantané:
Dès qu’il a paru,
Tout mon être,
A lui tout mon cœur s’est donné;
J’ai senti que j’avais un maître!
Dites-lui que, s’il ne veut pas mon trépas,
Dites-lui (je parle pour elle),
Dites-lui qu’il répondra: Oui!
Dites-lui que je l’aime et que je suis belle!
Eh bien, réponds-moi maintenant.

FRITZ
(à part)
Ma fortune en dépend:
Soyons intelligent.

LA GRANDE-DUCHESSE
Réponds, deux mots doivent suffire,
A la dame que dois-je dire?

FRITZ
Dites-lui que je suis sensible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
Son discours n’a rien de pénible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
Et de tout mon cœur je m’empresse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
De lui rendre sa politesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
(à part)
Je dis tout ça
Mais, là, sur ma parole,
Je n’y comprends rien,
Mais, là, rien de rien!
Et que le diable ici me patafiole,
Si je connais cette personne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien?

(à part)

Il a compris en un moment,
Car le cœur est intelligent.

FRITZ
(à part)
Je n’y comprends rien absolument!
Pourtant je suis intelligent.

(à part)

Eh bien, voilà!
Ces grades, ces honneurs,
Le panache...il est bien évident
Que je tiens à garder tout ça
Et alors, cette grande dame
Qui m’aime ce serait
Le meilleur moyen, n’est-ce pas?

LA GRANDE-DUCHESSE
Général?

FRITZ
(toujours à part)
Mais Wanda, il y a Wanda aussi,
C’est très embarrassant.

LA GRANDE-DUCHESSE
(plus haut)
Général?

FRITZ
(se retournant)
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Venez ici, près de moi.

FRITZ
(à part)
C’est très embarrassant.

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, non asseyez-vous là

(Désignant les décorations qu’il a sur la poitrine)

Comme ces insignes vous vont bien!
Si vous n’en avez pas assez,
Demandez-moi autre chose.
Mais je m’égare où en étions nous?
Cette femme,
De qui je viens de vous parler
Vous n’avez pas répondu,
En somme vous êtes resté
Dans les généralités.

FRITZ
Eh! bédame! puisque je suis général...

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! Charmant! charmant!
Mais laissons les jeux de mots
Il faut répondre.

FRITZ
Ah bien!
Cette dame ne vous a pas seulement
Priée de faire la commission,
Il paraît elle vous a priée aussi
De rapporter la réponse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Justement! Eh bien?

(Elle joue avec le collier de l’ordre que Fritz porte au cou)

FRITZ
Ah!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est?

FRITZ
Rien, en jouant avec ce collier,
Vous m’avez un peu...

LA GRANDE-DUCHESSE
Pardonnez-moi.

FRITZ
Eh bien, je vous pardonne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Mais voyons parlez cette réponse.
Si vous étiez près de cette femme,
Comme vous êtes là, près de moi,
Vous lui diriez.

FRITZ
Eh! bédame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Pas mal, cela!
C’est un mot que vous dites
Un peu souvent peut-être
Mais vous le dites si bien!
Et après lui avoir dit:
"Eh! Bédame"?

FRITZ
Après?
Voulez vous que je vous le déclare?
Je serais fort embarrassé!

(Népomuc entre par le fond)

Scène Sixième

NÉPOMUC
Altesse

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui vient? ai-je appelé?

NÉPOMUC
Le chef de votre police particulière
Il attend Votre Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(avec impatience)
Ah! j’ai bien le temps de songer!

NÉPOMUC
Je demande pardon à Votre Altesse
Il paraît que c’est très important.

LA GRANDE-DUCHESSE
Donnez.

(Elle prend le message)

FRITZ
(à part)
Ah! s’il n’y avait pas Wanda!
Mais il y a Wanda!
c’est très embarrassant!

LA GRANDE-DUCHESSE
"Scandale public...
mauvaise tenue du général Fritz...
jeune fille nommée Wanda
amenée par lui à la ville..."

(s’interrompant et à elle même)

Oh! oh! il faut savoir

(haut, à Népomuc)

Vous dites qu’il est là,
le chef de ma police particulière?

NÉPOMUC
Oui, Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Wanda! c’est impossible!

(haut, à Fritz)

Dans un instant, général,
Je suis à vous
Vous permettez?

FRITZ
Eh bien, je permets.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, attendez-moi.

(à Népomuc)

Suivez-nous, capitaine.

(Elle sort par le fond, suivie de Népomuc)

Scène Septième

FRITZ
Eh bien, voilà!
C’est très embarrassant, n’est ce pas?
Car, si je dis à cette dame:
"Je ne peux pas vous aimer
J’en aime une autre",
Cette dame se fâchera.
Et elle aura tort, après tout car.
Tous les jours, on reçoit
Une invitation à dîner on répond:
"Je ne peux pas à cause
D’une invitation antérieure"
Est ce que ça veut dire qu’on a peur
Que le dîner ne soit pas bon?
Non ça veut dire tout bonnement
Qu’on a reçu une invitation antérieure.
Donc, si cette dame se fâche,
Elle aura tort
Je vais, sans plus de manières,
Faire savoir à la Grande-duchesse
Que je suis invité
Elle en fera part à son amie et voilà!

(Entrent mystérieusement, par le fond, le prince Paul, Boum et Puck)

Scène Huitième

FRITZ
(à part, en les voyant)
Ah! voilà ces trois messieurs!

PUCK
(bas)
Le voici!

BOUM
(bas, au prince Paul)
Il va nous gêner
Pour ce que nous avons à vous dire.

NÉPOMUC
(entrant par le fond, à Fritz)
Général?

FRITZ
Eh bien, capitaine?

NÉPOMUC
Les affaires de l’état
Retiennent Son Altesse.
Elle m’a ordonné de vous conduire
À votre appartement,
Dans le pavillon de l’aile droite.

PUCK
(bas, au prince Paul)
Dans le pavillon de l’aile droite!

(Le prince Paul ne comprend pas)

FRITZ
(à Népomuc)
Eh bien, allons

(à part)

Je vais lui faire dire que,
Toutes réflexions faites,
Je veux épouser Wanda,
Et l’épouser le plus vite possible.

(haut)

Et maintenant,
Dans le pavillon de l’aile droite!
Messieurs!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Monsieur!

FRITZ
(à Boum, en le narguant)
Eh bien, il a fait son chemin,
Le pauvre jeune soldat!

BOUM
Qu’est-ce que c’est?

FRITZ
Hou! le mauvais général!

(Fritz sort par le fond, suivi de Népomuc)

Scène Neuvième

PUCK
(au prince Paul, avec intention)
Elle a ordonné qu’on préparât pour lui
Le pavillon de l’aile droite!
Vous avez entendu? de l’aile droite!

BOUM
Ça ne m’étonne pas de sa part.

PUCK
Moi non plus!

(au prince Paul)

Je suis sûr que vous
Ne nous comprenez pas.

LE PRINCE PAUL
Pas du tout.

PUCK
Vous allez comprendre

(indiquant le portrait qui est à gauche)

Vous voyez ce portrait qui est là?

LE PRINCE PAUL
Oui je vois.

PUCK
Allez et appuyez vigoureusement
Sur la botte gauche
De ce noble seigneur.

LE PRINCE PAUL
Qu’est-ce que vous dites?

BOUM
On vous dit d’appuyer.

LE PRINCE PAUL
(allant au portrait, puis s’arrêtant avec inquiétude)
Vous allez me faire une farce!

PUCK
Mais non je vous assure.

LE PRINCE PAUL
Je vois ce que c’est il y a un ressort
Et il va m’arriver
Quelque chose dans le nez.

BOUM
Mais non allez donc!

(Le prince Paul pousse le bouton, le portrait remonte et le panneau s’ouvre lentement: une bouffée d’air glacé repousse le prince Paul. Des bruits étranges s’échappent du couloir. Une clarinette imite dans la coulisse le cri de la chouette)

LE PRINCE PAUL
Tiens! un aveugle!

BOUM
Non! ce n’est pas un aveugle!

LE PRINCE PAUL
Qu’est-ce que c’est?

PUCK
C’est le cri de la chouette
Il y a longtemps que
l’on n’avait ouvert cette porte.
Il y a plus de deux cents ans.

LE PRINCE PAUL
Vous semblez avoir
Une histoire à me raconter.

BOUM
Une lugubre histoire!

LE PRINCE PAUL
Racontez-moi.

PUCK
Très volontiers.
Il a deux issues, ce couloir...

LE PRINCE PAUL
Comme la plupart des couloirs.

PUCK
... L’une qui donne dans cette chambre,
L’autre qui donne dans
Le pavillon de l’aile droite,
Ce pavillon où sera logé le général.

LE PRINCE PAUL
Aïe!

PUCK
Ici, il y a un portrait d’homme;
A l’autre bout, il y a un portrait de femme.
Ici, pour ouvrir, on n’a qu’à toucher
La botte de l’homme;
Là-bas, on n’a qu’à toucher
Le genou de la femme.

LE PRINCE PAUL
Le genou?

BOUM
C’est un caprice du peintre.
De son vivant, l’homme
Qui est peint ici s’appelait Max,
Il était comte de Sedlitz-Calembourg.
La femme qui est peinte là-bas
S’appelait la Grande-duchesse Victorine,
L’aïeule de notre Grande-duchesse.

LE PRINCE PAUL
Achevez.

BOUM
Ne devinez-vous pas?
C’est une sombre histoire!

PUCK
Les murs de ce palais
En gardent la mémoire!

BOUM
Max était soldat de fortune;
Mais il avait l’œil vif
Et la moustache brune
On l’adorait!
La duchesse, en personne adroite,
A ce galant donna son cœur
Et l’aile droite, pour logement.
Et, dans son amoureuse ivresse,
Max, chaque soir,
Ecoutait venir sa maîtresse
Par ce couloir!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Écoutez, race future,
Écoutez, écoutez la sinistre aventure
Et l’histoire d’amour
Du comte Max de Sedlitz-Calembourg!

PUCK
Un soir, Max, avec épouvante,
N’étant point sourd,
Trouva le pas de son amante
Quelque peu lourd:
Ça lui mit la puce à l’oreille
Trop tard, hélas!
Que ne se sauvait-il la veille?
Ce pas... Ce pas... C’était le pas
D’une douzaine d’assassins,
Qui trouèrent gaîment
La bedaine du favori!

LE PRINCE PAUL
Douze assassins!

BOUM
Au masque noir!

TOUS LES TROIS
Par ce couloir!
Écoutez, race future, etc.

BOUM
Maintenant, me comprenez-vous?

LE PRINCE PAUL
Je vous comprends mais c’est horrible!

PUCK
Il faut qu’il tombe
Sous nos coups!

LE PRINCE PAUL
Le croyez-vous? c’est bien possible

PUCK, BOUM
Il faut qu’il tombe
Sous nos coups!

BOUM
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir!
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

ENSEMBLE
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.

LE PRINCE PAUL
Ce soir, quand il se fera tard,
Écoute, dans ta folle ivresse,
Si tu n’entends pas, par hasard,
Le pas léger de ta maîtresse!

BOUM
Ce pas, ce pas, ce joli pas,
Ce pas, ce pas, ce petit pas!

TOUS LES TROIS
Tu n’l’entendras pas, Nicolas!
Non, non, tu ne l’entendras pas!
Ce pas, ce pas, ce joli pas,
Ce pas, ce pas, ce petit pas!
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.

BOUM
Quand, faisant des rêves de gloire,
Tu te dis: "Je serai Grand Duc!"
Voici venir, dans la nuit noire,
Voici venir Paul, Boum et Puck!

LE PRINCE PAUL
Voici venir Paul!

BOUM
Voici venir Boum!

PUCK
Voici venir Puck!

TOUS LES TROIS
Oui, Paul, Boum, Puck!

ENSEMBLE
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir;
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

(La Grande-duchesse entre par le fond et, voyant le prince Paul, Boum et Puck, reste à l’écart et écoute)

Scène Dixième

LE PRINCE PAUL
C’est entendu alors, nous conspirons?

BOUM ET PUCK
Nous conspirons!

LE PRINCE PAUL
Dans une heure,
Chez moi ça vous va-t-il?
Nous poserons les bases.

PUCK
Il y aura des rafraîchissements?

LE PRINCE PAUL
Il y en aura.

BOUM
Pas de femmes?

LE PRINCE PAUL
Oh! Boum!
Une conspiration!

LA GRANDE-DUCHESSE
(descendant entre le Prince Paul et Boum)
Si fait, général, il y aura une femme!

TOUS LES TROIS
Son Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, moi!

PUCK
Nous sommes perdus!

LE PRINCE PAUL
Sauve qui peut!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne craignez rien vous êtes
En train de conspirer
contre le général Fritz
Eh bien, je suis des vôtres!

BOUM
Ah bah!

PUCK
(à part)
C’est comme ça?

LE PRINCE PAUL
(à part)
J’aime mieux ça.

LA GRANDE-DUCHESSE
Savez-vous ce qu’il vient de faire
Le général Fritz?
Il vient de m’envoyer
Demander la permission
d’épouser Wanda!
Cette permission, je l’ai accordée
Maintenant, le général est à la chapelle
Et de là, il ira...

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Il ira...?

LA GRANDE-DUCHESSE
Là où vous serez pour l’attendre!
Dans le pavillon de l’aile droite!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
(avec joie)
Dans le pavillon de l’aile droite!

LA GRANDE-DUCHESSE
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir;
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

ENSEMBLE
(en dansant follement)
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.
Scène Cinquième

LA GRANDE-DUCHESSE
Plus personne!

FRITZ
Eh non! plus personne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Général!

FRITZ
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Je suis contente de vous voir.

FRITZ
Et moi de même.

LA GRANDE-DUCHESSE
Merci.

FRITZ
Il n’y a pas de quoi, vraiment,
Il n’y a pas de quoi.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je me félicite de ce que j’ai fait,
Quand j’ai laissé tomber
Mon regard sur vous,
Vous n’étiez qu’un soldat.

FRITZ
Un pauvre jeune soldat.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je vous ai fait général en chef:
Vous avez battu l’ennemi.

FRITZ
Eh! bédame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que nous parlions
Des récompenses qui vous sont dues?

FRITZ
Je le veux bien, Altesse, mais à quoi bon?

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment!

FRITZ
Puisque je suis général en chef voyons,
Raisonnez un peu
Puisque je suis général en chef,
Je ne peux pas monter en grade.

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous croyez ça, vous?

FRITZ
Dame! il me semble
Puisque j’ai le panache
Je ne peux rien avoir de plus.

LA GRANDE-DUCHESSE
Dans le militaire, c’est possible; mais...

FRITZ
Mais?

LA GRANDE-DUCHESSE
Mais dans le civil...

FRITZ
Ah! ah!

(à part)

Je ne comprends pas du tout,
Mais ça ne fait rien
Puisqu’on veut me donner
Quelque chose, n’est ce pas?

LA GRANDE-DUCHESSE
D’abord, vous serez logé dans le palais:
Cela a été décidé, ce matin,
Sur la proposition du général Boum.

FRITZ
Sur la proposition du général Boum?

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, c’est une idée qui lui est venue,
Par mon ordre.

FRITZ
(riant)
A-t-il dû rager!

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que je l’exile?

FRITZ
Oh non!
Ce n’est pas
un méchant homme, au fond!
Tout ça, c’est des histoires de femmes,
Voilà tout des histoires de femmes.

LA GRANDE-DUCHESSE
De femmes?

FRITZ
Pas autre chose!

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme elles sont heureuses,
Les femmes de la campagne!
Quand une femme de la campagne
Aime un homme de la campagne
Elle va à lui, tout bonnement, et lui dit.

FRITZ
"Mon garçon, je t’aime"

LA GRANDE-DUCHESSE
Avec une bonne bourrade!
Mais dans nos sphères,
C’est autre chose.
Et nous, quand nous aimons,
Nous sommes obligées
De prendre des détours,
De nous faire entendre à demi-mot
Ainsi, tenez, ici même, dans ma cour,
Il y a une femme qui est folle de vous.

FRITZ
Dans votre cour? allons donc!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien au lieu d’aller
Tout bonnement à vous et de vous dire

FRITZ
Avec une bonne bourrade!

LA GRANDE-DUCHESSE
Elle me l’a dit, à moi.

FRITZ
A vous?

LA GRANDE-DUCHESSE
A moi.

FRITZ
Oh! mais, alors, dites donc,
C’est une intrigue!

LA GRANDE-DUCHESSE
C’est une intrigue.

FRITZ
Il faut en rire,
Voilà tout il faut en rire.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment, il faut?

FRITZ
(à part)
Ah diable!
Non il paraît qu’il ne faut pas
Soyons sérieux.

(haut)

Eh bien! mais, dites-moi,
D’abord cette dame est-elle
Bien de sa personne?

LA GRANDE-DUCHESSE
Mes courtisans affirment
Qu’il n’y en a pas de plus belle.
Quant à sa position,
Nous n’en parlerons pas.

FRITZ
Pourquoi ça?

LA GRANDE-DUCHESSE
N’en disons qu’un mot:
Ces grades, ces honneurs,
Dont il m’a plu de vous combler,
Vous désirez les garder, sans doute?

FRITZ
Mettez-vous à ma place!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh! Mon gaillard,
Pendant que vous y êtes,
Vous ne seriez pas fâché d’attraper
Quelque chose d’inamovible?

FRITZ
D’inamovible?

(à part)

C’est un nouveau grade.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien!
Sachez que la personne
De qui je vous parle
Est assez puissante pour vous faire
Obtenir tout ce que vous voudrez.

FRITZ
Ah diable! ah fichtre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Votre avenir est dans ses mains
Maintenant, j’en suis sûre,
Vous savez de qui je veux parler?

FRITZ
Un mot encore un seul, et je le saurai.

LA GRANDE-DUCHESSE
Quel mot?

FRITZ
Le nom de cette femme.

LA GRANDE-DUCHESSE
Le nom?

FRITZ
Oui.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il n’est pas défendu de le deviner,
Ce nom mais on ne peut pas le dire.

FRITZ
(à part)
Diable! c’est gênant ça pour savoir

(haut)

Vraiment, on ne peut pas le dire?

LA GRANDE-DUCHESSE
Puisque c’est une intrigue!

FRITZ
Une intrigue amoureuse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous l’avez dit,
Une intrigue amoureuse.

FRITZ
Comme ça, alors,
Votre amie vous a dit
De me dire quelque chose?

LA GRANDE-DUCHESSE
Voici ce qu’a dit mon amie:
Quand vous le verrez, je vous prie,
Dites-lui ce que vous savez.
Dites-lui qu’on l’a remarqué, distingué;
Dites-lui qu’on le trouve aimable,
Dites-lui que, s’il le voulait, on ne sait
De quoi l’on ne serait capable!
Ah! s’il lui plaisait d’ajouter
Des fleurs aux palmes de la gloire,
Qu’il pourrait vite remporter,
Ce vainqueur, une autre victoire!
Dites-lui qu’à peine entrevu, il m’a plu!
Dites-lui que j’en perds la tête!
Dites-lui qu’il
M’occupe tant, le brigand!
Tant et tant que j’en deviens bête!
Hélas! ce fut instantané:
Dès qu’il a paru,
Tout mon être,
A lui tout mon cœur s’est donné;
J’ai senti que j’avais un maître!
Dites-lui que, s’il ne veut pas mon trépas,
Dites-lui (je parle pour elle),
Dites-lui qu’il répondra: Oui!
Dites-lui que je l’aime et que je suis belle!
Eh bien, réponds-moi maintenant.

FRITZ
(à part)
Ma fortune en dépend:
Soyons intelligent.

LA GRANDE-DUCHESSE
Réponds, deux mots doivent suffire,
A la dame que dois-je dire?

FRITZ
Dites-lui que je suis sensible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
Son discours n’a rien de pénible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
Et de tout mon cœur je m’empresse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
De lui rendre sa politesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Je le lui dirai.

FRITZ
(à part)
Je dis tout ça
Mais, là, sur ma parole,
Je n’y comprends rien,
Mais, là, rien de rien!
Et que le diable ici me patafiole,
Si je connais cette personne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien?

(à part)

Il a compris en un moment,
Car le cœur est intelligent.

FRITZ
(à part)
Je n’y comprends rien absolument!
Pourtant je suis intelligent.

(à part)

Eh bien, voilà!
Ces grades, ces honneurs,
Le panache...il est bien évident
Que je tiens à garder tout ça
Et alors, cette grande dame
Qui m’aime ce serait
Le meilleur moyen, n’est-ce pas?

LA GRANDE-DUCHESSE
Général?

FRITZ
(toujours à part)
Mais Wanda, il y a Wanda aussi,
C’est très embarrassant.

LA GRANDE-DUCHESSE
(plus haut)
Général?

FRITZ
(se retournant)
Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Venez ici, près de moi.

FRITZ
(à part)
C’est très embarrassant.

LA GRANDE-DUCHESSE
Non, non asseyez-vous là

(Désignant les décorations qu’il a sur la poitrine)

Comme ces insignes vous vont bien!
Si vous n’en avez pas assez,
Demandez-moi autre chose.
Mais je m’égare où en étions nous?
Cette femme,
De qui je viens de vous parler
Vous n’avez pas répondu,
En somme vous êtes resté
Dans les généralités.

FRITZ
Eh! bédame! puisque je suis général...

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! Charmant! charmant!
Mais laissons les jeux de mots
Il faut répondre.

FRITZ
Ah bien!
Cette dame ne vous a pas seulement
Priée de faire la commission,
Il paraît elle vous a priée aussi
De rapporter la réponse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Justement! Eh bien?

(Elle joue avec le collier de l’ordre que Fritz porte au cou)

FRITZ
Ah!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’est-ce que c’est?

FRITZ
Rien, en jouant avec ce collier,
Vous m’avez un peu...

LA GRANDE-DUCHESSE
Pardonnez-moi.

FRITZ
Eh bien, je vous pardonne!

LA GRANDE-DUCHESSE
Mais voyons parlez cette réponse.
Si vous étiez près de cette femme,
Comme vous êtes là, près de moi,
Vous lui diriez.

FRITZ
Eh! bédame!

LA GRANDE-DUCHESSE
Pas mal, cela!
C’est un mot que vous dites
Un peu souvent peut-être
Mais vous le dites si bien!
Et après lui avoir dit:
"Eh! Bédame"?

FRITZ
Après?
Voulez vous que je vous le déclare?
Je serais fort embarrassé!

(Népomuc entre par le fond)

Scène Sixième

NÉPOMUC
Altesse

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui vient? ai-je appelé?

NÉPOMUC
Le chef de votre police particulière
Il attend Votre Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(avec impatience)
Ah! j’ai bien le temps de songer!

NÉPOMUC
Je demande pardon à Votre Altesse
Il paraît que c’est très important.

LA GRANDE-DUCHESSE
Donnez.

(Elle prend le message)

FRITZ
(à part)
Ah! s’il n’y avait pas Wanda!
Mais il y a Wanda!
c’est très embarrassant!

LA GRANDE-DUCHESSE
"Scandale public...
mauvaise tenue du général Fritz...
jeune fille nommée Wanda
amenée par lui à la ville..."

(s’interrompant et à elle même)

Oh! oh! il faut savoir

(haut, à Népomuc)

Vous dites qu’il est là,
le chef de ma police particulière?

NÉPOMUC
Oui, Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Wanda! c’est impossible!

(haut, à Fritz)

Dans un instant, général,
Je suis à vous
Vous permettez?

FRITZ
Eh bien, je permets.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, attendez-moi.

(à Népomuc)

Suivez-nous, capitaine.

(Elle sort par le fond, suivie de Népomuc)

Scène Septième

FRITZ
Eh bien, voilà!
C’est très embarrassant, n’est ce pas?
Car, si je dis à cette dame:
"Je ne peux pas vous aimer
J’en aime une autre",
Cette dame se fâchera.
Et elle aura tort, après tout car.
Tous les jours, on reçoit
Une invitation à dîner on répond:
"Je ne peux pas à cause
D’une invitation antérieure"
Est ce que ça veut dire qu’on a peur
Que le dîner ne soit pas bon?
Non ça veut dire tout bonnement
Qu’on a reçu une invitation antérieure.
Donc, si cette dame se fâche,
Elle aura tort
Je vais, sans plus de manières,
Faire savoir à la Grande-duchesse
Que je suis invité
Elle en fera part à son amie et voilà!

(Entrent mystérieusement, par le fond, le prince Paul, Boum et Puck)

Scène Huitième

FRITZ
(à part, en les voyant)
Ah! voilà ces trois messieurs!

PUCK
(bas)
Le voici!

BOUM
(bas, au prince Paul)
Il va nous gêner
Pour ce que nous avons à vous dire.

NÉPOMUC
(entrant par le fond, à Fritz)
Général?

FRITZ
Eh bien, capitaine?

NÉPOMUC
Les affaires de l’état
Retiennent Son Altesse.
Elle m’a ordonné de vous conduire
À votre appartement,
Dans le pavillon de l’aile droite.

PUCK
(bas, au prince Paul)
Dans le pavillon de l’aile droite!

(Le prince Paul ne comprend pas)

FRITZ
(à Népomuc)
Eh bien, allons

(à part)

Je vais lui faire dire que,
Toutes réflexions faites,
Je veux épouser Wanda,
Et l’épouser le plus vite possible.

(haut)

Et maintenant,
Dans le pavillon de l’aile droite!
Messieurs!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Monsieur!

FRITZ
(à Boum, en le narguant)
Eh bien, il a fait son chemin,
Le pauvre jeune soldat!

BOUM
Qu’est-ce que c’est?

FRITZ
Hou! le mauvais général!

(Fritz sort par le fond, suivi de Népomuc)

Scène Neuvième

PUCK
(au prince Paul, avec intention)
Elle a ordonné qu’on préparât pour lui
Le pavillon de l’aile droite!
Vous avez entendu? de l’aile droite!

BOUM
Ça ne m’étonne pas de sa part.

PUCK
Moi non plus!

(au prince Paul)

Je suis sûr que vous
Ne nous comprenez pas.

LE PRINCE PAUL
Pas du tout.

PUCK
Vous allez comprendre

(indiquant le portrait qui est à gauche)

Vous voyez ce portrait qui est là?

LE PRINCE PAUL
Oui je vois.

PUCK
Allez et appuyez vigoureusement
Sur la botte gauche
De ce noble seigneur.

LE PRINCE PAUL
Qu’est-ce que vous dites?

BOUM
On vous dit d’appuyer.

LE PRINCE PAUL
(allant au portrait, puis s’arrêtant avec inquiétude)
Vous allez me faire une farce!

PUCK
Mais non je vous assure.

LE PRINCE PAUL
Je vois ce que c’est il y a un ressort
Et il va m’arriver
Quelque chose dans le nez.

BOUM
Mais non allez donc!

(Le prince Paul pousse le bouton, le portrait remonte et le panneau s’ouvre lentement: une bouffée d’air glacé repousse le prince Paul. Des bruits étranges s’échappent du couloir. Une clarinette imite dans la coulisse le cri de la chouette)

LE PRINCE PAUL
Tiens! un aveugle!

BOUM
Non! ce n’est pas un aveugle!

LE PRINCE PAUL
Qu’est-ce que c’est?

PUCK
C’est le cri de la chouette
Il y a longtemps que
l’on n’avait ouvert cette porte.
Il y a plus de deux cents ans.

LE PRINCE PAUL
Vous semblez avoir
Une histoire à me raconter.

BOUM
Une lugubre histoire!

LE PRINCE PAUL
Racontez-moi.

PUCK
Très volontiers.
Il a deux issues, ce couloir...

LE PRINCE PAUL
Comme la plupart des couloirs.

PUCK
... L’une qui donne dans cette chambre,
L’autre qui donne dans
Le pavillon de l’aile droite,
Ce pavillon où sera logé le général.

LE PRINCE PAUL
Aïe!

PUCK
Ici, il y a un portrait d’homme;
A l’autre bout, il y a un portrait de femme.
Ici, pour ouvrir, on n’a qu’à toucher
La botte de l’homme;
Là-bas, on n’a qu’à toucher
Le genou de la femme.

LE PRINCE PAUL
Le genou?

BOUM
C’est un caprice du peintre.
De son vivant, l’homme
Qui est peint ici s’appelait Max,
Il était comte de Sedlitz-Calembourg.
La femme qui est peinte là-bas
S’appelait la Grande-duchesse Victorine,
L’aïeule de notre Grande-duchesse.

LE PRINCE PAUL
Achevez.

BOUM
Ne devinez-vous pas?
C’est une sombre histoire!

PUCK
Les murs de ce palais
En gardent la mémoire!

BOUM
Max était soldat de fortune;
Mais il avait l’œil vif
Et la moustache brune
On l’adorait!
La duchesse, en personne adroite,
A ce galant donna son cœur
Et l’aile droite, pour logement.
Et, dans son amoureuse ivresse,
Max, chaque soir,
Ecoutait venir sa maîtresse
Par ce couloir!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Écoutez, race future,
Écoutez, écoutez la sinistre aventure
Et l’histoire d’amour
Du comte Max de Sedlitz-Calembourg!

PUCK
Un soir, Max, avec épouvante,
N’étant point sourd,
Trouva le pas de son amante
Quelque peu lourd:
Ça lui mit la puce à l’oreille
Trop tard, hélas!
Que ne se sauvait-il la veille?
Ce pas... Ce pas... C’était le pas
D’une douzaine d’assassins,
Qui trouèrent gaîment
La bedaine du favori!

LE PRINCE PAUL
Douze assassins!

BOUM
Au masque noir!

TOUS LES TROIS
Par ce couloir!
Écoutez, race future, etc.

BOUM
Maintenant, me comprenez-vous?

LE PRINCE PAUL
Je vous comprends mais c’est horrible!

PUCK
Il faut qu’il tombe
Sous nos coups!

LE PRINCE PAUL
Le croyez-vous? c’est bien possible

PUCK, BOUM
Il faut qu’il tombe
Sous nos coups!

BOUM
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir!
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

ENSEMBLE
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.

LE PRINCE PAUL
Ce soir, quand il se fera tard,
Écoute, dans ta folle ivresse,
Si tu n’entends pas, par hasard,
Le pas léger de ta maîtresse!

BOUM
Ce pas, ce pas, ce joli pas,
Ce pas, ce pas, ce petit pas!

TOUS LES TROIS
Tu n’l’entendras pas, Nicolas!
Non, non, tu ne l’entendras pas!
Ce pas, ce pas, ce joli pas,
Ce pas, ce pas, ce petit pas!
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.

BOUM
Quand, faisant des rêves de gloire,
Tu te dis: "Je serai Grand Duc!"
Voici venir, dans la nuit noire,
Voici venir Paul, Boum et Puck!

LE PRINCE PAUL
Voici venir Paul!

BOUM
Voici venir Boum!

PUCK
Voici venir Puck!

TOUS LES TROIS
Oui, Paul, Boum, Puck!

ENSEMBLE
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir;
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

(La Grande-duchesse entre par le fond et, voyant le prince Paul, Boum et Puck, reste à l’écart et écoute)

Scène Dixième

LE PRINCE PAUL
C’est entendu alors, nous conspirons?

BOUM ET PUCK
Nous conspirons!

LE PRINCE PAUL
Dans une heure,
Chez moi ça vous va-t-il?
Nous poserons les bases.

PUCK
Il y aura des rafraîchissements?

LE PRINCE PAUL
Il y en aura.

BOUM
Pas de femmes?

LE PRINCE PAUL
Oh! Boum!
Une conspiration!

LA GRANDE-DUCHESSE
(descendant entre le Prince Paul et Boum)
Si fait, général, il y aura une femme!

TOUS LES TROIS
Son Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, moi!

PUCK
Nous sommes perdus!

LE PRINCE PAUL
Sauve qui peut!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne craignez rien vous êtes
En train de conspirer
contre le général Fritz
Eh bien, je suis des vôtres!

BOUM
Ah bah!

PUCK
(à part)
C’est comme ça?

LE PRINCE PAUL
(à part)
J’aime mieux ça.

LA GRANDE-DUCHESSE
Savez-vous ce qu’il vient de faire
Le général Fritz?
Il vient de m’envoyer
Demander la permission
d’épouser Wanda!
Cette permission, je l’ai accordée
Maintenant, le général est à la chapelle
Et de là, il ira...

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
Il ira...?

LA GRANDE-DUCHESSE
Là où vous serez pour l’attendre!
Dans le pavillon de l’aile droite!

LE PRINCE PAUL, BOUM, PUCK
(avec joie)
Dans le pavillon de l’aile droite!

LA GRANDE-DUCHESSE
Logeons-le donc, et dès ce soir,
Dans la chambre au bout du couloir;
Logeons-le donc, ce mirliflor,
Là-bas, au fond du corridor!

ENSEMBLE
(en dansant follement)
Logeons-le donc, et dès ce soir, etc.



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