オペラ作曲家別索引

オペラ対訳完成

その他対訳完成

このサイトについて

アクセス数

  • 今日  -
  • 昨日  -
  • 累計  -

翻訳エンジン


bose_soundlink_color_ii



ACTE III


Premier Tableau

(Le camp des anabaptistes dans une forêt de Westphalie. En face du spectateur un étang glacé qui s'étend à l'horizon et qui se perd dans les brouillards et dans les nuages. A droite et à gauche une antique forêt dont les arbres bordent un côté d'étang. De l'autre côté de cet étang, les tendes des anabaptistes. Le jour et sur le déclin, on entend dans le lointain un bruit de combat qui augmente et rapproche. Des soldats anabaptistes se précipite au théâtre par la droite. Des femmes et des enfants, sortant du camp, accourent à leur rencontre au moment où un autre groupe de soldats entre par la gauche, traînant enchaînes plusieurs prisonniers, hommes et femmes richement vêtus, hauts barons et dames châtelaines, un moine, des enfants, etc.)

CHOEUR
Du sang! Du sang! Du sang que Judas succombe!
Dansons, dansons sur leur tombe!
Dansons, etc., Voilà l'hécatombe
que Dieu, Dieu vous demande encore!
Frappez l'épi quand il se lève,
et frappez l'arbre dans sa sève!
Tous tomberont sous notre glaive,
car Dieu l'a dit; il veut leur mort,
frappez, etc.
Gloire, gloire au Dieu des fidèles!

(Ils tombent à genoux acte de prière)

Te Deum laudamus!

(Ils se relèvent et menacent les prisonniers)

Dansons, dansons sur leur tombe! etc.

MATHISEN
(se plaçant devant les prisonniers et s'adressant aux soldats)
Arrêtez!

PREMIER ANABAPTISTE
Quoi, ton coeur connaîtrait la pitié?

MATHISEN
Non, non, mais ces nobles Seigneurs
peuvent payer rançon.

(On emmène les prisonniers vers le camp qui est à gauche. En ce moment Zacharie revient du combat à la tête de un groupe d'anabaptistes. Il brandit sa hache joyeusement en signe de victoire.)

ZACHARIE
Aussi nombreux que les étoiles,
ou bien que les flots, que les flots,
furieux de la mer,
comme un chasseur que tend ses toiles
contre les aigles du désert,
contre les aigles du désert,
vers nos phalanges immortelles
les mécréants furent poussés.
Où donc sont-ils ces guerriers si braves?
Où donc? Où donc?
Comme le sable du désert tous dispersés
dispersés, dispersés, etc.

CHOEUR
Comme le sable du désert tous dispersés
dispersés, etc.

ZACHARIE
Les mécréants aussi nombreux que les étoiles,
qui vers nous comme les flots furent poussés
où donc sont-ils?
Eux qui venaient comme un chasseur
qui tend ses toiles contre l'aigle du désert,
ces mécréants, où donc sont-ils?
Dispersés, dispersés ah! tous,
dispersés.

CHOEUR
Où donc sont-ils? où donc sont-ils, etc.
Dispersés, etc… Tous, oui, tous, etc.

ZACHARIE
Couvrant les monts, couvrant les plaines,
leurs chars qu'on voyait,
qu'on voyait défiler, défiler,
pour nous lier traînait des chaînes,
des roseaux pour flageller,
des roseaux pour flageller!
Pour nous punir, pauvres esclaves,
venaient ces maîtres courroucés;
où donc sont-ils? Ces vainqueurs si braves?
Où donc? Où donc?
Comme le sable du désert tous dispersés
tout dispersés, etc.

CHOEUR
Comme le sable dispersés, etc.

ZACHARIE
Les mécréants aussi nombreux, etc.

CHOEUR
Où donc sont-ils? Etc…

(a la fin ce couplet les soldats anabaptistes, accablés de fatigue, se sont assis ou étendus sur la neige pour reposer)

MATHISEN
(prenant Zacharie à part)
Voici la fin du jour, nos fidèles soldats
depuis l'aurore on tous combattu!

ZACHARIE
Pour la gloire!

MATHISEN
Aux estomacs du jeun elle ne suffit pas!

ZACHARIE
Voici venir pour eux
les fruits de la victoire;
sur cet étang glacé de tous les environs
de nombreux pourvoyeurs, le front haut,
le pied leste, accourt vers le camp!

MATHISEN
(se frappant joyeusement les mains)
C'est la manne céleste!

ZACHARIE
(en rient)
C'est la manne céleste!
Qui viens conforter
nos pieux bataillons, qui viens, etc.

MATHISEN
Qui viens conforter, etc.

(Pendant se choeur on voit dans le fond du théâtre, défiler sur l'étang glacé, des traîneaux attelés de chevaux, des petites voitures a quatre roues, chargées de provisions. La fermière est assise sur la banquette de devant, et un homme, debout derrière elle, pousse le traîneau en patinant. Des hommes, des femmes et des enfants, portant sur leurs têtes des paniers ou de pots de lait, sillonnent l'étang glacé dans les sens en patinant et abordent auprès du camp.)

CHOEUR
Voici les fermières,
lestes et légères,
sur leurs têtes fières
portant les fardeaux;
leurs pieds sur la glace,
courant avec grâce,
sans laisser de trace,
glissent sur les flots,
sans laisser de trace, etc.

DEUX PAYSANS
Achetez, achetez, achetez, achetez,
pour vous servir nous quittons las cabanes!
Achetez, tous! Loin de nous les profanes;
nous ne vendons qu'aux soldats de vrai Dieu,
nous ne vendons, etc.
Achetez, etc.

CHOEUR
Voici les fermières, etc.

(Les anabaptistes courent recevoir les provisions qu'on leur apporte et offrent en échange aux pourvoyeurs et jeunes filles des étoffes précieuses, des vases, etc., entassés dans le camp. Les jeunes filles, qui ont défait les patins se mettent a danser pendant que les soldats anabaptistes, qui se sont assis, boivent et mangent, servis par leurs femmes et leurs enfants.)

ZACHARIE
(après la danse, aux anabaptistes)
Livres-vous au repos, frères,
voici, la nuit!

(Les anabaptistes s'éloignent, on place des sentinelles; des patrouilles partent voler autour du champ.)

Deuxième Tableau

(Le théâtre change et représente le tente de Zacharie: une table, des sièges, etc. Zacharie et Mathisen entrent ensemble par l'ouverture que les rideaux relevés formant au fond de la tente.)

ZACHARIE
Tu reviens de Munster?

MATHISEN
J'ai sommé de se rendre
son gouverneur le vieil Oberthal!

ZACHARIE
Qu'a-t-il dit?

MATHISEN
Le château de son fils
par nous réduit en cendres
là rendu furieux;
il ne veut rien entendre, l'impie!

ZACHARIE
Il a beau faire
il cèdera bientôt!

MATHISEN
Oui, mais attendant,
si Münster nous résiste,
c'en fait dès demain
du dogme anabaptistes,
car l'empereur accourt!

ZACHARIE
Il faut donner l'assaut!
Prend trois cent de nos gens!
Saisissons L'avantage de la nuit…

MATHISEN
Mais pourtant…

ZACHARIE
Hâtons nous! Il le faut!
C'est l'ordre du Prophète!
Enflamme leur courage,
promets leur en son nom
la gloire et le pillage!
J'ignore quel projet, quel remords,
le tourmente,
mais, Jean depuis hier retiré sous sa tente
refuse de paraître!

(Mathisen sort)

ZACHARIE
Qui marche là? Qui vive?

(Jonas arrive, suive de quelques soldats qui entourent Oberthal)

JONAS
Un voyageur errant,
que je viens de surprendre
aux environs de camp!

OBERTHAL
(avec embarras)
Egaré dans la nuit
et dans ce bois immense…

JONAS
Il venait, m'a-t-il dit
se joindre à nous.

ZACHARIE
(à Oberthal)
Avance!

(à Jonas)

Tu dis qu'en nos rangs
il venait à s'engager?

OBERTHAL
(à part)
Laissons-lui son erreur,
seul moyen, je pense,
de pénétrer plus tard a Munster sans danger!

(à Jonas et Zacharie)

Sous votre bannière
que faudra-t-il faire?
Je veux le savoir,

JONAS
Tu veux le savoir?

ZACHARIE
Puis que tu persistes,
des anabaptistes
voici le devoir!

JONAS
Voici le devoir!

(Jonas va à chercher au fond de la tente un broc et des verres, qu'il place sur la table.)

ZACHARIE
(Comme s'il récitait une prière)
Le paysan et sa cabane
en tout le temps tu respecteras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

ZACHARIE
Abbaye où couvent profane
par le feu tu purifieras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

JONAS
Les barons, les marquis, les comtes
au premier chêne tu pendras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

ZACHARIE
Toujours et quel que soit leur comte,
leurs beaux écus d'or tu prendras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

JONAS
(d'un ton hypocrite)
Du reste, en bon chrétien, mon frère,
toujours saintement tu vivras,
saintement, saintement, saintement!

LES TROIS
Verse, verse, frère,
le doux choc, le doux choc de verres
fait les coeurs, les coeurs sincères,
et les vrais amis, les vrais, les vrais amis!
Verse, verse, frère,
le doux choc, etc.

ZACHARIE, JONAS
(à part)
Ah! Prenons garde frère,
vois, s'il est sincère!
Si par un faux frère
nous étions trahis, tous!

OBERTHAL
(à part)
Infâme repaire!
Race sanguinaire!
Au ciel et sur la terre
soyez tous maudits!
Au ciel, etc. Tous!

LES TROIS
Verse, verse, etc.
Le doux choc de verres
fait les coeurs sincères
et les vrais, les vrais amis!

OBERTHAL
(à part)
Infâme repaire, etc.

ZACHARIE, JONAS
(à part)
Prudence, mystère,
prend garde, mon frère, etc.
Si étions trahis, etc.

JONAS
(s'adressant à Oberthal)
Pour pendre Munster l'invincible
dès demain tu viendras!

OBERTHAL
Oui, j'irai!

JONAS
Son gouverneur si fier,
ce traître d'Oberthal…

OBERTHAL
(à part)
Quoi, mon père!

JONAS
…massacré!

OBERTHAL
(à part)
Juste ciel!

(à Jonas)

Massacré?

ZACHARIE, JONAS
Massacré!

OBERTHAL
Massacré?

ZACHARIE, JONAS
Massacré! Quel plaisir! Tra, la, la…
Quel plaisir! etc. Massacré!

OBERTHAL
(à part)
O ciel! O ciel ¡Que faire?
O ciel!

JONAS
Et son fils, si je prendre,
aux créneaux des remparts sera pendu!

OBERTHAL
Vous croyez?

JONAS
Oui, pendu!

ZACHARIE
Aux créneaux.

OBERTHAL
Quoi! Pendu?

ZACHARIE, JONAS
Aux créneaux.

OBERTHAL
Quoi! Pendu?

ZACHARIE, JONAS
Des remparts! Quel plaisir! Tra, la, la…
Quel plaisir quand il sera pendu!

OBERTHAL
(à part)
O ciel, etc.

ZACHARIE
(à Oberthal)
Tu le jures!

OBERTHAL
(hésitant)
Quoi? Moi?

ZACHARIE
Par la Bible!
Veux-tu jurer avec nous de le prendre?

OBERTHAL
Quoi? Moi?

ZACHARIE
(avec colère)
Eh bien!

OBERTHAL
(avec résolution)
Je le jure!

JONAS
(d'un ton hypocrite)
Du reste, en bon chrétien, etc.

LES TROIS
Verse, verse, etc.

JONAS
Mais pourquoi dans l'ombre demeurer ainsi?
Chassons la nuit sombre qui nous couvre ici!

(Battant le briquet)

La flamme scintille, scintille
et grâce a se fer,
de caillou pétille, pétille, pétille
et jaillit l'éclair!
O douce rencontre
qui sans doute ici
l'un à l'autre nous montre
les traits d'un ami,
d'un ami, etc. Ah!

OBERTHAL, ZACHARIE
O douce rencontre
qui sans doute ici
va montrer l'un à l'autre
les traits d'un ami,
d'un ami, etc. Ah!

ZACHARIE
(reconnaissant Oberthal)
Ah!

JONAS
(reconnaissant Oberthal)
O ciel!

ZACHARIE
C'est lui!

OBERTHAL
(reconnaissant Jonas)
Brigand!

ZACHARIE
Oberthal!

JONAS
Cet infâme!

OBERTHAL
Mon sommelier! Fils du Satan!

JONAS
Mon ancien maître! Ah! Mon tyran!

OBERTHAL
Vous que tous les deux l'enfer réclame,
l'enfer réclame tous deux!

ZACHARIE, JONAS
Toi, toi qui fis couler notre sang!

OBERTHAL
Grand Dieu, ta juste colère
anéantira, j'espère,
cette race sanguinaire,
soyez tous maudit!
Infâme repaire!
O race perverse!
Au ciel et sur la terre
soyez tous, tous, tous,
soyez tous maudit!
O Dieu tutélaire,
ta juste colère
châtiera, j'espère,
ces bandits maudits!

ZACHARIE, JONAS
Le ciel nous éclaire, frère
a notre bannière sainte,
tu seras pendu, j'espère,
tu seras pendu!
O destin prospère!
A notre bannière
tu seras pendu, j'espère,
pendu par un frère,
pendu par un ami!
O destin prospère, etc.

(les soldats qui étaient en sentinelles à la porte de la tente son accourus au bruit et entourent Oberthal)

ZACHARIE
(à Jonas lui montrant Oberthal)
Qu'on le mène au supplice!

(s'arrêtant et réfléchissant)

Ah! Qu'un moine l'escorte!

JONAS
Sans consulter le Prophète?

ZACHARIE
Il n'importe…C'est lui…va-t'en!

(Jonas sort par la gauche avec Oberthal et les soldats. Jean entre par la droite, l'air pensif et la tête baisse.)

ZACHARIE
(s'approchant de Jean)
Quel air pensif et soucieux?
Quand le guerrier prophète,
inspiré par les cieux,
apparaît dans sa gloire
a l'Allemagne entière
comme la France révère!

JEAN
Jeanne d'Arc, sur ses pas
fit naître des héros,
et je n'ai sur miens traînés
que de bourreaux;
je n'en irai pas plus loin!

ZACHARIE
Qu'oses tu dire?

JEAN
Que je veux voir ma mère
ma mère chérie!

ZACHARIE
Ou plutôt son trépas!
Car si tu la revis,
  • Ne t'en souvient-il pas?-
Dans l'intérêt du ciel, elle expire!

JEAN
(se levant et jetant son épée)
Pour m'immoler d'abord
reprenez donc ce fer,
je vous le rends, adieu!
L'Allemagne enchaînée
Est libre par mon bras!
Ma tâche est terminée,
je n'irai pas plus loin. Non, non!

ZACHARIE
Par l'enfer! Par la mort!

(Des soldats, un tambour à la tête, conduisent à Oberthal à la mort. Un moine est à ses côtés et l'exhorta)

JEAN
Où va se prisonnier?

ZACHARIE
Qu'à la mort il vous suive!

JEAN
Qui peut dire il mourra,
quand je dis qu'il vive?
Je lui fais grâce

(Il reconnaît Oberthal)

Que vois-je? Oberthal!

ZACHARIE
Ton courroux lui fait-il grâce encore?

JEAN
(à Zacharie)
Laissez -nous, Laissez -nous,

(avec émotion, à Oberthal)

Le voilà, le voilà celui
par qui mes jours son flétris pour toujours!
Le ciel à moi te livre!

OBERTHAL
Il est juste,
mon crime a mérité la mort!
De haut de mes créneaux,
Berthe, pure et chaste victime
pour sauver son honneur
s'élança dans les flots!

JEAN
Morte! Morte!

OBERTHAL
Non! Non!
Et touché de remords qui me accable
Dieu voulut épargnez ce forfait au coupable;
des flots il l'a sauvée!

JEAN
Et comment? Parle!

OBERTHAL
Hier un avis sûr m'apprend
qu'on l'a vu à Munster!

JEAN
A Munster!

OBERTHAL
J'allais implorer d'elle et du ciel
mon pardon; en tes mains me voilà;
j'ai tout dit! Frappe!

JEAN
(aux soldats qui avaient la hache levée)
Epargnez le infidèle.
Berthe sur lui prononcera!
Remparts que ma pitié
n'osait en réduire en cendres,
Vous qui me cachez Berthe,
il faudra me la rendre!
Fidèles compagnons,
vous me suivrez!

MATHISEN
(accourant effrayé)
O terreur! Toi seul peux désarmer
ces cohortes rebelles;
des portes de Munster des guerriers
sont sortis et le nôtres…
Par eux mis en fuite!…

JEAN
(suivi de Mathisen)
Courons! Courons!

Troisième Tableau

(Le théâtre change a vue et représente le camp des anabaptistes. Les soldats révoltés accourent de toutes les côtes en désordre.)

SOLDATS
(avec fureur)
Par toi Munster nous fut promis,
il dut par nous être conquis,
par toi, etc.
Tu le disais: la palme est prête,
tu nos promis cette conquête,
tu le disais, etc.
Nos soldats lâchement surpris,
sont livrés à nos ennemis,
nos soldats, etc.
Mort à l'imposteur, à l'imposteur,
au faux prophète! Mort, etc.
Prophète imposteur!
Oui, la mort au faux prophète, etc.

JEAN
(aux soldats d'un ton sévère)
Qui vous a sans mon ordre
entraînes aux combats?

PREMIER, DEUXIEME ANABAPTISTES
(montrant Mathisen)
C'est lui!

MATHISEN
(effrayé montrant Zacharie)
C'est lui! C'est lui!

JEAN
Perfides, que mon bras devrait punir!
Et vous, insensés que vous êtes,
depuis quand au trépas
ai-je voué vos têtes
sans y marcher devant vous?
Du Dieu qui dans ses mains
tenait la palme prête,
votre rébellion, votre rébellion
excita le courroux!

SOLDATS
A ses accents
d'un saint effroi
j'ai tressailli,
car l'Eternel, car Dieu
est encore avec lui! Encore avec lui!
Ah! Quels accents!

JEAN
L'Eternel, dites vous,
a l'ennemi vous livrez:
c'est que l'impiété
règne encore dans vos coeurs!
Ils n'avaient pas la foi,
ces tièdes serviteurs
que Dieu dans ses décrets
juge indignes de vivre;
craignez plutôt comme eux
le céleste courroux
et pour le calmer, et pour le calmer,
peuple impie, peuple, à genoux!
A genoux! À genoux!
Et sous bras vengeur,
coupables, courbez vous!

Eternel, Dieu sauver
qui voit notre faiblesse,
Dieu ne te détourne pas de nous.

SOLDATS
Miserere, miserere nobis!

JEAN
Eternel, Dieu sauver,
dans la cendre mon front s'abaisse,
Dieu tu nous vois tous à genoux!

SOLDATS
Miserere, miserere nobis!

JEAN
Car ton appui…

SOLDATS
…m'est retiré!

JEAN
Pitié! Pitié!
Seigneur, exauce ma prière!
Seigneur apaise ta colère!
Pardonne à ton peuple égaré,
a ton peuple, etc.
Dieu clément! Ah! Seigneur!
Pitié!

SOLDATS
Dieu puissant, pitié!
Dieu puissant, nous t'implorons!
Pardonnez, Seigneur!
Pardonne-nous, Seigneur!
Pardonne à ton peuple égaré,
Dieu puissant!

(on entend du loin un bruit de clairons et des trompettes.)

JEAN
Ecoutez! Ecoutez!
Les clairons de Munster réveillent nos clairons!
Dieu m'inspire, ah venez!
Et demain sur vos fronts
la victoire sainte va descendre,
et la grâce de Seigneur va s'étendre,
la grâce va s'étendre sur vous!

SOLDATS
Seigneur!

(Mathisen accourt suivi d'une foule de paysans armée.)

MATHISEN
Grand prophète, ton peuple se relève, et tu règnes,
oui, tous les paysans, en agitant leurs fers,
courent se ranger sous tes saintes enseignes!

DEUXIEME ANABAPTISTE
(accourant)
Maître, un seul cri s'élève:
l'assaut à Munster!
L'assaut à Munster!

PREMIER ANABAPTISTE
L'assaut à Munster!

JEAN
(sans écouter Mathisen et comme frappe d'une vision)
Que vois-je? Le ciel est ouvert!

(d'une voix mystérieuse)

Chantent en choeur: à Munster!
A Munster!

TOUS
A Munster!

(tout le peuple accourt armé)

JEAN
Roi du ciel et des anges.
Je dirai tes louanges
comme ton serviteur!

TOUS
Roi du ciel, etc.
Comme ton serviteur!

JEAN
Comme David ton serviteur!
Car Dieu m'a dit: ceins ton écharpe
et conduits les dans la salut!
Réveille-toi, ma harpe,
réveille-toi, mon luth,
veille, éveille-toi, ma harpe!
Roi du ciel, etc.

CHOEUR
Gloire a Dieu! Gloire! Gloire!

JEAN
Victoire, c'est Dieu qui l'envoie,
que sa bannière se déploie!

CHOEUR
Victoire, etc.

JEAN
Que les monts tressaillent de joie,
tressaillent de joie.

CHOEUR
Que les monts, etc.

JEAN
Et qu'ils disent la gloire de cieux!

CHOEUR
Et qu'ils disent, etc.

JEAN
L'Eternel est Roi sur terre,
roi des cieux! Roi! Roi! Ah!
Roi du ciel et des anges, etc.

CHOEUR
Roi des anges! Roi des anges!
Chantons le Seigneur!

(L'armée anabaptiste se range en bataille et commence à défiler.)

En marche, En marche,
En marche, En marche!

JEAN
En marche, etc.

CHOEUR
En marche, etc.

JEAN
En marche, etc.
Car Dieu nous suis de ses regards,
Car Dieu, car Dieu nous suis des ses regards!

CHOEUR
Car Dieu nous suis, etc.
Vous, clairons répétez
Notre chant triomphant;
Vous, clairons, etc.
A Munster, à Munster, à Munster!
Dieu nous suit!

JEAN
Vous clairons, etc.
Marchons! À Munster!
Oui! Oui! En marche!
Dieu nous suit!

(Dans ce moment le brouillard qui couvrait l'étang et la forêt se dissipe. Le soleil brille et laisse apercevoir dans le lointain, au-delà de l'étang glacé, la ville et les remparts de Munster, que Jean montre de la main. L'armée pousse des cris de joie, et incline devant lui les bannières)
ACTE III


Premier Tableau

(Le camp des anabaptistes dans une forêt de Westphalie. En face du spectateur un étang glacé qui s'étend à l'horizon et qui se perd dans les brouillards et dans les nuages. A droite et à gauche une antique forêt dont les arbres bordent un côté d'étang. De l'autre côté de cet étang, les tendes des anabaptistes. Le jour et sur le déclin, on entend dans le lointain un bruit de combat qui augmente et rapproche. Des soldats anabaptistes se précipite au théâtre par la droite. Des femmes et des enfants, sortant du camp, accourent à leur rencontre au moment où un autre groupe de soldats entre par la gauche, traînant enchaînes plusieurs prisonniers, hommes et femmes richement vêtus, hauts barons et dames châtelaines, un moine, des enfants, etc.)

CHOEUR
Du sang! Du sang! Du sang que Judas succombe!
Dansons, dansons sur leur tombe!
Dansons, etc., Voilà l'hécatombe
que Dieu, Dieu vous demande encore!
Frappez l'épi quand il se lève,
et frappez l'arbre dans sa sève!
Tous tomberont sous notre glaive,
car Dieu l'a dit; il veut leur mort,
frappez, etc.
Gloire, gloire au Dieu des fidèles!

(Ils tombent à genoux acte de prière)

Te Deum laudamus!

(Ils se relèvent et menacent les prisonniers)

Dansons, dansons sur leur tombe! etc.

MATHISEN
(se plaçant devant les prisonniers et s'adressant aux soldats)
Arrêtez!

PREMIER ANABAPTISTE
Quoi, ton coeur connaîtrait la pitié?

MATHISEN
Non, non, mais ces nobles Seigneurs
peuvent payer rançon.

(On emmène les prisonniers vers le camp qui est à gauche. En ce moment Zacharie revient du combat à la tête de un groupe d'anabaptistes. Il brandit sa hache joyeusement en signe de victoire.)

ZACHARIE
Aussi nombreux que les étoiles,
ou bien que les flots, que les flots,
furieux de la mer,
comme un chasseur que tend ses toiles
contre les aigles du désert,
contre les aigles du désert,
vers nos phalanges immortelles
les mécréants furent poussés.
Où donc sont-ils ces guerriers si braves?
Où donc? Où donc?
Comme le sable du désert tous dispersés
dispersés, dispersés, etc.

CHOEUR
Comme le sable du désert tous dispersés
dispersés, etc.

ZACHARIE
Les mécréants aussi nombreux que les étoiles,
qui vers nous comme les flots furent poussés
où donc sont-ils?
Eux qui venaient comme un chasseur
qui tend ses toiles contre l'aigle du désert,
ces mécréants, où donc sont-ils?
Dispersés, dispersés ah! tous,
dispersés.

CHOEUR
Où donc sont-ils? où donc sont-ils, etc.
Dispersés, etc… Tous, oui, tous, etc.

ZACHARIE
Couvrant les monts, couvrant les plaines,
leurs chars qu'on voyait,
qu'on voyait défiler, défiler,
pour nous lier traînait des chaînes,
des roseaux pour flageller,
des roseaux pour flageller!
Pour nous punir, pauvres esclaves,
venaient ces maîtres courroucés;
où donc sont-ils? Ces vainqueurs si braves?
Où donc? Où donc?
Comme le sable du désert tous dispersés
tout dispersés, etc.

CHOEUR
Comme le sable dispersés, etc.

ZACHARIE
Les mécréants aussi nombreux, etc.

CHOEUR
Où donc sont-ils? Etc…

(a la fin ce couplet les soldats anabaptistes, accablés de fatigue, se sont assis ou étendus sur la neige pour reposer)

MATHISEN
(prenant Zacharie à part)
Voici la fin du jour, nos fidèles soldats
depuis l'aurore on tous combattu!

ZACHARIE
Pour la gloire!

MATHISEN
Aux estomacs du jeun elle ne suffit pas!

ZACHARIE
Voici venir pour eux
les fruits de la victoire;
sur cet étang glacé de tous les environs
de nombreux pourvoyeurs, le front haut,
le pied leste, accourt vers le camp!

MATHISEN
(se frappant joyeusement les mains)
C'est la manne céleste!

ZACHARIE
(en rient)
C'est la manne céleste!
Qui viens conforter
nos pieux bataillons, qui viens, etc.

MATHISEN
Qui viens conforter, etc.

(Pendant se choeur on voit dans le fond du théâtre, défiler sur l'étang glacé, des traîneaux attelés de chevaux, des petites voitures a quatre roues, chargées de provisions. La fermière est assise sur la banquette de devant, et un homme, debout derrière elle, pousse le traîneau en patinant. Des hommes, des femmes et des enfants, portant sur leurs têtes des paniers ou de pots de lait, sillonnent l'étang glacé dans les sens en patinant et abordent auprès du camp.)

CHOEUR
Voici les fermières,
lestes et légères,
sur leurs têtes fières
portant les fardeaux;
leurs pieds sur la glace,
courant avec grâce,
sans laisser de trace,
glissent sur les flots,
sans laisser de trace, etc.

DEUX PAYSANS
Achetez, achetez, achetez, achetez,
pour vous servir nous quittons las cabanes!
Achetez, tous! Loin de nous les profanes;
nous ne vendons qu'aux soldats de vrai Dieu,
nous ne vendons, etc.
Achetez, etc.

CHOEUR
Voici les fermières, etc.

(Les anabaptistes courent recevoir les provisions qu'on leur apporte et offrent en échange aux pourvoyeurs et jeunes filles des étoffes précieuses, des vases, etc., entassés dans le camp. Les jeunes filles, qui ont défait les patins se mettent a danser pendant que les soldats anabaptistes, qui se sont assis, boivent et mangent, servis par leurs femmes et leurs enfants.)

ZACHARIE
(après la danse, aux anabaptistes)
Livres-vous au repos, frères,
voici, la nuit!

(Les anabaptistes s'éloignent, on place des sentinelles; des patrouilles partent voler autour du champ.)

Deuxième Tableau

(Le théâtre change et représente le tente de Zacharie: une table, des sièges, etc. Zacharie et Mathisen entrent ensemble par l'ouverture que les rideaux relevés formant au fond de la tente.)

ZACHARIE
Tu reviens de Munster?

MATHISEN
J'ai sommé de se rendre
son gouverneur le vieil Oberthal!

ZACHARIE
Qu'a-t-il dit?

MATHISEN
Le château de son fils
par nous réduit en cendres
là rendu furieux;
il ne veut rien entendre, l'impie!

ZACHARIE
Il a beau faire
il cèdera bientôt!

MATHISEN
Oui, mais attendant,
si Münster nous résiste,
c'en fait dès demain
du dogme anabaptistes,
car l'empereur accourt!

ZACHARIE
Il faut donner l'assaut!
Prend trois cent de nos gens!
Saisissons L'avantage de la nuit…

MATHISEN
Mais pourtant…

ZACHARIE
Hâtons nous! Il le faut!
C'est l'ordre du Prophète!
Enflamme leur courage,
promets leur en son nom
la gloire et le pillage!
J'ignore quel projet, quel remords,
le tourmente,
mais, Jean depuis hier retiré sous sa tente
refuse de paraître!

(Mathisen sort)

ZACHARIE
Qui marche là? Qui vive?

(Jonas arrive, suive de quelques soldats qui entourent Oberthal)

JONAS
Un voyageur errant,
que je viens de surprendre
aux environs de camp!

OBERTHAL
(avec embarras)
Egaré dans la nuit
et dans ce bois immense…

JONAS
Il venait, m'a-t-il dit
se joindre à nous.

ZACHARIE
(à Oberthal)
Avance!

(à Jonas)

Tu dis qu'en nos rangs
il venait à s'engager?

OBERTHAL
(à part)
Laissons-lui son erreur,
seul moyen, je pense,
de pénétrer plus tard a Munster sans danger!

(à Jonas et Zacharie)

Sous votre bannière
que faudra-t-il faire?
Je veux le savoir,

JONAS
Tu veux le savoir?

ZACHARIE
Puis que tu persistes,
des anabaptistes
voici le devoir!

JONAS
Voici le devoir!

(Jonas va à chercher au fond de la tente un broc et des verres, qu'il place sur la table.)

ZACHARIE
(Comme s'il récitait une prière)
Le paysan et sa cabane
en tout le temps tu respecteras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

ZACHARIE
Abbaye où couvent profane
par le feu tu purifieras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

JONAS
Les barons, les marquis, les comtes
au premier chêne tu pendras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

ZACHARIE
Toujours et quel que soit leur comte,
leurs beaux écus d'or tu prendras!

OBERTHAL
Je le jure! Je le jure!

JONAS
(d'un ton hypocrite)
Du reste, en bon chrétien, mon frère,
toujours saintement tu vivras,
saintement, saintement, saintement!

LES TROIS
Verse, verse, frère,
le doux choc, le doux choc de verres
fait les coeurs, les coeurs sincères,
et les vrais amis, les vrais, les vrais amis!
Verse, verse, frère,
le doux choc, etc.

ZACHARIE, JONAS
(à part)
Ah! Prenons garde frère,
vois, s'il est sincère!
Si par un faux frère
nous étions trahis, tous!

OBERTHAL
(à part)
Infâme repaire!
Race sanguinaire!
Au ciel et sur la terre
soyez tous maudits!
Au ciel, etc. Tous!

LES TROIS
Verse, verse, etc.
Le doux choc de verres
fait les coeurs sincères
et les vrais, les vrais amis!

OBERTHAL
(à part)
Infâme repaire, etc.

ZACHARIE, JONAS
(à part)
Prudence, mystère,
prend garde, mon frère, etc.
Si étions trahis, etc.

JONAS
(s'adressant à Oberthal)
Pour pendre Munster l'invincible
dès demain tu viendras!

OBERTHAL
Oui, j'irai!

JONAS
Son gouverneur si fier,
ce traître d'Oberthal…

OBERTHAL
(à part)
Quoi, mon père!

JONAS
…massacré!

OBERTHAL
(à part)
Juste ciel!

(à Jonas)

Massacré?

ZACHARIE, JONAS
Massacré!

OBERTHAL
Massacré?

ZACHARIE, JONAS
Massacré! Quel plaisir! Tra, la, la…
Quel plaisir! etc. Massacré!

OBERTHAL
(à part)
O ciel! O ciel ¡Que faire?
O ciel!

JONAS
Et son fils, si je prendre,
aux créneaux des remparts sera pendu!

OBERTHAL
Vous croyez?

JONAS
Oui, pendu!

ZACHARIE
Aux créneaux.

OBERTHAL
Quoi! Pendu?

ZACHARIE, JONAS
Aux créneaux.

OBERTHAL
Quoi! Pendu?

ZACHARIE, JONAS
Des remparts! Quel plaisir! Tra, la, la…
Quel plaisir quand il sera pendu!

OBERTHAL
(à part)
O ciel, etc.

ZACHARIE
(à Oberthal)
Tu le jures!

OBERTHAL
(hésitant)
Quoi? Moi?

ZACHARIE
Par la Bible!
Veux-tu jurer avec nous de le prendre?

OBERTHAL
Quoi? Moi?

ZACHARIE
(avec colère)
Eh bien!

OBERTHAL
(avec résolution)
Je le jure!

JONAS
(d'un ton hypocrite)
Du reste, en bon chrétien, etc.

LES TROIS
Verse, verse, etc.

JONAS
Mais pourquoi dans l'ombre demeurer ainsi?
Chassons la nuit sombre qui nous couvre ici!

(Battant le briquet)

La flamme scintille, scintille
et grâce a se fer,
de caillou pétille, pétille, pétille
et jaillit l'éclair!
O douce rencontre
qui sans doute ici
l'un à l'autre nous montre
les traits d'un ami,
d'un ami, etc. Ah!

OBERTHAL, ZACHARIE
O douce rencontre
qui sans doute ici
va montrer l'un à l'autre
les traits d'un ami,
d'un ami, etc. Ah!

ZACHARIE
(reconnaissant Oberthal)
Ah!

JONAS
(reconnaissant Oberthal)
O ciel!

ZACHARIE
C'est lui!

OBERTHAL
(reconnaissant Jonas)
Brigand!

ZACHARIE
Oberthal!

JONAS
Cet infâme!

OBERTHAL
Mon sommelier! Fils du Satan!

JONAS
Mon ancien maître! Ah! Mon tyran!

OBERTHAL
Vous que tous les deux l'enfer réclame,
l'enfer réclame tous deux!

ZACHARIE, JONAS
Toi, toi qui fis couler notre sang!

OBERTHAL
Grand Dieu, ta juste colère
anéantira, j'espère,
cette race sanguinaire,
soyez tous maudit!
Infâme repaire!
O race perverse!
Au ciel et sur la terre
soyez tous, tous, tous,
soyez tous maudit!
O Dieu tutélaire,
ta juste colère
châtiera, j'espère,
ces bandits maudits!

ZACHARIE, JONAS
Le ciel nous éclaire, frère
a notre bannière sainte,
tu seras pendu, j'espère,
tu seras pendu!
O destin prospère!
A notre bannière
tu seras pendu, j'espère,
pendu par un frère,
pendu par un ami!
O destin prospère, etc.

(les soldats qui étaient en sentinelles à la porte de la tente son accourus au bruit et entourent Oberthal)

ZACHARIE
(à Jonas lui montrant Oberthal)
Qu'on le mène au supplice!

(s'arrêtant et réfléchissant)

Ah! Qu'un moine l'escorte!

JONAS
Sans consulter le Prophète?

ZACHARIE
Il n'importe…C'est lui…va-t'en!

(Jonas sort par la gauche avec Oberthal et les soldats. Jean entre par la droite, l'air pensif et la tête baisse.)

ZACHARIE
(s'approchant de Jean)
Quel air pensif et soucieux?
Quand le guerrier prophète,
inspiré par les cieux,
apparaît dans sa gloire
a l'Allemagne entière
comme la France révère!

JEAN
Jeanne d'Arc, sur ses pas
fit naître des héros,
et je n'ai sur miens traînés
que de bourreaux;
je n'en irai pas plus loin!

ZACHARIE
Qu'oses tu dire?

JEAN
Que je veux voir ma mère
ma mère chérie!

ZACHARIE
Ou plutôt son trépas!
Car si tu la revis,
  • Ne t'en souvient-il pas?-
Dans l'intérêt du ciel, elle expire!

JEAN
(se levant et jetant son épée)
Pour m'immoler d'abord
reprenez donc ce fer,
je vous le rends, adieu!
L'Allemagne enchaînée
Est libre par mon bras!
Ma tâche est terminée,
je n'irai pas plus loin. Non, non!

ZACHARIE
Par l'enfer! Par la mort!

(Des soldats, un tambour à la tête, conduisent à Oberthal à la mort. Un moine est à ses côtés et l'exhorta)

JEAN
Où va se prisonnier?

ZACHARIE
Qu'à la mort il vous suive!

JEAN
Qui peut dire il mourra,
quand je dis qu'il vive?
Je lui fais grâce

(Il reconnaît Oberthal)

Que vois-je? Oberthal!

ZACHARIE
Ton courroux lui fait-il grâce encore?

JEAN
(à Zacharie)
Laissez -nous, Laissez -nous,

(avec émotion, à Oberthal)

Le voilà, le voilà celui
par qui mes jours son flétris pour toujours!
Le ciel à moi te livre!

OBERTHAL
Il est juste,
mon crime a mérité la mort!
De haut de mes créneaux,
Berthe, pure et chaste victime
pour sauver son honneur
s'élança dans les flots!

JEAN
Morte! Morte!

OBERTHAL
Non! Non!
Et touché de remords qui me accable
Dieu voulut épargnez ce forfait au coupable;
des flots il l'a sauvée!

JEAN
Et comment? Parle!

OBERTHAL
Hier un avis sûr m'apprend
qu'on l'a vu à Munster!

JEAN
A Munster!

OBERTHAL
J'allais implorer d'elle et du ciel
mon pardon; en tes mains me voilà;
j'ai tout dit! Frappe!

JEAN
(aux soldats qui avaient la hache levée)
Epargnez le infidèle.
Berthe sur lui prononcera!
Remparts que ma pitié
n'osait en réduire en cendres,
Vous qui me cachez Berthe,
il faudra me la rendre!
Fidèles compagnons,
vous me suivrez!

MATHISEN
(accourant effrayé)
O terreur! Toi seul peux désarmer
ces cohortes rebelles;
des portes de Munster des guerriers
sont sortis et le nôtres…
Par eux mis en fuite!…

JEAN
(suivi de Mathisen)
Courons! Courons!

Troisième Tableau

(Le théâtre change a vue et représente le camp des anabaptistes. Les soldats révoltés accourent de toutes les côtes en désordre.)

SOLDATS
(avec fureur)
Par toi Munster nous fut promis,
il dut par nous être conquis,
par toi, etc.
Tu le disais: la palme est prête,
tu nos promis cette conquête,
tu le disais, etc.
Nos soldats lâchement surpris,
sont livrés à nos ennemis,
nos soldats, etc.
Mort à l'imposteur, à l'imposteur,
au faux prophète! Mort, etc.
Prophète imposteur!
Oui, la mort au faux prophète, etc.

JEAN
(aux soldats d'un ton sévère)
Qui vous a sans mon ordre
entraînes aux combats?

PREMIER, DEUXIEME ANABAPTISTES
(montrant Mathisen)
C'est lui!

MATHISEN
(effrayé montrant Zacharie)
C'est lui! C'est lui!

JEAN
Perfides, que mon bras devrait punir!
Et vous, insensés que vous êtes,
depuis quand au trépas
ai-je voué vos têtes
sans y marcher devant vous?
Du Dieu qui dans ses mains
tenait la palme prête,
votre rébellion, votre rébellion
excita le courroux!

SOLDATS
A ses accents
d'un saint effroi
j'ai tressailli,
car l'Eternel, car Dieu
est encore avec lui! Encore avec lui!
Ah! Quels accents!

JEAN
L'Eternel, dites vous,
a l'ennemi vous livrez:
c'est que l'impiété
règne encore dans vos coeurs!
Ils n'avaient pas la foi,
ces tièdes serviteurs
que Dieu dans ses décrets
juge indignes de vivre;
craignez plutôt comme eux
le céleste courroux
et pour le calmer, et pour le calmer,
peuple impie, peuple, à genoux!
A genoux! À genoux!
Et sous bras vengeur,
coupables, courbez vous!

Eternel, Dieu sauver
qui voit notre faiblesse,
Dieu ne te détourne pas de nous.

SOLDATS
Miserere, miserere nobis!

JEAN
Eternel, Dieu sauver,
dans la cendre mon front s'abaisse,
Dieu tu nous vois tous à genoux!

SOLDATS
Miserere, miserere nobis!

JEAN
Car ton appui…

SOLDATS
…m'est retiré!

JEAN
Pitié! Pitié!
Seigneur, exauce ma prière!
Seigneur apaise ta colère!
Pardonne à ton peuple égaré,
a ton peuple, etc.
Dieu clément! Ah! Seigneur!
Pitié!

SOLDATS
Dieu puissant, pitié!
Dieu puissant, nous t'implorons!
Pardonnez, Seigneur!
Pardonne-nous, Seigneur!
Pardonne à ton peuple égaré,
Dieu puissant!

(on entend du loin un bruit de clairons et des trompettes.)

JEAN
Ecoutez! Ecoutez!
Les clairons de Munster réveillent nos clairons!
Dieu m'inspire, ah venez!
Et demain sur vos fronts
la victoire sainte va descendre,
et la grâce de Seigneur va s'étendre,
la grâce va s'étendre sur vous!

SOLDATS
Seigneur!

(Mathisen accourt suivi d'une foule de paysans armée.)

MATHISEN
Grand prophète, ton peuple se relève, et tu règnes,
oui, tous les paysans, en agitant leurs fers,
courent se ranger sous tes saintes enseignes!

DEUXIEME ANABAPTISTE
(accourant)
Maître, un seul cri s'élève:
l'assaut à Munster!
L'assaut à Munster!

PREMIER ANABAPTISTE
L'assaut à Munster!

JEAN
(sans écouter Mathisen et comme frappe d'une vision)
Que vois-je? Le ciel est ouvert!

(d'une voix mystérieuse)

Chantent en choeur: à Munster!
A Munster!

TOUS
A Munster!

(tout le peuple accourt armé)

JEAN
Roi du ciel et des anges.
Je dirai tes louanges
comme ton serviteur!

TOUS
Roi du ciel, etc.
Comme ton serviteur!

JEAN
Comme David ton serviteur!
Car Dieu m'a dit: ceins ton écharpe
et conduits les dans la salut!
Réveille-toi, ma harpe,
réveille-toi, mon luth,
veille, éveille-toi, ma harpe!
Roi du ciel, etc.

CHOEUR
Gloire a Dieu! Gloire! Gloire!

JEAN
Victoire, c'est Dieu qui l'envoie,
que sa bannière se déploie!

CHOEUR
Victoire, etc.

JEAN
Que les monts tressaillent de joie,
tressaillent de joie.

CHOEUR
Que les monts, etc.

JEAN
Et qu'ils disent la gloire de cieux!

CHOEUR
Et qu'ils disent, etc.

JEAN
L'Eternel est Roi sur terre,
roi des cieux! Roi! Roi! Ah!
Roi du ciel et des anges, etc.

CHOEUR
Roi des anges! Roi des anges!
Chantons le Seigneur!

(L'armée anabaptiste se range en bataille et commence à défiler.)

En marche, En marche,
En marche, En marche!

JEAN
En marche, etc.

CHOEUR
En marche, etc.

JEAN
En marche, etc.
Car Dieu nous suis de ses regards,
Car Dieu, car Dieu nous suis des ses regards!

CHOEUR
Car Dieu nous suis, etc.
Vous, clairons répétez
Notre chant triomphant;
Vous, clairons, etc.
A Munster, à Munster, à Munster!
Dieu nous suit!

JEAN
Vous clairons, etc.
Marchons! À Munster!
Oui! Oui! En marche!
Dieu nous suit!

(Dans ce moment le brouillard qui couvrait l'étang et la forêt se dissipe. Le soleil brille et laisse apercevoir dans le lointain, au-delà de l'étang glacé, la ville et les remparts de Munster, que Jean montre de la main. L'armée pousse des cris de joie, et incline devant lui les bannières)



|新しいページ|検索|ページ一覧|RSS|@ウィキご利用ガイド | 管理者にお問合せ
|ログイン|