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ACTE III


10. Duo

(Un appartement du palais)

ALPHONSE
N'espérez pas me fuir,
Je ne vous quitte pas.

ELVIRE
Non, laissez-moi, n'arrêtez point mes pas.

ALPHONSE
Ecoutez, je vous en supplie:
Que le noeud qui nous lie
M'obtienne au moins cette faveur!

ELVIRE
Non, jamais! Vous m'avez trahie,
Et votre perfidie
A porté la mort dans mon coeur.

ALPHONSE
Quelques torts dont je sois coupable
Je fléchirais votre rigueur,
Si du désespoir qui m'accable
Vous pouviez connaître l'horreur.

ELVIRE
Epargnez-vous un tel parjure:
De moi vous n'entendrez, hélas!
Aucun reproche, aucun murmure;
Je pars.

ALPHONSE
Elvire!

ELVIRE
Je pars, n'arrêtez point mes pas!
Ah! je n'accuse que moi-même;
De mon amour je dois rougir.
Pour toujours, hélas! je vous aime!
Et pour toujours je dois vous fuir.

ALPHONSE
En horreur á moi-même,
Il ne me reste qu'à mourir.
J'ai fait le malheur
De tout ce que j'aime.
Il ne me reste qu'à mourir.

ELVIRE
Ah! je n'accuse que moi-même;
De mon amour je dois rougir.
Pour toujours, hélas! je vous aime!
Et pour toujours je dois vous fuir.

ALPHONSE
Elvire, si je fus coupable,
Du moins ce n'est pas envers toi.

ELVIRE
Fuyez, Alphonse, épargnez-moi;
Cessez un entretien coupable.

ALPHONSE
Vois le désespoir qui m'accable:
Ah! jette un seul regard sur moi!

ELVIRE
Non, vous avez brisé nos chaînes.

ALPHONSE
Vois ton amant, vois ton époux.

ELVIRE
Lui seul cause toutes mes peines.

ALPHONSE
Il va mourir à tes genoux.

ELVIRE
Alphonse!

ALPHONSE
Il va mourir à tes genoux!

ELVIRE
Alphonse!

ALPHONSE
Elvire!

ELVIRE
Je pardonne.
Mon faible coeur parle pour toi.

ALPHONSE
Au bonheur mon coeur s'abandonne!

ELVIRE
Et je m'abandonne à ta foi.

ALPHONSE, ELVIRE
Ô moment plein de charmes!
T Tous nos maux sont finis;
Je sens couler des larmes
De mes yeux attendris.

ELVIRE
Mais cette jeune infortunée,
Je dois veiller sur son destin.
Alphonse, ordonnez que soudain
Près de sa souveraine elle soit amenée.

ALPHONSE
Vos désirs seront satisfaits.

(A Selva qui entre)

Courez, soldats, cherchez la fugitive
Qui fut votre captive
Et qu'elle soit par vous conduite en ce palais

(Ils sortent.)

11. Choeur

(La grande place du marché de Naples. On voit arriver, en dansant, des jeunes filles portant sur leurs têtes des corbeilles de fleurs ou de fruits; des pêcheurs et des paysans arrivent apportant leurs denrées. Le marché s'ouvre: les fleurs et les fruits s'élèvent en étage de chaque côté. Pendant que des jeunes filles et des jeunes garçons se livrent à la danse, des habitants de Naples, suivis de leurs intendants ou de leurs porteurs passent dans les allées du marché, marchandent, achètent. Plusieurs lazzaroni, à qui ils donnent des pièces de monnaie ou des paniers de fruits, témoignent leur joie et se joignent aux danseurs. Pendant ce temps, Fenella est entrée avec celles de ses compagnes qu'on a vues au second acte; elles se placent sur le devant du théâtre, et ont devant elles des paniers de fruits. Fenella est triste, pensive et ne prend part à ce qui se passe autour d'elle; de temps en temps seulement elle se lève et regarde si elle ne voit pas apparaître son frère ou quelqu'un de la cour.)

LE CHOEUR
Au marché qui vient de s'ouvrir,
Venez, hâtez-vous d'accourir:
Voilà des fleurs, voilà des fruits,
Raisins vermeils, limons exquis,
Oranges fines de Méta,
Rosolio, vin de Somma,
Nouveaux cédrats de Portici,
Venez à moi, venez ici
C'est moi qui veux vous les offrir:
Vers moi pressez-vous d'accourir.

PÊCHEURS
Venez, adressez-vous au pêcheur de Mysène.

MARCHANDES DE FRUITS
Je vends des fruits au vice-roi.

MARCHANDES DE FLEURS
Et moi des bouquets à la reine.

12. Final

(Selva entre avec plusieurs soldats qui se dispersent dans le marché. Fenella aperçoit Selva. Trompée par son uniforme, elle le regarde d'abord avec curiosité: mais elle le reconnaît, fait un geste d'effroi, et tâche de lui cacher son visage.)

SELVA
(Pendant que la danse continue, il parcourt les différents groupes des jeunes filles et les regarde attentivement; arrivé près de Fenella, il fait un geste de surprise.)
Non, je ne me trompe pas.
C'est bien elle!... à moi, soldats!
Qu'à l'instant même on me suive!

(Fenella se lève épouvantée et court se réfugier au milieu de ses campagnes; par ses gestes elle les supplie de la protéger.)

LE CHOEUR DE FEMMES
Ô ciel! l'innocente captive!
On en veut à ses jours
Qu'a-t-elle fait?

SELVA ET LES SOLDATS
Qu'à l'instant on nous suive!

(On entraîne Fenella.)

LE CHOEUR DE FEMMES
Ah! contre nos tyrans il n'est point de recours?
Qui viendra donc à son secours?

SELVA, SOLDATS
Point de murmure, il y va de nos jours!

(Selva et les soldats sont sur le point d'emmener Fenella quand au milieu du marché paraissent Masaniello, Pietro et quelques pêcheurs.)

MASANIELLO
Où la conduisez-vous?

SELVA
Que t'importe?

MASANIELLO
C'est ma soeur

SELVA
Tais-toi! c'est par l'ordre du vice-roi.

MASANIELLO
(tirant son poignard)
Crains la fureur qui me transporte.

SELVA
(faisant signe à un soldat)
Arrache-lui ce fer dont il ose s'armer

MASANIELLO
(poignardant le soldat)
Levez-vous, compagnons!
Ils veulent m'immoler!

(Tous les paysans, qui étaient restés assis, se lèvent en tirant leurs armes, et en un instant Selva et ses soldats sont entourés et désarmés.)

LE CHOEUR
Courons à la vengeance!
Des armes, des flambeaux!
Et que notre vaillance
Mette un terme à nos maux!

(Ils agitent leurs armes, et vont pour sortir.)

Marchons, marchons!

MASANIELLO
(les arrêtant)
Invoquons du Très-Haut
La faveur tutélaire:
A genoux, guerriers, à genoux!
Dieu nous juge: que sa colère
Aux combats marche devant nous!

(Le peuple se prosterne.)

MASANIELLO, LE CHOEUR
Saint bienheureux, dont la divine image
De nos enfants protège les berceaux,
Toi qui nous rends la force et le courage,
Toi qui soutiens le pauvre en ses travaux,
Tu nous vois tous à tes genoux!
Sois avec nous, protège-nous!
Saint bienheureux, dont la divine image
De nos enfants protège les berceaux,
Tu nous vois tous à tes genoux!
Sois avec nous, protège-nous!
Fais aujourd'hui pour nous
Des miracles nouveaux.

(On entend le roulement du tambour.)

CHOEUR GÉNÉRAL
Marchons! des armes! des flambeaux! etc.
Courons à la vengeance!
Des armes, des flambeaux!
Et que notre vaillance
Mette un terme à nos maux!

(Ils se partagent des armes et courent des torches à la main; les femmes les excitent à la lueur de l'incendie.)
ACTE III


10. Duo

(Un appartement du palais)

ALPHONSE
N'espérez pas me fuir,
Je ne vous quitte pas.

ELVIRE
Non, laissez-moi, n'arrêtez point mes pas.

ALPHONSE
Ecoutez, je vous en supplie:
Que le noeud qui nous lie
M'obtienne au moins cette faveur!

ELVIRE
Non, jamais! Vous m'avez trahie,
Et votre perfidie
A porté la mort dans mon coeur.

ALPHONSE
Quelques torts dont je sois coupable
Je fléchirais votre rigueur,
Si du désespoir qui m'accable
Vous pouviez connaître l'horreur.

ELVIRE
Epargnez-vous un tel parjure:
De moi vous n'entendrez, hélas!
Aucun reproche, aucun murmure;
Je pars.

ALPHONSE
Elvire!

ELVIRE
Je pars, n'arrêtez point mes pas!
Ah! je n'accuse que moi-même;
De mon amour je dois rougir.
Pour toujours, hélas! je vous aime!
Et pour toujours je dois vous fuir.

ALPHONSE
En horreur á moi-même,
Il ne me reste qu'à mourir.
J'ai fait le malheur
De tout ce que j'aime.
Il ne me reste qu'à mourir.

ELVIRE
Ah! je n'accuse que moi-même;
De mon amour je dois rougir.
Pour toujours, hélas! je vous aime!
Et pour toujours je dois vous fuir.

ALPHONSE
Elvire, si je fus coupable,
Du moins ce n'est pas envers toi.

ELVIRE
Fuyez, Alphonse, épargnez-moi;
Cessez un entretien coupable.

ALPHONSE
Vois le désespoir qui m'accable:
Ah! jette un seul regard sur moi!

ELVIRE
Non, vous avez brisé nos chaînes.

ALPHONSE
Vois ton amant, vois ton époux.

ELVIRE
Lui seul cause toutes mes peines.

ALPHONSE
Il va mourir à tes genoux.

ELVIRE
Alphonse!

ALPHONSE
Il va mourir à tes genoux!

ELVIRE
Alphonse!

ALPHONSE
Elvire!

ELVIRE
Je pardonne.
Mon faible coeur parle pour toi.

ALPHONSE
Au bonheur mon coeur s'abandonne!

ELVIRE
Et je m'abandonne à ta foi.

ALPHONSE, ELVIRE
Ô moment plein de charmes!
T Tous nos maux sont finis;
Je sens couler des larmes
De mes yeux attendris.

ELVIRE
Mais cette jeune infortunée,
Je dois veiller sur son destin.
Alphonse, ordonnez que soudain
Près de sa souveraine elle soit amenée.

ALPHONSE
Vos désirs seront satisfaits.

(A Selva qui entre)

Courez, soldats, cherchez la fugitive
Qui fut votre captive
Et qu'elle soit par vous conduite en ce palais

(Ils sortent.)

11. Choeur

(La grande place du marché de Naples. On voit arriver, en dansant, des jeunes filles portant sur leurs têtes des corbeilles de fleurs ou de fruits; des pêcheurs et des paysans arrivent apportant leurs denrées. Le marché s'ouvre: les fleurs et les fruits s'élèvent en étage de chaque côté. Pendant que des jeunes filles et des jeunes garçons se livrent à la danse, des habitants de Naples, suivis de leurs intendants ou de leurs porteurs passent dans les allées du marché, marchandent, achètent. Plusieurs lazzaroni, à qui ils donnent des pièces de monnaie ou des paniers de fruits, témoignent leur joie et se joignent aux danseurs. Pendant ce temps, Fenella est entrée avec celles de ses compagnes qu'on a vues au second acte; elles se placent sur le devant du théâtre, et ont devant elles des paniers de fruits. Fenella est triste, pensive et ne prend part à ce qui se passe autour d'elle; de temps en temps seulement elle se lève et regarde si elle ne voit pas apparaître son frère ou quelqu'un de la cour.)

LE CHOEUR
Au marché qui vient de s'ouvrir,
Venez, hâtez-vous d'accourir:
Voilà des fleurs, voilà des fruits,
Raisins vermeils, limons exquis,
Oranges fines de Méta,
Rosolio, vin de Somma,
Nouveaux cédrats de Portici,
Venez à moi, venez ici
C'est moi qui veux vous les offrir:
Vers moi pressez-vous d'accourir.

PÊCHEURS
Venez, adressez-vous au pêcheur de Mysène.

MARCHANDES DE FRUITS
Je vends des fruits au vice-roi.

MARCHANDES DE FLEURS
Et moi des bouquets à la reine.

12. Final

(Selva entre avec plusieurs soldats qui se dispersent dans le marché. Fenella aperçoit Selva. Trompée par son uniforme, elle le regarde d'abord avec curiosité: mais elle le reconnaît, fait un geste d'effroi, et tâche de lui cacher son visage.)

SELVA
(Pendant que la danse continue, il parcourt les différents groupes des jeunes filles et les regarde attentivement; arrivé près de Fenella, il fait un geste de surprise.)
Non, je ne me trompe pas.
C'est bien elle!... à moi, soldats!
Qu'à l'instant même on me suive!

(Fenella se lève épouvantée et court se réfugier au milieu de ses campagnes; par ses gestes elle les supplie de la protéger.)

LE CHOEUR DE FEMMES
Ô ciel! l'innocente captive!
On en veut à ses jours
Qu'a-t-elle fait?

SELVA ET LES SOLDATS
Qu'à l'instant on nous suive!

(On entraîne Fenella.)

LE CHOEUR DE FEMMES
Ah! contre nos tyrans il n'est point de recours?
Qui viendra donc à son secours?

SELVA, SOLDATS
Point de murmure, il y va de nos jours!

(Selva et les soldats sont sur le point d'emmener Fenella quand au milieu du marché paraissent Masaniello, Pietro et quelques pêcheurs.)

MASANIELLO
Où la conduisez-vous?

SELVA
Que t'importe?

MASANIELLO
C'est ma soeur

SELVA
Tais-toi! c'est par l'ordre du vice-roi.

MASANIELLO
(tirant son poignard)
Crains la fureur qui me transporte.

SELVA
(faisant signe à un soldat)
Arrache-lui ce fer dont il ose s'armer

MASANIELLO
(poignardant le soldat)
Levez-vous, compagnons!
Ils veulent m'immoler!

(Tous les paysans, qui étaient restés assis, se lèvent en tirant leurs armes, et en un instant Selva et ses soldats sont entourés et désarmés.)

LE CHOEUR
Courons à la vengeance!
Des armes, des flambeaux!
Et que notre vaillance
Mette un terme à nos maux!

(Ils agitent leurs armes, et vont pour sortir.)

Marchons, marchons!

MASANIELLO
(les arrêtant)
Invoquons du Très-Haut
La faveur tutélaire:
A genoux, guerriers, à genoux!
Dieu nous juge: que sa colère
Aux combats marche devant nous!

(Le peuple se prosterne.)

MASANIELLO, LE CHOEUR
Saint bienheureux, dont la divine image
De nos enfants protège les berceaux,
Toi qui nous rends la force et le courage,
Toi qui soutiens le pauvre en ses travaux,
Tu nous vois tous à tes genoux!
Sois avec nous, protège-nous!
Saint bienheureux, dont la divine image
De nos enfants protège les berceaux,
Tu nous vois tous à tes genoux!
Sois avec nous, protège-nous!
Fais aujourd'hui pour nous
Des miracles nouveaux.

(On entend le roulement du tambour.)

CHOEUR GÉNÉRAL
Marchons! des armes! des flambeaux! etc.
Courons à la vengeance!
Des armes, des flambeaux!
Et que notre vaillance
Mette un terme à nos maux!

(Ils se partagent des armes et courent des torches à la main; les femmes les excitent à la lueur de l'incendie.)



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