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ACTE III


(La chambre rouge, vieille salle gothique. Porte à droite, au premier plan; autre porte au deuxième plan, à gauche; du même côté, au troisième plan, une porte secrète dissimulée par un tableau représentant la grandeduchesse Victorine en pied. Au fond, à gauche, une fenêtre; au fond, à droite, un lit caché par des rideaux. Entre la fenêtre et le lit, une console. Sièges des draperies recouvrent les portes du premier plan. La Grande-Duchesse, puis Boum. au lever du rideau, la scène est vide et sombre. Entre par la droite la Gran-Duchesse précédée d'un page qui porte un candélabre. La chambre s'éclaire. Le page se retire après avoir posé le candélabre sur la console, alors la Grande-Duchesse, se voyant seule, pousse un petit cri. Aussitôt un cri bizarre répond de la coulisse et le général Boum entre par la première porte de gauche. Pendant cette scène muette, on entend la musique de la fête, qui continue au loin)

Scène Première

BOUM
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, général, que fait-il?

BOUM
Il danse.
Quand j’ai quitté le bal,
Il était en train d’exécuter un cavalier seul.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il danse!
Et tout à l’heure,
Cet homme, qui maintenant se trémousse...
Mais aurez-vous le temps de tout
Préparer pour la catastrophe?
S’il allait venir?

BOUM
Pas de danger!
Je lui ai fait savoir que Votre Altesse
Lui défendait de quitter le bal
Avant la fin du cotillon.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment a-t-il reçu cet ordre?

BOUM
Avec une mauvaise humeur évidente
"Comme c’est amusant,
A-t-il dit, un jour de noces!"

LA GRANDE-DUCHESSE
Il a dit cela?

BOUM
Il l’a dit.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! il l’aime bien, cette petite!
Mais patience! patience!

BOUM
Que regardez-vous, Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Là, sur ce parquet,
Il y a une grande tache rouge
Quand les étrangers
Visitent ce palais,
On leur montre cette tache,
En leur disant:
"C’est là que le comte Max est tombé!"
Est-ce vraiment là?
Je n’en sais rien.
En tout cas,
Les concierges du palais
Racontent cette histoire
Et s’en font un bon petit revenu.
O grandes leçons du passé!

BOUM
Grave enseignement de l’histoire!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ici le drame s’est glissé!

BOUM
Eclair sombre
Dans la nuit noire!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça pour que, cent ans après,
Racontant la scène émouvante,
Le concierge de ce palais
S’en fasse une petite rente!

ENSEMBLE
Le concierge de ce palais
S’en fasse une petite rente!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’on a fait, on le refait.

BOUM
L’histoire est comme un cercle immense!

LA GRANDE-DUCHESSE
L’aïeule a commis son forfait.

BOUM
L’enfant vient et le recommence!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça pour que,
Dans deux cents ans,
Exploitant ces scènes navrantes,
Du portier les petits enfants
Aient aussi leurs petites rentes!

ENSEMBLE
Du portier les petits-enfants
Aient aussi leurs petites rentes!

BOUM
À partir de demain, alors,
Il y aura deux histoires à raconter,
Deux taches à montrer
Et deux bons petits revenus
Pour messieurs les concierges!

LA GRANDE-DUCHESSE
Probablement, mais vos complices?

BOUM
Ils m’attendent dans
Ce corridor mystérieux.

(Il montre la porte secrète)

LA GRANDE-DUCHESSE
Ouvrez-leur la porte;
Je vais, moi, me cacher
Derrière cette draperie.

BOUM
J’en suis bien aise.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pourquoi ça?

BOUM
Si vous n’aviez pas été là,
Derrière cette draperie,
Notre conspiration
Ça aurait manqué de femmes!

LA GRANDE-DUCHESSE
Gardez-vous cependant
De révéler ma présence
Au dernier moment,
Si je le juge convenable,
Je me montrerai.

BOUM
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Maintenant, faites entrer vos amis
Et tâchez de me mener ça rondement!

(Elle disparaît par la droite)

Scène Seconde

BOUM
(seul, allant au portrait)
Le portrait,
Le voilà c’est
Le genou qu’il faut toucher.

(la porte secrète s’ouvre. Entrent Puck, le prince Paul, Népomuc et le baron Grog)

Un, deux, trois, quatre
Où sont les autres?

PUCK
Ils viendront quand il en sera temps
Si nous étions venus tous ensemble,
Cette fugue générale
Eût inspiré des soupçons.

BOUM
Vous avez raison.

LE PRINCE PAUL
D’abord, il faut prendre nos mesures.

BOUM
(à Népomuc)
Vous êtes des nôtres, monsieur?

NÉPOMUC
Dès que j’ai su que cela était
Agréable à la Grande-duchesse.

LE PRINCE PAUL
Vous êtes un malin.

NÉPOMUC
Je suis pauvre, monsieur,
Mais je suis ambitieux.

BOUM
Donnez-moi votre main, monsieur.

NÉPOMUC
La voici, général.

BOUM
J’aime les gens de cœur!

(Au prince Paul, en montrant le baron Grog)

Monsieur aussi
Est avec nous, prince?

LE PRINCE PAUL
Oui, général.

TOUT LE MONDE
Baron!

GROG
Messieurs!

PUCK
Monsieur le baron sait de quoi il s’agit?

GROG
(d’un ton dégagé)
Parfaitement!
Il ne s’agit que de tuer un homme.

LE PRINCE PAUL
C’est ici la chambre?

PUCK
Oui; c’est ici que nous le frapperons.

BOUM
Et maintenant, écoutez-moi tous.

(Il tire son sabre)

PUCK
Qu’est-ce que c’est que ça encore?

LE PRINCE PAUL
(effrayé)
Rengainez ça!

TOUS
Oui, oui, rengainez!

BOUM
Quand on se fourre dans ces choses-là,
Il faut y rester jusqu’au bout!
Je coupe en quatre celui qui aurait
Envie de renâcler.

PUCK
Mais personne n’a envie.

BOUM
Si vous avez envie de renâcler,
Dites-le, je vous coupe en quatre!

LE PRINCE PAUL
Rengainez donc!

PUCK
Mais, encore une fois,
Personne n’a envie
Il n’y a pas moyen de discuter
Raisonnablement avec un homme
Comme vous.

BOUM
(remettant son sabre au fourreau)
J’ai dit ce que j’ai dit!

LE PRINCE PAUL
En voilà assez!

(La Grande-duchesse rentre par la droite et vient se placer entre Boum et Puck)

Scène Troisième

LA GRANDE-DUCHESSE
Sont-elles bonnes, au moins,
Les lames de vos poignards, messieurs?

LES CONJURES
Son Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, messieurs j’étais là décidée
À paraître au dernier moment,
Pour exciter votre courage,
S’il en était besoin;
Mais je vois
Que cela n’était pas nécessaire.

NÉPOMUC
Non, certes.

PUCK
Qu’il vienne, et vous verrez!

BOUM
Je le couperai en quatre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! une prière, messieurs.

PUCK
Dites: un ordre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce que je vous recommande,
Avant tout, c’est, en le frappant,
De ne pas le frapper au visage.

GROG
(dans le coin à gauche et masqué par le Prince Paul ironiquement)
Ah! ce serait dommage!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui a dit cela?

GROG
(se montrant)
Moi.

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui ça, vous?
Je connais tous les conjurés
Qui sont ici;
Mais vous, je ne vous connais pas.

LE PRINCE PAUL
C’est mon Grog.

LA GRANDE-DUCHESSE
Votre Grog?

LE PRINCE PAUL
Eh! le baron Grog
L’envoyé de papa celui que vous
N’avez pas voulu recevoir.

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Grog avec intérêt, et passant près du prince Paul)
Ah! j’ai eu tort.

BOUM
Vous dites?

LA GRANDE-DUCHESSE
(au prince Paul, à Boum et à Puck)
Rien, rien
Allez placer vos hommes, messieurs,
Et, quand vous les aurez placés,
Revenez tous les trois vous,
Baron Grog, restez.

GROG
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, quoi?
Ne m’aviez-vous
Pas demandé une audience?
Cette audience,
Je vous la donne maintenant

(aux conjurés)

Allez, messieurs, allez.

LE PRINCE PAUL
(bas, à Grog)
Grog, soyez brûlant!

(Boum, Puck et le prince Paul sortent par la première porte à gauche; la Grande-duchesse les accompagne un peu. Grog passe à droite)

Scène Quatrième

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qui m’a tout de suite
Frappée, en vous,
C’est que vous avez l’air bon.

GROG
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à fait bon.

GROG
Il vous plaît, alors,
Que nous parlions de mon prince?

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure
Laissez-moi, d’abord,
Me féliciter d’avoir pour ami
Un homme tel que vous.

GROG
Comment?

LA GRANDE-DUCHESSE
Sans doute...
Puisque je vous trouve au nombre
De ceux qui doivent me venger!

GROG
Oh! Quant à cela,
J’avoue que ce n’est pas
Précisément par amitié.
Votre Altesse s’obstinait
À ne pas me recevoir:
Ça m’ennuyait de ne rien faire;
J’ai conspiré un brin pour me distraire.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pour vous distraire?

GROG
Pas pour autre chose.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme j’aime
Votre genre de conversation!
Vous dites des choses à faire sauter!
Et votre figure ne bronche pas.

GROG
C’est le résultat de l’éducation.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah!

GROG
Dès mes plus jeunes années,
Ma famille m’a destiné à la diplomatie.
Alors, on m’a appris à avoir l’air froid
Quand j’étais tout petit.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il y a longtemps.

GROG
Oui, il y a longtemps
Quand j’étais tout petit,
Toutes les fois que l’on m’attrapait
À ne pas avoir l’air froid,
On me flanquait des coups.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pauvre enfant!
Voulez-vous me permettre
De vous donner un conseil?

GROG
Avec plaisir.

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure,
Quand le moment sera venu,
Quand il faudra taper
Sur le général Fritz,
Ne vous mettez pas en avant
Vous seriez capable d’attraper
Ne balafre qui vous défigurerait.

GROG
Ah! bien!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tenez-vous derrière les autres.
Quand le coup sera fait
Et qu’il n’y aura plus
Qu’à recevoir les récompenses,
Je ferai passer les autres derrière vous.

(Grog fait un petit mouvement des lèvres)

Qu’est-ce que vous avez?
Vos lèvres viennent de faire
Un petit mouvement... comme ça.

(elle l’imite)

Chez un autre, ça ne serait rien...
Mais chez vous,
Ça doit être un éclat de rire.

GROG
Juste!

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme je vous connais déjà!
Qu’est-ce qui vous fait rire autant
Que ça, dites-moi?

GROG
Je ne peux pas.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pas mon ami, alors?

GROG
Si fait.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien?

GROG
Il y a une heure, vous trembliez
Pour la figure du général Fritz...
Maintenant, vous tremblez
Pour ma figure, à moi.

LA GRANDE-DUCHESSE
(souriant, à part)
C’est vrai, pourtant!

GROG
Si l’on était avantageux,
Si l’on voulait tirer des conséquences.

LA GRANDE-DUCHESSE
Chut! faut pas!

GROG
Non.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne parlons pas de ça!

GROG
Si nous parlions de mon prince?

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure
Qu’est-ce que vous êtes là-bas, là-bas,
À la cour de votre maître?
Chambellan?

GROG
J’ai aussi le grade de colonel,
Au palais seulement.

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous auriez mieux
Que cela à ma cour,
Si vous vouliez quitter
Le service de l’Electeur.

GROG
Malheureusement pour moi,
C’est impossible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Impossible?

GROG
Sans doute!
À moins que Votre Altesse
Ne consente à épouser mon prince.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Aïe! aïe! aïe!

GROG
Il serait tout simple, alors.

LA GRANDE-DUCHESSE
Epouser votre prince...
Nous y voilà revenus!

GROG
Je pensais que nous n’avions
Pas parlé d’autre chose.

LA GRANDE-DUCHESSE
Mes compliments, baron
Vous êtes un fameux diplomate!

GROG
Je vous en supplie, Altesse,
Prenez mon prince...
Je vous assure que c’est
Un bon petit jeune homme.

LA GRANDE-DUCHESSE
Un fameux diplomate
Il n’y a pas à dire!

GROG
Eh bien, que décidez-vous?

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que je vous dise?
Je n’en sais rien.

GROG
Ah!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça, voyez-vous,
Tout ça danse dans ma tête...
Ça tourne! ça tourne!
Fritz, vous, le prince
Et Puck et Boum dans le fond.
Ferai-je tuer, ne ferai-pas tuer?
Et si je fais tuer quelqu’un,
Qui ce sera-t-il?
Ce sera-t-il Fritz? Ce sera-t-il vous?

GROG
Moi?

LA GRANDE-DUCHESSE
Je n’en sais rien.
Voilà où j’en suis...
Je n’en sais rien, absolument rien.

(Le prince Paul, Boum et Puck rentrent par la première porte à gauche)

Scène Cinquième

LE PRINCE PAUL, BOUM ET PUCK
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’y a-t-il? Ah! c’est vous, messieurs.

LE PRINCE PAUL
(bas, à Grog)
Eh bien?

GROG
(bas)
Ça marche.

LE PRINCE PAUL
(bas, avec effusion)
Ah! mon ami!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Boum)
Vous avez placé vos hommes?

BOUM
Oui, Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, allez les trouver derechef
Et dites-leur qu’ils
Peuvent rentrer chez eux.

PUCK
(étonné)
Comment?

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Grog, avec intention)
On ne frappera pas.

BOUM
(stupéfait, avec éclat)
Ah! bien, par exemple!

LA GRANDE-DUCHESSE
(avec sévérité)
Vous dites?

BOUM
Je ne dis rien parce que
Votre Altesse est là...
Mais, si Votre Altesse n’était pas là...
Je dirais que c’est insupportable, à la fin!

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous vous oubliez, ce me semble.

BOUM
Non, mais enfin tout était
Bien convenu,
Bien arrangé et puis,
Au dernier moment,
Vous venez nous dire...

LE PRINCE PAUL
C’est très désagréable,
On se donne du mal
Pour monter une petite partie.

PUCK
Toute la peine était prise il ne,
Restait plus que le plaisir.

LA GRANDE-DUCHESSE
J’ai dit que l’on ne frapperait pas.

BOUM
Mais pourquoi?

LA GRANDE-DUCHESSE
Frapper un homme
Le jour où je me marie,
Cela ne serait pas convenable.

(Etonnement général)

PUCK
Le jour où vous vous mariez!

LE PRINCE PAUL
(avec joie)
Vous l’avez dit,
ma chère, vous l’avez dit!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, je l’ai dit.

LE PRINCE PAUL
Vraiment, vous consentez enfin?

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, oui, je consens.
Remerciez le baron,
Vous lui devez beaucoup;
Je n’ai pu résister à son éloquence.

LE PRINCE PAUL
Ah! Baron!
Tous les ans, au jour de l’an,
Papa me donne le droit
De faire un margrave.
Il aime mieux ça
Que de me donner de l’argent.
Eh bien, je ne vous dis que ça.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, général Boum?
Eh bien, baron Puck?

PUCK
Eh bien, mais, Altesse, il est bien évident
Que le jour où Votre Altesse consent
À couronner les feux dont
Son Altesse brûlait
Pour Votre Altesse il serait malséant de.

BOUM
Je ne dis pas le contraire,
Mais c’est bien désagréable!
Il m’en a fait de toutes les couleurs,
ce Fritz!
Il m’a enlevé ce panache
Qui faisait mon orgueil!
Il m’a enlevé une femme
Qui eût fait mon bonheur!
Et je ne me vengerais pas!

(avec force)

L’ennemi! où est?

LA GRANDE-DUCHESSE
(l’interrompant)
N’est-ce que cela?
Vengez-vous tout à votre aise pourvu,
Bien entendu,
Que vous n’alliez pas jusqu’à.

BOUM
Pourvu que nous ne sortions
Pas des limites de la fantaisie.

LA GRANDE-DUCHESSE
Justement!

PUCK
Alors, si nous trouvons
Quelque bon tour à lui jouer,
Vous nous permettez.

LA GRANDE-DUCHESSE
Non seulement je vous le permets mais,
Voulez-vous que je vous dise?
Cela me fera plaisir.

BOUM
Oh! alors.

LA GRANDE-DUCHESSE
On vous l’amène
Trouvez quelque chose,
Cela vous regarde.
Prince Paul?

LE PRINCE PAUL
Ma chérie?

LA GRANDE-DUCHESSE
Dans deux heures, à la chapelle,
Soyez exact.
Je vais, moi, faire un choix parmi
Les quarante toilettes de mariage
Que j’ai été sur le point de mettre
Pour vous épouser.

(elle se dirige vers la droite, le prince Paul va pour lui baiser la main, elle la retire en disant:)

Oh! pas encore!
Dieu vous garde, messieurs!

(Elle sort)

PUCK
(à Boum)
Le voici qu’est-ce
Que nous allons lui faire?

BOUM
Je tiens ma fantaisie!
Nous allons lui arranger
Une petite nuit de noces.

(Boum et le prince Paul se rangent près de Grog. Entrent, par la première porte à gauche, Fritz et Wanda en mariée; ils sont accompagnés de tous les seigneurs et dames de la cour. Tous portent des lanternes dorées)

Scène Sixième

CHŒUR
Nous amenons la jeune femme
Dans la chambre de son mari;
Maintenant nous allons, madame,
Vous laisser seule avec lui.
Nous amenons la jeune femme,
Dans la chambre de son mari!

FRITZ
Bien obligé, messieurs, mesdames
Bien obligé de votre bonne conduite!

(Au prince Paul, à Grog, à Boum et à Puck)

Vous étiez ici, messieurs?

PUCK
Oui, pour vous faire honneur.

FRITZ
Bien obligé aussi!
Mais si, après m’avoir fait
Beaucoup d’honneur,
Vous vouliez me faire
Beaucoup de plaisir.

PUCK
Nous nous en irions?

FRITZ
Eh! bédame!
Allons, messieurs,
Bonsoir, bonsoir!

PUCK
(à Fritz)
Bonne nuit, monsieur, bonne nuit!

LES AUTRES
Bonne nuit!

PUCK
Ce simple mot doit vous suffire;
Vous comprenez ce qu’on veut dire,
Heureux coquin, lorsqu’on vous dit:
Bonne nuit!

TOUS
Bonne nuit!

BOUM
(à Wanda)
Bonsoir, madame, bonne nuit!

TOUS
Bonne nuit!

BOUM
Ce compliment vous fait sourire,
Bien qu’ignorant ce qu’on veut dire,
Jeune épouse, quand on vous dit:
Bonne nuit!

TOUS
Quand on vous dit: bonne nuit!
Bonne nuit!

(Tous, excepté Fritz et Wanda, sortent à gauche. Grog, Boum, Puck et le prince Paul sortent les derniers, après avoir salué très profondément les nouveaux époux)

Scène Septième

FRITZ
Enfin, nous voilà seuls!

WANDA
Oui et je n’en suis pas fâchée.

FRITZ
Moi non plus, par exemple,
moi non plus!

WANDA
Mais ce n’est pas cela je veux dire que,
Maintenant que tout le monde
Vous a félicité,
Je puis enfin, moi aussi,
Vous dire mon compliment.

FRITZ
Naïve enfant!

WANDA
Monsieur le général!

FRITZ
Ça fait une différence, n’est-ce pas,
Quand on s’attendait à épouser
Un pauvre jeune soldat,
Et qu’on se trouve, par le fait,
Epouser un général en chef
Couronné par la victoire?

WANDA
Il est clair que dans le premier moment.

FRITZ
Tu es éblouie avoue le,
Naïve enfant.

WANDA
Non mais...

FRITZ
Mais tu es éblouie et pourquoi ça?
C’est parce que tu vois mon panache,
Et mes insignes, et toute ma passementerie
Mais je ne me serai pas plus tôt débarrassé.

(Il ôte son chapeau, sa pelisse et sa sabretache qu’il pose sur la console du fond)

WANDA
Eh bien, mais qu’est-ce que tu fais?

FRITZ
Je te rassure, naïve enfant, je te rassure.

WANDA
Oh! mais tu as une façon
De rassurer les gens, toi.

FRITZ
Eh bien n’est-ce pas?
Quand on est mari et femme
Car nous sommes mari et femme,
N’est-il pas vrai?

WANDA
Sans doute, sans doute.

FRITZ
Eh bien, alors fais comme moi.

WANDA
Tu dis?

FRITZ
J’ai ôté mon panache
Ôte ton panache aussi.

WANDA
Tout à l’heure.

FRITZ
Pourquoi tout à l’heure?
Toujours cette timidité!
A cause de mon grade n’est-ce pas?
Je suis bien sûr que si,
Au lieu d’être tous les deux ici dans
Un appartement richement décoré,
Nous étions dans ta simple cabane,
Tu n’hésiterais pas tant... mais voilà.
C’est une chose à remarquer que,
Plus on s’enfonce
Dans les classes élevées,
Plus on fait des manières.
Eh bien, il ne faut pas
Il n’y a pas à dire: "ma belle amie",
Il faut te rassurer, à la fin.
O ma Wanda!

(Il la prend par la taille)

WANDA
(se dégageant)
C’est pourtant vrai que j’ai un peu peur.
Faut-il, mon Dieu, que je sois bête!
C’est pourtant vrai
Qu’il m’interdit,
Avec cet or sur son habit
Et son panache sur la tête!
Mon dieu, faut-il que je sois bête!
Pourquoi, diable, avoir peur de lui?
C’est mon mari!

(a ce moment, on entend un violent roulement de tambours)

Qu’est-ce que c’est que ça?

FRITZ
Je ne sais pas, moi.

(Nouveau roulement de tambours)

CRIS SOUS LA FENETRE
Vive le général Fritz!

WANDA
(remontant près de la fenêtre)
On t’appelle.

FRITZ
C’est une aubade…il n’y a pas à dire:
Mon bel ami, c’est une aubade...
Après ma victoire, c’est bien naturel...
Mais ils auraient pu choisir
Un autre moment.

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

WANDA
Mais ils ne s’en vont pas!

FRITZ
Non, ils attendent
Que j’aille leur parler.
C’est le seul moyen
De les faire partir.

WANDA
Parle leur donc.
Mais tu m’avoueras
que c’est bien désagréable.

(Fritz va à la fenêtre et l’ouvre. Nouveau roulement de tambours)

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

FRITZ
(à la fenêtre)
Messieurs les tambours...
Je n’ai pas besoin de vous déclarer
Que je suis sensible...
Mais je vais vous dire vous
Ne savez peut-être pas
Je me suis marié aujourd’hui...
Alors, vous devez comprendre...
Bonsoir,
Messieurs les tambours allons,
Bonsoir, bonsoir!

(Il leur jette de l’argent)

NOUVEAUX CRIS.
Vive le général Fritz!

(Les tambours s’éloignent)

FRITZ
(revenant à Wanda, après avoir fermé la fenêtre)
Tu vois, c’est fini. O ma Wanda!
On peut être aimable et terrible!
Je suis un grand chef, j’en conviens
Mais sous le grand chef, vois tu bien,
Tu trouveras l’homme sensible,
À la fois aimable et terrible!
Pourquoi, diable, avoir peur de lui?
C’est ton mari!

(Musique militaire sous la fenêtre)

WANDA
Encore!

FRITZ
Maintenant, c’est la musique.
Nous aurions dû nous y attendre...
Après les tambours,
Il y a toujours la musique.

CRIS SOUS LA FENETRE
Vive le général Fritz!

WANDA
Ah! tu m’avoueras.

FRITZ
Qu’est-ce que tu veux?
Je vais leur parler.

(Il retourne à la fenêtre)

Messieurs les musiciens.

(La musique s’arrête)

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

(On bombarde Fritz de bouquets)

FRITZ
(à Wanda)
Tu vois! ils sont aimables!

(Recevant un bouquet en pleine figure)

Très aimables!

(Wanda ramasse les bouquets, les met sur la table. Fritz se penche à la fenêtre pour parler aux musiciens)

Messieurs les musiciens
Je suis fâché qu’en venant
Vous n’ayez pas rencontré
Messieurs les tambours.
Ils auraient pu vous dire
Que je me suis marié aujourd’hui...
Alors, vous devez comprendre...
Bonsoir, messieurs les musiciens
Bonsoir, bonsoir!

(Il leur jette de l’argent)

CRIS
Vive le général!

FRITZ
Ils sont partis, je t’assure

(fermant la fenêtre et revenant à Wanda)

O ma Wanda!
Où en étais-je resté?...

(se souvenant)

Ah! reprenons.

(Il va pour l’embrasser. Au même instant, on frappe violemment à toutes les portes, excepté à la porte secrète)

WANDA
(effrayée)
Qu’est-ce que c’est encore?

Scène Huitième

CHŒUR
(au dehors)
Ouvrez, ouvrez, dépêchez-vous,
Où nous irons chercher main-forte;
Ouvrez, ouvrez, jeunes époux,
Ou bien nous enfonçons la porte!

WANDA
Mon ami, n’ouvre pas!

FRITZ
As pas peur!

WANDA
O ciel! La porte cède!
Ah! je meurs de frayeur!

(Les portes s’ouvrent. Entrent par celle de gauche le prince Paul, Puck, Grog et les seigneurs et dames de la cour; par celle de droite, les demoiselles d’honneur et les pages)

LE PRINCE PAUL, BOUM ET PUCK
Que le ciel soit béni!
Nous arrivons à temps!

FRITZ ET WANDA
(à part)
Mais que nous veulent Tous ces gens!

PUCK
(venant se placer entre Fritz et Wanda)
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!

(Wanda revient près de Fritz)

CHŒUR
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!

LE PRINCE PAUL
(venant à son tour entre Fritz et Wanda)
Au combat volez tout de suite!
Il s’agit d’être expéditif!
L’ennemi,
Qu’on croyait en fuite,
A fait un retour offensif.

(Wanda repasse près de son mari)

CHŒUR
Au combat volez tout de suite! etc.

BOUM
(même jeu que Puck et le prince Paul)
Notre maîtresse vous invite
A ne point faire le poussif;
On ne vous en tiendra pas quitte,
À moins d’un succès décisif.

(Wanda revient encore près de Fritz)

CHŒUR
Notre maîtresse vous invite, etc., etc.

FRITZ
(allant à Boum)
Mes bons amis, vous oubliez
Que depuis un instant
Nous sommes mariés.

BOUM
Que nous importe! il faut partir!
Il faut aller vaincre ou mourir!

FRITZ
Alors, je vous laisse ma femme.

PUCK
(prenant la main de Wanda)
C’est très bien nous gardons madame.

(Il la fait passer près du prince Paul, qui cherche à la calmer)

Mais dépêchez
Et vous hâtez.

FRITZ
Qu’ai-je fait de mon ceinturon?

CHŒUR
Qu’a-t-il fait de son ceinturon?

(A mesure que Fritz nomme un objet d’équipement, un seigneur le passe à Puck, qui le donne à Fritz et l’aide à le mettre)

FRITZ
Puisqu’il faut que je me harnache,
J’ai besoin de mon ceinturon.

CHŒUR
Le voici, votre ceinturon.

FRITZ
Mais je n’ai pas la sabretache.

CHŒUR
La sabretache!

FRITZ
Et mon panache?
Mon panache?
Apportez-le moi, s’il vous plaît!
Là! je suis complet!

CHŒUR
Il a son plumet!

NÉPOMUC
(entrant par la droite et apportant le sabre. A Fritz)
Arrêtez, monsieur, arrêtez!
J’apporte ce que vous savez!

FRITZ
Encore le sabre!

(le prenant et avec rage)

Si tu savais, sabre de son père,
Comme ton aspect m’exaspère!

CHŒUR
Il faut partir!
Il faut aller vaincre ou mourir!
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!
Au combat volez tout de suite!
A cheval! à cheval!
Prenez le sabre et partez vite!
A cheval! à cheval!

(Boum retient Wanda, qui parvient à s’échapper et va se jeter dans les bras de Fritz; Boum les sépare de nouveau, et, lorsque Fritz va sortir, entraîné par Puck, le rideau tombe.)
ACTE III


(La chambre rouge, vieille salle gothique. Porte à droite, au premier plan; autre porte au deuxième plan, à gauche; du même côté, au troisième plan, une porte secrète dissimulée par un tableau représentant la grandeduchesse Victorine en pied. Au fond, à gauche, une fenêtre; au fond, à droite, un lit caché par des rideaux. Entre la fenêtre et le lit, une console. Sièges des draperies recouvrent les portes du premier plan. La Grande-Duchesse, puis Boum. au lever du rideau, la scène est vide et sombre. Entre par la droite la Gran-Duchesse précédée d'un page qui porte un candélabre. La chambre s'éclaire. Le page se retire après avoir posé le candélabre sur la console, alors la Grande-Duchesse, se voyant seule, pousse un petit cri. Aussitôt un cri bizarre répond de la coulisse et le général Boum entre par la première porte de gauche. Pendant cette scène muette, on entend la musique de la fête, qui continue au loin)

Scène Première

BOUM
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, général, que fait-il?

BOUM
Il danse.
Quand j’ai quitté le bal,
Il était en train d’exécuter un cavalier seul.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il danse!
Et tout à l’heure,
Cet homme, qui maintenant se trémousse...
Mais aurez-vous le temps de tout
Préparer pour la catastrophe?
S’il allait venir?

BOUM
Pas de danger!
Je lui ai fait savoir que Votre Altesse
Lui défendait de quitter le bal
Avant la fin du cotillon.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comment a-t-il reçu cet ordre?

BOUM
Avec une mauvaise humeur évidente
"Comme c’est amusant,
A-t-il dit, un jour de noces!"

LA GRANDE-DUCHESSE
Il a dit cela?

BOUM
Il l’a dit.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! il l’aime bien, cette petite!
Mais patience! patience!

BOUM
Que regardez-vous, Altesse?

LA GRANDE-DUCHESSE
Là, sur ce parquet,
Il y a une grande tache rouge
Quand les étrangers
Visitent ce palais,
On leur montre cette tache,
En leur disant:
"C’est là que le comte Max est tombé!"
Est-ce vraiment là?
Je n’en sais rien.
En tout cas,
Les concierges du palais
Racontent cette histoire
Et s’en font un bon petit revenu.
O grandes leçons du passé!

BOUM
Grave enseignement de l’histoire!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ici le drame s’est glissé!

BOUM
Eclair sombre
Dans la nuit noire!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça pour que, cent ans après,
Racontant la scène émouvante,
Le concierge de ce palais
S’en fasse une petite rente!

ENSEMBLE
Le concierge de ce palais
S’en fasse une petite rente!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qu’on a fait, on le refait.

BOUM
L’histoire est comme un cercle immense!

LA GRANDE-DUCHESSE
L’aïeule a commis son forfait.

BOUM
L’enfant vient et le recommence!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça pour que,
Dans deux cents ans,
Exploitant ces scènes navrantes,
Du portier les petits enfants
Aient aussi leurs petites rentes!

ENSEMBLE
Du portier les petits-enfants
Aient aussi leurs petites rentes!

BOUM
À partir de demain, alors,
Il y aura deux histoires à raconter,
Deux taches à montrer
Et deux bons petits revenus
Pour messieurs les concierges!

LA GRANDE-DUCHESSE
Probablement, mais vos complices?

BOUM
Ils m’attendent dans
Ce corridor mystérieux.

(Il montre la porte secrète)

LA GRANDE-DUCHESSE
Ouvrez-leur la porte;
Je vais, moi, me cacher
Derrière cette draperie.

BOUM
J’en suis bien aise.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pourquoi ça?

BOUM
Si vous n’aviez pas été là,
Derrière cette draperie,
Notre conspiration
Ça aurait manqué de femmes!

LA GRANDE-DUCHESSE
Gardez-vous cependant
De révéler ma présence
Au dernier moment,
Si je le juge convenable,
Je me montrerai.

BOUM
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Maintenant, faites entrer vos amis
Et tâchez de me mener ça rondement!

(Elle disparaît par la droite)

Scène Seconde

BOUM
(seul, allant au portrait)
Le portrait,
Le voilà c’est
Le genou qu’il faut toucher.

(la porte secrète s’ouvre. Entrent Puck, le prince Paul, Népomuc et le baron Grog)

Un, deux, trois, quatre
Où sont les autres?

PUCK
Ils viendront quand il en sera temps
Si nous étions venus tous ensemble,
Cette fugue générale
Eût inspiré des soupçons.

BOUM
Vous avez raison.

LE PRINCE PAUL
D’abord, il faut prendre nos mesures.

BOUM
(à Népomuc)
Vous êtes des nôtres, monsieur?

NÉPOMUC
Dès que j’ai su que cela était
Agréable à la Grande-duchesse.

LE PRINCE PAUL
Vous êtes un malin.

NÉPOMUC
Je suis pauvre, monsieur,
Mais je suis ambitieux.

BOUM
Donnez-moi votre main, monsieur.

NÉPOMUC
La voici, général.

BOUM
J’aime les gens de cœur!

(Au prince Paul, en montrant le baron Grog)

Monsieur aussi
Est avec nous, prince?

LE PRINCE PAUL
Oui, général.

TOUT LE MONDE
Baron!

GROG
Messieurs!

PUCK
Monsieur le baron sait de quoi il s’agit?

GROG
(d’un ton dégagé)
Parfaitement!
Il ne s’agit que de tuer un homme.

LE PRINCE PAUL
C’est ici la chambre?

PUCK
Oui; c’est ici que nous le frapperons.

BOUM
Et maintenant, écoutez-moi tous.

(Il tire son sabre)

PUCK
Qu’est-ce que c’est que ça encore?

LE PRINCE PAUL
(effrayé)
Rengainez ça!

TOUS
Oui, oui, rengainez!

BOUM
Quand on se fourre dans ces choses-là,
Il faut y rester jusqu’au bout!
Je coupe en quatre celui qui aurait
Envie de renâcler.

PUCK
Mais personne n’a envie.

BOUM
Si vous avez envie de renâcler,
Dites-le, je vous coupe en quatre!

LE PRINCE PAUL
Rengainez donc!

PUCK
Mais, encore une fois,
Personne n’a envie
Il n’y a pas moyen de discuter
Raisonnablement avec un homme
Comme vous.

BOUM
(remettant son sabre au fourreau)
J’ai dit ce que j’ai dit!

LE PRINCE PAUL
En voilà assez!

(La Grande-duchesse rentre par la droite et vient se placer entre Boum et Puck)

Scène Troisième

LA GRANDE-DUCHESSE
Sont-elles bonnes, au moins,
Les lames de vos poignards, messieurs?

LES CONJURES
Son Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, messieurs j’étais là décidée
À paraître au dernier moment,
Pour exciter votre courage,
S’il en était besoin;
Mais je vois
Que cela n’était pas nécessaire.

NÉPOMUC
Non, certes.

PUCK
Qu’il vienne, et vous verrez!

BOUM
Je le couperai en quatre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah! une prière, messieurs.

PUCK
Dites: un ordre!

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce que je vous recommande,
Avant tout, c’est, en le frappant,
De ne pas le frapper au visage.

GROG
(dans le coin à gauche et masqué par le Prince Paul ironiquement)
Ah! ce serait dommage!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui a dit cela?

GROG
(se montrant)
Moi.

LA GRANDE-DUCHESSE
Qui ça, vous?
Je connais tous les conjurés
Qui sont ici;
Mais vous, je ne vous connais pas.

LE PRINCE PAUL
C’est mon Grog.

LA GRANDE-DUCHESSE
Votre Grog?

LE PRINCE PAUL
Eh! le baron Grog
L’envoyé de papa celui que vous
N’avez pas voulu recevoir.

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Grog avec intérêt, et passant près du prince Paul)
Ah! j’ai eu tort.

BOUM
Vous dites?

LA GRANDE-DUCHESSE
(au prince Paul, à Boum et à Puck)
Rien, rien
Allez placer vos hommes, messieurs,
Et, quand vous les aurez placés,
Revenez tous les trois vous,
Baron Grog, restez.

GROG
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, quoi?
Ne m’aviez-vous
Pas demandé une audience?
Cette audience,
Je vous la donne maintenant

(aux conjurés)

Allez, messieurs, allez.

LE PRINCE PAUL
(bas, à Grog)
Grog, soyez brûlant!

(Boum, Puck et le prince Paul sortent par la première porte à gauche; la Grande-duchesse les accompagne un peu. Grog passe à droite)

Scène Quatrième

LA GRANDE-DUCHESSE
Ce qui m’a tout de suite
Frappée, en vous,
C’est que vous avez l’air bon.

GROG
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à fait bon.

GROG
Il vous plaît, alors,
Que nous parlions de mon prince?

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure
Laissez-moi, d’abord,
Me féliciter d’avoir pour ami
Un homme tel que vous.

GROG
Comment?

LA GRANDE-DUCHESSE
Sans doute...
Puisque je vous trouve au nombre
De ceux qui doivent me venger!

GROG
Oh! Quant à cela,
J’avoue que ce n’est pas
Précisément par amitié.
Votre Altesse s’obstinait
À ne pas me recevoir:
Ça m’ennuyait de ne rien faire;
J’ai conspiré un brin pour me distraire.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pour vous distraire?

GROG
Pas pour autre chose.

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme j’aime
Votre genre de conversation!
Vous dites des choses à faire sauter!
Et votre figure ne bronche pas.

GROG
C’est le résultat de l’éducation.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ah!

GROG
Dès mes plus jeunes années,
Ma famille m’a destiné à la diplomatie.
Alors, on m’a appris à avoir l’air froid
Quand j’étais tout petit.

LA GRANDE-DUCHESSE
Il y a longtemps.

GROG
Oui, il y a longtemps
Quand j’étais tout petit,
Toutes les fois que l’on m’attrapait
À ne pas avoir l’air froid,
On me flanquait des coups.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pauvre enfant!
Voulez-vous me permettre
De vous donner un conseil?

GROG
Avec plaisir.

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure,
Quand le moment sera venu,
Quand il faudra taper
Sur le général Fritz,
Ne vous mettez pas en avant
Vous seriez capable d’attraper
Ne balafre qui vous défigurerait.

GROG
Ah! bien!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tenez-vous derrière les autres.
Quand le coup sera fait
Et qu’il n’y aura plus
Qu’à recevoir les récompenses,
Je ferai passer les autres derrière vous.

(Grog fait un petit mouvement des lèvres)

Qu’est-ce que vous avez?
Vos lèvres viennent de faire
Un petit mouvement... comme ça.

(elle l’imite)

Chez un autre, ça ne serait rien...
Mais chez vous,
Ça doit être un éclat de rire.

GROG
Juste!

LA GRANDE-DUCHESSE
Comme je vous connais déjà!
Qu’est-ce qui vous fait rire autant
Que ça, dites-moi?

GROG
Je ne peux pas.

LA GRANDE-DUCHESSE
Pas mon ami, alors?

GROG
Si fait.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien?

GROG
Il y a une heure, vous trembliez
Pour la figure du général Fritz...
Maintenant, vous tremblez
Pour ma figure, à moi.

LA GRANDE-DUCHESSE
(souriant, à part)
C’est vrai, pourtant!

GROG
Si l’on était avantageux,
Si l’on voulait tirer des conséquences.

LA GRANDE-DUCHESSE
Chut! faut pas!

GROG
Non.

LA GRANDE-DUCHESSE
Ne parlons pas de ça!

GROG
Si nous parlions de mon prince?

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout à l’heure
Qu’est-ce que vous êtes là-bas, là-bas,
À la cour de votre maître?
Chambellan?

GROG
J’ai aussi le grade de colonel,
Au palais seulement.

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous auriez mieux
Que cela à ma cour,
Si vous vouliez quitter
Le service de l’Electeur.

GROG
Malheureusement pour moi,
C’est impossible.

LA GRANDE-DUCHESSE
Impossible?

GROG
Sans doute!
À moins que Votre Altesse
Ne consente à épouser mon prince.

LA GRANDE-DUCHESSE
(à part)
Aïe! aïe! aïe!

GROG
Il serait tout simple, alors.

LA GRANDE-DUCHESSE
Epouser votre prince...
Nous y voilà revenus!

GROG
Je pensais que nous n’avions
Pas parlé d’autre chose.

LA GRANDE-DUCHESSE
Mes compliments, baron
Vous êtes un fameux diplomate!

GROG
Je vous en supplie, Altesse,
Prenez mon prince...
Je vous assure que c’est
Un bon petit jeune homme.

LA GRANDE-DUCHESSE
Un fameux diplomate
Il n’y a pas à dire!

GROG
Eh bien, que décidez-vous?

LA GRANDE-DUCHESSE
Voulez-vous que je vous dise?
Je n’en sais rien.

GROG
Ah!

LA GRANDE-DUCHESSE
Tout ça, voyez-vous,
Tout ça danse dans ma tête...
Ça tourne! ça tourne!
Fritz, vous, le prince
Et Puck et Boum dans le fond.
Ferai-je tuer, ne ferai-pas tuer?
Et si je fais tuer quelqu’un,
Qui ce sera-t-il?
Ce sera-t-il Fritz? Ce sera-t-il vous?

GROG
Moi?

LA GRANDE-DUCHESSE
Je n’en sais rien.
Voilà où j’en suis...
Je n’en sais rien, absolument rien.

(Le prince Paul, Boum et Puck rentrent par la première porte à gauche)

Scène Cinquième

LE PRINCE PAUL, BOUM ET PUCK
Altesse!

LA GRANDE-DUCHESSE
Qu’y a-t-il? Ah! c’est vous, messieurs.

LE PRINCE PAUL
(bas, à Grog)
Eh bien?

GROG
(bas)
Ça marche.

LE PRINCE PAUL
(bas, avec effusion)
Ah! mon ami!

LA GRANDE-DUCHESSE
(à Boum)
Vous avez placé vos hommes?

BOUM
Oui, Altesse.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, allez les trouver derechef
Et dites-leur qu’ils
Peuvent rentrer chez eux.

PUCK
(étonné)
Comment?

LA GRANDE-DUCHESSE
(regardant Grog, avec intention)
On ne frappera pas.

BOUM
(stupéfait, avec éclat)
Ah! bien, par exemple!

LA GRANDE-DUCHESSE
(avec sévérité)
Vous dites?

BOUM
Je ne dis rien parce que
Votre Altesse est là...
Mais, si Votre Altesse n’était pas là...
Je dirais que c’est insupportable, à la fin!

LA GRANDE-DUCHESSE
Vous vous oubliez, ce me semble.

BOUM
Non, mais enfin tout était
Bien convenu,
Bien arrangé et puis,
Au dernier moment,
Vous venez nous dire...

LE PRINCE PAUL
C’est très désagréable,
On se donne du mal
Pour monter une petite partie.

PUCK
Toute la peine était prise il ne,
Restait plus que le plaisir.

LA GRANDE-DUCHESSE
J’ai dit que l’on ne frapperait pas.

BOUM
Mais pourquoi?

LA GRANDE-DUCHESSE
Frapper un homme
Le jour où je me marie,
Cela ne serait pas convenable.

(Etonnement général)

PUCK
Le jour où vous vous mariez!

LE PRINCE PAUL
(avec joie)
Vous l’avez dit,
ma chère, vous l’avez dit!

LA GRANDE-DUCHESSE
Oui, je l’ai dit.

LE PRINCE PAUL
Vraiment, vous consentez enfin?

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, oui, je consens.
Remerciez le baron,
Vous lui devez beaucoup;
Je n’ai pu résister à son éloquence.

LE PRINCE PAUL
Ah! Baron!
Tous les ans, au jour de l’an,
Papa me donne le droit
De faire un margrave.
Il aime mieux ça
Que de me donner de l’argent.
Eh bien, je ne vous dis que ça.

LA GRANDE-DUCHESSE
Eh bien, général Boum?
Eh bien, baron Puck?

PUCK
Eh bien, mais, Altesse, il est bien évident
Que le jour où Votre Altesse consent
À couronner les feux dont
Son Altesse brûlait
Pour Votre Altesse il serait malséant de.

BOUM
Je ne dis pas le contraire,
Mais c’est bien désagréable!
Il m’en a fait de toutes les couleurs,
ce Fritz!
Il m’a enlevé ce panache
Qui faisait mon orgueil!
Il m’a enlevé une femme
Qui eût fait mon bonheur!
Et je ne me vengerais pas!

(avec force)

L’ennemi! où est?

LA GRANDE-DUCHESSE
(l’interrompant)
N’est-ce que cela?
Vengez-vous tout à votre aise pourvu,
Bien entendu,
Que vous n’alliez pas jusqu’à.

BOUM
Pourvu que nous ne sortions
Pas des limites de la fantaisie.

LA GRANDE-DUCHESSE
Justement!

PUCK
Alors, si nous trouvons
Quelque bon tour à lui jouer,
Vous nous permettez.

LA GRANDE-DUCHESSE
Non seulement je vous le permets mais,
Voulez-vous que je vous dise?
Cela me fera plaisir.

BOUM
Oh! alors.

LA GRANDE-DUCHESSE
On vous l’amène
Trouvez quelque chose,
Cela vous regarde.
Prince Paul?

LE PRINCE PAUL
Ma chérie?

LA GRANDE-DUCHESSE
Dans deux heures, à la chapelle,
Soyez exact.
Je vais, moi, faire un choix parmi
Les quarante toilettes de mariage
Que j’ai été sur le point de mettre
Pour vous épouser.

(elle se dirige vers la droite, le prince Paul va pour lui baiser la main, elle la retire en disant:)

Oh! pas encore!
Dieu vous garde, messieurs!

(Elle sort)

PUCK
(à Boum)
Le voici qu’est-ce
Que nous allons lui faire?

BOUM
Je tiens ma fantaisie!
Nous allons lui arranger
Une petite nuit de noces.

(Boum et le prince Paul se rangent près de Grog. Entrent, par la première porte à gauche, Fritz et Wanda en mariée; ils sont accompagnés de tous les seigneurs et dames de la cour. Tous portent des lanternes dorées)

Scène Sixième

CHŒUR
Nous amenons la jeune femme
Dans la chambre de son mari;
Maintenant nous allons, madame,
Vous laisser seule avec lui.
Nous amenons la jeune femme,
Dans la chambre de son mari!

FRITZ
Bien obligé, messieurs, mesdames
Bien obligé de votre bonne conduite!

(Au prince Paul, à Grog, à Boum et à Puck)

Vous étiez ici, messieurs?

PUCK
Oui, pour vous faire honneur.

FRITZ
Bien obligé aussi!
Mais si, après m’avoir fait
Beaucoup d’honneur,
Vous vouliez me faire
Beaucoup de plaisir.

PUCK
Nous nous en irions?

FRITZ
Eh! bédame!
Allons, messieurs,
Bonsoir, bonsoir!

PUCK
(à Fritz)
Bonne nuit, monsieur, bonne nuit!

LES AUTRES
Bonne nuit!

PUCK
Ce simple mot doit vous suffire;
Vous comprenez ce qu’on veut dire,
Heureux coquin, lorsqu’on vous dit:
Bonne nuit!

TOUS
Bonne nuit!

BOUM
(à Wanda)
Bonsoir, madame, bonne nuit!

TOUS
Bonne nuit!

BOUM
Ce compliment vous fait sourire,
Bien qu’ignorant ce qu’on veut dire,
Jeune épouse, quand on vous dit:
Bonne nuit!

TOUS
Quand on vous dit: bonne nuit!
Bonne nuit!

(Tous, excepté Fritz et Wanda, sortent à gauche. Grog, Boum, Puck et le prince Paul sortent les derniers, après avoir salué très profondément les nouveaux époux)

Scène Septième

FRITZ
Enfin, nous voilà seuls!

WANDA
Oui et je n’en suis pas fâchée.

FRITZ
Moi non plus, par exemple,
moi non plus!

WANDA
Mais ce n’est pas cela je veux dire que,
Maintenant que tout le monde
Vous a félicité,
Je puis enfin, moi aussi,
Vous dire mon compliment.

FRITZ
Naïve enfant!

WANDA
Monsieur le général!

FRITZ
Ça fait une différence, n’est-ce pas,
Quand on s’attendait à épouser
Un pauvre jeune soldat,
Et qu’on se trouve, par le fait,
Epouser un général en chef
Couronné par la victoire?

WANDA
Il est clair que dans le premier moment.

FRITZ
Tu es éblouie avoue le,
Naïve enfant.

WANDA
Non mais...

FRITZ
Mais tu es éblouie et pourquoi ça?
C’est parce que tu vois mon panache,
Et mes insignes, et toute ma passementerie
Mais je ne me serai pas plus tôt débarrassé.

(Il ôte son chapeau, sa pelisse et sa sabretache qu’il pose sur la console du fond)

WANDA
Eh bien, mais qu’est-ce que tu fais?

FRITZ
Je te rassure, naïve enfant, je te rassure.

WANDA
Oh! mais tu as une façon
De rassurer les gens, toi.

FRITZ
Eh bien n’est-ce pas?
Quand on est mari et femme
Car nous sommes mari et femme,
N’est-il pas vrai?

WANDA
Sans doute, sans doute.

FRITZ
Eh bien, alors fais comme moi.

WANDA
Tu dis?

FRITZ
J’ai ôté mon panache
Ôte ton panache aussi.

WANDA
Tout à l’heure.

FRITZ
Pourquoi tout à l’heure?
Toujours cette timidité!
A cause de mon grade n’est-ce pas?
Je suis bien sûr que si,
Au lieu d’être tous les deux ici dans
Un appartement richement décoré,
Nous étions dans ta simple cabane,
Tu n’hésiterais pas tant... mais voilà.
C’est une chose à remarquer que,
Plus on s’enfonce
Dans les classes élevées,
Plus on fait des manières.
Eh bien, il ne faut pas
Il n’y a pas à dire: "ma belle amie",
Il faut te rassurer, à la fin.
O ma Wanda!

(Il la prend par la taille)

WANDA
(se dégageant)
C’est pourtant vrai que j’ai un peu peur.
Faut-il, mon Dieu, que je sois bête!
C’est pourtant vrai
Qu’il m’interdit,
Avec cet or sur son habit
Et son panache sur la tête!
Mon dieu, faut-il que je sois bête!
Pourquoi, diable, avoir peur de lui?
C’est mon mari!

(a ce moment, on entend un violent roulement de tambours)

Qu’est-ce que c’est que ça?

FRITZ
Je ne sais pas, moi.

(Nouveau roulement de tambours)

CRIS SOUS LA FENETRE
Vive le général Fritz!

WANDA
(remontant près de la fenêtre)
On t’appelle.

FRITZ
C’est une aubade…il n’y a pas à dire:
Mon bel ami, c’est une aubade...
Après ma victoire, c’est bien naturel...
Mais ils auraient pu choisir
Un autre moment.

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

WANDA
Mais ils ne s’en vont pas!

FRITZ
Non, ils attendent
Que j’aille leur parler.
C’est le seul moyen
De les faire partir.

WANDA
Parle leur donc.
Mais tu m’avoueras
que c’est bien désagréable.

(Fritz va à la fenêtre et l’ouvre. Nouveau roulement de tambours)

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

FRITZ
(à la fenêtre)
Messieurs les tambours...
Je n’ai pas besoin de vous déclarer
Que je suis sensible...
Mais je vais vous dire vous
Ne savez peut-être pas
Je me suis marié aujourd’hui...
Alors, vous devez comprendre...
Bonsoir,
Messieurs les tambours allons,
Bonsoir, bonsoir!

(Il leur jette de l’argent)

NOUVEAUX CRIS.
Vive le général Fritz!

(Les tambours s’éloignent)

FRITZ
(revenant à Wanda, après avoir fermé la fenêtre)
Tu vois, c’est fini. O ma Wanda!
On peut être aimable et terrible!
Je suis un grand chef, j’en conviens
Mais sous le grand chef, vois tu bien,
Tu trouveras l’homme sensible,
À la fois aimable et terrible!
Pourquoi, diable, avoir peur de lui?
C’est ton mari!

(Musique militaire sous la fenêtre)

WANDA
Encore!

FRITZ
Maintenant, c’est la musique.
Nous aurions dû nous y attendre...
Après les tambours,
Il y a toujours la musique.

CRIS SOUS LA FENETRE
Vive le général Fritz!

WANDA
Ah! tu m’avoueras.

FRITZ
Qu’est-ce que tu veux?
Je vais leur parler.

(Il retourne à la fenêtre)

Messieurs les musiciens.

(La musique s’arrête)

NOUVEAUX CRIS
Vive le général!

(On bombarde Fritz de bouquets)

FRITZ
(à Wanda)
Tu vois! ils sont aimables!

(Recevant un bouquet en pleine figure)

Très aimables!

(Wanda ramasse les bouquets, les met sur la table. Fritz se penche à la fenêtre pour parler aux musiciens)

Messieurs les musiciens
Je suis fâché qu’en venant
Vous n’ayez pas rencontré
Messieurs les tambours.
Ils auraient pu vous dire
Que je me suis marié aujourd’hui...
Alors, vous devez comprendre...
Bonsoir, messieurs les musiciens
Bonsoir, bonsoir!

(Il leur jette de l’argent)

CRIS
Vive le général!

FRITZ
Ils sont partis, je t’assure

(fermant la fenêtre et revenant à Wanda)

O ma Wanda!
Où en étais-je resté?...

(se souvenant)

Ah! reprenons.

(Il va pour l’embrasser. Au même instant, on frappe violemment à toutes les portes, excepté à la porte secrète)

WANDA
(effrayée)
Qu’est-ce que c’est encore?

Scène Huitième

CHŒUR
(au dehors)
Ouvrez, ouvrez, dépêchez-vous,
Où nous irons chercher main-forte;
Ouvrez, ouvrez, jeunes époux,
Ou bien nous enfonçons la porte!

WANDA
Mon ami, n’ouvre pas!

FRITZ
As pas peur!

WANDA
O ciel! La porte cède!
Ah! je meurs de frayeur!

(Les portes s’ouvrent. Entrent par celle de gauche le prince Paul, Puck, Grog et les seigneurs et dames de la cour; par celle de droite, les demoiselles d’honneur et les pages)

LE PRINCE PAUL, BOUM ET PUCK
Que le ciel soit béni!
Nous arrivons à temps!

FRITZ ET WANDA
(à part)
Mais que nous veulent Tous ces gens!

PUCK
(venant se placer entre Fritz et Wanda)
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!

(Wanda revient près de Fritz)

CHŒUR
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!

LE PRINCE PAUL
(venant à son tour entre Fritz et Wanda)
Au combat volez tout de suite!
Il s’agit d’être expéditif!
L’ennemi,
Qu’on croyait en fuite,
A fait un retour offensif.

(Wanda repasse près de son mari)

CHŒUR
Au combat volez tout de suite! etc.

BOUM
(même jeu que Puck et le prince Paul)
Notre maîtresse vous invite
A ne point faire le poussif;
On ne vous en tiendra pas quitte,
À moins d’un succès décisif.

(Wanda revient encore près de Fritz)

CHŒUR
Notre maîtresse vous invite, etc., etc.

FRITZ
(allant à Boum)
Mes bons amis, vous oubliez
Que depuis un instant
Nous sommes mariés.

BOUM
Que nous importe! il faut partir!
Il faut aller vaincre ou mourir!

FRITZ
Alors, je vous laisse ma femme.

PUCK
(prenant la main de Wanda)
C’est très bien nous gardons madame.

(Il la fait passer près du prince Paul, qui cherche à la calmer)

Mais dépêchez
Et vous hâtez.

FRITZ
Qu’ai-je fait de mon ceinturon?

CHŒUR
Qu’a-t-il fait de son ceinturon?

(A mesure que Fritz nomme un objet d’équipement, un seigneur le passe à Puck, qui le donne à Fritz et l’aide à le mettre)

FRITZ
Puisqu’il faut que je me harnache,
J’ai besoin de mon ceinturon.

CHŒUR
Le voici, votre ceinturon.

FRITZ
Mais je n’ai pas la sabretache.

CHŒUR
La sabretache!

FRITZ
Et mon panache?
Mon panache?
Apportez-le moi, s’il vous plaît!
Là! je suis complet!

CHŒUR
Il a son plumet!

NÉPOMUC
(entrant par la droite et apportant le sabre. A Fritz)
Arrêtez, monsieur, arrêtez!
J’apporte ce que vous savez!

FRITZ
Encore le sabre!

(le prenant et avec rage)

Si tu savais, sabre de son père,
Comme ton aspect m’exaspère!

CHŒUR
Il faut partir!
Il faut aller vaincre ou mourir!
A cheval! à cheval!
Vite, monsieur le général!
Au combat volez tout de suite!
A cheval! à cheval!
Prenez le sabre et partez vite!
A cheval! à cheval!

(Boum retient Wanda, qui parvient à s’échapper et va se jeter dans les bras de Fritz; Boum les sépare de nouveau, et, lorsque Fritz va sortir, entraîné par Puck, le rideau tombe.)



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