オペラ作曲家別索引

オペラ対訳完成

その他対訳完成

このサイトについて

アクセス数

  • 今日  -
  • 昨日  -
  • 累計  -

翻訳エンジン


bose_soundlink_color_ii



ACTE I


Ouverture

(Les jardins du duc d'Arcos. Au fond une colonnade; à gauche, l'entrée d'une chapelle; à droite, une trône préparé pour la fête. Au lever du rideau, des soldats espagnols, conduits par Selva, traversent la colonnade. Alphonse, choeur du peuple, en dehors)

1. Introduction et Air

LE CHOEUR
Du prince objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.

ALPHONSE
Ah! ces cris d'allégresse
Et ces chants d'hyménée
Redoublent les tourments qui déchirent mon coeur!
Elvire, que j'adore, en vain m'est destinée:
Le remords malgré moi
Vient troubler mon bonheur.
O toi, jeune victime
Dont j'ai trahi la foi,
Je vois avec effroi
Le malheur qui t'opprime.
Fenella, Fenella, cache-moi
Ton courroux légitime;
Pour expier mon crime,
Je veillerai sur toi.

LE CHOEUR
(en dehors)
Du prince, objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.

(Lorenzo entre.)

ALPHONSE
Lorenzo, je te vois;
Réponds, ami fidèle,
De Fenella sais-tu quel est le sort?

LORENZO
Seigneur, je l'ignore;
Et mon zèle
Pour découvrir sa trace
A fait un vain effort.

ALPHONSE
De mes coupables feux,
O suite trop cruelle!
Hélas! son malheur est certain.

LORENZO
Quand Naples
Retentit du bruit de votre hymen,
Quand la jeune et charmante Elvire
Consent à vous donner sa main,
Quel intérêt en ce jour vous inspire
La fille d'un pêcheur et son obscur destin?

ALPHONSE
Quel intérêt?…
Le remords qui m'accable,
J'ai su m'en faire aimer
En lui cachant mon nom;
El je suis d'autant plus coupable,
Que son destin étrange et misérable
Rend plus facile encore ma lâche trahison.

LORENZO
Qu'entends-je?

ALPHONSE
La parole à ses lèvres ravie
Par un horrible événement,
La livrait sans défense
A l'infidèle amant
Dont l'abandon empoisonna la vie.
Aimable fille, alors je t'ai chérie,
Dans ces entretiens pleins d'attraits,
Où nos coeurs semblaient se confondre,
Muette, hélas! tu m'entendais:
Tes yeux seuls pouvaient me répondre.

LORENZO
De cet indigne amour vous avez triomphé?

ALPHONSE
Ce n'est pas ma raison qui l'a seule étouffé:
J'oubliai ma victime en adorant Elvire:
Elle prit sur mes sens un souverain empire.
Mais ne sois pas surpris qu'en ce jour fortuné,
Où l'amour va m'unir à celle que j'adore,
Ami, la pitié parle encore
Pour celle que j'abandonnai.
Depuis un mois elle a fui ma présence,
Et sa mort…

LORENZO
Ecartez un présage odieux;
Peut-être votre père a voulu, par prudence,
La soustraire à vos yeux.
Vous connaissez son humeur inflexible,
A ses sujets comme à son fils terrible;
Vous la savez, on craint que sa rigueur
De ce peuple opprimé ne lasse la douleur

2. Récitatif et Choeur

ALPHONSE
Mais du cortège qui s'avance
J'entends déjà les accents solennels.
Cher Lorenzo, de la prudence!
Viens rejoindre mon père
Et nous suivre aux autels.

(Marche et cortège; Elvire paraît entourée des jeunes filles espagnoles ses compagnes et de seigneurs napolitains. Des danses précèdent son arrivée; de jeunes Napolitaines lui présentent des fleurs.)

LE CHOEUR
Du prince, objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.
Alphonse épouse la plus belle;
Et quand le ciel forme leurs noeuds,
Que Naples soumise et fidèle
Redouble ses chants et ses jeux!
Rendons hommage à la plus belle!

3. Arie

ELVIRE
Plaisir du rang suprême,
Eclat de la grandeur,
Vous n'êtes rien auprès de mon bonheur.
A celui que j'aimais c'est l'hymen qui m'engage:
Dans mon âme ravie où règne son image,
S'il m'aime autant qu'il est aimé?
O moment enchanteur!
Je sens battre mon coeur!
Pour ma fidèle ardeur,
Quel jour prospère!
Plus de mystère:
Heureuse et fière,
Je puis parler de mon bonheur.

(Aux jeunes filles qui l'entourent.)

O mes jeunes amies,
Mes compagnes jolies,
Loin de notre patrie,
Vous qui m'avez suivie,
Partagez mon bonheur!
O moment enchanteur!
Je sens battre mon coeur!
Pour ma fidèle ardeur,
Quel jour prospère!
Plus de mystère:
Heureuse et fière,
Je puis parler de mon bonheur.
Et vous que sur mes pas
L'Espagne vit partir
Pour ce lointain rivage,
Par vos chants, par vos jeux,
Des bords heureux du Tage
Rappelez-moi le souvenir.

(Elvire s'assied entourée de sa cour.)

Ballet (Guarache)

4. Scène et Choeur

ELVIRE
(se levant)
Dans ces jardins quel bruit se fait entendre?

UNE DAME D'HONNEUR
C'est une jeune fille:
Elle fuit des soldats,
Elle accourt en ce palais
Et tend vers vous les bras.

(Fenella entre poursuivie par Selva et par des gardes. Fenella entre avec effroi; elle aperçoit la princesse et court se jeter à ses genoux.)

ELVIRE
Que voulez-vous? parlez.

(Fenella fait signe à la princesse qu'elle ne peut parler, mais que rien n'égalera sa reconnaissance; et, par ses gestes suppliants, elle la conjure de la dérober aux poursuites de Selva.)

ELVIRE
(la relevant)
Je saurai te défendre.
Quand mon bonheur
Est si grand aujourd'hui,
Pourrais-je aux malheureux
Refuser mon appui?

(A Selva)

Quelle est donc cette infortunée?

SELVA
La fille d'un pêcheur.
L'ordre du vice-roi
Depuis un mois la tient emprisonnée;
Mais ce matin, bravant une sévère loi,
Elle a brisé ses fers.

ELVIRE
(à Fenella)
Quel peut être ton crime?

(Fenella répond qu'elle n'est point coupable; elle en atteste le ciel.)

ELVIRE
Qui troubla ton repos?

(Fenella fait signe que l'amour s'empara de son coeur, et qu'il a causé tous ses maux.)

ELVIRE
Pauvre victime!
Je te comprends:
L'amour a su toucher ton coeur.
Mais de tes maux quel est l'auteur?

(Fenella fait signe qu'elle l'ignore; mais il jurait qu'il l'aimait, il la pressait contre son coeur; puis montrant l'écharpe qui l'entoure, elle fait entendre qu'elle l'a reçue de lui)

ELVIRE
Par cet ingrat tu fus abandonnée.

(Fenella soupire et fait signe que oui.)

ELVIRE
Mais dans ces lieux qui t'a donc entraînée!

(Fenella désigne Selva: il est venu l'arrêter, malgré ses larmes et ses prières. Faisant le geste de tourner une clef et de fermer des verrous, elle exprime qu'on l'a plongée dans un cachot.)

ELVIRE
En prison!

(Fenella explique que là elle priait, triste, pensive, plongée dans la douleur, quand tout à coup l'idée lui vint de se soustraire à l'esclavage. Montrant la fenêtre, elle fait signe qu'elle a attaché des draps, qu'elle s'est laissée glisser jusqu'à terre, qu'elle a remercié le ciel. Mais elle a entendu le qui-vive de la sentinelle; on l'a mise en joue; elle s'est sauvée à travers le jardin, a aperçu la princesse, et est venue se jeter à ses pieds.)

ELVIRE
Que ses gestes parlants,
Ont de grâce et de charmes!
Jeune fille! sèche tes larmes,
Je veux te protéger auprès de mon époux;
De ta douleur je serai l'interprète.

(Fenella lui témoigne sa reconnaissance.)

LORENZO
(sortant de la chapelle)
Voici de votre hymen la pompe qui s'apprête,
Princesse,
Dans le temple on n'attend plus que vous.

(La marche commence; Elvire et tout le cortège entrent dans la chapelle. Selva place différents groupes de soldats qui empêchent le peuple d'avancer, celui-ci se presse à l'entrée du péristyle, et regarde à l'intérieur du temple la cérémonie qu'il croit être commencée).
(Fenella, se lève sur la pointe des pieds, et fait des efforts pour voir, mais la foule l'en empêche.)

LE CHOEUR
Dieu puissant! Dieu tutélaire!
Nous t'implorons à genoux.

(Tout le monde se met à genoux.)

Daigne exaucer notre prière,
Et bénir ces heureux époux!

SELVA
(regardant)
O Dieu! Quel spectacle auguste et solennel!
Ce couple heureux s'avance vers l'autel.
Dans ces regards quelle tendresse brille!

LE CHOEUR
(reprise)

(Fenella observe que tout le monde est à genoux; sus gestes expriment la surprise et la douleur; elle ne peut en croire ses yeux, et s'élance vers le péristyle.)

LE CHOEUR DES SOLDATS
Qu'attendez-vous! Retirez-vous!
Ou bien, craignez notre courroux.

(Fenella supplie de la laisser passer; il y va de son repos, de son bonheur. Elle se désespère de ne pouvoir parler, de ne pouvoir expliquer ce qui l'intéresse si vivement.)

SELVA
Mais que veut cette jeune fille?
Que voulez-vous? Retirez-vous!

LE CHOEUR DES SOLDATS
N'approchez pas!
Loin de ces lieux portez vos pas.

LE CHOEUR DU PEUPLE
(bas à Fenella)
N'approchez pas!
Craignez ces farouches soldats.

(Fenella redouble ses instances et se tord les mains de désespoir. Il faut absolument qu'elle voie le Prince; c'est elle qui est son épouse; c'est à elle qu'il a donné sa foi. Elle veut pénétrer dans le temple pour interrompre la cérémonie.)

LE CHOEUR
Daigne exaucer notre prière,
Et bénis ces heureux époux!
Dieu puissant, tutélaire!
Do haut des cieux
Entends nos voeux!
Daigne exaucer notre prière!

5. Finale

LE CHOEUR DU PEUPLE
(regardant dans la chapelle)
Ils sont unis!

(Fenella pousse un cri, et tombe sur un siège, dans le plus grand désespoir. Alphonse entre, donnant la main à Elvire, et entouré de tous les Seigneurs de la Cour.)

LE CHOEUR
Quel bonheur! Quelle ivresse!
Par nos chants d'allégresse
Célébrons en ce jour
Et l'hymen et l'amour.

ELVIRE
(à Alphonse)
Je veux que cette journée
Commence par des bienfaits;
Et je vois une infortunée
Qui près de vous demande accès.

(Allant à Fenella qu'elle prend par la main.)

Approchez-vous.

(A Alphonse.)

Sa main est tremblante et glacée.
Par un perfide amant elle fut offensée,
Et contre un séducteur et parjure et cruel,
Elle vient implorer votre justice.

ALPHONSE
(la regardant)
O ciel!

ELVIRE
Quel est donc ce mystère?
Parlez, répondez-moi.

ALPHONSE
O funeste mystère!
C'est elle que je vois!

ELVIRE
Dieu! Quel soupçon m'éclaire
Et me glace d'effroi.

ALPHONSE
Pour finir ma misère,
O terre, entrouvre-toi!

LE CHOEUR
Quelle est cette étrangère
Qu'en ces lieux j'aperçois?
Quel est donc ce mystère
Qui les glace d'effroi?

ELVIRE
(allant à Fenella)
Rendez le calme à mon coeur éperdu;
Alphonse vous est-il connu?

(Fenella répond oui.)

ALPHONSE
Le regret me déchire et le remords m'accable.

ELVIRE
Achevez!

ALPHONSE
Je frémis.

(Fenella continue, et dit par ses gestes: c'est lui qui m'a trompée, c'est lui qui m'a donné cette écharpe, c'est lui qui m'a trahie)

ELVIRE
Eh bien! Le coupable?

(Fenella montre Alphonse.)

ELVIRE
C'est lui?
Voilà donc ce mystère
Qui me glace d'effroi!
Plus de bonheur sur terre,
Tout est fini pour moi!

ALPHONSE
Oui, tel est ce mystère;
Oui, j'ai trahi ma foi.
Pour finir ma misère,
O terre, entrouvre-toi!

LE CHOEUR, LORENZO
C'est pour cette étrangère
Qu'il a trahi sa foi.
O funeste mystère
Qui les glace d'effroi!

LE CHOEUR DE SOLDATS
(montrant Fenella)
Amis, punissons cette audace
Punissons de tels attentats!

ELVIRE
Non, non, n'arrêtez point ses pas.

(Fenella, regardant avec égarement Alphonse et Elvire, s'enfuit au milieu du peuple qui lui ouvre un passage. On la voit disparaître à travers la colonnade du fond.)

LE CHOEUR DE SOLDATS
Partons, courons, suivons ses pas.
Amis, punissons cette audace.

ELVIRE ET LE PEUPLE
Non, non, n'arrêtez point ses pas.

ALPHONSE
Terre, entrouvre-toi sous mes pas!
ACTE I


Ouverture

(Les jardins du duc d'Arcos. Au fond une colonnade; à gauche, l'entrée d'une chapelle; à droite, une trône préparé pour la fête. Au lever du rideau, des soldats espagnols, conduits par Selva, traversent la colonnade. Alphonse, choeur du peuple, en dehors)

1. Introduction et Air

LE CHOEUR
Du prince objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.

ALPHONSE
Ah! ces cris d'allégresse
Et ces chants d'hyménée
Redoublent les tourments qui déchirent mon coeur!
Elvire, que j'adore, en vain m'est destinée:
Le remords malgré moi
Vient troubler mon bonheur.
O toi, jeune victime
Dont j'ai trahi la foi,
Je vois avec effroi
Le malheur qui t'opprime.
Fenella, Fenella, cache-moi
Ton courroux légitime;
Pour expier mon crime,
Je veillerai sur toi.

LE CHOEUR
(en dehors)
Du prince, objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.

(Lorenzo entre.)

ALPHONSE
Lorenzo, je te vois;
Réponds, ami fidèle,
De Fenella sais-tu quel est le sort?

LORENZO
Seigneur, je l'ignore;
Et mon zèle
Pour découvrir sa trace
A fait un vain effort.

ALPHONSE
De mes coupables feux,
O suite trop cruelle!
Hélas! son malheur est certain.

LORENZO
Quand Naples
Retentit du bruit de votre hymen,
Quand la jeune et charmante Elvire
Consent à vous donner sa main,
Quel intérêt en ce jour vous inspire
La fille d'un pêcheur et son obscur destin?

ALPHONSE
Quel intérêt?…
Le remords qui m'accable,
J'ai su m'en faire aimer
En lui cachant mon nom;
El je suis d'autant plus coupable,
Que son destin étrange et misérable
Rend plus facile encore ma lâche trahison.

LORENZO
Qu'entends-je?

ALPHONSE
La parole à ses lèvres ravie
Par un horrible événement,
La livrait sans défense
A l'infidèle amant
Dont l'abandon empoisonna la vie.
Aimable fille, alors je t'ai chérie,
Dans ces entretiens pleins d'attraits,
Où nos coeurs semblaient se confondre,
Muette, hélas! tu m'entendais:
Tes yeux seuls pouvaient me répondre.

LORENZO
De cet indigne amour vous avez triomphé?

ALPHONSE
Ce n'est pas ma raison qui l'a seule étouffé:
J'oubliai ma victime en adorant Elvire:
Elle prit sur mes sens un souverain empire.
Mais ne sois pas surpris qu'en ce jour fortuné,
Où l'amour va m'unir à celle que j'adore,
Ami, la pitié parle encore
Pour celle que j'abandonnai.
Depuis un mois elle a fui ma présence,
Et sa mort…

LORENZO
Ecartez un présage odieux;
Peut-être votre père a voulu, par prudence,
La soustraire à vos yeux.
Vous connaissez son humeur inflexible,
A ses sujets comme à son fils terrible;
Vous la savez, on craint que sa rigueur
De ce peuple opprimé ne lasse la douleur

2. Récitatif et Choeur

ALPHONSE
Mais du cortège qui s'avance
J'entends déjà les accents solennels.
Cher Lorenzo, de la prudence!
Viens rejoindre mon père
Et nous suivre aux autels.

(Marche et cortège; Elvire paraît entourée des jeunes filles espagnoles ses compagnes et de seigneurs napolitains. Des danses précèdent son arrivée; de jeunes Napolitaines lui présentent des fleurs.)

LE CHOEUR
Du prince, objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.
Alphonse épouse la plus belle;
Et quand le ciel forme leurs noeuds,
Que Naples soumise et fidèle
Redouble ses chants et ses jeux!
Rendons hommage à la plus belle!

3. Arie

ELVIRE
Plaisir du rang suprême,
Eclat de la grandeur,
Vous n'êtes rien auprès de mon bonheur.
A celui que j'aimais c'est l'hymen qui m'engage:
Dans mon âme ravie où règne son image,
S'il m'aime autant qu'il est aimé?
O moment enchanteur!
Je sens battre mon coeur!
Pour ma fidèle ardeur,
Quel jour prospère!
Plus de mystère:
Heureuse et fière,
Je puis parler de mon bonheur.

(Aux jeunes filles qui l'entourent.)

O mes jeunes amies,
Mes compagnes jolies,
Loin de notre patrie,
Vous qui m'avez suivie,
Partagez mon bonheur!
O moment enchanteur!
Je sens battre mon coeur!
Pour ma fidèle ardeur,
Quel jour prospère!
Plus de mystère:
Heureuse et fière,
Je puis parler de mon bonheur.
Et vous que sur mes pas
L'Espagne vit partir
Pour ce lointain rivage,
Par vos chants, par vos jeux,
Des bords heureux du Tage
Rappelez-moi le souvenir.

(Elvire s'assied entourée de sa cour.)

Ballet (Guarache)

4. Scène et Choeur

ELVIRE
(se levant)
Dans ces jardins quel bruit se fait entendre?

UNE DAME D'HONNEUR
C'est une jeune fille:
Elle fuit des soldats,
Elle accourt en ce palais
Et tend vers vous les bras.

(Fenella entre poursuivie par Selva et par des gardes. Fenella entre avec effroi; elle aperçoit la princesse et court se jeter à ses genoux.)

ELVIRE
Que voulez-vous? parlez.

(Fenella fait signe à la princesse qu'elle ne peut parler, mais que rien n'égalera sa reconnaissance; et, par ses gestes suppliants, elle la conjure de la dérober aux poursuites de Selva.)

ELVIRE
(la relevant)
Je saurai te défendre.
Quand mon bonheur
Est si grand aujourd'hui,
Pourrais-je aux malheureux
Refuser mon appui?

(A Selva)

Quelle est donc cette infortunée?

SELVA
La fille d'un pêcheur.
L'ordre du vice-roi
Depuis un mois la tient emprisonnée;
Mais ce matin, bravant une sévère loi,
Elle a brisé ses fers.

ELVIRE
(à Fenella)
Quel peut être ton crime?

(Fenella répond qu'elle n'est point coupable; elle en atteste le ciel.)

ELVIRE
Qui troubla ton repos?

(Fenella fait signe que l'amour s'empara de son coeur, et qu'il a causé tous ses maux.)

ELVIRE
Pauvre victime!
Je te comprends:
L'amour a su toucher ton coeur.
Mais de tes maux quel est l'auteur?

(Fenella fait signe qu'elle l'ignore; mais il jurait qu'il l'aimait, il la pressait contre son coeur; puis montrant l'écharpe qui l'entoure, elle fait entendre qu'elle l'a reçue de lui)

ELVIRE
Par cet ingrat tu fus abandonnée.

(Fenella soupire et fait signe que oui.)

ELVIRE
Mais dans ces lieux qui t'a donc entraînée!

(Fenella désigne Selva: il est venu l'arrêter, malgré ses larmes et ses prières. Faisant le geste de tourner une clef et de fermer des verrous, elle exprime qu'on l'a plongée dans un cachot.)

ELVIRE
En prison!

(Fenella explique que là elle priait, triste, pensive, plongée dans la douleur, quand tout à coup l'idée lui vint de se soustraire à l'esclavage. Montrant la fenêtre, elle fait signe qu'elle a attaché des draps, qu'elle s'est laissée glisser jusqu'à terre, qu'elle a remercié le ciel. Mais elle a entendu le qui-vive de la sentinelle; on l'a mise en joue; elle s'est sauvée à travers le jardin, a aperçu la princesse, et est venue se jeter à ses pieds.)

ELVIRE
Que ses gestes parlants,
Ont de grâce et de charmes!
Jeune fille! sèche tes larmes,
Je veux te protéger auprès de mon époux;
De ta douleur je serai l'interprète.

(Fenella lui témoigne sa reconnaissance.)

LORENZO
(sortant de la chapelle)
Voici de votre hymen la pompe qui s'apprête,
Princesse,
Dans le temple on n'attend plus que vous.

(La marche commence; Elvire et tout le cortège entrent dans la chapelle. Selva place différents groupes de soldats qui empêchent le peuple d'avancer, celui-ci se presse à l'entrée du péristyle, et regarde à l'intérieur du temple la cérémonie qu'il croit être commencée).
(Fenella, se lève sur la pointe des pieds, et fait des efforts pour voir, mais la foule l'en empêche.)

LE CHOEUR
Dieu puissant! Dieu tutélaire!
Nous t'implorons à genoux.

(Tout le monde se met à genoux.)

Daigne exaucer notre prière,
Et bénir ces heureux époux!

SELVA
(regardant)
O Dieu! Quel spectacle auguste et solennel!
Ce couple heureux s'avance vers l'autel.
Dans ces regards quelle tendresse brille!

LE CHOEUR
(reprise)

(Fenella observe que tout le monde est à genoux; sus gestes expriment la surprise et la douleur; elle ne peut en croire ses yeux, et s'élance vers le péristyle.)

LE CHOEUR DES SOLDATS
Qu'attendez-vous! Retirez-vous!
Ou bien, craignez notre courroux.

(Fenella supplie de la laisser passer; il y va de son repos, de son bonheur. Elle se désespère de ne pouvoir parler, de ne pouvoir expliquer ce qui l'intéresse si vivement.)

SELVA
Mais que veut cette jeune fille?
Que voulez-vous? Retirez-vous!

LE CHOEUR DES SOLDATS
N'approchez pas!
Loin de ces lieux portez vos pas.

LE CHOEUR DU PEUPLE
(bas à Fenella)
N'approchez pas!
Craignez ces farouches soldats.

(Fenella redouble ses instances et se tord les mains de désespoir. Il faut absolument qu'elle voie le Prince; c'est elle qui est son épouse; c'est à elle qu'il a donné sa foi. Elle veut pénétrer dans le temple pour interrompre la cérémonie.)

LE CHOEUR
Daigne exaucer notre prière,
Et bénis ces heureux époux!
Dieu puissant, tutélaire!
Do haut des cieux
Entends nos voeux!
Daigne exaucer notre prière!

5. Finale

LE CHOEUR DU PEUPLE
(regardant dans la chapelle)
Ils sont unis!

(Fenella pousse un cri, et tombe sur un siège, dans le plus grand désespoir. Alphonse entre, donnant la main à Elvire, et entouré de tous les Seigneurs de la Cour.)

LE CHOEUR
Quel bonheur! Quelle ivresse!
Par nos chants d'allégresse
Célébrons en ce jour
Et l'hymen et l'amour.

ELVIRE
(à Alphonse)
Je veux que cette journée
Commence par des bienfaits;
Et je vois une infortunée
Qui près de vous demande accès.

(Allant à Fenella qu'elle prend par la main.)

Approchez-vous.

(A Alphonse.)

Sa main est tremblante et glacée.
Par un perfide amant elle fut offensée,
Et contre un séducteur et parjure et cruel,
Elle vient implorer votre justice.

ALPHONSE
(la regardant)
O ciel!

ELVIRE
Quel est donc ce mystère?
Parlez, répondez-moi.

ALPHONSE
O funeste mystère!
C'est elle que je vois!

ELVIRE
Dieu! Quel soupçon m'éclaire
Et me glace d'effroi.

ALPHONSE
Pour finir ma misère,
O terre, entrouvre-toi!

LE CHOEUR
Quelle est cette étrangère
Qu'en ces lieux j'aperçois?
Quel est donc ce mystère
Qui les glace d'effroi?

ELVIRE
(allant à Fenella)
Rendez le calme à mon coeur éperdu;
Alphonse vous est-il connu?

(Fenella répond oui.)

ALPHONSE
Le regret me déchire et le remords m'accable.

ELVIRE
Achevez!

ALPHONSE
Je frémis.

(Fenella continue, et dit par ses gestes: c'est lui qui m'a trompée, c'est lui qui m'a donné cette écharpe, c'est lui qui m'a trahie)

ELVIRE
Eh bien! Le coupable?

(Fenella montre Alphonse.)

ELVIRE
C'est lui?
Voilà donc ce mystère
Qui me glace d'effroi!
Plus de bonheur sur terre,
Tout est fini pour moi!

ALPHONSE
Oui, tel est ce mystère;
Oui, j'ai trahi ma foi.
Pour finir ma misère,
O terre, entrouvre-toi!

LE CHOEUR, LORENZO
C'est pour cette étrangère
Qu'il a trahi sa foi.
O funeste mystère
Qui les glace d'effroi!

LE CHOEUR DE SOLDATS
(montrant Fenella)
Amis, punissons cette audace
Punissons de tels attentats!

ELVIRE
Non, non, n'arrêtez point ses pas.

(Fenella, regardant avec égarement Alphonse et Elvire, s'enfuit au milieu du peuple qui lui ouvre un passage. On la voit disparaître à travers la colonnade du fond.)

LE CHOEUR DE SOLDATS
Partons, courons, suivons ses pas.
Amis, punissons cette audace.

ELVIRE ET LE PEUPLE
Non, non, n'arrêtez point ses pas.

ALPHONSE
Terre, entrouvre-toi sous mes pas!



|新しいページ|検索|ページ一覧|RSS|@ウィキご利用ガイド | 管理者にお問合せ
|ログイン|