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ACTE V


17. Barcarolle

(Le vestibule du palais du vice-roi. A gauche, un large escalier en pierre conduisant à une terrasse. Au fond, dons le lointain, le sommet du Vésuve. Pietro, pêcheurs, jeunes filles du peuple. Ils sortent de l'appartement à gauche, qui est celui du festin. C'est la fin des agapes. Ils tiennent à la main des coupes, des vases remplis de vin; d'autres tiennent des guitares)

PIETRO
(une guitare à la main)
Voyez du haut de ces rivages
Ce frêle esquif voguer sur la mer en fureur!
Les vents, les flots et les orages
Menaçaient d'engloutir le malheureux pêcheur.
Mais la Madone sainte a guidé l'équipage:
Par elle protégés, nous revoyons le bord.
Plus de crainte, plus d'orage!
Notre barque a touché le port.

LE CHOEUR
Plus de crainte, notre barque a touché le port.

UN PÉCHEUR
(bas à Pietro)
De ce nouveau tyran as-tu brisé les chaînes?

PIETRO
(de même)
Oui, j'ai de notre chef puni la trahison.

(Montrant à gauche la salle du festin.)

Et par mes soins, un rapide poison
Déjà circule dans ses veines.

(Il continue la chanson)

Ivres de sang et de pillage,
Des pirates cruels, la terreur de nos mers,
Parfois le soir sur cette plage,
Attendent le pêcheur
Pour lui donner des fers.
Mais la Madone sainte a guidé l'équipage,
Par elle protégés, nous revoyons le bord.
Plus de crainte, plus d'orage!
Notre barque à touché le port.

LE CHOEUR
Plus de crainte, notre barque a touché le port.

18. Finale

PIETRO
On vient! silence, amis!

(Borella entre de l'appartement à gauche.)

PIETRO
Quelle frayeur t'agite, Borella?

BORELLA
Compagnons, armez-vous, ou tremblez!
De nombreux bataillons
Qu'Alphonse a rassemblés
Marchent vers ce palais, ils s'avancent...

PIETRO
O rage!

BORELLA
Le ciel même paraît combattre contre nous.
De quelque grand malheur
Trop sinistre présage,
Les sourds gémissements
Du Vésuve en courroux
De ce peuple crédule ont glacé le courage.

LE CHOEUR DE PÊCHEURS
D'un juste châtiment qui peut nous préserver?

LE CHOEUR DE FEMMES
Masaniello peut seul arrêter leur furie.

LE CHOEUR DES HOMMES
Masaniello peut encore nous sauver.

BORELLA
(montrant la porte à gauche)
Masaniello, n'y comptez plus!

LE CHOEUR
O ciel! il a perdu la vie!

BORELLA
Non, il respire encore;
Mais, sourd à nos accents,
Je ne sais quel délire a maîtrisé ses sens.

PIETRO
C'est Dieu qui l'a frappé.

BORELLA
Tantôt, sombre et farouche,
Il se croit entouré
De mourants et de morts;
Tantôt, le sourire à la bouche, il chante
Et croit guider sa barque sur nos bords.

LE CHOEUR
Misérable Pietro, tu mourras s'il expire!

PIETRO
Non, sa raison sur lui reprendra son empire.

BORELLA
Mais il vient! il vient!

(Masaniello entre. Le désordre de ses vêtements annonce le trouble de ses esprits.)

MASANIELLO
Courons à la vengeance!
Des armes, des flambeaux!

PIETRO
Reviens à toi!

MASANIELLO
(lui prenant la main)
Parle bas, pêcheur, parle bas;
Jette tes filets en silence.

BORELLA
Masaniello!

LE CHOEUR
Viens, marchons, viens, guide nos pas, Masaniello!

PIETRO
Sais-tu quel péril nous menace?
Voici nos ennemis, mais guide notre audace
Sois notre chef! Parais,
Ils fuiront devant toi. Partons!

MASANIELLO
Oui, oui, partons!

PIETRO, LE CHOEUR
C'est l'honneur qui t'appelle.

MASANIELLO
(d'un air riant)
Partons, la matinée est belle;
Venez, amis, venez tous avec moi!…

(A ce moment le ciel s'obscurcit, et le Vésuve, qu'on aperçoit de loin, commence à jeter quelques flammes.)

Chantons gaiement la barcarolle,
Charmons ainsi nos courts loisirs.

BORELLA
Mortels délais! vains souvenirs!

LE CHOEUR
Mortels délais! vains souvenirs!
Masaniello si vous tardez on nous immole.

MASANIELLO
Le roi des mers ne t'échappera pas!

(Fenella entre et court à Masaniello. Elle lui explique que les soldats du vice-roi s'avancent en bon ordre, enseignes déployées, et que les tambours battent aux champs. Devant eux les lazzaroni se sont enfuis effrayés: les uns ont jeté leurs armes, les autres, à genoux, ont demandé la vie. Elle entraîne Masaniello vers la fenêtre du palais... Les voilà, ils avancent; ils ont juré qu'aucun de vous n'échapperait.)

PIETRO
(à Masaniello)
Tu le vois, leur fureur nous devons au trépas?

MASANIELLO
(revenant un peu à lui, et serrant Fenella contre son coeur)
Ma Fenella! ma soeur! qui cause tes alarmes?

PIETRO
L'ennemi!…
Que ce mot te rappelle aux combats!

MASANIELLO
Qu'entends-je?

PIETRO
Ce sont eux.

MASANIELLO
Eh! qui donc?

PIETRO
Nos tyrans!

LE CHOEUR
Nos tyrans!

MASANIELLO
Nos tyrans?

(revenant à lui)

Mes armes!

LE CHOEUR
Victoire! il va guider nos pas;
Plus de discordes, plus d'alarmes!
Victoire! il va guider nos pas!

(Ils sortent tous l'épée à la main en entraînant Masaniello, qui recommande à Borella de rester près de sa soeur et de veiller sur elle. Quelque temps Fenella, (seule), suit son frère des yeux. Elle revient sur le bord du théâtre, et prie pour que le ciel le protège. C'est tout ce qu'elle demande, car pour elle il n'y a plus d'espoir de bonheur... Elle regarde encore cette écharpe qu'Alphonse lui a donnée; elle veut s'en séparer, elle ne peut s'y résoudre, elle la regarde, la couvre de baisers; elle entend marcher et la cache... C'est Elvire, c'est sa rivale qui entre pâle et échevelée; Fenella court à elle: comment vous trouvez-vous seule en ces lieux? d'où venez-vous?)

ELVIRE
N'approchez pas! le meurtre et l'incendie
Dévastent ce palais;
Venez, fuyons de ces lieux.

(Fenella n'a rien à craindre; elle veut rester.)

ELVIRE
Entendez-vous les cris
Dont ils frappent les cieux?
Je vois le fer sanglant qui menaçait ma vie,
J'allais périr!... un mortel généreux,
Votre frère lui-même a trompé leur furie.

BORELLA
Masaniello! grands dieux!
Il a triomphé? Le destin se prononce!
Écoutez
Il revient... qu'ai-je vu? c'est Alphonse!

(Alphonse entre avec sa suite. Fenella court à lui, et lui demande où est Masaniello.)

ALPHONSE
Votre frère!... Ô douleur! Ô regrets éternels!
Il combattait encore... Hélas! à ces cruels
Il voulait épargner un crime.
Prête à périr, Elvire embrassait ses genoux...
Il a sauvé ses jours, et le peuple en courroux...

BORELLA
Il en était l'idole.

ALPHONSE
Il en est la victime.

(Fenella écoute ce récit en tremblant et tombe à moitié évanouie dans les bras de Borella qui la soutient.)

ALPHONSE
Et je n'ai pu le secourir!
Je l'ai vengé du moins:
Nos bataillons fidèles
Ont au loin dispersé ces hordes de rebelles.
Masaniello n'est plus... Ils ne savent que fuir.

(Fenella sort peu à peu de son évanouissement, aperçoit Alphonse auprès d'Elvire, se relève, jette sur Alphonse un dernier regard de regret et de tendresse et unit sa main à celle d'Elvire, puis elle s'élance rapidement vers l'escalier qui est au fond du théâtre. Surpris de ce brusque départ, Alphonse et Elvire se retournent pour lui adresser un dernier adieu. A ce moment le Vésuve commence à jeter des tourbillons de flamme et de fumée, et Fenella, parvenue en haut de la terrasse, contemple cet effrayant spectacle. Elle s'arrête et détache son écharpe, la jette du côté d'Alphonse, lève les yeux au ciel et se précipite dans l'abîme. Alphonse et Elvire poussent un cri d'effroi. Mais au même instant le Vésuve mugit avec plus de fureur; du cratère du volcan la lave en flamme se précipite. Le peuple épouvanté se prosterne.)

LE CHOEUR
Grâce pour notre crime!
Grand Dieu! protège-nous!
Et que cette victime
Suffise à ton courroux!
ACTE V


17. Barcarolle

(Le vestibule du palais du vice-roi. A gauche, un large escalier en pierre conduisant à une terrasse. Au fond, dons le lointain, le sommet du Vésuve. Pietro, pêcheurs, jeunes filles du peuple. Ils sortent de l'appartement à gauche, qui est celui du festin. C'est la fin des agapes. Ils tiennent à la main des coupes, des vases remplis de vin; d'autres tiennent des guitares)

PIETRO
(une guitare à la main)
Voyez du haut de ces rivages
Ce frêle esquif voguer sur la mer en fureur!
Les vents, les flots et les orages
Menaçaient d'engloutir le malheureux pêcheur.
Mais la Madone sainte a guidé l'équipage:
Par elle protégés, nous revoyons le bord.
Plus de crainte, plus d'orage!
Notre barque a touché le port.

LE CHOEUR
Plus de crainte, notre barque a touché le port.

UN PÉCHEUR
(bas à Pietro)
De ce nouveau tyran as-tu brisé les chaînes?

PIETRO
(de même)
Oui, j'ai de notre chef puni la trahison.

(Montrant à gauche la salle du festin.)

Et par mes soins, un rapide poison
Déjà circule dans ses veines.

(Il continue la chanson)

Ivres de sang et de pillage,
Des pirates cruels, la terreur de nos mers,
Parfois le soir sur cette plage,
Attendent le pêcheur
Pour lui donner des fers.
Mais la Madone sainte a guidé l'équipage,
Par elle protégés, nous revoyons le bord.
Plus de crainte, plus d'orage!
Notre barque à touché le port.

LE CHOEUR
Plus de crainte, notre barque a touché le port.

18. Finale

PIETRO
On vient! silence, amis!

(Borella entre de l'appartement à gauche.)

PIETRO
Quelle frayeur t'agite, Borella?

BORELLA
Compagnons, armez-vous, ou tremblez!
De nombreux bataillons
Qu'Alphonse a rassemblés
Marchent vers ce palais, ils s'avancent...

PIETRO
O rage!

BORELLA
Le ciel même paraît combattre contre nous.
De quelque grand malheur
Trop sinistre présage,
Les sourds gémissements
Du Vésuve en courroux
De ce peuple crédule ont glacé le courage.

LE CHOEUR DE PÊCHEURS
D'un juste châtiment qui peut nous préserver?

LE CHOEUR DE FEMMES
Masaniello peut seul arrêter leur furie.

LE CHOEUR DES HOMMES
Masaniello peut encore nous sauver.

BORELLA
(montrant la porte à gauche)
Masaniello, n'y comptez plus!

LE CHOEUR
O ciel! il a perdu la vie!

BORELLA
Non, il respire encore;
Mais, sourd à nos accents,
Je ne sais quel délire a maîtrisé ses sens.

PIETRO
C'est Dieu qui l'a frappé.

BORELLA
Tantôt, sombre et farouche,
Il se croit entouré
De mourants et de morts;
Tantôt, le sourire à la bouche, il chante
Et croit guider sa barque sur nos bords.

LE CHOEUR
Misérable Pietro, tu mourras s'il expire!

PIETRO
Non, sa raison sur lui reprendra son empire.

BORELLA
Mais il vient! il vient!

(Masaniello entre. Le désordre de ses vêtements annonce le trouble de ses esprits.)

MASANIELLO
Courons à la vengeance!
Des armes, des flambeaux!

PIETRO
Reviens à toi!

MASANIELLO
(lui prenant la main)
Parle bas, pêcheur, parle bas;
Jette tes filets en silence.

BORELLA
Masaniello!

LE CHOEUR
Viens, marchons, viens, guide nos pas, Masaniello!

PIETRO
Sais-tu quel péril nous menace?
Voici nos ennemis, mais guide notre audace
Sois notre chef! Parais,
Ils fuiront devant toi. Partons!

MASANIELLO
Oui, oui, partons!

PIETRO, LE CHOEUR
C'est l'honneur qui t'appelle.

MASANIELLO
(d'un air riant)
Partons, la matinée est belle;
Venez, amis, venez tous avec moi!…

(A ce moment le ciel s'obscurcit, et le Vésuve, qu'on aperçoit de loin, commence à jeter quelques flammes.)

Chantons gaiement la barcarolle,
Charmons ainsi nos courts loisirs.

BORELLA
Mortels délais! vains souvenirs!

LE CHOEUR
Mortels délais! vains souvenirs!
Masaniello si vous tardez on nous immole.

MASANIELLO
Le roi des mers ne t'échappera pas!

(Fenella entre et court à Masaniello. Elle lui explique que les soldats du vice-roi s'avancent en bon ordre, enseignes déployées, et que les tambours battent aux champs. Devant eux les lazzaroni se sont enfuis effrayés: les uns ont jeté leurs armes, les autres, à genoux, ont demandé la vie. Elle entraîne Masaniello vers la fenêtre du palais... Les voilà, ils avancent; ils ont juré qu'aucun de vous n'échapperait.)

PIETRO
(à Masaniello)
Tu le vois, leur fureur nous devons au trépas?

MASANIELLO
(revenant un peu à lui, et serrant Fenella contre son coeur)
Ma Fenella! ma soeur! qui cause tes alarmes?

PIETRO
L'ennemi!…
Que ce mot te rappelle aux combats!

MASANIELLO
Qu'entends-je?

PIETRO
Ce sont eux.

MASANIELLO
Eh! qui donc?

PIETRO
Nos tyrans!

LE CHOEUR
Nos tyrans!

MASANIELLO
Nos tyrans?

(revenant à lui)

Mes armes!

LE CHOEUR
Victoire! il va guider nos pas;
Plus de discordes, plus d'alarmes!
Victoire! il va guider nos pas!

(Ils sortent tous l'épée à la main en entraînant Masaniello, qui recommande à Borella de rester près de sa soeur et de veiller sur elle. Quelque temps Fenella, (seule), suit son frère des yeux. Elle revient sur le bord du théâtre, et prie pour que le ciel le protège. C'est tout ce qu'elle demande, car pour elle il n'y a plus d'espoir de bonheur... Elle regarde encore cette écharpe qu'Alphonse lui a donnée; elle veut s'en séparer, elle ne peut s'y résoudre, elle la regarde, la couvre de baisers; elle entend marcher et la cache... C'est Elvire, c'est sa rivale qui entre pâle et échevelée; Fenella court à elle: comment vous trouvez-vous seule en ces lieux? d'où venez-vous?)

ELVIRE
N'approchez pas! le meurtre et l'incendie
Dévastent ce palais;
Venez, fuyons de ces lieux.

(Fenella n'a rien à craindre; elle veut rester.)

ELVIRE
Entendez-vous les cris
Dont ils frappent les cieux?
Je vois le fer sanglant qui menaçait ma vie,
J'allais périr!... un mortel généreux,
Votre frère lui-même a trompé leur furie.

BORELLA
Masaniello! grands dieux!
Il a triomphé? Le destin se prononce!
Écoutez
Il revient... qu'ai-je vu? c'est Alphonse!

(Alphonse entre avec sa suite. Fenella court à lui, et lui demande où est Masaniello.)

ALPHONSE
Votre frère!... Ô douleur! Ô regrets éternels!
Il combattait encore... Hélas! à ces cruels
Il voulait épargner un crime.
Prête à périr, Elvire embrassait ses genoux...
Il a sauvé ses jours, et le peuple en courroux...

BORELLA
Il en était l'idole.

ALPHONSE
Il en est la victime.

(Fenella écoute ce récit en tremblant et tombe à moitié évanouie dans les bras de Borella qui la soutient.)

ALPHONSE
Et je n'ai pu le secourir!
Je l'ai vengé du moins:
Nos bataillons fidèles
Ont au loin dispersé ces hordes de rebelles.
Masaniello n'est plus... Ils ne savent que fuir.

(Fenella sort peu à peu de son évanouissement, aperçoit Alphonse auprès d'Elvire, se relève, jette sur Alphonse un dernier regard de regret et de tendresse et unit sa main à celle d'Elvire, puis elle s'élance rapidement vers l'escalier qui est au fond du théâtre. Surpris de ce brusque départ, Alphonse et Elvire se retournent pour lui adresser un dernier adieu. A ce moment le Vésuve commence à jeter des tourbillons de flamme et de fumée, et Fenella, parvenue en haut de la terrasse, contemple cet effrayant spectacle. Elle s'arrête et détache son écharpe, la jette du côté d'Alphonse, lève les yeux au ciel et se précipite dans l'abîme. Alphonse et Elvire poussent un cri d'effroi. Mais au même instant le Vésuve mugit avec plus de fureur; du cratère du volcan la lave en flamme se précipite. Le peuple épouvanté se prosterne.)

LE CHOEUR
Grâce pour notre crime!
Grand Dieu! protège-nous!
Et que cette victime
Suffise à ton courroux!



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