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Prologue.

Le Theatre represente le Palais du Temps, où ce Dieu paroît au milieu des douze Heures du Jour, et des douze Heures de la Nuit.

LE TEMPS
En vain j'ai respecté la celebre memoire
Des Heros des siecles passez;
C'est en vain que leurs noms si fameux dans l'Histoire,
Du sort des noms communs ont été dispensez:
Nous voions un Heros dont la brillante gloire
Les a presque tous effacez.

CHOEUR DES HEURES
Ses justes Loix,
Ses grands Exploits
Rendront sa memoire éternelle:
Chaque Jour, chaque Instant
Ajoûte encor à son nom éclatant
Une gloire nouvelle.

La Déesse Flore conduite par un des Zephirs, s'avance avec une Troupe de Nymphes, qui portent divers ornemens de fleurs.

LE TEMPS
La Saison des frimas peut-elle nous offrir
Les fleurs que nous voyons paroître?
Quel Dieu les fait renaître
Lorsque l'hyver les fait mourir?
Le froid cruel regne encore;
Tout est glacé dans les champs,
D'où vient que Flore
Devance le Printemps?

FLORE
Quand j'attens les beaux Jours, je viens toujours trop tard,
Plus le Printemps s'avance, et plus il m'est contraire
Son retour presse le départ,
Du Heros à qui je veux plaire.
Pour lui faire ma Cour mes soins ont entrepris
De braver desormais l'hyver le plus terrible,
Dans l'ardeur de lui plaire on a bien-tôt apris
A ne rien trouver d'impossible.

LE TEMPS ET FLORE
Les Plaisirs à ses yeux ont beau se presenter,
Si tôt qu'il voit Bellonne, il quite tout pour elle;
Rien ne peut l'arrêter
Quand la Gloire l'appelle.

Les Choeurs des Heures repete ces deux derniers Vers.

La Suite de Flore commence des Jeux mêlez de Dances et de Chants.

UN ZEPHIR
Le Printemps quelquefois est moins doux qu'il ne semble,
Il fait trop paier ses beaux jours;
Il vient pour écarter les Jeux et les Amours;
Et c'est l'Hyver qui les rassemble.

Melpomene, qui est la Muse qui préside à la Tragedie, vient accompagnée d'une Troupe de Heros, elle est suivie d'Hercule, d'Anthæe, de Castor, de Pollux, de Lyncée, d'Idas, d'Etheocle, et de Polinice.

MELPOMENE parlant à Flore.
Retirés vous, cessés de prévenir le tems,
Ne me dérobés point de précieux instans,
La puissante Cybele.
Pour honorer Atys qu'elle a privé du jour,
Veut que je renouvelle
Dans une illustre Cour
Le souvenir de son amour,

Que l'agrément rustique
De Flore et de ses Jeux,
Cede à l'apareil magnifique
De la Muse tragique
Et de ses Spectacles pompeux.

La Suite de Melpomene prend la place de la Suite de Flore.

Les Heros recommencent leurs anciennes querelles.

Hercule combat et lutte contre Antæe, Castor et Pollux combattent contre Lyncée et Idas, et Etheocle combat contre son frere et Polynice.

Iris, par l'ordre de Cybele, vient accorder Melpomene et Flore.

IRIS parlant à Melpomene.
Cybele veut que Flore aujourd'hui vous seconde,
Il faut que les Plaisirs viennent de toutes parts,
Dans l'Empire puissant où regne un nouveau MARS,
Ils n'ont plus d'autre azile au monde.
Rendés-vous, s'il se peut, digne de ses regards;
Joignés la beauté vive et pure
Dont brille la Nature,
Aux ornemens des plus beaux Arts.

La suite de Melpomene s'accorde avec la suite de Flore.

MELPOMENE ET FLORE
Rendons-nous, s'il se peut, dignes de ses regards,
Joignons la beauté vive et pure
Dont brille la Nature
Aux ornemens des plus beaux Arts.

LE TEMPS, et le Choeur des Heures.
Préparés de nouvelles Fêtes,
Profités du loisir du plus grand des Heros.

LE TEMS, MELPOMENE ET FLORE
Préparez de nouvelles Fêtes.
Préparons de nouvelles Fêtes.
Profitez du loisir du plus grand des Heros.
Profitons du loisir du plus grand des Heros.

Tous ensemble.

Le tems des jeux, et du repos,
Lui sert à méditer de nouvelles conquêtes.

Fin du Prologue.





La scene est en Phrygie.



Acte I.

Le Theatre represente une Montagne consacrée à Cybele.


Scene premiere.

ATYS
Allons, allons, accourez-tous, Cybele va descendre,
Trop heureux Phrygiens, venez ici l'attendre.
Mille Peuples seront jaloux,
Des faveurs que sur nous
Sa bonté va répandre.


Scene II.

IDAS, ATYS
Allons, allons, accourez tous,
Cybele va descendre.

ATYS
Le Soleil peint nos champs des plus vives couleurs,
Il a seché les pleurs,
Que sur l'émail des prez a répandu l'Aurore
Et ses rayons nouveaux ont déja fait éclore
Mille nouvelles fleurs.

IDAS
Vous veillez lors que tout sommeille;
Vous nous éveillez si matin,
Que vous ferez croire à la fin
Que c'est l'Amour qui vous éveille.

ATYS
Non, tu dois mieux juger du parti que je prens.
Mon coeur veut fuir toujours les soins et les mysteres;
J'aime l'heureuse paix des coeurs indifferens;
Si leurs plaisirs ne sont pas grands,
Au moins leurs peines sont legeres.

IDAS
Tôt ou tard l'amour est vainqueur,
En vain les plus fiers s'en défendent,
On ne peut refuser son coeur
A de beaux yeux qui le demandent.
Atys, ne feignés plus, je sçai votre secret.
Ne craignés rien, je suis discret.
Dans un bois solitaire et sombre,
L'indifferent Atys se croioit seul un jour,
Sous un feuillage épais où je révois à l'ombre,
Je l'entendis parler d'amour.

ATYS
Si je parle d'amour, c'est contre son empire,
J'en fais mon plus doux entretien.

IDAS
Tel se vante de n'aimer rien,
Dont le coeur en secret soûpire.
J'entendis vos regrets, et je les sçai si bien
Que si vous en doutez, je vai vous les redire.
Amans qui vous plaignez, vous êtes trop heureux:
Mon coeur de tous les coeurs est le plus amoureux,
Et tout prêt d'expirer je suis réduit à feindre;
Que c'est un tourment rigoureux
De mourir d'amour sans se plaindre!
Amans qui vous plaignés, vous êtes trop heureux.
Idas, il est trop vrai, mon coeur n'est que trop tendre,
L'Amour me fait sentir ses plus funestes coups.
Qu'aucun autre que toi n'en puisse rien apprendre.



Scene III.


Sangaride, Doris, Atys, Idas.

SANGARIDE ET DORIS
Allons, allons, accourez tous,
Cybele va descendre.

SANGARIDE
Que dans nos concerts les plus doux,
Son nom sacré se fasse entendre.

ATYS
Sur l'Univers entier son pouvoir doit s'étendre.

SANGARIDE
Les Dieux suivent ses loix et craigneut son couroux.

ATYS, SANGARIDE, IDAS, DORIS
Quels honneurs! quels respects ne doit-on point lui rendre?
Allons, allons, accourez-tous,
Cybele va descendre.

SANGARIDE
Ecoutons les oiseaux de ces bois d'alentour.
Ils remplissent leurs chants d'une douceur nouvelle.
On diroit que dans ce beau jour,
Ils ne parlent que de Cybele.

ATYS
Si vous les écoutez, ils parleront d'amour.
Un Roi redoutable,
Amoureux aimable,
Va devenir vôtre Epoux;
Tout parle d'amour pour vous.

SANGARIDE
Il est vrai, je triomphe, et j'aime ma victoire.
Quand l'Amour fait regner, est-il un plus grand bien?
Pour vous, Atys, vous n'aimez rien,
Et vous en faites gloire.

ATYS
L'Amour fait trop verser de pleurs;
Souvent ses douceurs sont mortelles:
Il ne faut regarder les Belles
Que comme on voit d'aimables fleurs.
J'aime les Roses nouvelles,
J'aime à les voir s'embellir,
Sans leurs épines cruelles,
J'aimereis à les cueillir.

SANGARIDE
Quand le peril est agreable,
Le moyen de s'en allarmer?
Est ce un grand mal de trop aimer
Ce que l'on trouve aimable?
Peut-on être insensible aux plus charmans appas?

ATYS
Non, vous ne me connoissez pas.
Je me défens d'aimer autant qu'il m'est possible;
Si j'aimois, un jour, par malheur,
Je connois bien mon coeur,
Il seroit trop sensible.
Mais il faut que chacun s'assemble prés de vous,
Cybele pourroit nous surprendre.

ATYS ET IDAS
Allons, allons, accourez tous,
Cybele va descendre.



Scene IV.


Sangaride, Doris.

SANGARIDE
Atys est trop heureux.

DORIS
L'amitié fut toujours égale entre vous deux,
Et le sang, d'assés prés vous lie:
Quelque soit son bonheur, lui portez-vous envie?
Vous, qu'aujourd'hui l'Hymen avec de si beaux noeuds
Doit unir au Roi de Phrygie?

SANGARIDE
Atys est trop heureux.
Souverain de son coeur, maître de tous ses voeux,
Sans crainte, sans melancolie,
Il joüit en repos des beaux jours de sa vie;
Atys ne connoît point les tourmens amoureux,
Atys est trop heureux.

DORIS
Quel mal vous fait l'Amour? votre chagrin m'étonne.

SANGARIDE
Je te fie un secret qui n'est sçu de personne
Je devrois aimer un Amant
Qui m'offre une Couronne;
Mais; helas! vainement
Le devoir me l'ordonne,
L'Amour pour mon tourment,
En ordonne autrement

DORIS
Aimeriez-vous Atys, lui dont l'indifference
Brave avec tant d'orgueil l'Amour et sa puissance?

SANGARIDE
J'aime, Atys, en secret, mon crime est sans témoins.
Pour vaincre mon amour, je mets tout en usage,
J'appelle ma raison, j'anime mon courage;
Mais à quoi servent tous mes soins?
Mon coeur en souffre davantage,
Et n'en aime pas moins.

DORIS
C'est le commun défaut des belles,
L'ardeur des Conquêtes nouvelles
Fait négliger les coeurs qu'on a trop tôt charmez.
Et les indifferens sont quelquefois aimez
Aux dépens des Amans fidelles.
Mais vous vous exposez à des peines cruelles.

SANGARIDE
Toujours aux yeux d'Atys je serai sans appas;
Je le sai, j'y consens, je veux, s'il est possible,
Qu'il soit encore plus insensible;
S'il me pouvoit aimer, que deviendrois-je? helas!
C'est mon plus grand bonheur qu'Atys ne m'aime pas.
Je prétens être heureuse, au moins en apparence;
Au destin d'un grand Roi je me vais attacher.

SANGARIDE ET DORIS
Un amour malheureux dont le devoir s'offence,
Se doit condamner au silence;
Un amour malheureux qu'on nous peut reprocher,
Ne sauroit trop bien se cacher.


Scene V.


Atys, Sangaride, Doris.

ATYS
On voit dans ces campagnes
Tout nos Phrygiens s'avancer.

DORIS
Je vais prendre soin de presser
Les Nymphes nos Compagnes.



Scene VI.


Atys, Sangaride.

ATYS
Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous,

SANGARIDE
Nous ordonnons tous deux la fête de Cybele,
L'honneur est égal entre nous.

ATYS
Ce jour même un Grand Roi doît être votre Epoux,
Je ne vous vis jamais si contente et si belle;
Que le sort du Roi sera doux!

SANGARIDE
L'indifferent Atys n'en sera point jaloux.

ATYS
Vivez tous deux contens, c'est ma plus chere envie,
J'ai pressé votre Hymen, j'ai servi vos amours.
Mais enfin ce grand jour, le plus beau de vos jours,
Sera le dernier de ma vie.

SANGARIDE
O Dieux!

ATYS
Ce n'est qu'à vous que je veux reveler
Le secret desespoir où mon malheur me livre;
Je n'ai que trop sçu feindre, il est temps de parler;
Qui n'a plus qu'un moment à vivre,
N'a plus rien à dissimuler.

SANGARIDE
Je frémis, ma crainte est extrême;
Atys, par quel malheur faut-il vous voir perir?

ATYS
Vous me condamnerez vous-même,
Et vous me laisserez mourir.

SANGARIDE
J'armerai, s'il le faut, tout le pouvoir suprême ...

ATYS
Non, rien ne me peut secourir,
Je meurs d'amour pour vous, je n'en saurois guérir.

SANGARIDE
Quoi? vous?

ATYS
Il est trop vrai.

SANGARIDE
Vous m'aimez?

ATYS
Je vous aime.
Vous me condamnerez vous-même,
Et vous me laisserez mourir.
J'ai merité qu'on me punisse,
J'offence un Rival genereux,
Qui par mille bienfaits a prévenu mes voeux:
Mais je l'offence en vain, vous lui rendés justice;
Ah! que c'est un cruel supplice
D'avoüer qu'un Rival est digne d'être heureux!
Prononcés mon arrêt, parlés sans vous contraindre.

SANGARIDE
Helas!

ATYS
Vous soupirez? je voi couler vos pleurs?
D'un malheureux amour plaignez-vous les douleurs?

SANGARIDE
Atys, que vous seriez à plaindre
Si vous saviez tous vos malheurs!

ATYS
Si je vous pers, et si je meurs,
Que puis je encor avoir à craindre?

SANGARIDE
C'est peu de perdre en moi ce qui vous a charmé,
Vous me perdez, Atys, et vous êtes aimé.

ATYS
Aimé! qu'entens je? ô Ciel! quel aveu favorable!

SANGARIDE
Vous en serez plus miserable.

ATYS
Mon malheur en est plus affreux,
Le bonheur que je pers doit redoubler ma rage;
Mais n'importe, aimés-moi, s'il se peut d'avantage,
Quand j'en devrois mourir cent fois plus malheureux.

SANGARIDE
Si vous cherchés la mort, il faut que je vous suive;
Vivés, c'est mon amour qui vous en fait la loi.

ATYS
Hé comment! hé pourquoi
Voulez-vous que je vive,
Si vous ne vivez pas pour moi?

ATYS ET SANGARIDE
Si l'Hymen unissoit mon destin et le vôtre,
Que ses noeuds auroient eû d'attraits!
L'Amour fit nos coeurs l'un pour l'autre,
Faut-il que le devoir les sépare à jamais?

ATYS
Devoir impitoiable!
Ah quelle cruauté!

SANGARIDE
On vient, feignez encor, craignés d'être écouté.

ATYS
Aimons un bien plus durable
Que l'éclat de la Beauté:
Rien n'est plus aimable
Que la liberté.



Scene VII.


Atys, Sangaride, Doris, Idas, Choeur de Phrygiens chantans. Choeur de Phrygiennes chantantes. Troupe de Phrygiens dançans. Troupe de Phrygiennes dançantes.

ATYS
Mais déja de ce Mont sacré
Le sommet paroît éclairé
D'une splendeur nouvelle.

SANGARIDE, s'avançant vers la Montagne.
La Déesse descend, allons au devant d'elle.

ATYS ET SANGARIDE
Commençons, commençons
De celebrer ici sa fête solemnelle,
Commençons, commençons
Nos Jeux et nos Chansons.

Le Choeur repete ces deux derniers Vers.

ATIS ET SANGARIDE
Il est temps que chacun fasse éclater son zele.
Venés, Reine des Dieux, venez,
Venés favorable Cybele.

Les Choeurs repetent ces deux derniers Vers.

ATYS
Quittés votre Cour immortelle,
Choisissez ces lieux fortunez
Pour votre demeure éternelle.

LES CHOEURS
Venez, Reine des Dieux, venez.

SANGARIDE
La Terre sous vos pas va devenir plus belle
Que le séjour des Dieux que vous abandonnez.

LES CHOEURS
Venez favorable Cybele.

ATYS ET SANGARIDE
Venez voir les Autels qui vous sont destinez.

ATYS SANGARIDE, IDAS, DORIS ET LES CHOEURS
Ecoutez un Peuple fidelle,
Qui vous appelle,
Venés, Reine des Dieux, venez,
Venés, favorable Cybele.



Scene VIII.


La Déesse Cybele paroît, et les Phrygiens et les Phrygiennes lui témoignent leur joie et leur respect.

CYBELE
Venés tous dans mon Temple, et que chacun revere
Le Sacrificateur dont je vais faire choix:
Je m'expliquerai par sa voix,
voeux qu'il m'offrira seront sûrs de me plaire,
Je reçoi vos respects, j'aime à voir les honneurs
Dont vous me presentés un éclatant hommage,
Mais l'hommage des coeurs
Est ce que j'aime davantage.
Vous devez vous animer
D'une ardeur nouvelle,
S'il faut honorer Cybele,
Il faut encor plus l'aimer.

Cybele se va rendre dans son Temple, tous les Phrygiens s'empressent d'y aller, et repetent les quatre derniers Vers que la Déesse a prononcez.

LES CHOEURS
Nous devons nous animer
D'une ardeur nouvelle,
S'il faut honorer Cybele,
Il faut encor plus l'aimer.

Fin du premier Acte.
Prologue.

Le Theatre represente le Palais du Temps, où ce Dieu paroît au milieu des douze Heures du Jour, et des douze Heures de la Nuit.

LE TEMPS
En vain j'ai respecté la celebre memoire
Des Heros des siecles passez;
C'est en vain que leurs noms si fameux dans l'Histoire,
Du sort des noms communs ont été dispensez:
Nous voions un Heros dont la brillante gloire
Les a presque tous effacez.

CHOEUR DES HEURES
Ses justes Loix,
Ses grands Exploits
Rendront sa memoire éternelle:
Chaque Jour, chaque Instant
Ajoûte encor à son nom éclatant
Une gloire nouvelle.

La Déesse Flore conduite par un des Zephirs, s'avance avec une Troupe de Nymphes, qui portent divers ornemens de fleurs.

LE TEMPS
La Saison des frimas peut-elle nous offrir
Les fleurs que nous voyons paroître?
Quel Dieu les fait renaître
Lorsque l'hyver les fait mourir?
Le froid cruel regne encore;
Tout est glacé dans les champs,
D'où vient que Flore
Devance le Printemps?

FLORE
Quand j'attens les beaux Jours, je viens toujours trop tard,
Plus le Printemps s'avance, et plus il m'est contraire
Son retour presse le départ,
Du Heros à qui je veux plaire.
Pour lui faire ma Cour mes soins ont entrepris
De braver desormais l'hyver le plus terrible,
Dans l'ardeur de lui plaire on a bien-tôt apris
A ne rien trouver d'impossible.

LE TEMPS ET FLORE
Les Plaisirs à ses yeux ont beau se presenter,
Si tôt qu'il voit Bellonne, il quite tout pour elle;
Rien ne peut l'arrêter
Quand la Gloire l'appelle.

Les Choeurs des Heures repete ces deux derniers Vers.

La Suite de Flore commence des Jeux mêlez de Dances et de Chants.

UN ZEPHIR
Le Printemps quelquefois est moins doux qu'il ne semble,
Il fait trop paier ses beaux jours;
Il vient pour écarter les Jeux et les Amours;
Et c'est l'Hyver qui les rassemble.

Melpomene, qui est la Muse qui préside à la Tragedie, vient accompagnée d'une Troupe de Heros, elle est suivie d'Hercule, d'Anthæe, de Castor, de Pollux, de Lyncée, d'Idas, d'Etheocle, et de Polinice.

MELPOMENE parlant à Flore.
Retirés vous, cessés de prévenir le tems,
Ne me dérobés point de précieux instans,
La puissante Cybele.
Pour honorer Atys qu'elle a privé du jour,
Veut que je renouvelle
Dans une illustre Cour
Le souvenir de son amour,

Que l'agrément rustique
De Flore et de ses Jeux,
Cede à l'apareil magnifique
De la Muse tragique
Et de ses Spectacles pompeux.

La Suite de Melpomene prend la place de la Suite de Flore.

Les Heros recommencent leurs anciennes querelles.

Hercule combat et lutte contre Antæe, Castor et Pollux combattent contre Lyncée et Idas, et Etheocle combat contre son frere et Polynice.

Iris, par l'ordre de Cybele, vient accorder Melpomene et Flore.

IRIS parlant à Melpomene.
Cybele veut que Flore aujourd'hui vous seconde,
Il faut que les Plaisirs viennent de toutes parts,
Dans l'Empire puissant où regne un nouveau MARS,
Ils n'ont plus d'autre azile au monde.
Rendés-vous, s'il se peut, digne de ses regards;
Joignés la beauté vive et pure
Dont brille la Nature,
Aux ornemens des plus beaux Arts.

La suite de Melpomene s'accorde avec la suite de Flore.

MELPOMENE ET FLORE
Rendons-nous, s'il se peut, dignes de ses regards,
Joignons la beauté vive et pure
Dont brille la Nature
Aux ornemens des plus beaux Arts.

LE TEMPS, et le Choeur des Heures.
Préparés de nouvelles Fêtes,
Profités du loisir du plus grand des Heros.

LE TEMS, MELPOMENE ET FLORE
Préparez de nouvelles Fêtes.
Préparons de nouvelles Fêtes.
Profitez du loisir du plus grand des Heros.
Profitons du loisir du plus grand des Heros.

Tous ensemble.

Le tems des jeux, et du repos,
Lui sert à méditer de nouvelles conquêtes.

Fin du Prologue.





La scene est en Phrygie.



Acte I.

Le Theatre represente une Montagne consacrée à Cybele.


Scene premiere.

ATYS
Allons, allons, accourez-tous, Cybele va descendre,
Trop heureux Phrygiens, venez ici l'attendre.
Mille Peuples seront jaloux,
Des faveurs que sur nous
Sa bonté va répandre.


Scene II.

IDAS, ATYS
Allons, allons, accourez tous,
Cybele va descendre.

ATYS
Le Soleil peint nos champs des plus vives couleurs,
Il a seché les pleurs,
Que sur l'émail des prez a répandu l'Aurore
Et ses rayons nouveaux ont déja fait éclore
Mille nouvelles fleurs.

IDAS
Vous veillez lors que tout sommeille;
Vous nous éveillez si matin,
Que vous ferez croire à la fin
Que c'est l'Amour qui vous éveille.

ATYS
Non, tu dois mieux juger du parti que je prens.
Mon coeur veut fuir toujours les soins et les mysteres;
J'aime l'heureuse paix des coeurs indifferens;
Si leurs plaisirs ne sont pas grands,
Au moins leurs peines sont legeres.

IDAS
Tôt ou tard l'amour est vainqueur,
En vain les plus fiers s'en défendent,
On ne peut refuser son coeur
A de beaux yeux qui le demandent.
Atys, ne feignés plus, je sçai votre secret.
Ne craignés rien, je suis discret.
Dans un bois solitaire et sombre,
L'indifferent Atys se croioit seul un jour,
Sous un feuillage épais où je révois à l'ombre,
Je l'entendis parler d'amour.

ATYS
Si je parle d'amour, c'est contre son empire,
J'en fais mon plus doux entretien.

IDAS
Tel se vante de n'aimer rien,
Dont le coeur en secret soûpire.
J'entendis vos regrets, et je les sçai si bien
Que si vous en doutez, je vai vous les redire.
Amans qui vous plaignez, vous êtes trop heureux:
Mon coeur de tous les coeurs est le plus amoureux,
Et tout prêt d'expirer je suis réduit à feindre;
Que c'est un tourment rigoureux
De mourir d'amour sans se plaindre!
Amans qui vous plaignés, vous êtes trop heureux.
Idas, il est trop vrai, mon coeur n'est que trop tendre,
L'Amour me fait sentir ses plus funestes coups.
Qu'aucun autre que toi n'en puisse rien apprendre.



Scene III.


Sangaride, Doris, Atys, Idas.

SANGARIDE ET DORIS
Allons, allons, accourez tous,
Cybele va descendre.

SANGARIDE
Que dans nos concerts les plus doux,
Son nom sacré se fasse entendre.

ATYS
Sur l'Univers entier son pouvoir doit s'étendre.

SANGARIDE
Les Dieux suivent ses loix et craigneut son couroux.

ATYS, SANGARIDE, IDAS, DORIS
Quels honneurs! quels respects ne doit-on point lui rendre?
Allons, allons, accourez-tous,
Cybele va descendre.

SANGARIDE
Ecoutons les oiseaux de ces bois d'alentour.
Ils remplissent leurs chants d'une douceur nouvelle.
On diroit que dans ce beau jour,
Ils ne parlent que de Cybele.

ATYS
Si vous les écoutez, ils parleront d'amour.
Un Roi redoutable,
Amoureux aimable,
Va devenir vôtre Epoux;
Tout parle d'amour pour vous.

SANGARIDE
Il est vrai, je triomphe, et j'aime ma victoire.
Quand l'Amour fait regner, est-il un plus grand bien?
Pour vous, Atys, vous n'aimez rien,
Et vous en faites gloire.

ATYS
L'Amour fait trop verser de pleurs;
Souvent ses douceurs sont mortelles:
Il ne faut regarder les Belles
Que comme on voit d'aimables fleurs.
J'aime les Roses nouvelles,
J'aime à les voir s'embellir,
Sans leurs épines cruelles,
J'aimereis à les cueillir.

SANGARIDE
Quand le peril est agreable,
Le moyen de s'en allarmer?
Est ce un grand mal de trop aimer
Ce que l'on trouve aimable?
Peut-on être insensible aux plus charmans appas?

ATYS
Non, vous ne me connoissez pas.
Je me défens d'aimer autant qu'il m'est possible;
Si j'aimois, un jour, par malheur,
Je connois bien mon coeur,
Il seroit trop sensible.
Mais il faut que chacun s'assemble prés de vous,
Cybele pourroit nous surprendre.

ATYS ET IDAS
Allons, allons, accourez tous,
Cybele va descendre.



Scene IV.


Sangaride, Doris.

SANGARIDE
Atys est trop heureux.

DORIS
L'amitié fut toujours égale entre vous deux,
Et le sang, d'assés prés vous lie:
Quelque soit son bonheur, lui portez-vous envie?
Vous, qu'aujourd'hui l'Hymen avec de si beaux noeuds
Doit unir au Roi de Phrygie?

SANGARIDE
Atys est trop heureux.
Souverain de son coeur, maître de tous ses voeux,
Sans crainte, sans melancolie,
Il joüit en repos des beaux jours de sa vie;
Atys ne connoît point les tourmens amoureux,
Atys est trop heureux.

DORIS
Quel mal vous fait l'Amour? votre chagrin m'étonne.

SANGARIDE
Je te fie un secret qui n'est sçu de personne
Je devrois aimer un Amant
Qui m'offre une Couronne;
Mais; helas! vainement
Le devoir me l'ordonne,
L'Amour pour mon tourment,
En ordonne autrement

DORIS
Aimeriez-vous Atys, lui dont l'indifference
Brave avec tant d'orgueil l'Amour et sa puissance?

SANGARIDE
J'aime, Atys, en secret, mon crime est sans témoins.
Pour vaincre mon amour, je mets tout en usage,
J'appelle ma raison, j'anime mon courage;
Mais à quoi servent tous mes soins?
Mon coeur en souffre davantage,
Et n'en aime pas moins.

DORIS
C'est le commun défaut des belles,
L'ardeur des Conquêtes nouvelles
Fait négliger les coeurs qu'on a trop tôt charmez.
Et les indifferens sont quelquefois aimez
Aux dépens des Amans fidelles.
Mais vous vous exposez à des peines cruelles.

SANGARIDE
Toujours aux yeux d'Atys je serai sans appas;
Je le sai, j'y consens, je veux, s'il est possible,
Qu'il soit encore plus insensible;
S'il me pouvoit aimer, que deviendrois-je? helas!
C'est mon plus grand bonheur qu'Atys ne m'aime pas.
Je prétens être heureuse, au moins en apparence;
Au destin d'un grand Roi je me vais attacher.

SANGARIDE ET DORIS
Un amour malheureux dont le devoir s'offence,
Se doit condamner au silence;
Un amour malheureux qu'on nous peut reprocher,
Ne sauroit trop bien se cacher.


Scene V.


Atys, Sangaride, Doris.

ATYS
On voit dans ces campagnes
Tout nos Phrygiens s'avancer.

DORIS
Je vais prendre soin de presser
Les Nymphes nos Compagnes.



Scene VI.


Atys, Sangaride.

ATYS
Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous,

SANGARIDE
Nous ordonnons tous deux la fête de Cybele,
L'honneur est égal entre nous.

ATYS
Ce jour même un Grand Roi doît être votre Epoux,
Je ne vous vis jamais si contente et si belle;
Que le sort du Roi sera doux!

SANGARIDE
L'indifferent Atys n'en sera point jaloux.

ATYS
Vivez tous deux contens, c'est ma plus chere envie,
J'ai pressé votre Hymen, j'ai servi vos amours.
Mais enfin ce grand jour, le plus beau de vos jours,
Sera le dernier de ma vie.

SANGARIDE
O Dieux!

ATYS
Ce n'est qu'à vous que je veux reveler
Le secret desespoir où mon malheur me livre;
Je n'ai que trop sçu feindre, il est temps de parler;
Qui n'a plus qu'un moment à vivre,
N'a plus rien à dissimuler.

SANGARIDE
Je frémis, ma crainte est extrême;
Atys, par quel malheur faut-il vous voir perir?

ATYS
Vous me condamnerez vous-même,
Et vous me laisserez mourir.

SANGARIDE
J'armerai, s'il le faut, tout le pouvoir suprême ...

ATYS
Non, rien ne me peut secourir,
Je meurs d'amour pour vous, je n'en saurois guérir.

SANGARIDE
Quoi? vous?

ATYS
Il est trop vrai.

SANGARIDE
Vous m'aimez?

ATYS
Je vous aime.
Vous me condamnerez vous-même,
Et vous me laisserez mourir.
J'ai merité qu'on me punisse,
J'offence un Rival genereux,
Qui par mille bienfaits a prévenu mes voeux:
Mais je l'offence en vain, vous lui rendés justice;
Ah! que c'est un cruel supplice
D'avoüer qu'un Rival est digne d'être heureux!
Prononcés mon arrêt, parlés sans vous contraindre.

SANGARIDE
Helas!

ATYS
Vous soupirez? je voi couler vos pleurs?
D'un malheureux amour plaignez-vous les douleurs?

SANGARIDE
Atys, que vous seriez à plaindre
Si vous saviez tous vos malheurs!

ATYS
Si je vous pers, et si je meurs,
Que puis je encor avoir à craindre?

SANGARIDE
C'est peu de perdre en moi ce qui vous a charmé,
Vous me perdez, Atys, et vous êtes aimé.

ATYS
Aimé! qu'entens je? ô Ciel! quel aveu favorable!

SANGARIDE
Vous en serez plus miserable.

ATYS
Mon malheur en est plus affreux,
Le bonheur que je pers doit redoubler ma rage;
Mais n'importe, aimés-moi, s'il se peut d'avantage,
Quand j'en devrois mourir cent fois plus malheureux.

SANGARIDE
Si vous cherchés la mort, il faut que je vous suive;
Vivés, c'est mon amour qui vous en fait la loi.

ATYS
Hé comment! hé pourquoi
Voulez-vous que je vive,
Si vous ne vivez pas pour moi?

ATYS ET SANGARIDE
Si l'Hymen unissoit mon destin et le vôtre,
Que ses noeuds auroient eû d'attraits!
L'Amour fit nos coeurs l'un pour l'autre,
Faut-il que le devoir les sépare à jamais?

ATYS
Devoir impitoiable!
Ah quelle cruauté!

SANGARIDE
On vient, feignez encor, craignés d'être écouté.

ATYS
Aimons un bien plus durable
Que l'éclat de la Beauté:
Rien n'est plus aimable
Que la liberté.



Scene VII.


Atys, Sangaride, Doris, Idas, Choeur de Phrygiens chantans. Choeur de Phrygiennes chantantes. Troupe de Phrygiens dançans. Troupe de Phrygiennes dançantes.

ATYS
Mais déja de ce Mont sacré
Le sommet paroît éclairé
D'une splendeur nouvelle.

SANGARIDE, s'avançant vers la Montagne.
La Déesse descend, allons au devant d'elle.

ATYS ET SANGARIDE
Commençons, commençons
De celebrer ici sa fête solemnelle,
Commençons, commençons
Nos Jeux et nos Chansons.

Le Choeur repete ces deux derniers Vers.

ATIS ET SANGARIDE
Il est temps que chacun fasse éclater son zele.
Venés, Reine des Dieux, venez,
Venés favorable Cybele.

Les Choeurs repetent ces deux derniers Vers.

ATYS
Quittés votre Cour immortelle,
Choisissez ces lieux fortunez
Pour votre demeure éternelle.

LES CHOEURS
Venez, Reine des Dieux, venez.

SANGARIDE
La Terre sous vos pas va devenir plus belle
Que le séjour des Dieux que vous abandonnez.

LES CHOEURS
Venez favorable Cybele.

ATYS ET SANGARIDE
Venez voir les Autels qui vous sont destinez.

ATYS SANGARIDE, IDAS, DORIS ET LES CHOEURS
Ecoutez un Peuple fidelle,
Qui vous appelle,
Venés, Reine des Dieux, venez,
Venés, favorable Cybele.



Scene VIII.


La Déesse Cybele paroît, et les Phrygiens et les Phrygiennes lui témoignent leur joie et leur respect.

CYBELE
Venés tous dans mon Temple, et que chacun revere
Le Sacrificateur dont je vais faire choix:
Je m'expliquerai par sa voix,
voeux qu'il m'offrira seront sûrs de me plaire,
Je reçoi vos respects, j'aime à voir les honneurs
Dont vous me presentés un éclatant hommage,
Mais l'hommage des coeurs
Est ce que j'aime davantage.
Vous devez vous animer
D'une ardeur nouvelle,
S'il faut honorer Cybele,
Il faut encor plus l'aimer.

Cybele se va rendre dans son Temple, tous les Phrygiens s'empressent d'y aller, et repetent les quatre derniers Vers que la Déesse a prononcez.

LES CHOEURS
Nous devons nous animer
D'une ardeur nouvelle,
S'il faut honorer Cybele,
Il faut encor plus l'aimer.

Fin du premier Acte.



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