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LE RETOUR DES PLAISIRS

PROLOGUE.

Le théâtre représente le palais et les jardins des Tuileries; la Nymphe de la Seine paraît appuyée sur une urne au milieu d’une allée dont les arbres sont séparés par des fontaines.

LA NYMPHE DE LA SEINE
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Serai-je toujours languissante
Dans une si cruelle attente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
On n’entend plus d’oiseau qui chante,
On ne voit plus de fleurs qui naissent sous nos pas.
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
L’herbe naissante
Paraît mourante,
Tout languit avec moi dans ces lieux pleins d’appas.
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Serai-je toujours languissante
Dans une si cruelle attente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?

Quel bruit de guerre m’épouvante?
Quelle Divinité va descendre ici-bas?
La Gloire paraît au milieu d’un palais brillant qui descend au bruit d’une harmonie guerrière.

LA NYMPHE DE LA SEINE
Hélas! superbe Gloire, hélas!
Ne dois-tu point être contente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Il ne te suit que trop dans l’horreur des combats;
Laisse en paix un moment sa Valeur triomphante.
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Serai-je toujours languissante
Dans une si cruelle attente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?

LA GLOIRE
Pourquoi tant murmurer? Nymphe, ta plainte est vaine,
Tu ne peux voir sans moi le Héros que tu sers;
Si son éloignement te coûte tant de peine,
Il récompense assez les douceurs que tu perds;
Vois ce qu’il fait pour toi quand la Gloire l’emmène;
Vois comme sa Valeur a soumis à la Seine
Le fleuve le plus fier qui soit dans l’Univers.

LA NYMPHE DE LA SEINE
On ne voit plus ici paraître
Que des Ornements imparfaits;
Ah! rends-nous notre Auguste Maître,
Tu nous rendras tous nos attraits.

LA GLOIRE
Il revient, et tu dois m’en croire;
Je lui sers de guide avec soin;
Puisque tu vois la Gloire,
Ton Héros n’est pas loin.
Il laisse respirer tout le monde qui tremble;
Soyons ici d’accord pour combler ses désirs.

LA GLOIRE et LA NYMPHE DE LA SEINE
Qu’il est doux d’accorder ensemble
La Gloire et les Plaisirs.

LA NYMPHE DE LA SEINE
Naïades, Dieux des bois, Nymphes, que tout s’assemble.
Qu’on entende nos chants après tant de soupirs.

La Nymphe des Tuileries s’avance avec une troupe de Nymphes qui dansent, les arbres s’ouvrent et font voir les Divinités Champêtres qui jouent de différents instruments, et les fontaines se changent en Naïades qui chantent.

LE CHŒUR
Qu’il est doux d’accorder ensemble
La Gloire et les Plaisirs.

LA NYMPHE DES TUILERIES
L’Art d’accord avec la Nature
Sert l’Amour dans ces lieux charmants;
Ces eaux qui font rêver par un si doux murmure,
Ces tapis où les fleurs forment tant d’ornements,
Ces gazons, ces lits de verdure,
Tout n’est fait que pour les amants.

La Nymphe de la Marne, compagne de la Seine, vient chanter au milieu d’une troupe de Divinités de Fleuves, qui témoignent leur joie par leur danse.

LA NYMPHE DE LA MARNE
L’onde se presse
D’aller sans cesse
Jusqu’au bout de son cours;
S’il faut qu’un cœur suive une pente,
En est-il qui soit plus charmante
Que le doux penchant des Amours?

LA GLOIRE et LA NYMPHE DE LA SEINE
Que tout retentisse,
Que tout réponde à nos voix.

LA NYMPHE DES TUILERIES
Que tout fleurisse
Dans nos jardins et dans nos bois.

LA NYMPHE DE LA MARNE
Que le chant des oiseaux s’unisse
Avec le doux son des hautbois.

TOUS ENSEMBLE
Que tout retentisse,
Que tout réponde à nos voix.
Que le chant des oiseaux s’unisse
Avec le doux son des hautbois.
Que tout retentisse,
Que tout réponde à nos voix.

Les Divinités de Fleuves et les Nymphes forment une danse générale, tandis que tous les instruments et toutes les voix s’unissent.

TOUS ENSEMBLE
Quel Cœur sauvage
Ici ne s’engage?
Quel Cœur sauvage
Ne sent point l’amour?
Nous allons voir les Plaisirs de retour;
Ne manquons pas d’en faire un doux usage.
Pour rire un peu, l’on n’est pas moins sage.

Ah quel dommage
De fuir ce rivage!
Ah quel dommage
De perdre un beau jour!
Nous allons voir les Plaisirs de retour;
Ne manquons pas d’en faire un doux usage.
Pour rire un peu, l’on n’est pas moins sage.
Revenez, Plaisirs exilés;
Volez de toutes parts, volez.
Les Plaisirs volent, et viennent préparer des divertissements.

Fin du Prologue.


ACTE PREMIER
La scène est dans la ville d’Iolcos en Thessalie.
Le théâtre représente un port de mer, où l’on voit un grand vaisseau orné et préparé pour une Fête galante au milieu de plusieurs vaisseaux de guerre.

SCENE PREMIERE
LE CHŒUR DES THESSALIENS, ALCIDE, LYCHAS

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

LYCHAS
Votre ami le plus cher épouse la Princesse
La plus charmante de la Grèce;
Lorsque chacun les suit, Seigneur, les fuyez-vous?

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

LYCHAS
Vous paraissez troublé des cris qui retentissent?
Quand deux amants heureux s’unissent
Le cœur du grand Alcide en serait-il jaloux?

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

LYCHAS
Seigneur, vous soupirez, et gardez le silence?

ALCIDE
Ah Lychas, laisse-moi partir en diligence.

LYCHAS
Quoi? dès ce même jour presser votre départ?

ALCIDE
J’aurai beau me presser, je partirai trop tard.
Ce n’est point avec toi que je prétends me taire;
Alceste est trop aimable, elle a trop su me plaire;
Un autre en est aimé, rien ne flatte mes vœux,
C’en est fait, Admète l’épouse,
Et c’est dans ce moment qu’on les unit tous deux.
Ah qu’une âme jalouse
Éprouve un tourment rigoureux!
J’ai peine à l’exprimer moi-même:
Figure-toi, si tu le peux,
Quelle est l’horreur extrême
De voir ce que l’on aime
Au pouvoir d’un rival heureux.

LYCHAS
L’Amour est-il plus fort qu’un Héros indomptable?
L’Univers n’a point eu de monstre redoutable
Que vous n’ayez pu surmonter.

ALCIDE
Eh, crois-tu que l’Amour soit moins à redouter?

Le plus grand Cœur a sa faiblesse.
Je ne puis me sauver de l’ardeur qui me presse
Qu’en quittant ce fatal séjour.
Contre d’aimables charmes
La Valeur est sans armes,
Et ce n’est qu’en fuyant qu’on peut vaincre l’Amour.

LYCHAS
Vous devez vous forcer, au moins, à voir la Fête
Qui déjà dans ce port vous paraît toute prête.
Votre fuite à présent ferait un trop grand bruit;
Différez jusques à la nuit.

ALCIDE
Ah, Lychas! quelle nuit! ah, quelle nuit funeste!

LYCHAS
Tout le reste du jour voyez encore Alceste.

ALCIDE
La voir encore? ... hé bien, différons mon départ.
Je te l’avais bien dit, je partirai trop tard.
Je vais la voir aimer un époux qui l’adore,
Je verrai dans leurs yeux un tendre empressement.
Que je vais payer chèrement
Le plaisir de la voir encore!


SCENE SECONDE

ALCIDE, STRATON et LYCHAS ensemble
L’Amour a bien des maux, mais le plus grand de tous
C’est le tourment d’être jaloux.


SCENE TROISIEME
STRATON, LYCHAS

STRATON
Lychas, j’ai deux mots à te dire.

LYCHAS
Que veux-tu? parle; je t’entends.

STRATON
Nous sommes amis de tout temps;
Céphise, tu le sais, me tient sous son Empire.
Tu suis partout ses pas: qu’est-ce que tu prétends?

LYCHAS
Je prétends rire.

STRATON
Pourquoi veux-tu troubler deux cœurs qui sont contents?

LYCHAS
Je prétends rire.
Tu peux à ton gré t’enflammer;
Chacun a sa façon d’aimer;
Qui voudra soupirer, soupire,
Je prétends rire.
STRATON
J’aime, et je suis aimé; laisse en paix nos amours.

LYCHAS
Rien ne doit t’alarmer s’il est bien vrai qu’on t’aime;
Un rival rebuté donne un plaisir extrême.

STRATON
Un rival quel qu’il soit importune toujours.

LYCHAS
Je vois ton amour sans colère,
Tu devrais en user ainsi;
Puisque Céphise t’a su plaire,
Pourquoi ne veux-tu pas qu’elle me plaise aussi?

STRATON
A quoi sert-il d’aimer ce qu’il faut que l’on quitte?
Tu ne peux demeurer longtemps dans cette Cour.

LYCHAS
Moins on a de moments à donner à l’Amour
Et plus il faut qu’on en profite.

STRATON
J’aime depuis deux ans avec fidélité.
Je puis croire, sans vanité,
Que tu ne dois pas être un rival qui m’alarme.

LYCHAS
J’ai pour moi la nouveauté,
En amour c’est un grand charme.

STRATON
Céphise m’a promis un cœur tendre, et constant.

LYCHAS
Céphise m’en promet autant.

STRATON
Ah, si je le croyais!... Mais tu n’es pas croyable.

LYCHAS
Crois-moi, fais ton profit d’un reste d’amitié,
Sers-toi d’un avis charitable
Que je te donne par pitié.

STRATON
Le mépris d’une volage
Doit être un assez grand mal,
Et c’est un nouvel outrage
Que la pitié d’un rival.

Elle vient, l’infidèle,
Pour chanter dans les Jeux dont je prends soin ici.

LYCHAS
Je te laisse avec elle,
Il ne tiendra qu’à toi d’être mieux éclairci.


SCENE QUATRIEME
CÉPHISE, STRATON

CÉPHISE
Dans ce beau jour, quelle humeur sombre
Fais-tu voir à contretemps?

STRATON
C’est que je ne suis pas du nombre
Des amants qui sont contents.

CÉPHISE
Un ton grondeur et sévère
N’est pas un grand agrément;
Le chagrin n’avance guère
Les affaires d’un amant.

STRATON
Lychas vient de me faire entendre
Que je n’ai plus ton cœur, qu’il doit seul y prétendre,
Et que tu ne vois plus mon amour qu’à regret.

CÉPHISE
Lychas est peu discret...

STRATON
Ah, je m’en doutais bien qu’il voulait me surprendre.

CÉPHISE
Lychas est peu discret
D’avoir dit mon secret.

STRATON
Comment! il est donc vrai! tu n’en fais point d’excuse?
Tu me trahis ainsi sans en être confuse?

CÉPHISE
Tu te plains sans raison;
Est-ce une trahison
Quand on te désabuse?

STRATON
Que je suis étonné de voir ton changement!

CÉPHISE
Si je change d’amant
Qu’y trouves-tu d’étrange?
Est-ce un sujet d’étonnement
De voir une fille qui change?

STRATON
Après deux ans passés dans un si doux lien,
Devais-tu jamais prendre une chaîne nouvelle?

CÉPHISE
Ne comptes-tu pour rien
D’être deux ans fidèle?

STRATON
Par un espoir doux, et trompeur,
Pourquoi m’engageais-tu dans un amour si tendre?
Fallait-il me donner ton cœur
Puisque tu voulais le reprendre?

CÉPHISE
Quand je t’offrais mon cœur, c’était de bonne foi;
Que n’empêches-tu qu’on te l’ôte?
Est-ce ma faute

Si Lychas me plaît plus que toi?

STRATON
Ingrate, est-ce le prix de ma persévérance?

CÉPHISE
Essaie un peu de l’inconstance.
C’est toi qui le premier m’appris à m’engager;
Pour récompense
Je te veux apprendre à changer.

STRATON et CÉPHISE
Il faut {aimer} {changer} toujours.
Les plus douces amours
Sont les amours {fidèles} {nouvelles}.
Il faut {aimer} {changer} toujours.


SCENE CINQUIEME
LYCOMÈDE, STRATON, CÉPHISE

LYCOMÈDE
Straton, donne ordre qu’on s’apprête
Pour commencer la Fête.
Straton se retire, et Lycomède parle à Céphise.
Enfin, grâce au dépit, je goûte la douceur
De sentir le repos de retour dans mon cœur.
J’étais à préférer au Roi de Thessalie;
Et si pour sa gloire on publie
Qu’Apollon autrefois lui servit de Pasteur ,
Je suis Roi de Scyros, et Thétis est ma sœur.
J’ai su me consoler d’un hymen qui m’outrage,
J’en ordonne les Jeux avec tranquillité.

Qu’aisément le dépit dégage
Des fers d’une ingrate Beauté!
Et qu’après un long esclavage
Il est doux d’être en liberté!

CÉPHISE
Il n’est pas sûr toujours de croire l’apparence.
Un cœur bien pris, et bien touché,
N’est pas aisément détaché,
Ni si tôt guéri que l’on pense;
Et l’Amour est souvent caché
Sous une feinte indifférence.

LYCOMÈDE
Quand on est sans espérance,
On est bientôt sans amour.
Mon rival a la préférence,
Ce que j’aime est en sa puissance,
Je perds tout espoir en ce jour;
Quand on est sans espérance,
On est bientôt sans amour.

Voici l’heure qu’il faut que la Fête commence.
Chacun s’avance.
Préparons-nous.


SCENE SIXIEME
LE CHŒUR, ADMÈTE, ALCESTE, PHÉRÈS, ALCIDE, LYCHAS, CÉPHISE, et STRATON

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

PHÉRÈS
Jouissez des douceurs du nœud qui vous assemble.

ADMÈTE et ALCESTE
Quand l’Hymen et l’Amour sont bien d’accord ensemble,
Que les nœuds qu’ils forment sont doux!

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.


SCENE SEPTIEME
Des Nymphes de la Mer et des Tritons viennent faire une Fête marine, où se mêlent des matelots et des pêcheurs.

DEUX TRITONS
Malgré tant d’orages,
Et tant de naufrages,
Chacun à son tour
S’embarque avec l’Amour.
Partout où l’on mène
Les cœurs amoureux,
On voit la mer pleine
D’écueils dangereux,
Mais sans quelque peine
On n’est jamais heureux;
Une âme constante,
Après la tourmente
Espère un beau jour.
Malgré tant d’orages,
Et tant de naufrages,
Chacun à son tour
S’embarque avec l’Amour.

Un cœur qui diffère
D’entrer en affaire
S’expose à manquer
Le temps de s’embarquer.
Une âme commune
S’étonne d’abord,
Le soin l’importune,
Le calme l’endort,
Mais quelle fortune
Fait-on sans quelque effort?
Est-il un commerce
Exempt de traverse?
Chacun doit risquer.
Un cœur qui diffère
D’entrer en affaire
S’expose à manquer
Le temps de s’embarquer.

Céphise, vêtue en Nymphe de la Mer, chante au milieu des Divinités marines qui lui répondent.

Jeunes cœurs, laissez-vous prendre,
Le péril est grand d’attendre.
Vous perdez d’heureux moments
En cherchant à vous défendre;
Si l’Amour a des tourments
C’est la faute des amants.
Une Nymphe de la Mer chante avec Céphise.
Plus les âmes sont rebelles,
Plus leurs peines sont cruelles,
Les plaisirs doux et charmants
Sont le prix des cœurs fidèles;
Si l’Amour a des tourments
C’est la faute des amants.
LYCOMÈDE à Alceste
On vous apprête
Dans mon vaisseau
Un divertissement nouveau.

LYCOMÈDE et STRATON
Venez voir ce que notre Fête
Doit avoir de plus beau.

Lycomède conduit Alceste dans son vaisseau, Straton y mène Céphise, et dans le temps qu’Admète et Alcide y veulent passer, le pont s’enfonce dans la mer.

ADMÈTE et ALCIDE
Dieux! le pont s’abîme dans l’eau.

LE CHŒUR DES THESSALIENS
Ah! quelle trahison funeste!

ALCESTE et CÉPHISE
Au secours, au secours!

ALCIDE
Perfide...

ADMÈTE
Alceste...

ALCIDE et ADMÈTE
Laissons les vains discours.
Au secours, au secours!
Les Thessaliens courent s’embarquer pour suivre Lycomède.

LE CHŒUR DES THESSALIENS
Au secours, au secours!


SCENE HUITIEME
THÉTIS, ADMÈTE
THÉTIS sortant de la mer
Époux infortuné, redoute ma colère,
Tu vas hâter l’instant qui doit finir tes jours;
C’est Thétis, que la mer révère,
Que tu vois contre toi du parti de son frère;
Et c’est à la mort que tu cours.

ADMÈTE courant s’embarquer
Au secours, au secours!

THÉTIS
Puisqu’on méprise ma puissance,
Que les vents déchaînés,
Que les flots mutinés
S’arment pour ma vengeance.

Thétis rentre dans la mer, et les Aquilons excitent une tempête qui agite les vaisseaux qui s’efforcent de poursuivre Lycomède.


SCENE NEUVIEME
ÉOLE, LES AQUILONS, LES ZÉPHYRS

ÉOLE
Le Ciel protège les Héros.
Allez Admète, allez Alcide;
Le Dieu qui sur les Dieux préside
M’ordonne de calmer les flots.
Allez, poursuivez un perfide.

Retirez-vous,
Vents en courroux,
Rentrez dans vos prisons profondes,
Et laissez régner sur les ondes
Les Zéphyrs les plus doux.

L’orage cesse, les Zéphyrs volent et font fuir les Aquilons qui tombent dans la mer avec les nuages qu’ils en avaient élevés, et les vaisseaux d’Alcide et d’Admète poursuivent Lycomède.

Fin du premier Acte.
LE RETOUR DES PLAISIRS

PROLOGUE.

Le théâtre représente le palais et les jardins des Tuileries; la Nymphe de la Seine paraît appuyée sur une urne au milieu d’une allée dont les arbres sont séparés par des fontaines.

LA NYMPHE DE LA SEINE
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Serai-je toujours languissante
Dans une si cruelle attente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
On n’entend plus d’oiseau qui chante,
On ne voit plus de fleurs qui naissent sous nos pas.
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
L’herbe naissante
Paraît mourante,
Tout languit avec moi dans ces lieux pleins d’appas.
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Serai-je toujours languissante
Dans une si cruelle attente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?

Quel bruit de guerre m’épouvante?
Quelle Divinité va descendre ici-bas?
La Gloire paraît au milieu d’un palais brillant qui descend au bruit d’une harmonie guerrière.

LA NYMPHE DE LA SEINE
Hélas! superbe Gloire, hélas!
Ne dois-tu point être contente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Il ne te suit que trop dans l’horreur des combats;
Laisse en paix un moment sa Valeur triomphante.
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?
Serai-je toujours languissante
Dans une si cruelle attente?
Le Héros que j’attends ne reviendra-t-il pas?

LA GLOIRE
Pourquoi tant murmurer? Nymphe, ta plainte est vaine,
Tu ne peux voir sans moi le Héros que tu sers;
Si son éloignement te coûte tant de peine,
Il récompense assez les douceurs que tu perds;
Vois ce qu’il fait pour toi quand la Gloire l’emmène;
Vois comme sa Valeur a soumis à la Seine
Le fleuve le plus fier qui soit dans l’Univers.

LA NYMPHE DE LA SEINE
On ne voit plus ici paraître
Que des Ornements imparfaits;
Ah! rends-nous notre Auguste Maître,
Tu nous rendras tous nos attraits.

LA GLOIRE
Il revient, et tu dois m’en croire;
Je lui sers de guide avec soin;
Puisque tu vois la Gloire,
Ton Héros n’est pas loin.
Il laisse respirer tout le monde qui tremble;
Soyons ici d’accord pour combler ses désirs.

LA GLOIRE et LA NYMPHE DE LA SEINE
Qu’il est doux d’accorder ensemble
La Gloire et les Plaisirs.

LA NYMPHE DE LA SEINE
Naïades, Dieux des bois, Nymphes, que tout s’assemble.
Qu’on entende nos chants après tant de soupirs.

La Nymphe des Tuileries s’avance avec une troupe de Nymphes qui dansent, les arbres s’ouvrent et font voir les Divinités Champêtres qui jouent de différents instruments, et les fontaines se changent en Naïades qui chantent.

LE CHŒUR
Qu’il est doux d’accorder ensemble
La Gloire et les Plaisirs.

LA NYMPHE DES TUILERIES
L’Art d’accord avec la Nature
Sert l’Amour dans ces lieux charmants;
Ces eaux qui font rêver par un si doux murmure,
Ces tapis où les fleurs forment tant d’ornements,
Ces gazons, ces lits de verdure,
Tout n’est fait que pour les amants.

La Nymphe de la Marne, compagne de la Seine, vient chanter au milieu d’une troupe de Divinités de Fleuves, qui témoignent leur joie par leur danse.

LA NYMPHE DE LA MARNE
L’onde se presse
D’aller sans cesse
Jusqu’au bout de son cours;
S’il faut qu’un cœur suive une pente,
En est-il qui soit plus charmante
Que le doux penchant des Amours?

LA GLOIRE et LA NYMPHE DE LA SEINE
Que tout retentisse,
Que tout réponde à nos voix.

LA NYMPHE DES TUILERIES
Que tout fleurisse
Dans nos jardins et dans nos bois.

LA NYMPHE DE LA MARNE
Que le chant des oiseaux s’unisse
Avec le doux son des hautbois.

TOUS ENSEMBLE
Que tout retentisse,
Que tout réponde à nos voix.
Que le chant des oiseaux s’unisse
Avec le doux son des hautbois.
Que tout retentisse,
Que tout réponde à nos voix.

Les Divinités de Fleuves et les Nymphes forment une danse générale, tandis que tous les instruments et toutes les voix s’unissent.

TOUS ENSEMBLE
Quel Cœur sauvage
Ici ne s’engage?
Quel Cœur sauvage
Ne sent point l’amour?
Nous allons voir les Plaisirs de retour;
Ne manquons pas d’en faire un doux usage.
Pour rire un peu, l’on n’est pas moins sage.

Ah quel dommage
De fuir ce rivage!
Ah quel dommage
De perdre un beau jour!
Nous allons voir les Plaisirs de retour;
Ne manquons pas d’en faire un doux usage.
Pour rire un peu, l’on n’est pas moins sage.
Revenez, Plaisirs exilés;
Volez de toutes parts, volez.
Les Plaisirs volent, et viennent préparer des divertissements.

Fin du Prologue.


ACTE PREMIER
La scène est dans la ville d’Iolcos en Thessalie.
Le théâtre représente un port de mer, où l’on voit un grand vaisseau orné et préparé pour une Fête galante au milieu de plusieurs vaisseaux de guerre.

SCENE PREMIERE
LE CHŒUR DES THESSALIENS, ALCIDE, LYCHAS

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

LYCHAS
Votre ami le plus cher épouse la Princesse
La plus charmante de la Grèce;
Lorsque chacun les suit, Seigneur, les fuyez-vous?

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

LYCHAS
Vous paraissez troublé des cris qui retentissent?
Quand deux amants heureux s’unissent
Le cœur du grand Alcide en serait-il jaloux?

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

LYCHAS
Seigneur, vous soupirez, et gardez le silence?

ALCIDE
Ah Lychas, laisse-moi partir en diligence.

LYCHAS
Quoi? dès ce même jour presser votre départ?

ALCIDE
J’aurai beau me presser, je partirai trop tard.
Ce n’est point avec toi que je prétends me taire;
Alceste est trop aimable, elle a trop su me plaire;
Un autre en est aimé, rien ne flatte mes vœux,
C’en est fait, Admète l’épouse,
Et c’est dans ce moment qu’on les unit tous deux.
Ah qu’une âme jalouse
Éprouve un tourment rigoureux!
J’ai peine à l’exprimer moi-même:
Figure-toi, si tu le peux,
Quelle est l’horreur extrême
De voir ce que l’on aime
Au pouvoir d’un rival heureux.

LYCHAS
L’Amour est-il plus fort qu’un Héros indomptable?
L’Univers n’a point eu de monstre redoutable
Que vous n’ayez pu surmonter.

ALCIDE
Eh, crois-tu que l’Amour soit moins à redouter?

Le plus grand Cœur a sa faiblesse.
Je ne puis me sauver de l’ardeur qui me presse
Qu’en quittant ce fatal séjour.
Contre d’aimables charmes
La Valeur est sans armes,
Et ce n’est qu’en fuyant qu’on peut vaincre l’Amour.

LYCHAS
Vous devez vous forcer, au moins, à voir la Fête
Qui déjà dans ce port vous paraît toute prête.
Votre fuite à présent ferait un trop grand bruit;
Différez jusques à la nuit.

ALCIDE
Ah, Lychas! quelle nuit! ah, quelle nuit funeste!

LYCHAS
Tout le reste du jour voyez encore Alceste.

ALCIDE
La voir encore? ... hé bien, différons mon départ.
Je te l’avais bien dit, je partirai trop tard.
Je vais la voir aimer un époux qui l’adore,
Je verrai dans leurs yeux un tendre empressement.
Que je vais payer chèrement
Le plaisir de la voir encore!


SCENE SECONDE

ALCIDE, STRATON et LYCHAS ensemble
L’Amour a bien des maux, mais le plus grand de tous
C’est le tourment d’être jaloux.


SCENE TROISIEME
STRATON, LYCHAS

STRATON
Lychas, j’ai deux mots à te dire.

LYCHAS
Que veux-tu? parle; je t’entends.

STRATON
Nous sommes amis de tout temps;
Céphise, tu le sais, me tient sous son Empire.
Tu suis partout ses pas: qu’est-ce que tu prétends?

LYCHAS
Je prétends rire.

STRATON
Pourquoi veux-tu troubler deux cœurs qui sont contents?

LYCHAS
Je prétends rire.
Tu peux à ton gré t’enflammer;
Chacun a sa façon d’aimer;
Qui voudra soupirer, soupire,
Je prétends rire.
STRATON
J’aime, et je suis aimé; laisse en paix nos amours.

LYCHAS
Rien ne doit t’alarmer s’il est bien vrai qu’on t’aime;
Un rival rebuté donne un plaisir extrême.

STRATON
Un rival quel qu’il soit importune toujours.

LYCHAS
Je vois ton amour sans colère,
Tu devrais en user ainsi;
Puisque Céphise t’a su plaire,
Pourquoi ne veux-tu pas qu’elle me plaise aussi?

STRATON
A quoi sert-il d’aimer ce qu’il faut que l’on quitte?
Tu ne peux demeurer longtemps dans cette Cour.

LYCHAS
Moins on a de moments à donner à l’Amour
Et plus il faut qu’on en profite.

STRATON
J’aime depuis deux ans avec fidélité.
Je puis croire, sans vanité,
Que tu ne dois pas être un rival qui m’alarme.

LYCHAS
J’ai pour moi la nouveauté,
En amour c’est un grand charme.

STRATON
Céphise m’a promis un cœur tendre, et constant.

LYCHAS
Céphise m’en promet autant.

STRATON
Ah, si je le croyais!... Mais tu n’es pas croyable.

LYCHAS
Crois-moi, fais ton profit d’un reste d’amitié,
Sers-toi d’un avis charitable
Que je te donne par pitié.

STRATON
Le mépris d’une volage
Doit être un assez grand mal,
Et c’est un nouvel outrage
Que la pitié d’un rival.

Elle vient, l’infidèle,
Pour chanter dans les Jeux dont je prends soin ici.

LYCHAS
Je te laisse avec elle,
Il ne tiendra qu’à toi d’être mieux éclairci.


SCENE QUATRIEME
CÉPHISE, STRATON

CÉPHISE
Dans ce beau jour, quelle humeur sombre
Fais-tu voir à contretemps?

STRATON
C’est que je ne suis pas du nombre
Des amants qui sont contents.

CÉPHISE
Un ton grondeur et sévère
N’est pas un grand agrément;
Le chagrin n’avance guère
Les affaires d’un amant.

STRATON
Lychas vient de me faire entendre
Que je n’ai plus ton cœur, qu’il doit seul y prétendre,
Et que tu ne vois plus mon amour qu’à regret.

CÉPHISE
Lychas est peu discret...

STRATON
Ah, je m’en doutais bien qu’il voulait me surprendre.

CÉPHISE
Lychas est peu discret
D’avoir dit mon secret.

STRATON
Comment! il est donc vrai! tu n’en fais point d’excuse?
Tu me trahis ainsi sans en être confuse?

CÉPHISE
Tu te plains sans raison;
Est-ce une trahison
Quand on te désabuse?

STRATON
Que je suis étonné de voir ton changement!

CÉPHISE
Si je change d’amant
Qu’y trouves-tu d’étrange?
Est-ce un sujet d’étonnement
De voir une fille qui change?

STRATON
Après deux ans passés dans un si doux lien,
Devais-tu jamais prendre une chaîne nouvelle?

CÉPHISE
Ne comptes-tu pour rien
D’être deux ans fidèle?

STRATON
Par un espoir doux, et trompeur,
Pourquoi m’engageais-tu dans un amour si tendre?
Fallait-il me donner ton cœur
Puisque tu voulais le reprendre?

CÉPHISE
Quand je t’offrais mon cœur, c’était de bonne foi;
Que n’empêches-tu qu’on te l’ôte?
Est-ce ma faute

Si Lychas me plaît plus que toi?

STRATON
Ingrate, est-ce le prix de ma persévérance?

CÉPHISE
Essaie un peu de l’inconstance.
C’est toi qui le premier m’appris à m’engager;
Pour récompense
Je te veux apprendre à changer.

STRATON et CÉPHISE
Il faut {aimer} {changer} toujours.
Les plus douces amours
Sont les amours {fidèles} {nouvelles}.
Il faut {aimer} {changer} toujours.


SCENE CINQUIEME
LYCOMÈDE, STRATON, CÉPHISE

LYCOMÈDE
Straton, donne ordre qu’on s’apprête
Pour commencer la Fête.
Straton se retire, et Lycomède parle à Céphise.
Enfin, grâce au dépit, je goûte la douceur
De sentir le repos de retour dans mon cœur.
J’étais à préférer au Roi de Thessalie;
Et si pour sa gloire on publie
Qu’Apollon autrefois lui servit de Pasteur ,
Je suis Roi de Scyros, et Thétis est ma sœur.
J’ai su me consoler d’un hymen qui m’outrage,
J’en ordonne les Jeux avec tranquillité.

Qu’aisément le dépit dégage
Des fers d’une ingrate Beauté!
Et qu’après un long esclavage
Il est doux d’être en liberté!

CÉPHISE
Il n’est pas sûr toujours de croire l’apparence.
Un cœur bien pris, et bien touché,
N’est pas aisément détaché,
Ni si tôt guéri que l’on pense;
Et l’Amour est souvent caché
Sous une feinte indifférence.

LYCOMÈDE
Quand on est sans espérance,
On est bientôt sans amour.
Mon rival a la préférence,
Ce que j’aime est en sa puissance,
Je perds tout espoir en ce jour;
Quand on est sans espérance,
On est bientôt sans amour.

Voici l’heure qu’il faut que la Fête commence.
Chacun s’avance.
Préparons-nous.


SCENE SIXIEME
LE CHŒUR, ADMÈTE, ALCESTE, PHÉRÈS, ALCIDE, LYCHAS, CÉPHISE, et STRATON

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.

PHÉRÈS
Jouissez des douceurs du nœud qui vous assemble.

ADMÈTE et ALCESTE
Quand l’Hymen et l’Amour sont bien d’accord ensemble,
Que les nœuds qu’ils forment sont doux!

LE CHŒUR
Vivez, vivez, heureux époux.


SCENE SEPTIEME
Des Nymphes de la Mer et des Tritons viennent faire une Fête marine, où se mêlent des matelots et des pêcheurs.

DEUX TRITONS
Malgré tant d’orages,
Et tant de naufrages,
Chacun à son tour
S’embarque avec l’Amour.
Partout où l’on mène
Les cœurs amoureux,
On voit la mer pleine
D’écueils dangereux,
Mais sans quelque peine
On n’est jamais heureux;
Une âme constante,
Après la tourmente
Espère un beau jour.
Malgré tant d’orages,
Et tant de naufrages,
Chacun à son tour
S’embarque avec l’Amour.

Un cœur qui diffère
D’entrer en affaire
S’expose à manquer
Le temps de s’embarquer.
Une âme commune
S’étonne d’abord,
Le soin l’importune,
Le calme l’endort,
Mais quelle fortune
Fait-on sans quelque effort?
Est-il un commerce
Exempt de traverse?
Chacun doit risquer.
Un cœur qui diffère
D’entrer en affaire
S’expose à manquer
Le temps de s’embarquer.

Céphise, vêtue en Nymphe de la Mer, chante au milieu des Divinités marines qui lui répondent.

Jeunes cœurs, laissez-vous prendre,
Le péril est grand d’attendre.
Vous perdez d’heureux moments
En cherchant à vous défendre;
Si l’Amour a des tourments
C’est la faute des amants.
Une Nymphe de la Mer chante avec Céphise.
Plus les âmes sont rebelles,
Plus leurs peines sont cruelles,
Les plaisirs doux et charmants
Sont le prix des cœurs fidèles;
Si l’Amour a des tourments
C’est la faute des amants.
LYCOMÈDE à Alceste
On vous apprête
Dans mon vaisseau
Un divertissement nouveau.

LYCOMÈDE et STRATON
Venez voir ce que notre Fête
Doit avoir de plus beau.

Lycomède conduit Alceste dans son vaisseau, Straton y mène Céphise, et dans le temps qu’Admète et Alcide y veulent passer, le pont s’enfonce dans la mer.

ADMÈTE et ALCIDE
Dieux! le pont s’abîme dans l’eau.

LE CHŒUR DES THESSALIENS
Ah! quelle trahison funeste!

ALCESTE et CÉPHISE
Au secours, au secours!

ALCIDE
Perfide...

ADMÈTE
Alceste...

ALCIDE et ADMÈTE
Laissons les vains discours.
Au secours, au secours!
Les Thessaliens courent s’embarquer pour suivre Lycomède.

LE CHŒUR DES THESSALIENS
Au secours, au secours!


SCENE HUITIEME
THÉTIS, ADMÈTE
THÉTIS sortant de la mer
Époux infortuné, redoute ma colère,
Tu vas hâter l’instant qui doit finir tes jours;
C’est Thétis, que la mer révère,
Que tu vois contre toi du parti de son frère;
Et c’est à la mort que tu cours.

ADMÈTE courant s’embarquer
Au secours, au secours!

THÉTIS
Puisqu’on méprise ma puissance,
Que les vents déchaînés,
Que les flots mutinés
S’arment pour ma vengeance.

Thétis rentre dans la mer, et les Aquilons excitent une tempête qui agite les vaisseaux qui s’efforcent de poursuivre Lycomède.


SCENE NEUVIEME
ÉOLE, LES AQUILONS, LES ZÉPHYRS

ÉOLE
Le Ciel protège les Héros.
Allez Admète, allez Alcide;
Le Dieu qui sur les Dieux préside
M’ordonne de calmer les flots.
Allez, poursuivez un perfide.

Retirez-vous,
Vents en courroux,
Rentrez dans vos prisons profondes,
Et laissez régner sur les ondes
Les Zéphyrs les plus doux.

L’orage cesse, les Zéphyrs volent et font fuir les Aquilons qui tombent dans la mer avec les nuages qu’ils en avaient élevés, et les vaisseaux d’Alcide et d’Admète poursuivent Lycomède.

Fin du premier Acte.



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