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PROLOGUE
(Le théâtre représente le Palais de Démogorgon. Démogorgon est sur son trône, accompagné d' une troupe de Génies, et d' une troupe de Fées.)

DÉMOGORGON.
Le ciel, qui m' a fait votre roi,
dans votre destin m' intéresse.
Je vous assemble ici pour calmer votre effroi ;
Il est temps que les jeux chassent votre tristesse.
La paix fuyait au bruit des terribles combats,
Mais la voix du vainqueur la rapelle ici-bas.
La guerre impitoyable, et ses fureurs affreuses,
Ne ravageront point vos retraites heureuses.
Tout cède au plus grand des héros,
En vain l'Envie et la Rage s' assemblent,
Il ne punit ses ennemis qui tremblent,
Qu' en les condamnant au repos.

DÉMOGORGON, la principale Fée, et les Chœurs des Génies et des Fées.
On n' entend plus le bruit des armes.
Doux Plaisirs, reprenez vos charmes.
Jeux innocents, venez vous rassembler.
Rien ne vous peut troubler.

(Les Fées témoignent leur joie en dansant et en chantant).

Le Chœur des Fées
Que la guerre est effroyable !
Quel bien est plus doux que la paix ?
Peut-on trop chérir ses attraits ?
Que son règne est aimable !
Qu' il dure à jamais.
Nous n' aurons que de beaux jours.
Que de jeux vont paraître !
Que nous verrons naître
De tendres amours !
Tout rit, tout enchante.
Chantons la paix charmante,
Chantons le sort heureux
Qui va combler nos voeux.
Chantons tous la paix charmante,
Chantons le sort heureux
Qui va combler nos voeux.

La Principale Fée
Au milieu d' une paix profonde,
Offrons des jeux nouveaux au héros glorieux
Qui prend soin du bonheur du monde.
Allons nous transformer pour paraître à ses yeux.

DÉMOGORGON
Du célèbre Roland renouvellons l' histoire.
La France lui donna le jour.
Montrons les erreurs où l'Amour
Peut engager un cœur qui néglige la Gloire.

DÉMOGORGON et La Principale Fée
Allons faire entendre nos voix
Sur les bords heureux de la Seine,
Allons faire entendre nos voix
Au vainqueur dont tout suit les loix.

DÉMOGORGON
Il avait mis aux fers la Discorde inhumaine ;
En vain elle a rompu sa chaîne,
Il l' enchaîne encore une fois.

DÉMOGORGON, la principale Fée et les Chœurs
Allons faire entendre nos voix
Sur les bords heureux de la Seine,
Allons faire entendre nos voix
Au vainqueur dont tout suit les loix.

(Les Génies et les Fées font un essai des danses et des chansons qu' ils veulent préparer.)

(Une Fée chante, et les Chœurs des Génies et des Fées lui répondent.)
C' est l'Amour qui nous menace ;
Que de cœurs sont en danger !
Quelques maux que l'Amour fasse,
On ne peut s' en dégager.
Il revient quand on le chasse,
Il se plaît à se venger.
C' est l'Amour qui nous menace ;
Que de cœurs sont en danger !

DÉMOGORGON, la principale Fée, et les chœurs des Génies et des Fées, chantent ensemble.
Le vainqueur a contraint la guerre
D'éteindre son flambeau.
Il rend le repos à la terre,
Quel triomphe est plus beau !

Fin du Prologue.


ACTE 1
(Le théâtre représente un hameau.)

ACTE 1 SCÈNE 1
ANGÉLIQUE, seule.
Ah ! Que mon cœur est agité !
L'Amour y combat la fierté,
Je ne sais qui des deux l' emporte ;
Quelquefois la fierté demeure la plus forte,
Quelquefois l'Amour est vainqueur ;
De moment en moment une guerre mortelle
Dans mon âme se renouvelle.
Quel trouble ! Helas ! Quelle rigueur !
Funeste Amour, fierté cruelle,
Ne cesserez-vous point de déchirer mon cœur ?

ACTE 1 SCENE 2
ANGÉLIQUE,THÉMIRE

THÉMIRE.
Vous avez peu d' impatience
De voir le riche don qu' on va vous présenter.
C' est un prix que Roland vous a fait apporter
Des rivages lointains où le jour prend naissance.
Pour vous par mille exploits il a su l' acheter.
Serez-vous sans reconnaissance ?
Faut-il que tant d'amour ne puisse mériter
Qu' une éternelle indifférence ?

ANGÉLIQUE.
L' invincible Roland n' a que trop fait pour moi,
Fais-moi resouvenir de ce que je lui doi.

THÉMIRE
Pourriez-vous oublier l' ardeur dont il vous aime ?

ANGÉLIQUE
Je songe, autant que je le puis,
A sa rare valeur, à son amour extrême :
Mais malgré tous mes soins dans le trouble où je suis,
Je crains de m' oublier moi-même.
Je crains que ma fierté ne succombe en ce jour.

THÉMIRE
Aimez Roland à votre tour,
Il n' est point de climats où sa gloire ne vole.
Du moins, la fierté se console
Quand la gloire l' oblige à céder à l' amour.
Roland renverse tout par l' effort de ses armes;
Son bras sait affermir un trône chancelant...

ANGÉLIQUE
Hélas ! Hélas ! Que Médor a de charmes !
Ah ! Que n'a-t-il la gloire de Roland !

THÉMIRE
Médor?

ANGÉLIQUE
Ma faiblesse t'étonne.
Ne me déguise rien, parle, je te l' ordonne;
Représente à mon cœur la honte de son choix.

THÉMIRE
Médor d' un sang obscur a reçu la lumière.
Pourrait-il être aimé d' une Reine si fière ?
D' une Reine qui sous ses loix
Ne voit qu' avec mépris les héros et les rois ?

ANGÉLIQUE
Mon cœur était tranquille, et croiait toujours l'être,
Quand je trouvai Médor, blessé, prés de mourir.
La pitié dans ce lieu champêtre
M'arrêta pour le secourir.
Le prix de mon secours est le mal que j' endure ;
La pitié pour Médor a su trop m'attendrir.
Ma funeste langueur s'augmentait à mesure
Qu' il guérissait de sa blessure,
Et je suis en danger de ne jamais guérir.

THÉMIRE
Éloignez de vos yeux ce qui peut trop vous plaire.

ANGÉLIQUE
Ma gloire le demande, il faut la satisfaire :
Il faut bannir Médor... Bannir Médor, Helas !
C' est me condamner au trépas.
Il n' importe, il le faut; qu' il parte, qu' il me quitte.
(Elle apperçoit Médor.)
Il rêve, il tourne ici ses pas.
Que je suis interdite !
Ne m'abandonne pas.
(Angélique et Thémire se retirent.)

ACTE 1 SCENE 3
MÉDOR, seul.
Ah ! Quel tourment
De garder en aimant
Un éternel silence !
Ah! quel tourment
D' aimer sans espérance !
J' aime une Reine, helas ! Par quel enchantement
Ai-je oublié son rang et ma naissance,
Et combien entre nous le sort met de distance ?
Malheureux que je suis, j' aime un objet charmant
Que tant de rois ont aimé vainement !
Je dois cacher un amour qui l' offence ;
Il faut me faire à tout moment
Une cruelle violence.
Ah ! Quel tourment
De garder en aimant
Un éternel silence !
Ah! quel tourment
D' aimer sans espérance !

ACTE 1 SCENE 4
MÉDOR, ANGÉLIQUE, THÉMIRE.

MÉDOR
De la part de Roland, on vient jusqu' en ces lieux
Vous offrir un don précieux.
Il vous aime, il vous sert; son amour peut paraître,
Et, tout absent qu' il est, il vous le fait connaître :
Ses travaux, quels qu' ils soient, sont trop récompensés,
O trop heureux Roland !

ANGÉLIQUE
Roland sera peut-être
Moins heureux que vous ne pensez.
Plus son amour éclate, et plus il m' importune :
J' ai honte de lui trop devoir.
Non, n' enviez point sa fortune.

MÉDOR
Il est vrai qu' il n' a pas le plaisir de vous voir.

ANGÉLIQUE
Je le fuis, et sans lui désormais je n' aspire
Qu' à retourner dans mon empire.
Enfin, Médor, enfin, je veux savoir
Si j' ai sur vous un absolu pouvoir.

MÉDOR
Vous êtes de mon sort maîtresse souveraine.
Je servais un grand roi; j’avais suivi ses pas
Des rivages du Nil jusqu'aux bords de la Seine.
Il est mort en cherchant la gloire et les combats ;
Sans vous, j’allais le suivre au delà du trépas.
Vous servir est ma seule envie,
J'en fais mon espoir le plus doux ;
Vous m' avez conservé la vie,
Heureux si je la perds pour vous !

ANGÉLIQUE
Médor, vous avez lieu de croire
Que je m' intéresse en vos jours :
J' en ai pris soin; le ciel a béni mon secours.
A la fin, il est temps d' avoir soin de ma gloire.
Par pitié, près de vous, j' ai voulu demeurer,
Tandis que mon secours vous était nécessaire :
Ma pitié n' a plus rien à faire,
Il est temps de nous séparer.
Partez, Médor.

MÉDOR
O ciel !

ANGÉLIQUE
Partez sans différer.

MÉDOR
Helas ! Ai-je pu vous déplaire ?

ANGÉLIQUE
Non, non, je n' ai point de colère...
Laissons des discours superflus.
Partez.

MÉDOR
Je ne vous verrai plus !

ANGÉLIQUE
Choisissez où vous voulez vivre,
Je prendrai soin de votre sort.

MÉDOR
Vous me défendez de vous suivre,
Je ne veux chercher que la mort.

ANGÉLIQUE
Vivez, conservez mon ouvrage;
Songez que c' est me faire outrage
De voir vos jours avec mépris,
Après le soin que j' en ai pris.

MÉDOR
Vous voulez que je vive, et votre arrêt me chasse,
Mes jours à vous servir ne sont pas réservés.
Eh! que voulez-vous que je fasse
De ces jours malheureux que vous m' avez sauvés ?

ANGÉLIQUE
Puissiez-vous loin de moi jouir d' un sort paisible.

MÉDOR
Loin de vous ! Ciel ! Est-il possible ?
Ah ! Fallait-il me secourir ?
Que ne me laissiez-vous mourir ?

ANGÉLIQUE
Terminons des regrets qui pourraient trop s' étendre :
Ne me dites plus rien, je ne veux rien entendre.
Il est temps de nous séparer ;
Partez, Médor.

MÉDOR
O ciel !

ANGÉLIQUE
Partez sans différer.

ACTE 1 SCENE 5
ANGÉLIQUE, THÉMIRE

ANGÉLIQUE
Je ne verrai plus ce que j' aime.
Conçois-tu bien l' effort extrême
Que pour bannir Médor je me fais aujourd' hui ?
Il part désesperé, tu vois où je l' expose :
Il va mourir, j' en suis la cause,
Je mourrai bientôt apres lui.
Non, un trop tendre amour dans ses jours m' intéresse.
Non, qu' il ne parte point, allons le rappeller...
Infortunée ! Où veux-je aller ?
Je vais trahir ma gloire, et montrer ma faiblesse.
Ciel ! Quel est mon malheur !
S' il faut que l'amour me surmonte,
Je dois mourir de honte ;
S' il faut l'arracher de mon cœur,
Je mourrai de douleur.

THÉMIRE
Le secours de l' absence
Est un puissant secours.
C' est l' unique espérance
Des cœurs qui veulent fuir les funestes amours.

ANGÉLIQUE
Le secours de l' absence
Est un cruel secours.
Ah ! Quelle violence
De fuir incessamment ce qui charme toujours!

THÉMIRE et ANGÉLIQUE.
Le secours de l' absence
Est un puissant (cruel) secours.

ANGÉLIQUE
Quoi ! Médor pour jamais d' avec moi se sépare !
Devais-tu m' inspirer un dessein si barbare ?
Thémire, j' ai suivi tes conseils rigoureux.
Fais revenir Médor ; que rien ne te retienne;
Va, cours... mais s' il revient... n' importe, qu' il revienne...
Attend... je veux... helas ! Sais-je ce que je veux ?

THÉMIRE
Voyez ces étrangers, contraignez-vous pour eux.

ANGÉLIQUE
Ne puis-je en liberté soupirer et me plaindre ?
Faudra-t-il toujours me contraindre ?
Sans Médor, tout me semble affreux.
Va le voir, et du moins console un malheureux.

ACTE 1 SCENE 6
ZILIANTE, troupe d' insulaires orientaux.

ZILIANTE,présentant un brasselet à Angélique.
Au généreux Roland je dois ma délivrance ;
D' un charme affreux sa valeur m' a sauvé ;
Il n' a voulu de ma reconnaissance
Que ce présent qu' il vous a réservé.
Je viens, pour vous l' offrir, du rivage où l'Aurore
Ouvre la barrière du jour.
Vous embrasez Roland d' un feu qui le dévore;
Mais qui peut voir la Beauté qu' il adore,
Voit sans étonnement l' excès de son amour.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs :
Ce n' est qu' aux plus fâmeux vainqueurs
Qu' il est permis de porter votre chaîne.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs.

(Le chœur des insulaires chante ces derniers vers dans le temps que Ziliante présente le brasselet à Angélique, et les autres insulaires dansent à la manière de leur pays.)

Le Chœur des Insulaires.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs.
Ce n' est qu' aux plus fâmeux vainqueurs
Qu' il est permis de porter votre chaîne.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs

Deux Insulaires.
Dans nos climats
Sans chagrin on soupire;
L' Amour dont nous suivons l' empire
N' a que des appas.
Fuyons les Belles
Cruelles;
Craignons leur pouvoir,
Que sert-t-il de les voir ?
Ah ! Gardons-nous d' un amour sans espoir.
Quelle peine !
Quel tourment !
D' être amant
D' une inhumaine !
Si nous devenons amoureux,
Aimons pour être heureux.
Sans les amours
On s' ennuirait de vivre,
Mais nous devons cesser de suivre
Qui nous fuit toujours.
Fuyons les belles
cruelles, etc.
PROLOGUE
(Le théâtre représente le Palais de Démogorgon. Démogorgon est sur son trône, accompagné d' une troupe de Génies, et d' une troupe de Fées.)

DÉMOGORGON.
Le ciel, qui m' a fait votre roi,
dans votre destin m' intéresse.
Je vous assemble ici pour calmer votre effroi ;
Il est temps que les jeux chassent votre tristesse.
La paix fuyait au bruit des terribles combats,
Mais la voix du vainqueur la rapelle ici-bas.
La guerre impitoyable, et ses fureurs affreuses,
Ne ravageront point vos retraites heureuses.
Tout cède au plus grand des héros,
En vain l'Envie et la Rage s' assemblent,
Il ne punit ses ennemis qui tremblent,
Qu' en les condamnant au repos.

DÉMOGORGON, la principale Fée, et les Chœurs des Génies et des Fées.
On n' entend plus le bruit des armes.
Doux Plaisirs, reprenez vos charmes.
Jeux innocents, venez vous rassembler.
Rien ne vous peut troubler.

(Les Fées témoignent leur joie en dansant et en chantant).

Le Chœur des Fées
Que la guerre est effroyable !
Quel bien est plus doux que la paix ?
Peut-on trop chérir ses attraits ?
Que son règne est aimable !
Qu' il dure à jamais.
Nous n' aurons que de beaux jours.
Que de jeux vont paraître !
Que nous verrons naître
De tendres amours !
Tout rit, tout enchante.
Chantons la paix charmante,
Chantons le sort heureux
Qui va combler nos voeux.
Chantons tous la paix charmante,
Chantons le sort heureux
Qui va combler nos voeux.

La Principale Fée
Au milieu d' une paix profonde,
Offrons des jeux nouveaux au héros glorieux
Qui prend soin du bonheur du monde.
Allons nous transformer pour paraître à ses yeux.

DÉMOGORGON
Du célèbre Roland renouvellons l' histoire.
La France lui donna le jour.
Montrons les erreurs où l'Amour
Peut engager un cœur qui néglige la Gloire.

DÉMOGORGON et La Principale Fée
Allons faire entendre nos voix
Sur les bords heureux de la Seine,
Allons faire entendre nos voix
Au vainqueur dont tout suit les loix.

DÉMOGORGON
Il avait mis aux fers la Discorde inhumaine ;
En vain elle a rompu sa chaîne,
Il l' enchaîne encore une fois.

DÉMOGORGON, la principale Fée et les Chœurs
Allons faire entendre nos voix
Sur les bords heureux de la Seine,
Allons faire entendre nos voix
Au vainqueur dont tout suit les loix.

(Les Génies et les Fées font un essai des danses et des chansons qu' ils veulent préparer.)

(Une Fée chante, et les Chœurs des Génies et des Fées lui répondent.)
C' est l'Amour qui nous menace ;
Que de cœurs sont en danger !
Quelques maux que l'Amour fasse,
On ne peut s' en dégager.
Il revient quand on le chasse,
Il se plaît à se venger.
C' est l'Amour qui nous menace ;
Que de cœurs sont en danger !

DÉMOGORGON, la principale Fée, et les chœurs des Génies et des Fées, chantent ensemble.
Le vainqueur a contraint la guerre
D'éteindre son flambeau.
Il rend le repos à la terre,
Quel triomphe est plus beau !

Fin du Prologue.


ACTE 1
(Le théâtre représente un hameau.)

ACTE 1 SCÈNE 1
ANGÉLIQUE, seule.
Ah ! Que mon cœur est agité !
L'Amour y combat la fierté,
Je ne sais qui des deux l' emporte ;
Quelquefois la fierté demeure la plus forte,
Quelquefois l'Amour est vainqueur ;
De moment en moment une guerre mortelle
Dans mon âme se renouvelle.
Quel trouble ! Helas ! Quelle rigueur !
Funeste Amour, fierté cruelle,
Ne cesserez-vous point de déchirer mon cœur ?

ACTE 1 SCENE 2
ANGÉLIQUE,THÉMIRE

THÉMIRE.
Vous avez peu d' impatience
De voir le riche don qu' on va vous présenter.
C' est un prix que Roland vous a fait apporter
Des rivages lointains où le jour prend naissance.
Pour vous par mille exploits il a su l' acheter.
Serez-vous sans reconnaissance ?
Faut-il que tant d'amour ne puisse mériter
Qu' une éternelle indifférence ?

ANGÉLIQUE.
L' invincible Roland n' a que trop fait pour moi,
Fais-moi resouvenir de ce que je lui doi.

THÉMIRE
Pourriez-vous oublier l' ardeur dont il vous aime ?

ANGÉLIQUE
Je songe, autant que je le puis,
A sa rare valeur, à son amour extrême :
Mais malgré tous mes soins dans le trouble où je suis,
Je crains de m' oublier moi-même.
Je crains que ma fierté ne succombe en ce jour.

THÉMIRE
Aimez Roland à votre tour,
Il n' est point de climats où sa gloire ne vole.
Du moins, la fierté se console
Quand la gloire l' oblige à céder à l' amour.
Roland renverse tout par l' effort de ses armes;
Son bras sait affermir un trône chancelant...

ANGÉLIQUE
Hélas ! Hélas ! Que Médor a de charmes !
Ah ! Que n'a-t-il la gloire de Roland !

THÉMIRE
Médor?

ANGÉLIQUE
Ma faiblesse t'étonne.
Ne me déguise rien, parle, je te l' ordonne;
Représente à mon cœur la honte de son choix.

THÉMIRE
Médor d' un sang obscur a reçu la lumière.
Pourrait-il être aimé d' une Reine si fière ?
D' une Reine qui sous ses loix
Ne voit qu' avec mépris les héros et les rois ?

ANGÉLIQUE
Mon cœur était tranquille, et croiait toujours l'être,
Quand je trouvai Médor, blessé, prés de mourir.
La pitié dans ce lieu champêtre
M'arrêta pour le secourir.
Le prix de mon secours est le mal que j' endure ;
La pitié pour Médor a su trop m'attendrir.
Ma funeste langueur s'augmentait à mesure
Qu' il guérissait de sa blessure,
Et je suis en danger de ne jamais guérir.

THÉMIRE
Éloignez de vos yeux ce qui peut trop vous plaire.

ANGÉLIQUE
Ma gloire le demande, il faut la satisfaire :
Il faut bannir Médor... Bannir Médor, Helas !
C' est me condamner au trépas.
Il n' importe, il le faut; qu' il parte, qu' il me quitte.
(Elle apperçoit Médor.)
Il rêve, il tourne ici ses pas.
Que je suis interdite !
Ne m'abandonne pas.
(Angélique et Thémire se retirent.)

ACTE 1 SCENE 3
MÉDOR, seul.
Ah ! Quel tourment
De garder en aimant
Un éternel silence !
Ah! quel tourment
D' aimer sans espérance !
J' aime une Reine, helas ! Par quel enchantement
Ai-je oublié son rang et ma naissance,
Et combien entre nous le sort met de distance ?
Malheureux que je suis, j' aime un objet charmant
Que tant de rois ont aimé vainement !
Je dois cacher un amour qui l' offence ;
Il faut me faire à tout moment
Une cruelle violence.
Ah ! Quel tourment
De garder en aimant
Un éternel silence !
Ah! quel tourment
D' aimer sans espérance !

ACTE 1 SCENE 4
MÉDOR, ANGÉLIQUE, THÉMIRE.

MÉDOR
De la part de Roland, on vient jusqu' en ces lieux
Vous offrir un don précieux.
Il vous aime, il vous sert; son amour peut paraître,
Et, tout absent qu' il est, il vous le fait connaître :
Ses travaux, quels qu' ils soient, sont trop récompensés,
O trop heureux Roland !

ANGÉLIQUE
Roland sera peut-être
Moins heureux que vous ne pensez.
Plus son amour éclate, et plus il m' importune :
J' ai honte de lui trop devoir.
Non, n' enviez point sa fortune.

MÉDOR
Il est vrai qu' il n' a pas le plaisir de vous voir.

ANGÉLIQUE
Je le fuis, et sans lui désormais je n' aspire
Qu' à retourner dans mon empire.
Enfin, Médor, enfin, je veux savoir
Si j' ai sur vous un absolu pouvoir.

MÉDOR
Vous êtes de mon sort maîtresse souveraine.
Je servais un grand roi; j’avais suivi ses pas
Des rivages du Nil jusqu'aux bords de la Seine.
Il est mort en cherchant la gloire et les combats ;
Sans vous, j’allais le suivre au delà du trépas.
Vous servir est ma seule envie,
J'en fais mon espoir le plus doux ;
Vous m' avez conservé la vie,
Heureux si je la perds pour vous !

ANGÉLIQUE
Médor, vous avez lieu de croire
Que je m' intéresse en vos jours :
J' en ai pris soin; le ciel a béni mon secours.
A la fin, il est temps d' avoir soin de ma gloire.
Par pitié, près de vous, j' ai voulu demeurer,
Tandis que mon secours vous était nécessaire :
Ma pitié n' a plus rien à faire,
Il est temps de nous séparer.
Partez, Médor.

MÉDOR
O ciel !

ANGÉLIQUE
Partez sans différer.

MÉDOR
Helas ! Ai-je pu vous déplaire ?

ANGÉLIQUE
Non, non, je n' ai point de colère...
Laissons des discours superflus.
Partez.

MÉDOR
Je ne vous verrai plus !

ANGÉLIQUE
Choisissez où vous voulez vivre,
Je prendrai soin de votre sort.

MÉDOR
Vous me défendez de vous suivre,
Je ne veux chercher que la mort.

ANGÉLIQUE
Vivez, conservez mon ouvrage;
Songez que c' est me faire outrage
De voir vos jours avec mépris,
Après le soin que j' en ai pris.

MÉDOR
Vous voulez que je vive, et votre arrêt me chasse,
Mes jours à vous servir ne sont pas réservés.
Eh! que voulez-vous que je fasse
De ces jours malheureux que vous m' avez sauvés ?

ANGÉLIQUE
Puissiez-vous loin de moi jouir d' un sort paisible.

MÉDOR
Loin de vous ! Ciel ! Est-il possible ?
Ah ! Fallait-il me secourir ?
Que ne me laissiez-vous mourir ?

ANGÉLIQUE
Terminons des regrets qui pourraient trop s' étendre :
Ne me dites plus rien, je ne veux rien entendre.
Il est temps de nous séparer ;
Partez, Médor.

MÉDOR
O ciel !

ANGÉLIQUE
Partez sans différer.

ACTE 1 SCENE 5
ANGÉLIQUE, THÉMIRE

ANGÉLIQUE
Je ne verrai plus ce que j' aime.
Conçois-tu bien l' effort extrême
Que pour bannir Médor je me fais aujourd' hui ?
Il part désesperé, tu vois où je l' expose :
Il va mourir, j' en suis la cause,
Je mourrai bientôt apres lui.
Non, un trop tendre amour dans ses jours m' intéresse.
Non, qu' il ne parte point, allons le rappeller...
Infortunée ! Où veux-je aller ?
Je vais trahir ma gloire, et montrer ma faiblesse.
Ciel ! Quel est mon malheur !
S' il faut que l'amour me surmonte,
Je dois mourir de honte ;
S' il faut l'arracher de mon cœur,
Je mourrai de douleur.

THÉMIRE
Le secours de l' absence
Est un puissant secours.
C' est l' unique espérance
Des cœurs qui veulent fuir les funestes amours.

ANGÉLIQUE
Le secours de l' absence
Est un cruel secours.
Ah ! Quelle violence
De fuir incessamment ce qui charme toujours!

THÉMIRE et ANGÉLIQUE.
Le secours de l' absence
Est un puissant (cruel) secours.

ANGÉLIQUE
Quoi ! Médor pour jamais d' avec moi se sépare !
Devais-tu m' inspirer un dessein si barbare ?
Thémire, j' ai suivi tes conseils rigoureux.
Fais revenir Médor ; que rien ne te retienne;
Va, cours... mais s' il revient... n' importe, qu' il revienne...
Attend... je veux... helas ! Sais-je ce que je veux ?

THÉMIRE
Voyez ces étrangers, contraignez-vous pour eux.

ANGÉLIQUE
Ne puis-je en liberté soupirer et me plaindre ?
Faudra-t-il toujours me contraindre ?
Sans Médor, tout me semble affreux.
Va le voir, et du moins console un malheureux.

ACTE 1 SCENE 6
ZILIANTE, troupe d' insulaires orientaux.

ZILIANTE,présentant un brasselet à Angélique.
Au généreux Roland je dois ma délivrance ;
D' un charme affreux sa valeur m' a sauvé ;
Il n' a voulu de ma reconnaissance
Que ce présent qu' il vous a réservé.
Je viens, pour vous l' offrir, du rivage où l'Aurore
Ouvre la barrière du jour.
Vous embrasez Roland d' un feu qui le dévore;
Mais qui peut voir la Beauté qu' il adore,
Voit sans étonnement l' excès de son amour.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs :
Ce n' est qu' aux plus fâmeux vainqueurs
Qu' il est permis de porter votre chaîne.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs.

(Le chœur des insulaires chante ces derniers vers dans le temps que Ziliante présente le brasselet à Angélique, et les autres insulaires dansent à la manière de leur pays.)

Le Chœur des Insulaires.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs.
Ce n' est qu' aux plus fâmeux vainqueurs
Qu' il est permis de porter votre chaîne.
Triomphez, charmante Reine,
Triomphez des plus grands cœurs

Deux Insulaires.
Dans nos climats
Sans chagrin on soupire;
L' Amour dont nous suivons l' empire
N' a que des appas.
Fuyons les Belles
Cruelles;
Craignons leur pouvoir,
Que sert-t-il de les voir ?
Ah ! Gardons-nous d' un amour sans espoir.
Quelle peine !
Quel tourment !
D' être amant
D' une inhumaine !
Si nous devenons amoureux,
Aimons pour être heureux.
Sans les amours
On s' ennuirait de vivre,
Mais nous devons cesser de suivre
Qui nous fuit toujours.
Fuyons les belles
cruelles, etc.



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