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ACTE 4.
(Le théâtre change, et représente une grotte au milieu d' un bocage.)

ACTE 4 SCENE 1
ROLAND, ASTOLPHE

ROLAND
Va, ton soin m' importune, Astolphe, laisse-moi.

ASTOLPHE
Quel charme vous retient dans ce lieu solitaire ?

ROLAND
Ami, je n' ai point pour toi
De secret, n' y de mystère.
Angélique ne me fuit plus :
J'étais content de voir sa rigueur adoucie,
Quand nous avons trouvé le roi de Circassie
Et le superbe Ferragus.
Tous deux jaloux de mon bonheur extrême
M' ont abordé les armes à la main :
J' allais les en punir, mais la beauté que j' aime,
Par son anneau magique a disparu soudain.
Mes rivaux l' ont suivie en vain;
Elle avait eu soin de m' appendre
Le chemin qu' elle voulait prendre.
Nous nous sommes promis d' être à la fin du jour
A la fontaine de l'Amour.
Je suis venu trop tôt m’y rendre :
Je vais au devant d' elle, ennuyé de l' attendre;
Je parcours les lieux d' alentour.
L' objet qui m' enchante
Ne m'a jamais tant charmé :
Que l'amour s'augmente
Par le plaisir d' être aimé!

ASTOLPHE
Cet empire en vous seul a mis son espérance :
Si vous ne prenez sa défense,
Il tombera dans peu de temps
Sous une barbare puissance.
Songez que vous perdez de précieux instants.

ROLAND
Je songe au bonheur que j' attends.

ASTOLPHE
Venez couronner votre tête
Du laurier immortel qui vous est présenté.

ROLAND
Je vois l’Amour qui s'apprête
A combler ma félicité ;
Je vais jouir de la conquête
D' un cœur qui m' a tant coûté.

ASTOLPHE
Le grand cœur de Roland n' est fait que pour la gloire,
Peut- il languir dans un honteux repos ?
Triomphez de l'Amour, il n' est point de victoire
Qui montre mieux la vertu d' un Héros.

ROLAND
Lorsque des rigueurs inhumaines
Ont payé mon amour d' un si cruel tourment,
Je n' ai pu sortir de mes chaînes :
Puis-je me dégager d' un lien si charmant,
Quand je touche à l' heureux moment
Où je dois recevoir le prix de tant de peines ?
Va, laisse-moi seul dans ces lieux;
Angélique pour moi sensible,
Veut pour tout autre être invisible :
Va, ne l' empêche point de paraître à mes yeux.

(Astolphe se retire et Roland cherche Angélique.)

ACTE 4 SCENE 2
ROLAND seul.
Ah ! J' attendrai longtemps; la nuit est loin encore.
Quoi le soleil veut-il luire toujours ?
Jaloux de mon bonheur, il prolonge son cours,
Pour retarder la beauté que j' adore.
O nuit, favorisez mes désirs amoureux;
Pressez l' astre du jour de descendre dans l' onde ;
Déployez dans les airs vos voiles ténébreux :
Je ne troublerai plus par mes cris douloureux,
Votre tranquillité profonde :
Le charmant objet de mes vœux
N' attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
O Nuit! favorisez mes désirs amoureux.
Que ces gazons sont verts ! que cette grotte est belle !

(Roland lit tout bas des vers écrits sur la grotte.)

Ce que je lis m'apprend que l'Amour a conduit
Dans ce bocage, loin du bruit,
Deux amants qui brûlaient d' un ardeur mutuelle.
J' espère qu' avec moi l'Amour bientôt ici
Conduira la beauté que j' aime.
Enchantés d' un bonheur extrême,
Sur ces grottes bientôt nous écrirons aussi.

(Roland répète tout haut ce qu' il a lu tout bas.)

Beau lieu, doux azyle
De nos heureuses amours,
Puissiez-vous être toujours
Charmant et tranquille!

Voyons tout... qu' est-ce que je vois?
Ces mots semblent tracés de la main d' Angélique...

(Roland lit tout bas deux vers qu' Angélique a écrits.)

Ciel! c' est pour un autre que moi
Que son amour s' explique.

(Roland répète tout haut ce qu' il a lu tout bas.)

Angélique engage son cœur !
Médor en est vainqueur !

Elle m'aurait flatté d' une vaine espérance!
L'ingrate ! ... N' est-ce point un soupçon qui l' offense ?
Médor en est vainqueur ! Non, je n' ai point encor
Entendu parler de Médor.
Mon amour aurait lieu de prendre des allarmes,
Si je trouvais ici le nom
De l' intrépide fils d' Aimon,
Ou d' un autre guerrier célèbre par les armes.
Angélique n' a pas osé
Avouer de son cœur le véritable maître,
Et je puis aisément connaître
Qu' elle parle de moi sous un nom supposé.
C' est pour moi seul qu' elle soupire;
Elle me l’a trop dit et j' en suis trop certain.
Lisons ces autres mots ; ils sont d' une autre main...

(Roland lit deux vers que Médor a écrits.)

Qu’ai-je lu?... ciel!... il faut relire...

(Roland répète tout haut ce qu' il a leu tout bas.)

Que Médor est heureux !
Angélique a comblé ses vœux.

Ce Médor, quel qu' il soit, se donne ici la gloire
D' être l' heureux vainqueur d' un objet si charmant.
Angélique a comblé les vœux d' un autre amant !
Elle a pu me trahir ! ... non, je ne le puis croire.
Non, non, quelqu'envieux a voulu par ces mots,
Noircir l' objet que j' aime, et troubler mon repos.

(On entend un bruit de musettes et Roland continue.)

J' entends un bruit de musique champêtre.
Il faut chercher Angélique en ces lieux :
Au premier regard de ses yeux
Mes noirs soupçons vont disparaître;
Elle s' arrêtera, peut-être
A voir danser au son des chalumeaux,
Les bergers des prochains hameaux.

(Une troupe de bergers et de bergères, prend part à la joie de Coridon et de Bélise, qui doivent être mariés le lendemain, et s' aproche de la grotte en dansant et en chantant.
Roland n' aperçoit point Angélique, et va la chercher dans les lieux d' alentour.)

ACTE 4 SCENE 3
CORIDON, BÉLISE, troupe de bergers et de bergères.
Quand on vient dans ce bocage,
Peut-on s' empêcher d'aimer ?
Que l'Amour sous cet ombrage
sait bientôt nous désarmer !
Sans effort il nous engage
Dans les nœuds qu' il veut former.
Quand on vient dans ce bocage,
peut-t-on s' empêcher d'aimer ?
Que d'oiseaux sur ce feuillage !
Que leur chant nous doit charmer!
Nuit et jour par leur ramage,
Leur amour veut s' exprimer.
Quand on vient dans ce bocage,
peut-t-on s' empêcher d'aimer ?

Un Berger et une Bergère.
Vivez en paix;
Amants, soyez fidèles,
Aimez-vous à jamais :
Vos ardeurs mutuelles
Combleront vos souhaits.
C' est un bonheur extrême
D' obtenir ce qu' on aime
Sans languir trop longtemps.
Soyez constants;
Aimez toujours de même;
Vivez toujours contents.
Que les amours sont belles,
Quand elles sont nouvelles !
Quel bien a plus d'attraits ?
Vivez en paix;
Amants, soyez fidèles,
Aimez vous à jamais.

CORIDON
J' aimerai toujours ma bergère.

BÉLISE
J' aimerai toujours mon berger.

CORIDON
Mon amour est sincère;
J' aimerai toujours ma bergère.

BÉLISE
Mon cœur ne peut changer;
J' aimerai toujours mon berger.

CORIDON et BÉLISE.
Mon amour est sincère;
Mon cœur ne peut changer.

CORIDON
J' aimerai toujours ma bergère.

BÉLISE
J' aimerai toujours mon berger.

ACTE 4 SCENE 4
ROLAND, CORIDON, BÉLISE, troupe de Bergers et de Bergères.
(Roland, n'ayant point trouvé Angélique, revient pour en demander des nouvelles aux bergers.)

CORIDON
Angélique est Reine, elle est belle;
Mais ses grandeurs ni ses appas
Ne me rendraient point infidèle :
Je ne quitterais pas
Ma bergère pour elle.

BÉLISE
Quand des riches pays arrosés de la Seine
Le charmant Médor serait roi;
Quand il pourrait quitter Angélique pour moi,
Et me faire une grande Reine,
Non, je ne voudrais pas encor
Quitter mon berger pour Médor.

ROLAND
Que dites-vous ici de Médor, d' Angélique ?

CORIDON
Ce sont d' heureux amants dont l' histoire est publique
Dans tous les hâmeaux d' alentour.

BÉLISE
Ils ont avec regret quitté ce beau séjour ;
Ces arbres, ces rochers, cette grotte rustique;
Tout parle ici de leur amour.

ROLAND
Ah ! Je succombe au tourment que j' endure.

CORIDON
Reposez-vous sur ce lit de verdure.

BÉLISE
Vous paraissez chagrin ; écoutez à loisir
De ces heureux amants l' agréable aventure :
Vous l' entendrez avec plaisir.

(Roland, accablé de douleur, s'assied sur un gazon, et écoute avec inquiétude ce que Oridon et Bélise lui racontent.)

CORIDON
En des lieux où Médor mourait sans assistance,
Angélique adressa ses pas;
Elle sut se servir d' un art dont la puissance
Garantit Médor du trépas.

BÉLISE
D' un grand empire Angélique est maîtresse;
Elle est charmante, elle avait à son choix
Cent des plus riches rois :
Médor est sans biens, sans noblesse ;
Mais Médor est si beau qu' elle l’a préféré
A cent rois qui pour elle ont en vain soupiré.

CORIDON
On ne peut s' aimer d' avantage;
Jamais bonheur ne fut plus doux.

BÉLISE
Ils se sont donné devant nous
La foi de mariage.

CORIDON
Quand le festin fut prêt, il fallut les chercher.

BÉLISE
Ils étaient enchantés dans ces belles retraites.

CORIDON
On eut peine à les arracher
De l' endroit charmant où vous êtes.

ROLAND,se levant avec précipitation.
Où suis-je ? Juste ciel ! Où suis-je, malheureux!

BÉLISE
Demeurez, et voyez nos danses et nos jeux.

CORIDON
On m' a promis cette belle bergère ;
Honnorez notre noce, on la fera demain.

ROLAND
Où vont-ils ces amants ?

BÉLISE
Ils ont prié mon père
De les conduire au port le plus prochain.
Le voici :demeurez, si vous me voulez croire;
Vous apprendrez de lui le reste de l' histoire.

ACTE 4 SCENE 5
TERSANDRE, ROLAND, CORIDON, BÉLISE, le Chœur.

TERSANDRE
Allez, laissez-nous, soins fâcheux;
Éloignez-vous de nos paisibles jeux :
Nous possédons un bien inestimable
Qui comblera nos vœux :
Laissez couler nos jours heureux
Dans un loisir doux et durable.
Allez, laissez-nous, soins fâcheux;
Éloignez-vous de nos paisibles jeux.

CORIDON, BÉLISE, et le Chœur.
Allez, laissez-nous, soins fâcheux;
Éloignez-vous de nos paisibles jeux.

TERSANDRE.
J' ai vu partir du port cette reine si belle...

ROLAND
Angélique est partie !

TERSANDRE
Et Médor avec elle :
Elle en fait un grand roi, c' est son unique soin.

ROLAND
Ils sont partis ensemble !

TERSANDRE
Ils sont déja bien loin.
Dans les climats les plus heureux du monde
ils vont en paix goûter mille plaisirs.
Jusqu' au vent qui régne sur l' onde,
Ttout favorise leurs désirs.

ROLAND à part.
Ils se sont dérobés tous deux à ma vengeance !

TERSANDRE, parle à Coridon et à Bélise.
Angélique a voulu passer notre espérance.
Voyez ce bracelet.

ROLAND, regardant le bracelet.
Que vois-je infortuné !
J' ai fait mettre en ses mains ce prix de mon courage ;
De mon fidèle amour c' est un précieux gage.

TERSANDRE
Pour le prix de nos soins elle nous la donné.

ROLAND
Ciel !

CORIDON et BÉLISE.
O ciel !

TERSANDRE
J' ai reçu ce don de sa main même.
Nous fûmes les témoins de son bonheur extrême;
Elle a voulu nous rendre heureux.

ROLAND
Ciel ! Puis-je être accablé par un coup plus affreux ?

TERSANDRE
Mais quel est ce guerrier ? Aisément on devine
Qu' il sort d' une illustre origine.

CORIDON
Nous l' avons trouvé dans ces lieux.

BÉLISE
Le trouble de son cœur se montre dans ses yeux.

CORIDON
Il s' agite.

BÉLISE
Il menace.

CORIDON
Il pâlit.

BÉLISE
Il soupire.

TERSANDRE
Son cœur souffre peut-être un amoureux martyre.
Je suis touché de ses douleurs.

BÉLISE
Quels terribles regards !

ROLAND
La perfide !

TERSANDRE
Il murmure.

CORIDON
Il frémit !

BÉLISE
Il répand des pleurs.

ROLAND
Tant de serments ! Ah, la parjure !

TERSANDRE
Ne l' abandonnons pas dans un chagrin si noir.

ROLAND
Elle rit de mon désespoir.
Je l' aimais d' une amour si tendre, si fidèle!

TERSANDRE
Ses regards sont plus doux.

CORIDON
Il est moins agité.

ROLAND
J' ai cru vivre heureux avec elle.
Helas ! Quelle félicité !

TERSANDRE
Non, je n' en doute point; c' est l' amour qui le blesse.

BÉLISE
L’Amour peut-il causer cette sombre tristesse ?
On a vu des amants si contents dans ces bois!

TERSANDRE
Qui suit les amoureuses loix
S' expose à des maux redoutables.
Pour deux amants heureux qu'Amour fait quelquefois,
Il en fait tous les jours plus de cent misérables.

CORIDON
Son trouble est apaisé.

TERSANDRE
J' espère qu' à la fin
Nous pourrons adoucir son funeste chagrin.
Bénissons l' amour d' Angélique;
Bénissons l' amour de Médor;
Dans le riche séjour d' une cour magnifique,
Puissent-ils sur un trône d' or,
S' aimer comme ils s' aimaient dans ce séjour rustique!

CORIDON, BÉLISE et le Chœur.
Bénissons l' amour d' Angélique;
Bénissons l' amour de Médor.

ROLAND
Taisez-vous, malheureux ; oserez-vous sans cesse
Percer mon triste cœur des plus horribles coups ?
Malheureux, taisez-vous;
Rendez grâce à votre bassesse
Qui vous dérobe à mon courroux.

TERSANDRE, CORIDON, ANGÉLIQUE et le Chœur.
Ah ! Fuyons, fuyons tous.

ACTE 4 SCENE 6
ROLAND seul.
Je suis trahi ! Ciel ! Qui l' aurait pu croire ?
O ciel ! Je suis trahi par l' ingrate beauté
Pour qui l'Amour m' a fait trahir ma gloire.
O doux espoir dont j'étais enchanté,
Dans quel abîme affreux m' as-tu précipité ?
Témoins d' une odieuse flâme,
Vous avez trop blessé mes yeux :
Que tout ressente dans ces lieux
L' horreur qui règne dans mon âme.

(Roland brise les inscriptions, et arrache des branches d' arbres, et des morceaux de rochers.)

Ah ! Je suis descendu dans la nuit du tombeau !
Faut-il encor que l'Amour me poursuive ?
Ce fer n' est plus qu' un vain fardeau
Pour une ombre plaintive.

(Roland jette ses armes, et se met dans un grand désordre.)

Quel gouffre s' est ouvert ! Qu' est-ce que j' apperçois ?
Quelle voix funèbre s'écrie !
Les enfers arment contre moi
Une impitoiable furie.

(Roland croit voir une furie : il lui parle, et s' imagine qu' elle lui répond.)

Barbare ! Ah ! Tu me rends au jour !
Que prétens-tu ? Parle... ô suplice horrible !
Je dois montrer un exemple terrible
Des tourments d' un funeste amour.
ACTE 4.
(Le théâtre change, et représente une grotte au milieu d' un bocage.)

ACTE 4 SCENE 1
ROLAND, ASTOLPHE

ROLAND
Va, ton soin m' importune, Astolphe, laisse-moi.

ASTOLPHE
Quel charme vous retient dans ce lieu solitaire ?

ROLAND
Ami, je n' ai point pour toi
De secret, n' y de mystère.
Angélique ne me fuit plus :
J'étais content de voir sa rigueur adoucie,
Quand nous avons trouvé le roi de Circassie
Et le superbe Ferragus.
Tous deux jaloux de mon bonheur extrême
M' ont abordé les armes à la main :
J' allais les en punir, mais la beauté que j' aime,
Par son anneau magique a disparu soudain.
Mes rivaux l' ont suivie en vain;
Elle avait eu soin de m' appendre
Le chemin qu' elle voulait prendre.
Nous nous sommes promis d' être à la fin du jour
A la fontaine de l'Amour.
Je suis venu trop tôt m’y rendre :
Je vais au devant d' elle, ennuyé de l' attendre;
Je parcours les lieux d' alentour.
L' objet qui m' enchante
Ne m'a jamais tant charmé :
Que l'amour s'augmente
Par le plaisir d' être aimé!

ASTOLPHE
Cet empire en vous seul a mis son espérance :
Si vous ne prenez sa défense,
Il tombera dans peu de temps
Sous une barbare puissance.
Songez que vous perdez de précieux instants.

ROLAND
Je songe au bonheur que j' attends.

ASTOLPHE
Venez couronner votre tête
Du laurier immortel qui vous est présenté.

ROLAND
Je vois l’Amour qui s'apprête
A combler ma félicité ;
Je vais jouir de la conquête
D' un cœur qui m' a tant coûté.

ASTOLPHE
Le grand cœur de Roland n' est fait que pour la gloire,
Peut- il languir dans un honteux repos ?
Triomphez de l'Amour, il n' est point de victoire
Qui montre mieux la vertu d' un Héros.

ROLAND
Lorsque des rigueurs inhumaines
Ont payé mon amour d' un si cruel tourment,
Je n' ai pu sortir de mes chaînes :
Puis-je me dégager d' un lien si charmant,
Quand je touche à l' heureux moment
Où je dois recevoir le prix de tant de peines ?
Va, laisse-moi seul dans ces lieux;
Angélique pour moi sensible,
Veut pour tout autre être invisible :
Va, ne l' empêche point de paraître à mes yeux.

(Astolphe se retire et Roland cherche Angélique.)

ACTE 4 SCENE 2
ROLAND seul.
Ah ! J' attendrai longtemps; la nuit est loin encore.
Quoi le soleil veut-il luire toujours ?
Jaloux de mon bonheur, il prolonge son cours,
Pour retarder la beauté que j' adore.
O nuit, favorisez mes désirs amoureux;
Pressez l' astre du jour de descendre dans l' onde ;
Déployez dans les airs vos voiles ténébreux :
Je ne troublerai plus par mes cris douloureux,
Votre tranquillité profonde :
Le charmant objet de mes vœux
N' attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
O Nuit! favorisez mes désirs amoureux.
Que ces gazons sont verts ! que cette grotte est belle !

(Roland lit tout bas des vers écrits sur la grotte.)

Ce que je lis m'apprend que l'Amour a conduit
Dans ce bocage, loin du bruit,
Deux amants qui brûlaient d' un ardeur mutuelle.
J' espère qu' avec moi l'Amour bientôt ici
Conduira la beauté que j' aime.
Enchantés d' un bonheur extrême,
Sur ces grottes bientôt nous écrirons aussi.

(Roland répète tout haut ce qu' il a lu tout bas.)

Beau lieu, doux azyle
De nos heureuses amours,
Puissiez-vous être toujours
Charmant et tranquille!

Voyons tout... qu' est-ce que je vois?
Ces mots semblent tracés de la main d' Angélique...

(Roland lit tout bas deux vers qu' Angélique a écrits.)

Ciel! c' est pour un autre que moi
Que son amour s' explique.

(Roland répète tout haut ce qu' il a lu tout bas.)

Angélique engage son cœur !
Médor en est vainqueur !

Elle m'aurait flatté d' une vaine espérance!
L'ingrate ! ... N' est-ce point un soupçon qui l' offense ?
Médor en est vainqueur ! Non, je n' ai point encor
Entendu parler de Médor.
Mon amour aurait lieu de prendre des allarmes,
Si je trouvais ici le nom
De l' intrépide fils d' Aimon,
Ou d' un autre guerrier célèbre par les armes.
Angélique n' a pas osé
Avouer de son cœur le véritable maître,
Et je puis aisément connaître
Qu' elle parle de moi sous un nom supposé.
C' est pour moi seul qu' elle soupire;
Elle me l’a trop dit et j' en suis trop certain.
Lisons ces autres mots ; ils sont d' une autre main...

(Roland lit deux vers que Médor a écrits.)

Qu’ai-je lu?... ciel!... il faut relire...

(Roland répète tout haut ce qu' il a leu tout bas.)

Que Médor est heureux !
Angélique a comblé ses vœux.

Ce Médor, quel qu' il soit, se donne ici la gloire
D' être l' heureux vainqueur d' un objet si charmant.
Angélique a comblé les vœux d' un autre amant !
Elle a pu me trahir ! ... non, je ne le puis croire.
Non, non, quelqu'envieux a voulu par ces mots,
Noircir l' objet que j' aime, et troubler mon repos.

(On entend un bruit de musettes et Roland continue.)

J' entends un bruit de musique champêtre.
Il faut chercher Angélique en ces lieux :
Au premier regard de ses yeux
Mes noirs soupçons vont disparaître;
Elle s' arrêtera, peut-être
A voir danser au son des chalumeaux,
Les bergers des prochains hameaux.

(Une troupe de bergers et de bergères, prend part à la joie de Coridon et de Bélise, qui doivent être mariés le lendemain, et s' aproche de la grotte en dansant et en chantant.
Roland n' aperçoit point Angélique, et va la chercher dans les lieux d' alentour.)

ACTE 4 SCENE 3
CORIDON, BÉLISE, troupe de bergers et de bergères.
Quand on vient dans ce bocage,
Peut-on s' empêcher d'aimer ?
Que l'Amour sous cet ombrage
sait bientôt nous désarmer !
Sans effort il nous engage
Dans les nœuds qu' il veut former.
Quand on vient dans ce bocage,
peut-t-on s' empêcher d'aimer ?
Que d'oiseaux sur ce feuillage !
Que leur chant nous doit charmer!
Nuit et jour par leur ramage,
Leur amour veut s' exprimer.
Quand on vient dans ce bocage,
peut-t-on s' empêcher d'aimer ?

Un Berger et une Bergère.
Vivez en paix;
Amants, soyez fidèles,
Aimez-vous à jamais :
Vos ardeurs mutuelles
Combleront vos souhaits.
C' est un bonheur extrême
D' obtenir ce qu' on aime
Sans languir trop longtemps.
Soyez constants;
Aimez toujours de même;
Vivez toujours contents.
Que les amours sont belles,
Quand elles sont nouvelles !
Quel bien a plus d'attraits ?
Vivez en paix;
Amants, soyez fidèles,
Aimez vous à jamais.

CORIDON
J' aimerai toujours ma bergère.

BÉLISE
J' aimerai toujours mon berger.

CORIDON
Mon amour est sincère;
J' aimerai toujours ma bergère.

BÉLISE
Mon cœur ne peut changer;
J' aimerai toujours mon berger.

CORIDON et BÉLISE.
Mon amour est sincère;
Mon cœur ne peut changer.

CORIDON
J' aimerai toujours ma bergère.

BÉLISE
J' aimerai toujours mon berger.

ACTE 4 SCENE 4
ROLAND, CORIDON, BÉLISE, troupe de Bergers et de Bergères.
(Roland, n'ayant point trouvé Angélique, revient pour en demander des nouvelles aux bergers.)

CORIDON
Angélique est Reine, elle est belle;
Mais ses grandeurs ni ses appas
Ne me rendraient point infidèle :
Je ne quitterais pas
Ma bergère pour elle.

BÉLISE
Quand des riches pays arrosés de la Seine
Le charmant Médor serait roi;
Quand il pourrait quitter Angélique pour moi,
Et me faire une grande Reine,
Non, je ne voudrais pas encor
Quitter mon berger pour Médor.

ROLAND
Que dites-vous ici de Médor, d' Angélique ?

CORIDON
Ce sont d' heureux amants dont l' histoire est publique
Dans tous les hâmeaux d' alentour.

BÉLISE
Ils ont avec regret quitté ce beau séjour ;
Ces arbres, ces rochers, cette grotte rustique;
Tout parle ici de leur amour.

ROLAND
Ah ! Je succombe au tourment que j' endure.

CORIDON
Reposez-vous sur ce lit de verdure.

BÉLISE
Vous paraissez chagrin ; écoutez à loisir
De ces heureux amants l' agréable aventure :
Vous l' entendrez avec plaisir.

(Roland, accablé de douleur, s'assied sur un gazon, et écoute avec inquiétude ce que Oridon et Bélise lui racontent.)

CORIDON
En des lieux où Médor mourait sans assistance,
Angélique adressa ses pas;
Elle sut se servir d' un art dont la puissance
Garantit Médor du trépas.

BÉLISE
D' un grand empire Angélique est maîtresse;
Elle est charmante, elle avait à son choix
Cent des plus riches rois :
Médor est sans biens, sans noblesse ;
Mais Médor est si beau qu' elle l’a préféré
A cent rois qui pour elle ont en vain soupiré.

CORIDON
On ne peut s' aimer d' avantage;
Jamais bonheur ne fut plus doux.

BÉLISE
Ils se sont donné devant nous
La foi de mariage.

CORIDON
Quand le festin fut prêt, il fallut les chercher.

BÉLISE
Ils étaient enchantés dans ces belles retraites.

CORIDON
On eut peine à les arracher
De l' endroit charmant où vous êtes.

ROLAND,se levant avec précipitation.
Où suis-je ? Juste ciel ! Où suis-je, malheureux!

BÉLISE
Demeurez, et voyez nos danses et nos jeux.

CORIDON
On m' a promis cette belle bergère ;
Honnorez notre noce, on la fera demain.

ROLAND
Où vont-ils ces amants ?

BÉLISE
Ils ont prié mon père
De les conduire au port le plus prochain.
Le voici :demeurez, si vous me voulez croire;
Vous apprendrez de lui le reste de l' histoire.

ACTE 4 SCENE 5
TERSANDRE, ROLAND, CORIDON, BÉLISE, le Chœur.

TERSANDRE
Allez, laissez-nous, soins fâcheux;
Éloignez-vous de nos paisibles jeux :
Nous possédons un bien inestimable
Qui comblera nos vœux :
Laissez couler nos jours heureux
Dans un loisir doux et durable.
Allez, laissez-nous, soins fâcheux;
Éloignez-vous de nos paisibles jeux.

CORIDON, BÉLISE, et le Chœur.
Allez, laissez-nous, soins fâcheux;
Éloignez-vous de nos paisibles jeux.

TERSANDRE.
J' ai vu partir du port cette reine si belle...

ROLAND
Angélique est partie !

TERSANDRE
Et Médor avec elle :
Elle en fait un grand roi, c' est son unique soin.

ROLAND
Ils sont partis ensemble !

TERSANDRE
Ils sont déja bien loin.
Dans les climats les plus heureux du monde
ils vont en paix goûter mille plaisirs.
Jusqu' au vent qui régne sur l' onde,
Ttout favorise leurs désirs.

ROLAND à part.
Ils se sont dérobés tous deux à ma vengeance !

TERSANDRE, parle à Coridon et à Bélise.
Angélique a voulu passer notre espérance.
Voyez ce bracelet.

ROLAND, regardant le bracelet.
Que vois-je infortuné !
J' ai fait mettre en ses mains ce prix de mon courage ;
De mon fidèle amour c' est un précieux gage.

TERSANDRE
Pour le prix de nos soins elle nous la donné.

ROLAND
Ciel !

CORIDON et BÉLISE.
O ciel !

TERSANDRE
J' ai reçu ce don de sa main même.
Nous fûmes les témoins de son bonheur extrême;
Elle a voulu nous rendre heureux.

ROLAND
Ciel ! Puis-je être accablé par un coup plus affreux ?

TERSANDRE
Mais quel est ce guerrier ? Aisément on devine
Qu' il sort d' une illustre origine.

CORIDON
Nous l' avons trouvé dans ces lieux.

BÉLISE
Le trouble de son cœur se montre dans ses yeux.

CORIDON
Il s' agite.

BÉLISE
Il menace.

CORIDON
Il pâlit.

BÉLISE
Il soupire.

TERSANDRE
Son cœur souffre peut-être un amoureux martyre.
Je suis touché de ses douleurs.

BÉLISE
Quels terribles regards !

ROLAND
La perfide !

TERSANDRE
Il murmure.

CORIDON
Il frémit !

BÉLISE
Il répand des pleurs.

ROLAND
Tant de serments ! Ah, la parjure !

TERSANDRE
Ne l' abandonnons pas dans un chagrin si noir.

ROLAND
Elle rit de mon désespoir.
Je l' aimais d' une amour si tendre, si fidèle!

TERSANDRE
Ses regards sont plus doux.

CORIDON
Il est moins agité.

ROLAND
J' ai cru vivre heureux avec elle.
Helas ! Quelle félicité !

TERSANDRE
Non, je n' en doute point; c' est l' amour qui le blesse.

BÉLISE
L’Amour peut-il causer cette sombre tristesse ?
On a vu des amants si contents dans ces bois!

TERSANDRE
Qui suit les amoureuses loix
S' expose à des maux redoutables.
Pour deux amants heureux qu'Amour fait quelquefois,
Il en fait tous les jours plus de cent misérables.

CORIDON
Son trouble est apaisé.

TERSANDRE
J' espère qu' à la fin
Nous pourrons adoucir son funeste chagrin.
Bénissons l' amour d' Angélique;
Bénissons l' amour de Médor;
Dans le riche séjour d' une cour magnifique,
Puissent-ils sur un trône d' or,
S' aimer comme ils s' aimaient dans ce séjour rustique!

CORIDON, BÉLISE et le Chœur.
Bénissons l' amour d' Angélique;
Bénissons l' amour de Médor.

ROLAND
Taisez-vous, malheureux ; oserez-vous sans cesse
Percer mon triste cœur des plus horribles coups ?
Malheureux, taisez-vous;
Rendez grâce à votre bassesse
Qui vous dérobe à mon courroux.

TERSANDRE, CORIDON, ANGÉLIQUE et le Chœur.
Ah ! Fuyons, fuyons tous.

ACTE 4 SCENE 6
ROLAND seul.
Je suis trahi ! Ciel ! Qui l' aurait pu croire ?
O ciel ! Je suis trahi par l' ingrate beauté
Pour qui l'Amour m' a fait trahir ma gloire.
O doux espoir dont j'étais enchanté,
Dans quel abîme affreux m' as-tu précipité ?
Témoins d' une odieuse flâme,
Vous avez trop blessé mes yeux :
Que tout ressente dans ces lieux
L' horreur qui règne dans mon âme.

(Roland brise les inscriptions, et arrache des branches d' arbres, et des morceaux de rochers.)

Ah ! Je suis descendu dans la nuit du tombeau !
Faut-il encor que l'Amour me poursuive ?
Ce fer n' est plus qu' un vain fardeau
Pour une ombre plaintive.

(Roland jette ses armes, et se met dans un grand désordre.)

Quel gouffre s' est ouvert ! Qu' est-ce que j' apperçois ?
Quelle voix funèbre s'écrie !
Les enfers arment contre moi
Une impitoiable furie.

(Roland croit voir une furie : il lui parle, et s' imagine qu' elle lui répond.)

Barbare ! Ah ! Tu me rends au jour !
Que prétens-tu ? Parle... ô suplice horrible !
Je dois montrer un exemple terrible
Des tourments d' un funeste amour.



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