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ACTE II


(Le théâtre représente l'auberge de Jean et de sa mère dans les faubourgs de Leyde. Portes au fond et croisée donnât sur la campagne. On entend au dehors une aire de valse. Jean tenant des brocs, qu'il pose sur une table, sort de la chambre de la droite et va ouvrir les portes du fond, il aperçoit des paysans et des paysannes qui s'amusent à valser, et qui toujours en valsant entrent dans l'intérieur de l'auberge. Plusieurs se mettent à table et chantent le choeur suivant, tandis que les autres continuent leur danse).

CHOEUR
Valsons toujours,
oui, la valse a mes amours;
valsons, chantons, chers amis!
Valsons toujours,
oui, etc.
Et vive Jean, vive Jean

UN SOLDAT
Allons, pour les danseurs,
apportez de la bière!
Verse, ami Jean, verse.

JONAS
(bas au deux autres anabaptistes)
Silence!

UN SOLDAT
Ici la vie est douce
pour les Seigneurs et les soldats,
et les soldats! Tra, la, la,
Verse ami Jean!

CHOEUR
Jean, Jean, ici!
Viens, Jean de la bière!
Ici le tavernier,
je crois qu'il nous oublie!

JEAN
(à part)
Le jour baisse et ma mère
Bientôt sera de retour
Avec ma fiancée, ma Berthe, mon amour!

UN PAYSAN
Jean; de la bière!

JEAN
Ma Berthe, ô mon amour

JONAS
(regardant Jean)
O ciel!

ZACHARIE
Qu'as toi donc?

JONAS
(à voix basse)
Regarde à ce jeune homme!

ZACHARIE
(à voix basse)
En effet…

MATHISEN
(à voix basse)
Oui, ces traits…et cet air…

ZACHARIE
La ressemblance est inouïe!

JONAS
Et devant moi, vivant,
j'ai cru voir à son air,
David, le roi David,
qu'on adore a Munster.

MATHISEN
Ce tableau qu'on admire
en votre Westphalie
et qui fait tous les des miracles!

JONAS
Silence!

CHOEUR
Allons, verse! Viens ici.

UN SOLDAT, UN PAYSAN
Jean!

JONAS
(à un paysan)
Ami, quel est cet homme?

UN PAYSAN
Jean, le maître du logis!
Son coeur est excellent
et son bras est terrible!

JONAS
Tête ardente?

UN PAYSAN
Oui, vraiment!

JONAS
Il est brave?

UN PAYSAN
Et dévot, il sait par coeur
toute la Bible!

ZACHARIE
(à part a ses compagnons)
Chers amis, n'est-ce pas là
l'apôtre qu'il nous faut?

MATHISEN
Celui qu'a nous aider
appelle le Très-Haut!

JEAN
La nuit couvre la terre
et le repos est doux;
j'attends Berthe et ma mère
allez, allez, amis retirez vous!

CHOEUR
Partons, partons, il songe à sa belle,
partons, le ciel est noir!
Partons, partons, le ciel est noir!
Bon soir, bon soir, etc.

(Les paysans sortent en valsant. Après leur départ restent en scène les trois anabaptistes et Jean qui va s'asseoir rêveur, près la table a droite)

ZACHARIE
(à Jean lui frappant sur l'épaule)
Ami, quel nuage obscurcit ta pensée?

JEAN
J'attends ma mère avec ma fiancée;
leur retard m'inquiète.
Déjà l'autre nuit
un sinistre présage a troublé mon esprit!

MATHISEN
Qu'est-ce donc. Parle ami!

JEAN
Qu'ici votre science
éclaire par pitié ma faible intelligence
sur mille objets bizarres et confus.
Et que deux fois en dormant j'ai revus!

Sous les arceaux d'un temple magnifique
j'étais debout, le peuple a mes pieds prosternés.
Et de bandeau royal mon front était orné!
Et pendant qu'ils disaient dans un pieux cantique;
c'est l'Elu, le Messie, c'est le fils de Dieu!
Je lisais sur le marbre écrits en traits de feux,
malheur à toi, malheur à toi!
Ma main volait tirer la glaive,
mais un fleuve de sang et m'entoure et s'élève,
pour le fuir sur un trône en vain j'étais monté
et le trône en moi-même, il a tout emporté!
Au milieu des éclairs, au milieu de la flamme,
pendant qu'aux pieds de Dieu
Satan traînait mon âme.
S'élevait de la terre une clameur;
qu'il soit maudit, maudit!
Mais vers le ciel dans un abîme immense
une voix s'éleva qui répéta: Clémence!
Clémence! Clémence! Ici je me réveillé…
Muet…anéanti…d'épouvante et d'horreur!

LES TROIS ANABAPTISTES
(mystérieusement)
Sur ce songe, sur ce songe prophétique
le ciel même a nous s'explique;
l'avenir s'offre à nos yeux.
Jean tu régneras.

JEAN
Moi! Mes amis! Ah, vous n'y pensez pas!

Pour Berthe moi je soupire;
je ne veux pas d'autre empire;
oui, son coeur est tout pour moi, et
son amour, son amour m'a fait Roi!
Pour moi le plus beau royaume,
le plus beau royaume ne vaut pas ce toit de chaume,
humble empire, doux séjour
de la paix et de l'amour
où Berthe sera toujours,
toujours mes seuls amours,
toujours, toujours, toujours mes amours!

LES TROIS ANABAPTISTES
Ah! Viens et suis nos pas!
Ah! Viens et suis nos pas!
Ah! Quelle folie extrême!
Dédaigner le rang suprême!
Marche avec nous!
Marche avec nous et suis nos pas
et bientôt, et bientôt,
et bientôt, tu régneras!

JEAN
Moi!

LES TROIS ANABAPTISTES
Tu régneras!

JEAN
Non!

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui!

JEAN
Non!

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui!

JEAN
Non!

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui!

JEAN
Non, non, non, non, etc.
Au lieu de pompe royale
pour sa chambre nuptiale
j'ai cueilli la fleur des champs!
C'est ce soir, c'est ce soir que je l'attends!
C'est soir le plus beau royaume,
le plus beau royaume
ne vaut pas ce toit de chaume,
humble empire, doux séjour
de la paix et de l'amour,
où Berthe sera toujours,
toujours mes seuls amours,
toujours, toujours, toujours mes amours!

LES TROIS ANABAPTISTES
Ah! Viens et suis nos pas! etc.
Ah! Quelle folie extrême! etc.

JEAN
Loin de moi portez vos pas,
loin de moi, etc.

LES TROIS ANABAPTISTES
Et bientôt tu régneras, etc.

(Les Trois anabaptistes sortent)

JEAN
Ils partent, grâce au ciel!
Leur funeste présence
m'empêchait d'être heureux!
Oui, demain quand j'y pensée,
demain mon mariage, ô rient avenir!
Quel bruit retentit a cet heur?
N'entends-je pas le galop des coursiers?
Les armes des soldats?

(Berthe entre en courant, pâle; nu-pieds et échevelée; elle court se jeter dans le bras de Jean).

JEAN
Ah! Berthe, ma bien-aimée!
Et d'où vient cet effroi?

BERTHE
(hors d'haleine)
Des fureurs d'un tyran…Sauve moi…
Comment fuir…ses regards? Juste ciel!

(Jean lui montre sous l'escalier un enfoncement caché par un rideau).

JEAN
Là! Là!

(Berthe près l'escalier pendant que Jean regard avec crainte au dehors)

BERTHE
(avec une expression douloureuse)
Ah! D'effroi je tremble encore!
Au trépas viens m'arracher,
Dieu puissant, toi que j'implore,
a leurs yeux viens me cacher,
a leurs yeux viens me cacher, mon Dieu!

(Oberthal entre, Berthe se cache dans l'enfoncement a droite)

OBERTHAL
Loin de ces rives, au château de Harlem
je menais deux captives, deux captives,
quand près de ta chaumière, et près d'un bois épais
dont les sombres détours l'ont cachée a ma vue,
l'une d'elles a fui. Qu'est elle devenue?
Réponds! Réponds! Tu la vas me la livrer,
où ta mère à l'instant a tes yeux va à périr,
si tu ne parles pas!

JEAN
(poussant un cri et étendant ses mains suppliantes)
Ma mère! Ah! Grâce!

OBERTHAL
(souriant)
Ah! Le moyen est bon!
Vois, choisis!

JEAN
(d'une voix entrecoupée par les sanglots)
Ah! Cruels, prenez ma vie!
Tout mon sang, oui, le voilà!
Mais ma mère tant chérie,
Ah! De grâce, épargnez-la!
Ah! Cruels; grâce, grâce, grâce!

(à Oberthal)

Prend pitié de mes alarmes,
Ah! Suspens l'arrêt cruel,
laisse un fils, un fils en larmes
t'implorer comme le ciel,
t'implorer, hélas, comme le ciel.

BERTHE
Ah! D'effroi je tremble encore!
Au trépas viens m'arracher,
Dieu puissant, toi l'arrêt que j'implore,
a leurs yeux viens me cacher,
a leurs yeux viens me cacher!

OBERTHAL
Te voilà réduit aux larmes
m'implorant comme le ciel;
prends conseils de tes alarmes,
et préviens l'arrêt mortel
et préviens l'arrêt mortel!
Eh bien?

JEAN
(avec fureur)
Qu'entre nous deux
le ciel juge et décide,
qu'il fasse sur toi seul
tomber le parricide!

(Oberthal remonte le théâtre, ouvre la porte le signe à ses soldats d'amener Fidès. Pendant ce temps Berthe, pâle et tremblante, entre ouvre le rideau. Jean fait un pas vers elle, mais en ce moment on à traîne du a la porte du fond. Elle tombe à genoux en étendant les bras vers son fils, De soldats lèvent la hache sur sa tète. Jean se retourne, l'aperçoit, il pousse un cri, s'élance vers Berthe et la fait passer devant lui au moment où Oberthal redescend le théâtre.)

JEAN
(avec fureur en jetant Berthe aux mains des soldats).
Ah! va-t'en, va-t'en! Tu le vois,
il le faut! va-t'en!

(les soldats entraînent Berthe, Jean tombe hors de lui sur un chaise, ne regardant pas sa mère et se cachant le visage dans ses mains)

FIDÈS
(d'une voix timide, et plurent)
Ah! mon fils, sois béni!
Ta pauvre mère te fut plus chère
que ta Berthe, que ton amour!
Ah! mon fils! Ah! mon fils!
Tu viens, hélas! de donner pour ta mère
plus que la vie, en donnant ton bonheur,
ton bonheur!
Ah! mon fils! Ah! mon fils!
Que vers le ciel, que vers le ciel!
S'élève ma prière,
et sois béni dans le Seigneur! mon fils!
Sois béni, sois béni dans le Seigneur
sois béni! Ah! mon fils! Ah! mon fils!
Sois béni dans le Seigneur,
sois béni dans le Seigneur! Jean!
Ah! sois béni!

(Elle embrasse Jean avec transport, Jean par un geste indique à sa mère qu'il est calme, et l'invite à se retirer dans sa chambre pour reposer, du inquiète, hésite, puis obéit, en retirant lentement).

JEAN
(cessant de se contraindre et éclatant)
O fureur! le ciel ne tonne pas
Sur ces têtes impies!

LES TROIS ANABAPTISTES
(dans les coulisses, de très loin)
Ad nos, ad salutarem undam…

JEAN
(a voix basse)
Ah! c'est Dieu qui m'entend!
Dieu qui me les envoie!

(d'une voix étouffée)

Venez! Venez! Entrez nous sommes seuls!
Dans mes rêves tantôt lisant le rang suprême,
ne m'avez vous pas dit: suis nous, tu régneras?

LES TROIS ANABAPTISTES
Et nous t'offrons encore une diadème,
Sois roi! Sois roi!

JEAN
Pourrais-je alors frapper mes ennemis?

LES TROIS ANABAPTISTES
A ta voix ils seront par nous anéantis!

JEAN
Et pourrais immoler Oberthal?

LES TROIS ANABAPTISTES
Ce soir même.

ZACHARIE
Ce soir même!

ZACHARIE, MATHISEN
Ce soir même!

LES TROIS ANABAPTISTES
Ce soir même!

JEAN
Que faut faire alors?
Parlez! parlez et je vous suis!

ZACHARIE
(à demi voix)
Gémissant sous le joug et la tyrannie,
nos frères d'Allemagne attendent le Messie
qui doit briser leurs fers, prêts à se soulever
au seul nom du Prophète
que Dieu leur a promis et que j'ai su trouver!

JEAN
Que dites-vous?

JONAS
Le ciel dont il est l'interprète,
le ciel nous a lui-même,
a des signes certains,
révélé cet Elu marqué par les destins!

ZACHARIE
Jean, Dieu t'appelle!

JONAS
Ah! viens, viens avec nous, mon frère.

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui, c'est le ciel qui t'appelle,
qui t'appelle, qui t'éclaire
a tes yeux, à tes yeux
a brillé sainte lumière.
En tes mains il remet,
il remet sa bannière;
avec elles apparaissent dans nos rangs,
et des grands cette foule si fière,
a ta voix les réduire en poussière,
car il ciel t'a choisi sur la terre
pour frapper et punir les tyrans
car il ciel, etc.

JEAN
Oui, j'irai sous ta bannière,
a ta voix les réduire en poussière,
car ton bras m'a choisi sur la terre
Pour frapper et punir les tyrans!
Oui, j'irai. Etc.

MATHISEN
Ne sais-tu pas qu'en France, une chaste héroïne
qu'inspira comme toi de saintes visions,
Jeanne d'Arc a sauvé son pays?

JEAN
Oui, partons!

ZACHARIE
Mais envoyé du ciel, songe bien désormais
que tout lien terrestre est brisé pour jamais!
Que tu ne verras plus ton pays ni ta mère!

JEAN
Partir sans voir ma mère?

ZACHARIE
Il le faut; Dieu le veut.

JEAN
(s'approche de la chambre de Fidès)
Silence, elle dort…
Et pendant son sommeil murmure une prière!
C'est pour moi qu'elle prie…

(écoutent et répétant a mesure les paroles de sa mère)

Dieu veillez… sur mon enfant

(avec désespoir)

Et son enfant la fuit et la délaisse!

(avec feu)

Non, non, non, non, partez sans moi!
Je reste, je reste à sa vieillesse!
Ma mère est mon seul bien
que me reste à présent!

ZACHARIE
(s'approche mystérieusement de Jean, de une voix étouffe)
Et la vengeance…

MATHISEN
(s'approchant de l'autre côté de Jean)
Et l'espérance…

JONAS
…de voir tomber nos oppresseurs?

LES TROIS ANABAPTISTES
Et la couronne
que le ciel donne
a ses élus, à ses vengeurs!
O sainte extase
qui nos embrase
viens te guider dans les combats!
Viens! Dieu t'appelle
soldat fidèle, soldat fidèle,
cours à sa voix, suis nos pas,
cours, etc.
O sainte extase
qui nos embrase
d'un vain amour
brise les noeuds!
Dieu t'appelle, etc. Viens!

JEAN
Un seul instant!

LES TROIS ANABAPTISTES
Non!

JEAN
Un seul instant! Ah!

LES TROIS ANABAPTISTES
Non!

JEAN
Un seul instant! Ah!

LES TROIS ANABAPTISTES
Viens!

JEAN
Adieu, ma mère
et ma chaumière,
je ne dois plus vous voir, hélas!
Je ne dois plus vous voir!
O mon village…

ZACHARIE
(aux autres anabaptistes)
Voyez, voyez!

JEAN
O douce image,
oui, dans mon coeur tu resteras…

ZACHARIE
Il hésite…

ZACHARIE, MATHISEN
Ciel! Ciel!

JEAN
Oui, tu resteras!

ZACHARIE, MATHISEN
Ecoute Dieu!

JEAN
Ma pauvre mère!

ZACHARIE, MATHISEN
Oui, c'est sa voix!

JEAN
Ma pauvre mère!

ZACHARIE, MATHISEN
Viens, suis nos pas!

JEAN
Adieu, adieu!
Adieu, adieu, ah! ah!
Un seul instant, de grâce,
prêt à partir que je la embrasse,
un seul instant, etc.

LES TROIS ANABAPTISTES
O sainte extase, etc.
Viens, l'heure, etc.
La vengeance et l'espérance
de voir tomber nos oppresseurs!
O sainte extase, etc.
Viens, l'heure, etc.

(ils entraînent doucement Jean vers la porte. La scène reste vide, Jean, pâle, hors d'haleine rentre en courant jusqu'à la porte de la chambre de sa mère, puis il s'arrête tout d'un coup)

JEAN
(d'une voix étouffée)
Non, non, non, non!
Si je la embrassais
je ne partirais pas!
Allons! Partons!

LES TROIS ANABAPTISTES
Partons!

(Tous les quatre sortent)
ACTE II


(Le théâtre représente l'auberge de Jean et de sa mère dans les faubourgs de Leyde. Portes au fond et croisée donnât sur la campagne. On entend au dehors une aire de valse. Jean tenant des brocs, qu'il pose sur une table, sort de la chambre de la droite et va ouvrir les portes du fond, il aperçoit des paysans et des paysannes qui s'amusent à valser, et qui toujours en valsant entrent dans l'intérieur de l'auberge. Plusieurs se mettent à table et chantent le choeur suivant, tandis que les autres continuent leur danse).

CHOEUR
Valsons toujours,
oui, la valse a mes amours;
valsons, chantons, chers amis!
Valsons toujours,
oui, etc.
Et vive Jean, vive Jean

UN SOLDAT
Allons, pour les danseurs,
apportez de la bière!
Verse, ami Jean, verse.

JONAS
(bas au deux autres anabaptistes)
Silence!

UN SOLDAT
Ici la vie est douce
pour les Seigneurs et les soldats,
et les soldats! Tra, la, la,
Verse ami Jean!

CHOEUR
Jean, Jean, ici!
Viens, Jean de la bière!
Ici le tavernier,
je crois qu'il nous oublie!

JEAN
(à part)
Le jour baisse et ma mère
Bientôt sera de retour
Avec ma fiancée, ma Berthe, mon amour!

UN PAYSAN
Jean; de la bière!

JEAN
Ma Berthe, ô mon amour

JONAS
(regardant Jean)
O ciel!

ZACHARIE
Qu'as toi donc?

JONAS
(à voix basse)
Regarde à ce jeune homme!

ZACHARIE
(à voix basse)
En effet…

MATHISEN
(à voix basse)
Oui, ces traits…et cet air…

ZACHARIE
La ressemblance est inouïe!

JONAS
Et devant moi, vivant,
j'ai cru voir à son air,
David, le roi David,
qu'on adore a Munster.

MATHISEN
Ce tableau qu'on admire
en votre Westphalie
et qui fait tous les des miracles!

JONAS
Silence!

CHOEUR
Allons, verse! Viens ici.

UN SOLDAT, UN PAYSAN
Jean!

JONAS
(à un paysan)
Ami, quel est cet homme?

UN PAYSAN
Jean, le maître du logis!
Son coeur est excellent
et son bras est terrible!

JONAS
Tête ardente?

UN PAYSAN
Oui, vraiment!

JONAS
Il est brave?

UN PAYSAN
Et dévot, il sait par coeur
toute la Bible!

ZACHARIE
(à part a ses compagnons)
Chers amis, n'est-ce pas là
l'apôtre qu'il nous faut?

MATHISEN
Celui qu'a nous aider
appelle le Très-Haut!

JEAN
La nuit couvre la terre
et le repos est doux;
j'attends Berthe et ma mère
allez, allez, amis retirez vous!

CHOEUR
Partons, partons, il songe à sa belle,
partons, le ciel est noir!
Partons, partons, le ciel est noir!
Bon soir, bon soir, etc.

(Les paysans sortent en valsant. Après leur départ restent en scène les trois anabaptistes et Jean qui va s'asseoir rêveur, près la table a droite)

ZACHARIE
(à Jean lui frappant sur l'épaule)
Ami, quel nuage obscurcit ta pensée?

JEAN
J'attends ma mère avec ma fiancée;
leur retard m'inquiète.
Déjà l'autre nuit
un sinistre présage a troublé mon esprit!

MATHISEN
Qu'est-ce donc. Parle ami!

JEAN
Qu'ici votre science
éclaire par pitié ma faible intelligence
sur mille objets bizarres et confus.
Et que deux fois en dormant j'ai revus!

Sous les arceaux d'un temple magnifique
j'étais debout, le peuple a mes pieds prosternés.
Et de bandeau royal mon front était orné!
Et pendant qu'ils disaient dans un pieux cantique;
c'est l'Elu, le Messie, c'est le fils de Dieu!
Je lisais sur le marbre écrits en traits de feux,
malheur à toi, malheur à toi!
Ma main volait tirer la glaive,
mais un fleuve de sang et m'entoure et s'élève,
pour le fuir sur un trône en vain j'étais monté
et le trône en moi-même, il a tout emporté!
Au milieu des éclairs, au milieu de la flamme,
pendant qu'aux pieds de Dieu
Satan traînait mon âme.
S'élevait de la terre une clameur;
qu'il soit maudit, maudit!
Mais vers le ciel dans un abîme immense
une voix s'éleva qui répéta: Clémence!
Clémence! Clémence! Ici je me réveillé…
Muet…anéanti…d'épouvante et d'horreur!

LES TROIS ANABAPTISTES
(mystérieusement)
Sur ce songe, sur ce songe prophétique
le ciel même a nous s'explique;
l'avenir s'offre à nos yeux.
Jean tu régneras.

JEAN
Moi! Mes amis! Ah, vous n'y pensez pas!

Pour Berthe moi je soupire;
je ne veux pas d'autre empire;
oui, son coeur est tout pour moi, et
son amour, son amour m'a fait Roi!
Pour moi le plus beau royaume,
le plus beau royaume ne vaut pas ce toit de chaume,
humble empire, doux séjour
de la paix et de l'amour
où Berthe sera toujours,
toujours mes seuls amours,
toujours, toujours, toujours mes amours!

LES TROIS ANABAPTISTES
Ah! Viens et suis nos pas!
Ah! Viens et suis nos pas!
Ah! Quelle folie extrême!
Dédaigner le rang suprême!
Marche avec nous!
Marche avec nous et suis nos pas
et bientôt, et bientôt,
et bientôt, tu régneras!

JEAN
Moi!

LES TROIS ANABAPTISTES
Tu régneras!

JEAN
Non!

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui!

JEAN
Non!

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui!

JEAN
Non!

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui!

JEAN
Non, non, non, non, etc.
Au lieu de pompe royale
pour sa chambre nuptiale
j'ai cueilli la fleur des champs!
C'est ce soir, c'est ce soir que je l'attends!
C'est soir le plus beau royaume,
le plus beau royaume
ne vaut pas ce toit de chaume,
humble empire, doux séjour
de la paix et de l'amour,
où Berthe sera toujours,
toujours mes seuls amours,
toujours, toujours, toujours mes amours!

LES TROIS ANABAPTISTES
Ah! Viens et suis nos pas! etc.
Ah! Quelle folie extrême! etc.

JEAN
Loin de moi portez vos pas,
loin de moi, etc.

LES TROIS ANABAPTISTES
Et bientôt tu régneras, etc.

(Les Trois anabaptistes sortent)

JEAN
Ils partent, grâce au ciel!
Leur funeste présence
m'empêchait d'être heureux!
Oui, demain quand j'y pensée,
demain mon mariage, ô rient avenir!
Quel bruit retentit a cet heur?
N'entends-je pas le galop des coursiers?
Les armes des soldats?

(Berthe entre en courant, pâle; nu-pieds et échevelée; elle court se jeter dans le bras de Jean).

JEAN
Ah! Berthe, ma bien-aimée!
Et d'où vient cet effroi?

BERTHE
(hors d'haleine)
Des fureurs d'un tyran…Sauve moi…
Comment fuir…ses regards? Juste ciel!

(Jean lui montre sous l'escalier un enfoncement caché par un rideau).

JEAN
Là! Là!

(Berthe près l'escalier pendant que Jean regard avec crainte au dehors)

BERTHE
(avec une expression douloureuse)
Ah! D'effroi je tremble encore!
Au trépas viens m'arracher,
Dieu puissant, toi que j'implore,
a leurs yeux viens me cacher,
a leurs yeux viens me cacher, mon Dieu!

(Oberthal entre, Berthe se cache dans l'enfoncement a droite)

OBERTHAL
Loin de ces rives, au château de Harlem
je menais deux captives, deux captives,
quand près de ta chaumière, et près d'un bois épais
dont les sombres détours l'ont cachée a ma vue,
l'une d'elles a fui. Qu'est elle devenue?
Réponds! Réponds! Tu la vas me la livrer,
où ta mère à l'instant a tes yeux va à périr,
si tu ne parles pas!

JEAN
(poussant un cri et étendant ses mains suppliantes)
Ma mère! Ah! Grâce!

OBERTHAL
(souriant)
Ah! Le moyen est bon!
Vois, choisis!

JEAN
(d'une voix entrecoupée par les sanglots)
Ah! Cruels, prenez ma vie!
Tout mon sang, oui, le voilà!
Mais ma mère tant chérie,
Ah! De grâce, épargnez-la!
Ah! Cruels; grâce, grâce, grâce!

(à Oberthal)

Prend pitié de mes alarmes,
Ah! Suspens l'arrêt cruel,
laisse un fils, un fils en larmes
t'implorer comme le ciel,
t'implorer, hélas, comme le ciel.

BERTHE
Ah! D'effroi je tremble encore!
Au trépas viens m'arracher,
Dieu puissant, toi l'arrêt que j'implore,
a leurs yeux viens me cacher,
a leurs yeux viens me cacher!

OBERTHAL
Te voilà réduit aux larmes
m'implorant comme le ciel;
prends conseils de tes alarmes,
et préviens l'arrêt mortel
et préviens l'arrêt mortel!
Eh bien?

JEAN
(avec fureur)
Qu'entre nous deux
le ciel juge et décide,
qu'il fasse sur toi seul
tomber le parricide!

(Oberthal remonte le théâtre, ouvre la porte le signe à ses soldats d'amener Fidès. Pendant ce temps Berthe, pâle et tremblante, entre ouvre le rideau. Jean fait un pas vers elle, mais en ce moment on à traîne du a la porte du fond. Elle tombe à genoux en étendant les bras vers son fils, De soldats lèvent la hache sur sa tète. Jean se retourne, l'aperçoit, il pousse un cri, s'élance vers Berthe et la fait passer devant lui au moment où Oberthal redescend le théâtre.)

JEAN
(avec fureur en jetant Berthe aux mains des soldats).
Ah! va-t'en, va-t'en! Tu le vois,
il le faut! va-t'en!

(les soldats entraînent Berthe, Jean tombe hors de lui sur un chaise, ne regardant pas sa mère et se cachant le visage dans ses mains)

FIDÈS
(d'une voix timide, et plurent)
Ah! mon fils, sois béni!
Ta pauvre mère te fut plus chère
que ta Berthe, que ton amour!
Ah! mon fils! Ah! mon fils!
Tu viens, hélas! de donner pour ta mère
plus que la vie, en donnant ton bonheur,
ton bonheur!
Ah! mon fils! Ah! mon fils!
Que vers le ciel, que vers le ciel!
S'élève ma prière,
et sois béni dans le Seigneur! mon fils!
Sois béni, sois béni dans le Seigneur
sois béni! Ah! mon fils! Ah! mon fils!
Sois béni dans le Seigneur,
sois béni dans le Seigneur! Jean!
Ah! sois béni!

(Elle embrasse Jean avec transport, Jean par un geste indique à sa mère qu'il est calme, et l'invite à se retirer dans sa chambre pour reposer, du inquiète, hésite, puis obéit, en retirant lentement).

JEAN
(cessant de se contraindre et éclatant)
O fureur! le ciel ne tonne pas
Sur ces têtes impies!

LES TROIS ANABAPTISTES
(dans les coulisses, de très loin)
Ad nos, ad salutarem undam…

JEAN
(a voix basse)
Ah! c'est Dieu qui m'entend!
Dieu qui me les envoie!

(d'une voix étouffée)

Venez! Venez! Entrez nous sommes seuls!
Dans mes rêves tantôt lisant le rang suprême,
ne m'avez vous pas dit: suis nous, tu régneras?

LES TROIS ANABAPTISTES
Et nous t'offrons encore une diadème,
Sois roi! Sois roi!

JEAN
Pourrais-je alors frapper mes ennemis?

LES TROIS ANABAPTISTES
A ta voix ils seront par nous anéantis!

JEAN
Et pourrais immoler Oberthal?

LES TROIS ANABAPTISTES
Ce soir même.

ZACHARIE
Ce soir même!

ZACHARIE, MATHISEN
Ce soir même!

LES TROIS ANABAPTISTES
Ce soir même!

JEAN
Que faut faire alors?
Parlez! parlez et je vous suis!

ZACHARIE
(à demi voix)
Gémissant sous le joug et la tyrannie,
nos frères d'Allemagne attendent le Messie
qui doit briser leurs fers, prêts à se soulever
au seul nom du Prophète
que Dieu leur a promis et que j'ai su trouver!

JEAN
Que dites-vous?

JONAS
Le ciel dont il est l'interprète,
le ciel nous a lui-même,
a des signes certains,
révélé cet Elu marqué par les destins!

ZACHARIE
Jean, Dieu t'appelle!

JONAS
Ah! viens, viens avec nous, mon frère.

LES TROIS ANABAPTISTES
Oui, c'est le ciel qui t'appelle,
qui t'appelle, qui t'éclaire
a tes yeux, à tes yeux
a brillé sainte lumière.
En tes mains il remet,
il remet sa bannière;
avec elles apparaissent dans nos rangs,
et des grands cette foule si fière,
a ta voix les réduire en poussière,
car il ciel t'a choisi sur la terre
pour frapper et punir les tyrans
car il ciel, etc.

JEAN
Oui, j'irai sous ta bannière,
a ta voix les réduire en poussière,
car ton bras m'a choisi sur la terre
Pour frapper et punir les tyrans!
Oui, j'irai. Etc.

MATHISEN
Ne sais-tu pas qu'en France, une chaste héroïne
qu'inspira comme toi de saintes visions,
Jeanne d'Arc a sauvé son pays?

JEAN
Oui, partons!

ZACHARIE
Mais envoyé du ciel, songe bien désormais
que tout lien terrestre est brisé pour jamais!
Que tu ne verras plus ton pays ni ta mère!

JEAN
Partir sans voir ma mère?

ZACHARIE
Il le faut; Dieu le veut.

JEAN
(s'approche de la chambre de Fidès)
Silence, elle dort…
Et pendant son sommeil murmure une prière!
C'est pour moi qu'elle prie…

(écoutent et répétant a mesure les paroles de sa mère)

Dieu veillez… sur mon enfant

(avec désespoir)

Et son enfant la fuit et la délaisse!

(avec feu)

Non, non, non, non, partez sans moi!
Je reste, je reste à sa vieillesse!
Ma mère est mon seul bien
que me reste à présent!

ZACHARIE
(s'approche mystérieusement de Jean, de une voix étouffe)
Et la vengeance…

MATHISEN
(s'approchant de l'autre côté de Jean)
Et l'espérance…

JONAS
…de voir tomber nos oppresseurs?

LES TROIS ANABAPTISTES
Et la couronne
que le ciel donne
a ses élus, à ses vengeurs!
O sainte extase
qui nos embrase
viens te guider dans les combats!
Viens! Dieu t'appelle
soldat fidèle, soldat fidèle,
cours à sa voix, suis nos pas,
cours, etc.
O sainte extase
qui nos embrase
d'un vain amour
brise les noeuds!
Dieu t'appelle, etc. Viens!

JEAN
Un seul instant!

LES TROIS ANABAPTISTES
Non!

JEAN
Un seul instant! Ah!

LES TROIS ANABAPTISTES
Non!

JEAN
Un seul instant! Ah!

LES TROIS ANABAPTISTES
Viens!

JEAN
Adieu, ma mère
et ma chaumière,
je ne dois plus vous voir, hélas!
Je ne dois plus vous voir!
O mon village…

ZACHARIE
(aux autres anabaptistes)
Voyez, voyez!

JEAN
O douce image,
oui, dans mon coeur tu resteras…

ZACHARIE
Il hésite…

ZACHARIE, MATHISEN
Ciel! Ciel!

JEAN
Oui, tu resteras!

ZACHARIE, MATHISEN
Ecoute Dieu!

JEAN
Ma pauvre mère!

ZACHARIE, MATHISEN
Oui, c'est sa voix!

JEAN
Ma pauvre mère!

ZACHARIE, MATHISEN
Viens, suis nos pas!

JEAN
Adieu, adieu!
Adieu, adieu, ah! ah!
Un seul instant, de grâce,
prêt à partir que je la embrasse,
un seul instant, etc.

LES TROIS ANABAPTISTES
O sainte extase, etc.
Viens, l'heure, etc.
La vengeance et l'espérance
de voir tomber nos oppresseurs!
O sainte extase, etc.
Viens, l'heure, etc.

(ils entraînent doucement Jean vers la porte. La scène reste vide, Jean, pâle, hors d'haleine rentre en courant jusqu'à la porte de la chambre de sa mère, puis il s'arrête tout d'un coup)

JEAN
(d'une voix étouffée)
Non, non, non, non!
Si je la embrassais
je ne partirais pas!
Allons! Partons!

LES TROIS ANABAPTISTES
Partons!

(Tous les quatre sortent)



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