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ACTE I


Le théâtre représente une sorte de hangar, ouvert sur un village; à droite, la porte d'entrée de la salle commune des voyageurs; à gauche, celle du logement de la maîtresse d'auberge, au-dessus de cette porte, une fenêtre avec un petit balcon rustique en saillie; dans le fond on aperçoit à droite une boutique de charron.

N° 1. LE CHŒUR

Le joli mariage!
Enfin ils sont unis!
Tous leurs vœux sont remplis!
Le joli mariage!
L'amour seul les engage,
Le joli mariage!
Enfin ils sont unis!
Le joli mariage!
L'amour seul les engage,
Le joli mariage!
Pour eux plus de soucis.
Le joli mariage!
L'amour seul les engage,
Le joli mariage!
Enfin ils sont unis,
Pour eux, pour eux plus de soucis.
Non, désormais plus de soucis,

CHAPELOU
Quel bonheur pour mon âme,
Je peux donc aujourd'hui
L'appeler ma p'tite femme!

MADELEINE
Te nommer mon mari!

CHAPELOU
Ma chère femme, ma chère femme!

MADELEINE
Mon cher mari, mon cher mari!

CHAPELOU
Ah! quel plaisir!
Que c'est gentil, ma chère femme!

MADELEINE
Mon cher mari!

MADELEINE, CHAPELOU, LE CHŒUR
Ah! quel plaisir!
Que c'est gentil, le joli mariage,

L'amour seul nous engage,
Le joli mariage!
Nous voilà donc unis! etc.

MADELEINE
Je veux dans ton ménage
Toujours te rendre heureux!

CHAPELOU
Femme gentille et sage
Doit combler tous mes vœux!

LE CHŒUR
Voyez! voyez! qu'ils sont heureux!

MADELEINE
Je veux toujours te rendre heureux!

CHAPELOU
Tu vas combler tous mes vœux,
Ma chère femme!

MADELEINE
Mon cher mari! ah! quel plaisir!

CHAPELOU
Que c'est gentil !

MADELEINE
Mon petit mari, mon petit mari,
Ah ! mon petit mari !

Air
Mon petit mari,
Tu seras chéri ;
Pour toi seul je serai jolie!
Ah ! pouvoir d'un cœur
Partager l'ardeur
De la vie
C'est le bonheur!
Aux galants toujours rebelle,
Te gardant ma foi,
Je n'aime que toi !
Je jure d'être fidèle;
Moque-toi des sots
Et de leurs propos,
En homme de bien
N'en crois jamais rien.
Car dans nos amours
Je dirai toujours:
Mon petit mari, tu seras chéri

Pour toi seul je serai jolie!
Ah ! pouvoir d'un cœur
Partager l'ardeur !
De la vie c'est le bonheur! etc.

CHAPELOU
Maintenant, à la danse,
Amis, que l'on s'élance.

MADELEINE
Entendez-vous du bal
Le vif et gai signal?

LE CHŒUR
A la danse, à la danse,
Allons que l'on s'élance!
Entendez-vous du bal
Le vif et gai signal?

LES PAYSANNES
Avec nous venez vite!

LES PAYSANS
Madame! je vous invite!

MADELEINE
Merci, messieurs, vraiment!

CHAPELOU
La contredanse vous réclame.
Nous y viendrons dans un instant.
Mais, mes amis, avec ma femme,
Laissez moi causer un instant. Allez!

MADELEINE
Vite au son des musettes,
Allez, courez tous,
Courez en dansant,
Les fillettes trouveront un époux!

LE CHŒUR
Vite au son des musettes,
Allons, amusons-nous,
En dansant,
Les fillettes trouveront un époux!
J'entends du bal
Le gai signal !
(Les paysans sortent par le fond)

CHAPELOU
Eh bien! ma bonne Madeleine, te v'là Madame Chapelou, la
femme du premier postillon de la poste de Lonjumeau, ça
flatte l'amour propre d'une jeunesse... hein! méchante?

MADELEINE
C'est bon, Monsieur le joli cœur. Vous êtes fier comme
un paon !

CHAPELOU
Écoute donc, Madeleine... sais-tu que j'étais joliment
couru des jeunes filles?... quand je pense à va... j'en
ai-t-y enjôlé de ces femmes!... J'en ai-t'y croqué de ces
poulettes ! ...

MADELEINE
Oui; mais maintenant, vous ne croquerez que moi..mauvais
sujet ! ...

CHAPELOU
Ah! c'est vrai!..il faut dire bonsoir à la vie de garçon
... (il soupire) ah!

MADELEINE
Mais... Est-ce que vous ne m'aimeriez plus, Monsieur?... moi, qui vous ai fait tant de sacrifices.... j'ai encore reçu une lettre de ma tante... cette bonne tante qui est allée s'établir à l'Île-de-France, et qui veut absolu-ment que j’aille la rejoindre...

CHAPELOU
Ah ça! est-ce que décidément elle a fait fortune là-bas,
la digne femme?

MADELEINE
Je crois bien!... une fortune de duchesse!... et tout ça j'y renonce pour épouser Monsieur, qui se permet de soupirer... mais qu'est-ce qui vous tracasse... voyons?...

CHAPELOU
Eh! bien, tiens, Madeleine, tu vas tout savoir... tu as entendu parler de la mère Grabille?...

MADELEINE
La vieille sorcière du village?...

CHAPELOU
Juste ... savante femme! . . . j'ai été la consulter sur notre mariage.

MADELEINE
Oh! comme ça se rencontre !...tu sais, le père Gaspard?..

CHAPELOU
Le vieux berger... le petit bossu?

MADELEINE
Oui, je l'ai consulté de mon côté sur notre union...

CHAPELOU
Voyez-vous ça ! ...

N° 2. Duo

MADELEINE, CHAPELOU
Quoi, tous les deux!
Qui l'aurait cru?
Ah! l'aventure est singulière!

MADELEINE
Parle vite... Chez la sorcière,
Dis-moi ce qu'on t'a répondu.

CHAPELOU
Voilà, voilà, ce qu'on m'a répondu
Se démenant comme un vrai diable,
Après avoir lu dans ma main,
Elle a dit que j'étais aimable,
Et surtout fort malin.
Que jamais, grâce à ma finesse,
Je ne pourrai être attrapé,
Que par ma femme ou ma maîtresse,
Je ne serai jamais trompé...

MADELEINE
(riant)
Jamais trompé?...

CHAPELOU
Jamais trompé!

MADELEINE
Ta sorcière est une ignorante,
Vraiment, qui ne sait rien de rien.

CHAPELOU
C'est une femme fort savante
J'en réponds, elle parle fort bien.

MADELEINE
Enfin, de notre mariage,
Que pense-t-elle? Réponds-moi.

CHAPELOU
Elle m'a dit qu'en ce village

J'avais tort d'engager ma foi...

MADELEINE
Mais c'est fort mal!

CHAPELOU
Elle a dit aussi qu'à la ville
M'attendait le plus grand bonheur
Qu'il me serait bientôt facile,
A Paris, de vivre en seigneur,

MADELEINE
En seigneur?

CHAPELOU
En seigneur!
Bref, pour parler avec franchise
Elle m'a dit qu'en t'épousant,
Je fais... non, non, je n'ose pas...

MADELEINE
Allons... parle!

CHAPELOU
... Je fais une bêtise!

MADELEINE
(avec colère)
Qu'entends-je?
Ah! c'est affreux vraiment,
Cet oracle est trop insolent!

CHAPELOU
(s'approchant)
Apaise ton ressentiment.
Ce n'est pas sa faute vraiment
Si dans le livre du destin
Elle a lu cela ce matin.

MADELEINE
Ah! quelle impudence!
Quelle impertinence!
Oui, son ignorance
Veut une leçon.
Maudite sorcière,
Méchante vipère
L'on devrait te faire
Mourir en prison!
Maudite sorcière
Méchante vipère! etc.

CHAPELOU
Si par sa science

Elle peut d'avance
Avec assurance
Prévoir l'avenir,
En vain la colère
Ici t'exaspère;
La pauvre sorcière,
Pourquoi la punir?
La colère égare ta raison,
Allons, rappelle ta raison!

Maintenant, à ton tour, ma chère,
C'est à moi de t'interroger,
Je veux savoir tout le mystère.
C'est à moi de t'interroger,
Que t'a répondu le berger?

MADELEINE
Il m'a dit que dans ce village
Si je voulais donner ma foi
Je pourrais, pour le mariage,
Trouver, mon cher, bien mieux que toi!

CHAPELOU
(avec suffisance)
Bien mieux que moi?

MADELEINE
Bien mieux que toi!

CHAPELOU
Ton sorcier n'est qu'un imbécile
Qui, vraiment, ne sait rien de rien!

MADELEINE
Ah! c'est un homme fort habile;
J'en réponds, il parle fort bien.
Il prétend que ton caractère
Rendra notre hymen malheureux,
Que loin de chercher à me plaire,
Bientôt tu trahiras nos feux,
Et que tu n'es qu'un vaniteux...
Et surtout un ambitieux!

CHAPELOU
(se récriant)
Il dit que je suis vaniteux?

MADELEINE
Bref, pour parler avec franchise
Il m'a juré qu'en t'épousant
Je fais...

CHAPELOU
Quoi donc?

MADELEINE
Non, non, je n'ose pas...

CHAPELOU
Allons donc, parle!

MADELEINE
Je fais une bêtise.

CHAPELOU
(avec colère)
Qu'entends-je!
Ah! c'est affreux, vraiment!
Cet oracle est trop insolent!

MADELEINE
Apaise ton ressentiment.
Ce n'est pas sa faute vraiment
Si dans le livre du destin
Il a lu cela ce matin.

CHAPELOU
Ah! quelle impudence!
Quelle impertinence!
Oui, son ignorance
Veut une leçon.
Ah! crains ma colère
Méchante vipère;
L'on devrait te faire
Mourir en prison!

MADELEINE
Si par sa science
Il peut à l'avance
Avec assurance
Prévoir l'avenir,
En vain la colère
Ici t'exaspère,
On ne peut j'espère
Vouloir le punir.
La colère égare ta raison,
Allons, appelle ta raison!

MADELEINE
Chapelou, aux sorciers,
Vraiment il a foi!

CHAPELOU
Moi? ah! non!
Je n'y crois pas plus que toi!

MADELEINE
Entre nous deux,
Allons, plus de mages
Je veux t'aimer toujours,
Je te le jure ici.

CHAPELOU
Je ne croirai jamais
A de fâcheux messages.
Je veux être pour toi
Le plus tendre mari.

ENSEMBLE
Ah! quel doux avenir!
Rien ne pourra nous désunir.

Allons, ne redoutons plus rien,
Chez nous, toujours, tout ira bien.
(A la fin de l'ensemble, Chapelou embrasse Madeleine. Biju entre par le fond à droite).

BIJU
(en habit de travail de forgeron, entrant)
Très bien...il parait que vous êtes pressés..allez votre train... ne vous gênez pas...

CHAPELOU
(à Biju)
Dis donc Biju pendant que j'y pense, pourquoi qu'on ne t'a pas vu à ma noce, toi?

BIJU
(avec humeur)
Parce que j'étais à ma forge...

MADELEINE
Et parce qu'il est jaloux de voir le bonheur d'un rival, n'est-ce pas, Monsieur Biju?

CHAPELOU
Ah! c'est vrai, je crois qu'il te faisait un petit doigt de cour, Madeleine?...

BIJU
Je lui faisais bien une cour tout entière...sans compter quelle ne me voyait pas d'un mauvais œil! ...

MADELEINE
Oh! si l'on peut dire!.. faiseur d'histoires!...

CHAPELOU
(à Biju)
Allez, sans rancune...je ne t'en veux pas...j'ai même un petit service à te demander...

BIJU
Voyons voir...

CHAPELOU
Voilà...tous les postillons sont en course, et, s'il arrive ce soir un voyageur, il n'y a pas à dire, il faudra que je mette les bottes.

BIJU
Eh ben!...

CHAPELOU
Eh ben! quand on se marie, on a autre chose à faire que de galoper, la nuit, sur la grand-route...Alors, tu auras la complaisance de me remplacer, en cas de besoin.... hein?

MADELEINE
Ainsi, c'est convenu... nous pouvons compter sur vous, voisin?...

BIJU
Comment donc! pouvez compter... sur rien du tout..

CHAPELOU
Tu refuses?...

BIJU
Tout net... et je ne demande plus qu'une chose... c'est qu'il vienne un voyageur...

CHAPELOU
Ah! j'espère bien tout le contraire... et j'ai lieu de croire (on entend du bruit au fond). Qu'est-ce que c'est que ça?

LE MARQUIS
(dans la coulisse)
Maudit postillon!... holà! quelqu'un?

BIJU
(avec joie)
Un voyageur!

MADELEINE
(avec tristesse)
Un voyageur!

CHAPELOU
(avec dépit)
Un voyageur! que le diable l'emporte!

BIJU
(se frottant les mains)
Fameux! fameux! Dis donc, Chapelou; veux-tu que je t'ai- de à mettre tes bottes?...

LE MARQUIS
(entrant par le fond)
Malotru de postillon!... qui se permet de me verser, moi le Marquis de Corcy, gentilhomme de la chambre du roi!..
Y a-t-il un charron dans ce village?

BIJU
(s'avançant)
Un charron? présent!

LE MARQUIS
Une roue de ma chaise vient de se briser...peux-tu me la raccommoder?

BIJU
Oui, mon prince (regardant Chapelou) Dans une heure vous pourrez vous remettre en route...

CHAPELOU
(tristement à Madeleine)
Rien qu'une heure, Madeleine...

MADELEINE
(à demi-voix)
Laisse-moi faire..(au marquis) Si Monsieur en attendant, voulait se rafraîchir, nous avons un petit vin qui n'est pas méchant.

LE MARQUIS(brusquement)
Je n'ai pas soif; je ne veux qu'une chambre où je puisse attendre en repos que ma chaise soit réparée.

MADELEINE
(désignant la porte à droite)
Entrez là, Monsieur; vous y serez bien à votre aise...

CHAPELOU
(à Madeleine)
Et nous, allons rejoindre les amis!

MADELEINE
Oui, oui! (faisant la révérence au Marquis) Votre servante, Monsieur...
(La nuit vient par degrés)

LE MARQUIS
(seul)
Maladroit postillon! Interrompre un voyage d'une si haute importance!... un voyage ordonné par sa majesté Louis le Quinzième. Je vivrais cent ans que les paroles royales ne sortiraient pas de ma mémoire... « Comment, Marquis de Corcy, nous n'aurons pas Castor et Pollux à Fontainebleau!... - Hélas! non, sire... Jéliote, qui devait jouer Castor, s'est fait enlever par une duchesse, et Legros, sa doublure, a pris un coup d'air en dînant au Port à l'Anglais. - Et vous n'avez pas un autre Castor à mettre à la place?...- Pas le moindre Castor, sire... il y a de quoi en perdre la tête!...- A quoi diable sert-il donc de vous avoir donné l'intendance de nos menus plaisirs? Faites des élèves, Monsieur, cherchez des voix... - Et je cherche des voix...si sa majesté croit que c'est facile... (On entend la ritournelle du chœur suivant) Allons, encore ces paysans, la gaîté du peuple m'est fastidieuse.
(il entre dans la chambre à droite).

N° 3. Morceau d'ensemble et Ronde du Postillon

LE CHŒUR
Jeunes époux,
Voici l'heure fortunée,
Où l'hyménée
A des instants si doux.

CHAPELOU
Mes amis, je vous remercie,
Mais déjà s'avance la nuit,
Et, puisque la noce est finie,
Il faut se retirer sans bruit.
Bonne nuit !

LES PAYSANS
Bonne nuit !

LES PAYSANNES
(entourant Madeleine)
Un devoir ici nous réclame,
Car avant de vous quitter,
Au coucher de Madame,
Nous devons assister.

CHAPELOU
Je vous suis . . .

LES PAYSANNES
Non ! suivant l'usage...

CHAPELOU
Plaît-il?

LES PAYSANNES
... Monsieur, il faut attendre ici!

CHAPELOU
(avec colère)
Que le diable emporte l'usage!
Ensemble
LES PAYSANNES
(aux paysans)

Il faut obéir à l'usage,
Ici retenez le mari !

LES PAYSANS
(retenant Chapelou)
Il faut obéir à l'usage, Allons, retenons le mari.

CHAPELOU
Laissez-moi rejoindre ma femme!

LES PAYSANS
Tu n'iras pas! Tu n'iras pas!

CHAPELOU
Je vais me fâcher sur mon âme!

LES PAYSANS
Ça n'y fait rien, tu n'iras pas!

CHAPELOU
Laissez-moi rejoindre ma femme!

LES PAYSANS
Tu n'iras pas, tu n'iras pas!
Allons, pour prendre patience,
Sans qu'on t'y force, mon garçon,
Allons, chante nous la romance
Du jeune et galant postillon.

CHAPELOU
Je n'ai pas le cœur aux chansons.

LES PAYSANS
Chante, chante,
Après nous te lâcherons !

CHAPELOU
Vous le jurez?...

LES PAYSANS
Nous le jurons
Oui, nous te lâcherons!

CHAPELOU
Allons, en deux temps,
Je commence.

Ronde

I

Mes amis, écoutez l'histoire
D'un jeune et galant postillon.
C'est véridique, on peut m'en croire,
Et connu de tout le canton.
Quand il passait dans un village,
Tout le beau sexe était ravi,
Et le cœur de la plus sauvage
Galopait en croupe avec lui.
Oh! oh! oh! oh! qu'il était beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE CHŒUR
Oh! qu'il est beau, qu'il est beau, qu'il est beau,
Le postillon de Lonjumeau!

II

Mainte dame de haut parage,
En l'absence de son mari,
Parfois se mettait en voyage
Pour être conduite par lui,
Aux procédés toujours fidèle,
On savait qu'adroit postillon,
S'il versait parfois une belle,
Ce n'était que sur le gazon !
Oh! oh! oh! oh! qu’il était beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE CHŒUR
Oh! qu'il est beau, qu'il est beau, qu'il est beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE MARQUIS
Quelle voix ravissante!
Vraiment, elle m'enchante!
Je trouve enfin celui

Que je cherche aujourd'hui.

III

CHAPELOU
Mais pour conduire un équipage,
Voilà qu'un soir il est parti.
Depuis ce temps, dans le village,
On n'entend plus parler de lui.
Mais ne déplorez pas sa perte,
Car de l'hymen suivant la loi,
La reine d'une île déserte
De ses sujets l'a nommé roi.
Oh! oh! oh! oh! qu'il était beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE CHŒUR
Oh! qu'il est beau, qu'il est beau, qu'il est beau,
Le postillon de Lonjumeau !

LES PAYSANNES
A présent, Monsieur le mari,
Vous pouvez ordonner ici.

Ensemble

CHAPELOU, LE CHŒUR
Jeunes époux,
Voici l'heure fortunée
Où l'hyménée
A des instants si doux.

LE MARQUIS
Un mot, mon garçon... un mot...tu me vois ravi, enchanté. . . transporté ! ...

CHAPELOU
Ah, quoi?

LE MARQUIS
Tu as le plus beau contre-ré que j'ai jamais oui!

CHAPELOU
J'ai un contre-ré... (Regardant autour de lui) Où ça?...

LE MARQUIS
Je t'expliquerai plus tard, il s'agit de m'écouter.

CHAPELOU
J'peux pas... J'peux pas ... ma femme... Madeleine qui
m'attend...

LE MARQUIS
(se plaçant devant la porte, à gauche)
Il s'agit bien de ta femme, quand il y va pour toi de
ton avenir, de ta fortune!...

CHAPELOU
(très étonné)
Ma fortune?

LE MARQUIS
Oui, à cause de ton contre-ré... Écoute, te dis-je... je
suis intendant des menus plaisirs de sa majesté Louis le
Quinzième...

CHAPELOU
(voulant s'en aller)
C'est possible...mais, vu la circonstance, je suis obligé...

LE MARQUIS
Quand je te dis que tu as cent mille livres dans ton gosier...

CHAPELOU
Dans mon gosier! ça alors.

LE MARQUIS
Tu ne sais pas chanter..non; mais tu as une voix timbrée flexible, admirable... je ferai de toi un artiste distingué, et dans six mois, tu débuteras au Grand-Opéra...

CHAPELOU
Comment ?

LE MARQUIS
Et tu gagneras dix mille livres par an.

CHAPELOU
Dix mille livres?...

LE MARQUIS
(il lui donne une bourse)
Eh! ce n'est rien cela... tu verras la cour... les princesses... Allons, allons, ne perdons pas de temps... je te le répète, songe à ta fortune, à ton avenir...

N° 4. Finale

LE MARQUIS
A mes désirs, il faut te rendre
Avec moi, vite, il faut partir!

CHAPELOU
Eh quoi!... Partir sans plus attendre?
Non, je ne puis y consentir.

LE MARQUIS
Il faut partir sans plus attendre.

CHAPELOU
Non, je ne puis y consentir!

LE MARQUIS
Allons, allons, la résistance est vaine,
Le bonheur t'appelle à la cour.

CHAPELOU
Mais quitter Madeleine...
Pour moi son cœur a tant d'amour!

LE MARQUIS
Mon Dieu ! ne te mets pas en peine,
Bientôt tu seras de retour...
Viens!

CHAPELOU
Je ne puis! non... un autre jour...
Demain... plus tard,
La semaine prochaine...

LE MARQUIS
A l'instant... bannis tout regret...
(à part)
Sa belle voix m'échapperait!

CHAPELOU
Pour mon cœur quelle peine!
Je ne puis consentir, en ce jour,
A quitter Madeleine
Lorsque son cœur a tant d'amour!

LE MARQUIS
Crois en ma promesse;
De la noblesse, de la richesse,
Heureux favori,
Captivant les âmes
De toutes les femmes,
Des plus nobles dames
Tu seras chéri.
Pour toi, quel avenir joyeux,
Que de plaisirs, que de fortune!
Dans tes amours, toujours heureux,
Tu séduis la blonde et la brune.

CHAPELOU
Ah! vous allez me tenter...
Je ne pourrai vous résister.

LE MARQUIS
Eh bien, viens!

CHAPELOU
Demain...

LE MARQUIS
Non! dans l'instant!

CHAPELOU
Non! non! demain...

LE MARQUIS

Non! dans l'instant!
CHAPELOU
Non! je ne puis...
Pour mon cœur quelle peine!
Je ne puis, je ne puis, en ce jour,
Moi, quitter Madeleine,
Lorsque son cœur a tant d'amour!

LE MARQUIS
Oui, crois en ma promesse,
De la richesse,
De la noblesse,
Heureux favori
Captivant les âmes
De toutes les femmes,
Des plus nobles dames
Tu seras chéri.
Oui, de toutes les femmes
Tu seras chéri!

CHAPELOU
Ah! quelle promesse!
Quoi! de la richesse
Et de la noblesse
Heureux favori,
De toutes les femmes
Je serai chéri.
Quoi! je serai chéri!

BIJU
Prince, votre voiture est prête!

LE MARQUIS
(à Chapelou)
C'est bien, c'est bien,
C'est fort bien !
Allons! que rien ne nous arrête...
Mon ami, quel bonheur pour toi!
Demain, demain, quel bonheur,
Demain, je te présente au roi!

CHAPELOU
Eh quoi! demain?

LE MARQUIS
Je te présente au roi...

BIJU
Demain il te présente au roi.

CHAPELOU
Oui da, mon cher, je vais chez le roi;

J'aurai de l'or plus gros que toi.

BIJU
Mais expliquez-moi ce mystère.

CHAPELOU
Devant ce seigneur j'ai chanté;
De ma voix il est enchanté!

BIJU
Pour toi quelle chance prospère;
Moi j'ai de la voix, Dieu merci!
Et je vais l'enchanter aussi.
Tra la, la, la, la, la, la!...

LE MARQUIS
Oh! le butor!...
Finis donc, butor!
Partons...

BIJU
(à Chapelou)
Mais Madeleine...
Quoi! Tu pars sans la prévenir?

CHAPELOU
Dis lui que je vais revenir...
Ce soir... demain... la semaine prochaine...

LE MARQUIS
Allons, allons! il faut partir...

CHAPELOU
Rien ne peut plus me retenir!
Allons, allons! il faut partir,
Oh! quelle promesse
Quoi! de la richesse
Trop heureux favori.
Captivant les âmes
De toutes les femmes,
Des plus nobles dames
De toutes les femmes
Je serai chéri...
Allons, allons! il faut partir...
Rien ne peut plus me retenir!

LE MARQUIS
Crois en ma promesse,
Oui, de la noblesse
Et de la richesse
Heureux favori,
Captivant les âmes

De toutes les femmes
Oui, bientôt, tu seras chéri!...
Allons, allons! il faut partir...
Rien ne peut plus te retenir!

BIJU
La belle promesse
Quoi! de la noblesse
Et de la richesse
Heureux favori,
Captivant les âmes
De toutes les femmes
Des plus nobles dames,

Bientôt, il sera chéri...
Comment il veut déjà partir?...
Rien ne peut plus le retenir!

MADELEINE
Viens, viens, ma voix t'appelle,
Viens, viens, mon petit mari;
Viens, viens, toujours fidèle,
Je t'attends, je t'attends ici.
Viens, viens! il ne vient pas!
Mon mari! mon mari!

BIJU
Vous demandez votre mari?
Ah! mais vraiment, ça me fait rire!
Tenez! tenez, le v'là parti.

MADELEINE
Comment! Comment!
Que veux-tu dire?

BIJU
On enlève votre mari.

MADELEINE
Mon mari?

BIJU
Il ne reviendra plus ici!

MADELEINE
Grands dieux, m'enlever mon mari!
Au secours, au secours!

BIJU
On enlève votre mari.

MADELEINE
Au secours...

LE CHŒUR
Mais quel bruit!
D'où vient donc ce tapage?
Nous venons mettre le holà!
Comment? Dans le nouveau ménage
On se disputerait déjà?
MADELEINE
Mon mari, mon mari!
Rendez-moi mon mari!

BIJU

Puisqu'on vous dit qu'il est parti!

MADELEINE
Mais il va revenir, j'espère?

BIJU
Jamais!... Sachez tout le mystère:
On veut en faire un beau chanteur.
Il va devenir grand seigneur.

MADELEINE
Ah! c'est affreux! ah! c'est infâme!
Abandonner ainsi sa femme

BIJU
Écoutez !...

MADELEINE
Le premier soir de notre hymen!
Comprenez-vous tout mon chagrin?
(On entend dans le lointain la voix de Chapelou répéter le refrain de la ronde)

CHAPELOU
Oh! oh! oh! qu'il était beau
Le postillon de Lonjumeau!
TOUS
Ah! c'est affreux! ah! c'est infâme!
Abandonner ainsi sa femme!

MADELEINE
Loin d'un ingrat qui m'offense
Et qui méprise nos amours,
Chez ma tante en Île-de-France
Je veux aller finir mes jours.

BIJU
Ah! pour lui quelle heureuse chance,
Je veux partager son destin;
A la fortune, je m'élance,
Et je partirai dès demain!

CHŒUR
Ah! c'est affreux! ah! c'est infâme!
Abandonner ainsi sa femme
Le premier jour de son hymen.
Tâchons de calmer son chagrin.

ACTE I


Le théâtre représente une sorte de hangar, ouvert sur un village; à droite, la porte d'entrée de la salle commune des voyageurs; à gauche, celle du logement de la maîtresse d'auberge, au-dessus de cette porte, une fenêtre avec un petit balcon rustique en saillie; dans le fond on aperçoit à droite une boutique de charron.

N° 1. LE CHŒUR

Le joli mariage!
Enfin ils sont unis!
Tous leurs vœux sont remplis!
Le joli mariage!
L'amour seul les engage,
Le joli mariage!
Enfin ils sont unis!
Le joli mariage!
L'amour seul les engage,
Le joli mariage!
Pour eux plus de soucis.
Le joli mariage!
L'amour seul les engage,
Le joli mariage!
Enfin ils sont unis,
Pour eux, pour eux plus de soucis.
Non, désormais plus de soucis,

CHAPELOU
Quel bonheur pour mon âme,
Je peux donc aujourd'hui
L'appeler ma p'tite femme!

MADELEINE
Te nommer mon mari!

CHAPELOU
Ma chère femme, ma chère femme!

MADELEINE
Mon cher mari, mon cher mari!

CHAPELOU
Ah! quel plaisir!
Que c'est gentil, ma chère femme!

MADELEINE
Mon cher mari!

MADELEINE, CHAPELOU, LE CHŒUR
Ah! quel plaisir!
Que c'est gentil, le joli mariage,

L'amour seul nous engage,
Le joli mariage!
Nous voilà donc unis! etc.

MADELEINE
Je veux dans ton ménage
Toujours te rendre heureux!

CHAPELOU
Femme gentille et sage
Doit combler tous mes vœux!

LE CHŒUR
Voyez! voyez! qu'ils sont heureux!

MADELEINE
Je veux toujours te rendre heureux!

CHAPELOU
Tu vas combler tous mes vœux,
Ma chère femme!

MADELEINE
Mon cher mari! ah! quel plaisir!

CHAPELOU
Que c'est gentil !

MADELEINE
Mon petit mari, mon petit mari,
Ah ! mon petit mari !

Air
Mon petit mari,
Tu seras chéri ;
Pour toi seul je serai jolie!
Ah ! pouvoir d'un cœur
Partager l'ardeur
De la vie
C'est le bonheur!
Aux galants toujours rebelle,
Te gardant ma foi,
Je n'aime que toi !
Je jure d'être fidèle;
Moque-toi des sots
Et de leurs propos,
En homme de bien
N'en crois jamais rien.
Car dans nos amours
Je dirai toujours:
Mon petit mari, tu seras chéri

Pour toi seul je serai jolie!
Ah ! pouvoir d'un cœur
Partager l'ardeur !
De la vie c'est le bonheur! etc.

CHAPELOU
Maintenant, à la danse,
Amis, que l'on s'élance.

MADELEINE
Entendez-vous du bal
Le vif et gai signal?

LE CHŒUR
A la danse, à la danse,
Allons que l'on s'élance!
Entendez-vous du bal
Le vif et gai signal?

LES PAYSANNES
Avec nous venez vite!

LES PAYSANS
Madame! je vous invite!

MADELEINE
Merci, messieurs, vraiment!

CHAPELOU
La contredanse vous réclame.
Nous y viendrons dans un instant.
Mais, mes amis, avec ma femme,
Laissez moi causer un instant. Allez!

MADELEINE
Vite au son des musettes,
Allez, courez tous,
Courez en dansant,
Les fillettes trouveront un époux!

LE CHŒUR
Vite au son des musettes,
Allons, amusons-nous,
En dansant,
Les fillettes trouveront un époux!
J'entends du bal
Le gai signal !
(Les paysans sortent par le fond)

CHAPELOU
Eh bien! ma bonne Madeleine, te v'là Madame Chapelou, la
femme du premier postillon de la poste de Lonjumeau, ça
flatte l'amour propre d'une jeunesse... hein! méchante?

MADELEINE
C'est bon, Monsieur le joli cœur. Vous êtes fier comme
un paon !

CHAPELOU
Écoute donc, Madeleine... sais-tu que j'étais joliment
couru des jeunes filles?... quand je pense à va... j'en
ai-t-y enjôlé de ces femmes!... J'en ai-t'y croqué de ces
poulettes ! ...

MADELEINE
Oui; mais maintenant, vous ne croquerez que moi..mauvais
sujet ! ...

CHAPELOU
Ah! c'est vrai!..il faut dire bonsoir à la vie de garçon
... (il soupire) ah!

MADELEINE
Mais... Est-ce que vous ne m'aimeriez plus, Monsieur?... moi, qui vous ai fait tant de sacrifices.... j'ai encore reçu une lettre de ma tante... cette bonne tante qui est allée s'établir à l'Île-de-France, et qui veut absolu-ment que j’aille la rejoindre...

CHAPELOU
Ah ça! est-ce que décidément elle a fait fortune là-bas,
la digne femme?

MADELEINE
Je crois bien!... une fortune de duchesse!... et tout ça j'y renonce pour épouser Monsieur, qui se permet de soupirer... mais qu'est-ce qui vous tracasse... voyons?...

CHAPELOU
Eh! bien, tiens, Madeleine, tu vas tout savoir... tu as entendu parler de la mère Grabille?...

MADELEINE
La vieille sorcière du village?...

CHAPELOU
Juste ... savante femme! . . . j'ai été la consulter sur notre mariage.

MADELEINE
Oh! comme ça se rencontre !...tu sais, le père Gaspard?..

CHAPELOU
Le vieux berger... le petit bossu?

MADELEINE
Oui, je l'ai consulté de mon côté sur notre union...

CHAPELOU
Voyez-vous ça ! ...

N° 2. Duo

MADELEINE, CHAPELOU
Quoi, tous les deux!
Qui l'aurait cru?
Ah! l'aventure est singulière!

MADELEINE
Parle vite... Chez la sorcière,
Dis-moi ce qu'on t'a répondu.

CHAPELOU
Voilà, voilà, ce qu'on m'a répondu
Se démenant comme un vrai diable,
Après avoir lu dans ma main,
Elle a dit que j'étais aimable,
Et surtout fort malin.
Que jamais, grâce à ma finesse,
Je ne pourrai être attrapé,
Que par ma femme ou ma maîtresse,
Je ne serai jamais trompé...

MADELEINE
(riant)
Jamais trompé?...

CHAPELOU
Jamais trompé!

MADELEINE
Ta sorcière est une ignorante,
Vraiment, qui ne sait rien de rien.

CHAPELOU
C'est une femme fort savante
J'en réponds, elle parle fort bien.

MADELEINE
Enfin, de notre mariage,
Que pense-t-elle? Réponds-moi.

CHAPELOU
Elle m'a dit qu'en ce village

J'avais tort d'engager ma foi...

MADELEINE
Mais c'est fort mal!

CHAPELOU
Elle a dit aussi qu'à la ville
M'attendait le plus grand bonheur
Qu'il me serait bientôt facile,
A Paris, de vivre en seigneur,

MADELEINE
En seigneur?

CHAPELOU
En seigneur!
Bref, pour parler avec franchise
Elle m'a dit qu'en t'épousant,
Je fais... non, non, je n'ose pas...

MADELEINE
Allons... parle!

CHAPELOU
... Je fais une bêtise!

MADELEINE
(avec colère)
Qu'entends-je?
Ah! c'est affreux vraiment,
Cet oracle est trop insolent!

CHAPELOU
(s'approchant)
Apaise ton ressentiment.
Ce n'est pas sa faute vraiment
Si dans le livre du destin
Elle a lu cela ce matin.

MADELEINE
Ah! quelle impudence!
Quelle impertinence!
Oui, son ignorance
Veut une leçon.
Maudite sorcière,
Méchante vipère
L'on devrait te faire
Mourir en prison!
Maudite sorcière
Méchante vipère! etc.

CHAPELOU
Si par sa science

Elle peut d'avance
Avec assurance
Prévoir l'avenir,
En vain la colère
Ici t'exaspère;
La pauvre sorcière,
Pourquoi la punir?
La colère égare ta raison,
Allons, rappelle ta raison!

Maintenant, à ton tour, ma chère,
C'est à moi de t'interroger,
Je veux savoir tout le mystère.
C'est à moi de t'interroger,
Que t'a répondu le berger?

MADELEINE
Il m'a dit que dans ce village
Si je voulais donner ma foi
Je pourrais, pour le mariage,
Trouver, mon cher, bien mieux que toi!

CHAPELOU
(avec suffisance)
Bien mieux que moi?

MADELEINE
Bien mieux que toi!

CHAPELOU
Ton sorcier n'est qu'un imbécile
Qui, vraiment, ne sait rien de rien!

MADELEINE
Ah! c'est un homme fort habile;
J'en réponds, il parle fort bien.
Il prétend que ton caractère
Rendra notre hymen malheureux,
Que loin de chercher à me plaire,
Bientôt tu trahiras nos feux,
Et que tu n'es qu'un vaniteux...
Et surtout un ambitieux!

CHAPELOU
(se récriant)
Il dit que je suis vaniteux?

MADELEINE
Bref, pour parler avec franchise
Il m'a juré qu'en t'épousant
Je fais...

CHAPELOU
Quoi donc?

MADELEINE
Non, non, je n'ose pas...

CHAPELOU
Allons donc, parle!

MADELEINE
Je fais une bêtise.

CHAPELOU
(avec colère)
Qu'entends-je!
Ah! c'est affreux, vraiment!
Cet oracle est trop insolent!

MADELEINE
Apaise ton ressentiment.
Ce n'est pas sa faute vraiment
Si dans le livre du destin
Il a lu cela ce matin.

CHAPELOU
Ah! quelle impudence!
Quelle impertinence!
Oui, son ignorance
Veut une leçon.
Ah! crains ma colère
Méchante vipère;
L'on devrait te faire
Mourir en prison!

MADELEINE
Si par sa science
Il peut à l'avance
Avec assurance
Prévoir l'avenir,
En vain la colère
Ici t'exaspère,
On ne peut j'espère
Vouloir le punir.
La colère égare ta raison,
Allons, appelle ta raison!

MADELEINE
Chapelou, aux sorciers,
Vraiment il a foi!

CHAPELOU
Moi? ah! non!
Je n'y crois pas plus que toi!

MADELEINE
Entre nous deux,
Allons, plus de mages
Je veux t'aimer toujours,
Je te le jure ici.

CHAPELOU
Je ne croirai jamais
A de fâcheux messages.
Je veux être pour toi
Le plus tendre mari.

ENSEMBLE
Ah! quel doux avenir!
Rien ne pourra nous désunir.

Allons, ne redoutons plus rien,
Chez nous, toujours, tout ira bien.
(A la fin de l'ensemble, Chapelou embrasse Madeleine. Biju entre par le fond à droite).

BIJU
(en habit de travail de forgeron, entrant)
Très bien...il parait que vous êtes pressés..allez votre train... ne vous gênez pas...

CHAPELOU
(à Biju)
Dis donc Biju pendant que j'y pense, pourquoi qu'on ne t'a pas vu à ma noce, toi?

BIJU
(avec humeur)
Parce que j'étais à ma forge...

MADELEINE
Et parce qu'il est jaloux de voir le bonheur d'un rival, n'est-ce pas, Monsieur Biju?

CHAPELOU
Ah! c'est vrai, je crois qu'il te faisait un petit doigt de cour, Madeleine?...

BIJU
Je lui faisais bien une cour tout entière...sans compter quelle ne me voyait pas d'un mauvais œil! ...

MADELEINE
Oh! si l'on peut dire!.. faiseur d'histoires!...

CHAPELOU
(à Biju)
Allez, sans rancune...je ne t'en veux pas...j'ai même un petit service à te demander...

BIJU
Voyons voir...

CHAPELOU
Voilà...tous les postillons sont en course, et, s'il arrive ce soir un voyageur, il n'y a pas à dire, il faudra que je mette les bottes.

BIJU
Eh ben!...

CHAPELOU
Eh ben! quand on se marie, on a autre chose à faire que de galoper, la nuit, sur la grand-route...Alors, tu auras la complaisance de me remplacer, en cas de besoin.... hein?

MADELEINE
Ainsi, c'est convenu... nous pouvons compter sur vous, voisin?...

BIJU
Comment donc! pouvez compter... sur rien du tout..

CHAPELOU
Tu refuses?...

BIJU
Tout net... et je ne demande plus qu'une chose... c'est qu'il vienne un voyageur...

CHAPELOU
Ah! j'espère bien tout le contraire... et j'ai lieu de croire (on entend du bruit au fond). Qu'est-ce que c'est que ça?

LE MARQUIS
(dans la coulisse)
Maudit postillon!... holà! quelqu'un?

BIJU
(avec joie)
Un voyageur!

MADELEINE
(avec tristesse)
Un voyageur!

CHAPELOU
(avec dépit)
Un voyageur! que le diable l'emporte!

BIJU
(se frottant les mains)
Fameux! fameux! Dis donc, Chapelou; veux-tu que je t'ai- de à mettre tes bottes?...

LE MARQUIS
(entrant par le fond)
Malotru de postillon!... qui se permet de me verser, moi le Marquis de Corcy, gentilhomme de la chambre du roi!..
Y a-t-il un charron dans ce village?

BIJU
(s'avançant)
Un charron? présent!

LE MARQUIS
Une roue de ma chaise vient de se briser...peux-tu me la raccommoder?

BIJU
Oui, mon prince (regardant Chapelou) Dans une heure vous pourrez vous remettre en route...

CHAPELOU
(tristement à Madeleine)
Rien qu'une heure, Madeleine...

MADELEINE
(à demi-voix)
Laisse-moi faire..(au marquis) Si Monsieur en attendant, voulait se rafraîchir, nous avons un petit vin qui n'est pas méchant.

LE MARQUIS(brusquement)
Je n'ai pas soif; je ne veux qu'une chambre où je puisse attendre en repos que ma chaise soit réparée.

MADELEINE
(désignant la porte à droite)
Entrez là, Monsieur; vous y serez bien à votre aise...

CHAPELOU
(à Madeleine)
Et nous, allons rejoindre les amis!

MADELEINE
Oui, oui! (faisant la révérence au Marquis) Votre servante, Monsieur...
(La nuit vient par degrés)

LE MARQUIS
(seul)
Maladroit postillon! Interrompre un voyage d'une si haute importance!... un voyage ordonné par sa majesté Louis le Quinzième. Je vivrais cent ans que les paroles royales ne sortiraient pas de ma mémoire... « Comment, Marquis de Corcy, nous n'aurons pas Castor et Pollux à Fontainebleau!... - Hélas! non, sire... Jéliote, qui devait jouer Castor, s'est fait enlever par une duchesse, et Legros, sa doublure, a pris un coup d'air en dînant au Port à l'Anglais. - Et vous n'avez pas un autre Castor à mettre à la place?...- Pas le moindre Castor, sire... il y a de quoi en perdre la tête!...- A quoi diable sert-il donc de vous avoir donné l'intendance de nos menus plaisirs? Faites des élèves, Monsieur, cherchez des voix... - Et je cherche des voix...si sa majesté croit que c'est facile... (On entend la ritournelle du chœur suivant) Allons, encore ces paysans, la gaîté du peuple m'est fastidieuse.
(il entre dans la chambre à droite).

N° 3. Morceau d'ensemble et Ronde du Postillon

LE CHŒUR
Jeunes époux,
Voici l'heure fortunée,
Où l'hyménée
A des instants si doux.

CHAPELOU
Mes amis, je vous remercie,
Mais déjà s'avance la nuit,
Et, puisque la noce est finie,
Il faut se retirer sans bruit.
Bonne nuit !

LES PAYSANS
Bonne nuit !

LES PAYSANNES
(entourant Madeleine)
Un devoir ici nous réclame,
Car avant de vous quitter,
Au coucher de Madame,
Nous devons assister.

CHAPELOU
Je vous suis . . .

LES PAYSANNES
Non ! suivant l'usage...

CHAPELOU
Plaît-il?

LES PAYSANNES
... Monsieur, il faut attendre ici!

CHAPELOU
(avec colère)
Que le diable emporte l'usage!
Ensemble
LES PAYSANNES
(aux paysans)

Il faut obéir à l'usage,
Ici retenez le mari !

LES PAYSANS
(retenant Chapelou)
Il faut obéir à l'usage, Allons, retenons le mari.

CHAPELOU
Laissez-moi rejoindre ma femme!

LES PAYSANS
Tu n'iras pas! Tu n'iras pas!

CHAPELOU
Je vais me fâcher sur mon âme!

LES PAYSANS
Ça n'y fait rien, tu n'iras pas!

CHAPELOU
Laissez-moi rejoindre ma femme!

LES PAYSANS
Tu n'iras pas, tu n'iras pas!
Allons, pour prendre patience,
Sans qu'on t'y force, mon garçon,
Allons, chante nous la romance
Du jeune et galant postillon.

CHAPELOU
Je n'ai pas le cœur aux chansons.

LES PAYSANS
Chante, chante,
Après nous te lâcherons !

CHAPELOU
Vous le jurez?...

LES PAYSANS
Nous le jurons
Oui, nous te lâcherons!

CHAPELOU
Allons, en deux temps,
Je commence.

Ronde

I

Mes amis, écoutez l'histoire
D'un jeune et galant postillon.
C'est véridique, on peut m'en croire,
Et connu de tout le canton.
Quand il passait dans un village,
Tout le beau sexe était ravi,
Et le cœur de la plus sauvage
Galopait en croupe avec lui.
Oh! oh! oh! oh! qu'il était beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE CHŒUR
Oh! qu'il est beau, qu'il est beau, qu'il est beau,
Le postillon de Lonjumeau!

II

Mainte dame de haut parage,
En l'absence de son mari,
Parfois se mettait en voyage
Pour être conduite par lui,
Aux procédés toujours fidèle,
On savait qu'adroit postillon,
S'il versait parfois une belle,
Ce n'était que sur le gazon !
Oh! oh! oh! oh! qu’il était beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE CHŒUR
Oh! qu'il est beau, qu'il est beau, qu'il est beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE MARQUIS
Quelle voix ravissante!
Vraiment, elle m'enchante!
Je trouve enfin celui

Que je cherche aujourd'hui.

III

CHAPELOU
Mais pour conduire un équipage,
Voilà qu'un soir il est parti.
Depuis ce temps, dans le village,
On n'entend plus parler de lui.
Mais ne déplorez pas sa perte,
Car de l'hymen suivant la loi,
La reine d'une île déserte
De ses sujets l'a nommé roi.
Oh! oh! oh! oh! qu'il était beau,
Le postillon de Lonjumeau!

LE CHŒUR
Oh! qu'il est beau, qu'il est beau, qu'il est beau,
Le postillon de Lonjumeau !

LES PAYSANNES
A présent, Monsieur le mari,
Vous pouvez ordonner ici.

Ensemble

CHAPELOU, LE CHŒUR
Jeunes époux,
Voici l'heure fortunée
Où l'hyménée
A des instants si doux.

LE MARQUIS
Un mot, mon garçon... un mot...tu me vois ravi, enchanté. . . transporté ! ...

CHAPELOU
Ah, quoi?

LE MARQUIS
Tu as le plus beau contre-ré que j'ai jamais oui!

CHAPELOU
J'ai un contre-ré... (Regardant autour de lui) Où ça?...

LE MARQUIS
Je t'expliquerai plus tard, il s'agit de m'écouter.

CHAPELOU
J'peux pas... J'peux pas ... ma femme... Madeleine qui
m'attend...

LE MARQUIS
(se plaçant devant la porte, à gauche)
Il s'agit bien de ta femme, quand il y va pour toi de
ton avenir, de ta fortune!...

CHAPELOU
(très étonné)
Ma fortune?

LE MARQUIS
Oui, à cause de ton contre-ré... Écoute, te dis-je... je
suis intendant des menus plaisirs de sa majesté Louis le
Quinzième...

CHAPELOU
(voulant s'en aller)
C'est possible...mais, vu la circonstance, je suis obligé...

LE MARQUIS
Quand je te dis que tu as cent mille livres dans ton gosier...

CHAPELOU
Dans mon gosier! ça alors.

LE MARQUIS
Tu ne sais pas chanter..non; mais tu as une voix timbrée flexible, admirable... je ferai de toi un artiste distingué, et dans six mois, tu débuteras au Grand-Opéra...

CHAPELOU
Comment ?

LE MARQUIS
Et tu gagneras dix mille livres par an.

CHAPELOU
Dix mille livres?...

LE MARQUIS
(il lui donne une bourse)
Eh! ce n'est rien cela... tu verras la cour... les princesses... Allons, allons, ne perdons pas de temps... je te le répète, songe à ta fortune, à ton avenir...

N° 4. Finale

LE MARQUIS
A mes désirs, il faut te rendre
Avec moi, vite, il faut partir!

CHAPELOU
Eh quoi!... Partir sans plus attendre?
Non, je ne puis y consentir.

LE MARQUIS
Il faut partir sans plus attendre.

CHAPELOU
Non, je ne puis y consentir!

LE MARQUIS
Allons, allons, la résistance est vaine,
Le bonheur t'appelle à la cour.

CHAPELOU
Mais quitter Madeleine...
Pour moi son cœur a tant d'amour!

LE MARQUIS
Mon Dieu ! ne te mets pas en peine,
Bientôt tu seras de retour...
Viens!

CHAPELOU
Je ne puis! non... un autre jour...
Demain... plus tard,
La semaine prochaine...

LE MARQUIS
A l'instant... bannis tout regret...
(à part)
Sa belle voix m'échapperait!

CHAPELOU
Pour mon cœur quelle peine!
Je ne puis consentir, en ce jour,
A quitter Madeleine
Lorsque son cœur a tant d'amour!

LE MARQUIS
Crois en ma promesse;
De la noblesse, de la richesse,
Heureux favori,
Captivant les âmes
De toutes les femmes,
Des plus nobles dames
Tu seras chéri.
Pour toi, quel avenir joyeux,
Que de plaisirs, que de fortune!
Dans tes amours, toujours heureux,
Tu séduis la blonde et la brune.

CHAPELOU
Ah! vous allez me tenter...
Je ne pourrai vous résister.

LE MARQUIS
Eh bien, viens!

CHAPELOU
Demain...

LE MARQUIS
Non! dans l'instant!

CHAPELOU
Non! non! demain...

LE MARQUIS

Non! dans l'instant!
CHAPELOU
Non! je ne puis...
Pour mon cœur quelle peine!
Je ne puis, je ne puis, en ce jour,
Moi, quitter Madeleine,
Lorsque son cœur a tant d'amour!

LE MARQUIS
Oui, crois en ma promesse,
De la richesse,
De la noblesse,
Heureux favori
Captivant les âmes
De toutes les femmes,
Des plus nobles dames
Tu seras chéri.
Oui, de toutes les femmes
Tu seras chéri!

CHAPELOU
Ah! quelle promesse!
Quoi! de la richesse
Et de la noblesse
Heureux favori,
De toutes les femmes
Je serai chéri.
Quoi! je serai chéri!

BIJU
Prince, votre voiture est prête!

LE MARQUIS
(à Chapelou)
C'est bien, c'est bien,
C'est fort bien !
Allons! que rien ne nous arrête...
Mon ami, quel bonheur pour toi!
Demain, demain, quel bonheur,
Demain, je te présente au roi!

CHAPELOU
Eh quoi! demain?

LE MARQUIS
Je te présente au roi...

BIJU
Demain il te présente au roi.

CHAPELOU
Oui da, mon cher, je vais chez le roi;

J'aurai de l'or plus gros que toi.

BIJU
Mais expliquez-moi ce mystère.

CHAPELOU
Devant ce seigneur j'ai chanté;
De ma voix il est enchanté!

BIJU
Pour toi quelle chance prospère;
Moi j'ai de la voix, Dieu merci!
Et je vais l'enchanter aussi.
Tra la, la, la, la, la, la!...

LE MARQUIS
Oh! le butor!...
Finis donc, butor!
Partons...

BIJU
(à Chapelou)
Mais Madeleine...
Quoi! Tu pars sans la prévenir?

CHAPELOU
Dis lui que je vais revenir...
Ce soir... demain... la semaine prochaine...

LE MARQUIS
Allons, allons! il faut partir...

CHAPELOU
Rien ne peut plus me retenir!
Allons, allons! il faut partir,
Oh! quelle promesse
Quoi! de la richesse
Trop heureux favori.
Captivant les âmes
De toutes les femmes,
Des plus nobles dames
De toutes les femmes
Je serai chéri...
Allons, allons! il faut partir...
Rien ne peut plus me retenir!

LE MARQUIS
Crois en ma promesse,
Oui, de la noblesse
Et de la richesse
Heureux favori,
Captivant les âmes

De toutes les femmes
Oui, bientôt, tu seras chéri!...
Allons, allons! il faut partir...
Rien ne peut plus te retenir!

BIJU
La belle promesse
Quoi! de la noblesse
Et de la richesse
Heureux favori,
Captivant les âmes
De toutes les femmes
Des plus nobles dames,

Bientôt, il sera chéri...
Comment il veut déjà partir?...
Rien ne peut plus le retenir!

MADELEINE
Viens, viens, ma voix t'appelle,
Viens, viens, mon petit mari;
Viens, viens, toujours fidèle,
Je t'attends, je t'attends ici.
Viens, viens! il ne vient pas!
Mon mari! mon mari!

BIJU
Vous demandez votre mari?
Ah! mais vraiment, ça me fait rire!
Tenez! tenez, le v'là parti.

MADELEINE
Comment! Comment!
Que veux-tu dire?

BIJU
On enlève votre mari.

MADELEINE
Mon mari?

BIJU
Il ne reviendra plus ici!

MADELEINE
Grands dieux, m'enlever mon mari!
Au secours, au secours!

BIJU
On enlève votre mari.

MADELEINE
Au secours...

LE CHŒUR
Mais quel bruit!
D'où vient donc ce tapage?
Nous venons mettre le holà!
Comment? Dans le nouveau ménage
On se disputerait déjà?
MADELEINE
Mon mari, mon mari!
Rendez-moi mon mari!

BIJU

Puisqu'on vous dit qu'il est parti!

MADELEINE
Mais il va revenir, j'espère?

BIJU
Jamais!... Sachez tout le mystère:
On veut en faire un beau chanteur.
Il va devenir grand seigneur.

MADELEINE
Ah! c'est affreux! ah! c'est infâme!
Abandonner ainsi sa femme

BIJU
Écoutez !...

MADELEINE
Le premier soir de notre hymen!
Comprenez-vous tout mon chagrin?
(On entend dans le lointain la voix de Chapelou répéter le refrain de la ronde)

CHAPELOU
Oh! oh! oh! qu'il était beau
Le postillon de Lonjumeau!
TOUS
Ah! c'est affreux! ah! c'est infâme!
Abandonner ainsi sa femme!

MADELEINE
Loin d'un ingrat qui m'offense
Et qui méprise nos amours,
Chez ma tante en Île-de-France
Je veux aller finir mes jours.

BIJU
Ah! pour lui quelle heureuse chance,
Je veux partager son destin;
A la fortune, je m'élance,
Et je partirai dès demain!

CHŒUR
Ah! c'est affreux! ah! c'est infâme!
Abandonner ainsi sa femme
Le premier jour de son hymen.
Tâchons de calmer son chagrin.



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