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Acte 1

Une terrasse du palais des rois d'Ys. Agauche les jardins. A droite l'entrée du palais au vaste escaleer degranit. A l'horizon, la mer. Scène populaire.

CHŒUR GÉNÉRAL
Noël! C'est l'aurore bénie,
C'est l'heure de joyeux émoi!
Toute crainte est bannie,
Aux jours meilleurs nous avons foi.

Que l'antique cité s'éveille rajeunie
Pour acclamer la fille de nos rois!
Cette enfant par ses charmes
Enchaîne un rival jaloux;

Vaincu par ses regards plus puissants que nos armes,
Nous le verrons tomber à ses genoux.
Oublions nos alarmes,
L'amour a triomphé pour nous.

Déployons les bannières;
Parons le seuil de nos maisons;
De la paix messagères,
Cloches. sonnez à tous les horizons!

JAHEL
Oui, peuple, voici l'heure où le roi, notre sire,
Au front de son enfant met la couronne d'or;
Où le prince Karnac aux autels va conduire
La belle Margared, la perle de l'Armor.

LE CHŒUR
Noël!

JAHEL
Pour cet heureux hymen,
Pour la paix qu'il nous donne,
Saint Corentin, gardien de la terre bretonne,
Nous prêta son concours!

LE CHŒUR
Qu'il nous protège toujours!

CHŒUR DES FEMMES
Les guerres sont terminées,
Voici pour nous décornais
Les tranquilles destinées,
Les doux travaux de la paix!

Les glaives sur la muraille Vont reposer pour toujours
Et les chants de bataille
Font place au chant des amours.

LE CHŒUR
Noël!
Voici pour nous désormais
Les tranquilles destinées!
Noël!

Quand les rois ont la jeunesse
Les peuples ont les plaisirs!

Appel de trompettes au dehors

JAHEL
Entendez­vous ce signal ? A l'horizon se montre
Déjà notre hôte glorieux!

LE CHŒUR
C'est lui, c'est notre maître,
Portons­lui nos vœux!
Bientôt il va paraître!
Qu'il nous rende heureux!
Noël!

Chantons, foule enivrée!
Fêtons tous son entrée!
Noël!

Gloire à notre maître!
Bientôt il va paraître!
Allons à sa rencontre
Lui porter nos vœux!

Chantons, foule enivrée,
Qu'il nous rende heureux!

Les chants se perdent au loin. Les princesses Rozenn et Margared paraissent aM haut de l'escalier, elles descendent lentement en scène. Rozenn observe Margared dont l'attitude trabit de sombres pensées

ROZENN
Margared, ô ma sœur! Quand chaque front rayonne,
Le tien est pâle et dans tes yeux
Brille une sombre flamme. et cette main frissonne.

Margared retire sa main que Rozenn venait de prendre.

MARGARED
Rozenn ! Que dis­tu donc ? non, mon cœur est joyeux.

Eh quoi! partout sur ma route
Se lève un peuple enchanté!
Un prince que l'on redoute
Par mes charmes est dompté!

J'ai la puissance royale,
J'ai le sceptre des aïeux,
Et tu dis que je suis pâle,
Tu vois la fièvre en mes yeux!

Si mon regard s'illumine,
C'est devant tant de splendeur,
Et mon front ne s'incline
Que sous le poids du bonheur!

ROZENN, à part
Ah ! sous ce cri d'orgucil un sanglot se devine!

à Margared

En silence pourquoi souffrir?
Dans mon cœur épanche ta peine!
Que la moitié m'en appartienne
Si ie ne sals pas la guénr!

On voit sous la fraîche rosée
Se relever le Iys tremblant.
Parfois une larme en coulant
Fait aussi notre âme apaisée.

MARGARED
Je n'ai pas à pleurer tout bas;
Et ta pitié, je ne la comprends pas.

En silence je veux souffrir,
Et ta douce parole est vaine.
Pourquoi conter une peine
Que tu ne saurais pas guérir ?

ROZENN
Pour terminer une sanglante guerre,
Au prince Karnac notre père
T'a promise. Aurais­tu regret de cet hymen?

MARGARED, sombre et résignée
Je fais mon devoir sans faiblesse, Et n'ai pas aujourd'hui, d'ailleurs, plus de tristesse Que je n'en eus hier! Et n'en aurai demain!

ROZENN
Alors pourquoi sur ton visage
Ces chagnns amers que i ai lus ?

MARGARED, ne se contenant plus
C'est qu'en moi, je porte l'image D'un autre que j'aimais!

ROZENN
D'un autre ?

MARGARED, sombre
Et qui n'est plus!

ROZENN, à Margared
C'est autre, Margared, peut­être accompagnait
Mylio, notre ami d'enfance,
Mvlio ani partit naguère et pour toujours ?...

MARGARED, avec passion et désespoir
Ah ! tu viens de le dire!
Oui, le même navire
Qui portait Mylio m'emportait mes amours!

Entrent les dames d'honneur et les suivantes de Margared, elles viennent l'habiller pour la cérémonie nuptiale. Rozenn entrwne sa soeur dans le coin gauche près de la rampe, s'efforce de calmer son agitation et se place devant elle, afin que les suivantes ne s'aperçoivent pas du désespoir de Margared.

LE CHŒUR
Venez, I'heure presse!
Devez­vous, Princesse
Tarder un instant ?
L'attente est cruelle
Quand elle est si belle,
Celle qu'on attend.
Laissez vos femmes empressées
Sur votre front mettre à la fois
Le voile blanc des fiancées
Et la couronne de nos rois.

MARGARED, à Rozenn
Un époux... détesté... va m'attendre à l'autel!
Je devrai... Iui jurer... un serment éternel!

ROZENN
O ma sœur! je comprends ta douleur!

MARGARED
Chère Rozenn, comprends­tu maintenant ?

ROZENN
Ah! pourquoi n'as­tu pas rejeté Cet hymen odieux par ton coeur redouté ?

MARGARED
Hélas! Je suis la rancon de la guerre.

ROZENN
N'accuse pas notre père!

Les femmes viennent entourer Margared qui se laisse emmener

ROZENN, seule
Vainement j'ai parlé de l'absence éternelle
Et de l'avenir sans espoir!
Non! non! je n'y crois pas!... je t'attends, je t'appelle!
O Mylio! je sens que je dois te revoir.

Par une chaîne trop forte
Tous deux nous étions unis.
Puisque je ne suis pas morte,
Tes jours ne sont pas finis.

Si celui que je réclame
N'était plus, ô vastes cieux,
Vous n'auriez pas tant de flamme
Et tant d'azur pour mes yeux!

O mer profonde et sereine!
Pourrais­tu sourire encor,
Si tu n'étais pas certaine
De me rendre mon trésor ?

Quand tu remplis à chaque heure
Mon rêve ou mon souvenir,
Une voix intérieure
Me dit que tu vas venir.

MYLIO, arrivé derrière Rozenn
Si le ciel est plein de flammes,
O Rozenn! c'est qu'il sait bien
Qu'à l'heure où tu me réclames
Mon coœur tremble près du tien.

Rozenn, immobile, frémissante, écoute, comme en un songe, sans oser se retourner.

ROZENN
Cette voix! est­ce un rêve ?

MYLIO
O Rozenn! mon cœur tremble près du tien!

Rozenn se retourne et se jette dans les bras de Mylio.

ROZENN
Mylio! Mylio! cette joie est possible!

MYLIO
C'est moi! C'est ton amant! Le Seigneur à ta voix ne fut pas insensible !

ROZENN
Le Seianeur est clément!

MYLIO
Le Seigneur est clément!

ROZENN
On te disait perdu sur de lointaines plages,
Vaincu par le destin plus fort que ton courage.

MYLIO
J'étais captif avec mes compagnons;
C'est vainqueurs maintenant que nous vous revenons!

ROZENN
Le bonheur est si grand que j'ose à peine y croire!
S'il allait se briser!…

Elle tressaille en entendant les trompettes.

ROZENN
Voici le prince et son cortège.

MYLIO
Le prince?

ROZENN
C'est l'éoux par ma sœur accepté!

MYLIO
Je vais rendre la liberté
Aux amis qui, jaloux de mon doux privilège,
Veulent aussi revoir leurs toits et leurs amours!

ROZENN
Quand vous verrai­je ?

MYLIO
Ce soir... demain... toujours.

FINALE : Mylio s'éloigne Rozenn resteun instant reâveuse et sort lentement. Le roi paraît au haut de l'escalier conduisant Margared en mariée et suivi de toute la cour. Par lefond entrent Karnac et ses guerriers suivis de tout le peuple d'Ys.

KARNAC, au Roi
Désireux d'accomplir l'union résolue,
Oubliant les débats qui nous armaient jadis,
Roi de la ville d'Ys,
Le Prince Kamac te salue!

LE ROI
Dans un rival je trouve un fils!
Soit béni le destin qui t'ouvre ma demeure!

Se tournant vers le peuple.

Et vous tous, écoutez ma parole à cette heure!

La foule s'approche.

Aux jours futurs j'ai dû songer,
tant déjà glacé par l'âge.
Que ma mort soit un deuil et non pas un danger!
Nos enfants ne pourront vous aimer davantage,
Ils sauront mieux vous protéger.
Bras vaillant, beauté sereine
Font le pouvoir puissant et doux:
Margared, vous serez leur reine!
Karnac, vous serez son époux!

LE CHŒUR
Nous voulons ici leur promettre
Obéissance à l'avenir!
O Roi, nous acceptons Karnac pour notre maître.
Aux autels du Seigneur nous allons les bénir!

Pendant la présentation, Rozenn s'est approchée de Margared, l'a prise par la main, et l'a menée hors des groupes sur le devant de la scène; elle lui dit quelques mots tout bas d'une façon animée.

MARGARED
Quoi! Mylio vivant! Par quel prodige ?

ROZENN
Il m'a parlé, te dis­je!

MARGARED, à part
Jour maudit!

ROZENN, avec tendresse
Comme lui, I'ami que tu pleurais Parmi nous reviendra!

MARGARED, à part
Lui vivant! et j'irais Me lier à Karnac d'une chaîne éternelle!

Le Roi revient vers Margared et lui prend la main.

LE ROI
Venez, ma fille, venez à la chapelle!

MARGARED, avec éclat
Non, mon père, jamais!

LE CHŒUR
Qu'a­t­elle dit ? Grands Dieux!

MARGARED
Je vous dis d'oublier la promesse donnée:
Car je repousse un hyménée
Hier indifférent, maintenant odieux!

LE PEUPLE D'YS
O criminelle démence!
De cette mortelle offense
Karnac voudra se venger.
Si la guerre est rallumée
Hélas! contre son armée
Qui pourra nous protéger ?

GUERRIERS DE KARNAC
De cette mortelle offense
Karnac saura se venger,
Tremblez. tremblez!

KARNAC
Tremblez! Tremblez!

LE ROI
O criminelle démence!

MARGARED
Que m'importe le danger ?

ROZENN
Faut­il perdre l'espérance ?

TOUS
C'est Mylio!

KARNAC
O Roi! c'est maintenant une guerre sans trêve,
Un combat sans merci!
Voici mon gant!

Karnac jette son gantelet. Mylio, caché jusqu'à ce moment dans la foule, s'avance rapidement

MYLIO
Je le relève!

La foule s'écarte et laisse voir au fond les soldats de Mylio.

TOUS
C'est Mylio!

MARGARED ET ROZENN
Mylio!

MYLIO
Oui, nous venons ici
Pour combattre avec vous!

TOUS
C'est Mylio!

KARNAC, avec dédain
Toi qui parles ainsi,
As­tu donc pour la mort une ardeur si jalouse?
Par elle méprisé, tu la cherches toujours.

MYLIO
Non, c'est toi qu'elle attend, toi qui veux une épouse,
Et ton lit nuptial est au pied de ces tours!

LE PEUPLE D'YS
Vive Mylio! Gloire à Mylio!

KARNAC ET SES SOLDATS
Tremblez, tremblez! Mort à Mylio!

Le peuple d'Ys veut se ruer sur Karnac; le Roi etMylio se jettent entre les deux groupes. Karnac et ses soldats sortent en menaçant.



Acte 2

Premier tableau

Une grande salle du Palais d'Ys, Margared, debout prés d'une fenétre, regarde la campagne.

MARGARED
De tous côtés j'aperçois dans la plaine
Les soldats par Karnac sous nos murs amenés.
O Mylio, si la lutte est prochaine,
De plus rudes combats en moi sont déchaînés.

Lorsque je t'ai vu soudain reparaître
Vivant et superbe ainsi qu'autrefois,
Mon cœur aussitôt s'est pris à renaître
Au feu de tes yeux, au son de ta voix;

Sans m'inquiéter de ceux que je blesse
Au­devant de toi j'ai voulu courir
Et l'emportement de ma folle ivresse
A tout renié pour te conquérir!

Hélas! chaque jour qu'en pleurant je compte,
Est venu venger l'oubli du devoir,
Mettant à mon front un peu plus de honte,
Laissant à mon âme un peu moins d'espoir.

C'est Rozenn, je le sens, qu'il aime et qu'il admire.
Oui! c'est elle qui reçoit
Les doux aveux qu'il soupire.

Et si je le vois sourire
C'est qu'il l'apercoit!
J'espère encor pourtant, si grande est ma démence!
Quand je serai sans espérance,
Vous qui m'aurez frappée, implorez le destin!
L'amour que rien ne lasse
En ce jour fera place
A la haine que rien n'éteint!

Le roi, Rozenn et Mylio paraissent. Margared se dissimule

LE ROI, à Mylio
Que demain au lever de l'aurore
La bataille s'engage.
Allez donc sans retard
Rejoindre nos soldats.

ROZENN
O mon père, ce départ...
Ce combat... c'est odieux!

MYLIO, avec tendresse
Pourquoi trembler encore ?

Calme et grave

Sur l'autel de Saint Corentin, Le protecteur de la Bretagne,
Pour que sa grâce m'accompagne,
Plein d'une ardente foi j'ai prié ce matin,
Et soudain j'ai cru voir que l'image sacrée
S'animait... Une voix d'en haut a murmuré
« Mon fils, marche au combat d'une âme rassurée;
Je veille sur mon peuple et je le déLendrai ! »

Oui, je le sens, je l'atteste,
Le salut nous est promis,
C'est à nos seuls ennemis
Que ce jour sera funeste!

Sans en garder le souci,
Nous pouvons compter leur nombre;
Pour les rejeter dans l'ombre,
Le Seigneur les compte aussi.

C'est lui qui, pour les abattre
Va seconder nos efforts!
Qui sait prier sait combattre
Et les croyants sont les forts!

MARGARED, cachée
Hélas! Pourrais­je, en mes alarmes,
Prier comme autrefois ?
O ciel! Je ne te vois
Qu'au travers de mes larmes!

LE ROI, MYLIO, ROZENN
Le ciel saura bénir nos armes
Le salut nous est promis!
C'est à nos seuls ennemis
Que ce jour sera funeste!

Sans en garder le souci,
Nous pouvons compter leur nombre!
Pour les rejeter dans l'ombre,
Le Seigneur les compte aussi!

C'est lui qui, pour les abattre!
Va seconder nos efforts!
Qui sait prier sait combattre!
Et les croyants sont les forts!

MARGARED
O ciel! je ne te vois
Qu'au travers de mes larmes!
Prends pitié de mes larmes!
Secourez­moi, Dieu puissant!

LE ROI
La Foi sera ton bouclier
Aux plaines où tu vas descendre,
Pour tous ceux qu'il te faut défendre,
Combats sans peur, preux chevalier!

ROZENN
Ah! Mylio ! qu'il te souvienne
Que je mourrai des mémes coups!
Puisque ta mort serait la mienne,
Défends­toi bien, mon cher époux!

MYLIO
Son époux !

LE ROI
Espère!
Du combat reviens en vainqueur,
Et ma fille est à toi!

MYLIO
Dieu puissant!

MARGARED
Dieu vengeur!

Trompettes au loin.

LE ROI
Entends cet appel!
viens! ton souverain, ton père
Veut être près de toi jusqu'aux derniers instants!

MYLIO
Partons!

Ils sortent

ROZENN, regardant du côté où Mylio est sorti
Va! demain, c'est l'éternelle ivresse!

MARGARED, elle se présente tout a coup à Rozenn
Ou le deuil éternel!

ROZENN, effrayée et comprenant que Margared est sa rivale
Ah! tu l'aimais!

MARGARED
J'ai trop lutté. Enfin ma douleur éclate!
Quand chacun pour lui fait des vœux
On m'oubliait peut­être ?
Ceux­là que j'ai formés, veux­tu pas les connaître ?...

ROZENN
Quel sombre éclair est dans tes yeux!

MARGARED
Oui, que dans sa main trompée
Son épée
Ne soit qu'un roseau!

s'exaltant de plus en plus

Que l'ennemi qu'elle blesse
Se redresse Pour combattre de nouveau!

Et si la mort elle­même
Doit seule vous désunir Pars!
Mylio! c'est là mon vœu suprême!
Pars, pour ne plus revenir!

ROZENN, avec indignation
Tais­toi! tais­toi! Margared!
Quel délire t'entraîne?
Songe à ceux que maudit ton aveugle fureur,
Et tremble que le ciel où va ton cri de haine
S'indigne de l'entendre aux lèvres d'une sœur.

Ah! si j'avais souffert de la même torture
Et vu m on fiancé pour to i m ' abandonnant,
Peut­être je serais morte de ma blessure,
Mais en vous pardonnant!

Que ta justice fasse taire
La plainte de ton cœur brisé!
Comme le deuil qu'il a causé,
Notre amour fut involontaire!

En nous il est venu comme viennent les fleurs
Sous la rosée en pleurs,
Sans qu'on puisse voir qui les sème;

Par la même tendresse éblouis et charmés
Nous nous sommes aimés,
Avant de savoir que l'on aime;

Nos âmes l'une à l'autre allaient si doucement
Que nos chastes bonheurs nous ont semblé vraiment
Etre voulus par Dieu lui­même.

MARGARED
Soyez maudits!

ROZENN
Le ciel est avec nous!

MARGARED
Je me vengerai!

ROZENN, montrant la statue de Saint Corentin
Le Saint nous défendra!

MARGARED
Va! Tu peux faire appel aux puissances des Cieux!
Que ton Saint vénéré sorte donc de sa tombe!
Qu'il entende mes vœux!
Et si son bras vengeur sur ma tête retombe,
Mon suprême soupir vous maudira tous deux!

ROZENN
Margared!

MARGARED
J'aime encore mieux te voir,
En ma folle détresse,
Un glaive dans le flanc qu'un autre amout au cœur!
Adieu! Adieu!

Elle sort en mençant.

Deuxième tableau

Une plaine immense. A l'horizon la silhouette de la ville d'Ys; à droite, une antique chapelle. Au lever du rideau, Mylio est debout au milieu de la scène entouré par ses soldats l'épée nue. Plusieursgroupes portentdes drapeaux etdes armes enlevés à l'ennemi Au fond et sur les côtés, des paysans et desiemmes acclament les vainqueurs.

LE CHŒUR
Victoire! Honneur à Mylio! Victoire!

MYLIO
Non! Ce n'est pas à moi qu'appartient tant de gloire.

Montrant la chapelle.

Il repose en ce lieu, celui qu'il faut bénir:
C'est à Saint Corentin que tout doit revenir!

LE CHŒUR
C'est à Saint Corentin que tout doit revenir!

Des soldats s'avancent vers la chapelle et disposent de chaque côté les drapeaux dont ils sont chargés.

LE CHŒUR
Il nous a donné le courage
Qui nous a gagné ces drapeaux;
Que leur trame guemere ombrage
Le lieu sacré de son repos.

MYLIO ET LE CHŒUR
C'est lui qui pour les abattre
A secondé nos efforts!
Qui sait prier sait combattre,
Et les croyants sont les forts!

Mylio, les soldats et la foule se retirent. Tous passent devant la chapelle de Saint Corentin et s'inclinent. La scène reste vide. Karnac s'avance lentement, abattu, les vêtements en désordre.

KARNAC
Perdu! Je suis perdu!
Mon armée est détruite!
Les plus vaillants sont morts; le reste a pris la fuite;
Et pour suprême affront j'ai survécu!

Margared apparait au fond, enveloppée d'un vêtement sombre. Elle écoute.

Celui qu'ils imploraient à l'heure des combats
Leur demeure fidèle Et moi lorsque j'appelle
L'enfer à mon secours, l'enfer ne répond pas!

MARGARED
L'enfer t'écoute!

KARNAC, qui a tressailli à sa voix, se retourne et la reconnait
Margared! Ah! tu viens sans doute
Une fois encor m'outrager!

MARGARED
Je viens te venger!

KARNAC
Me venger ?

MARGARED
Ta haine a passé dans mon âme!

Étendant la main vers la ville entrevue à l'horizon.

Là­bas, tous m'ont trahie et déchiré le cœur,
Et je n'ai plus d'amant, de père, ni de sœur
Dans la cité trois fois infâme!
Si tu veux nous unir,
Elle ne sera plus demain qu'un souvenir.

KARNAC
Ah! que pouvons­nous, quand à l'heure où nous sommes
Une armée a péri pour l'avoir essayé?

MARGARED
N'avons­nous pas un allié
Plus terrible que tous les hommes ?
L'Océan ?...

KARNAC
Que veux­tu dire ?

MARGARED
Notre cité Par une écluse est défendue
Contre la mer au flot sans cesse tourmenté;
Qu'on ouvre cette écluse et la ville est perdue!

KARNAC
Pourquoi ne l'as­tu fait ?

MARGARED
La barrière d'airain
Ne saurait se mouvoir sous une seule main,
Et j'ai compté sur toi...

KARNAC
Si fort que soit l'obstacle, Je le briserai!

MARGARED
Viens donc!

Ils s'éloignent et se dirigent vers la chapelle de Saint Corentin. Arrivés devant la chapelle. Margared s'arrête et s'écrie.

Et toi, qui dors en ce lieu vénéré,
Allons! fais un miracle!
Pour défendre ton peuple, il est temps, lève­toi!

KARNAC
Partons!

Le ciel s'obscurcit tout à coup. La scène est dans l'ombre. Cri de terreur de Margared montrant la statue qui s'anime.

MARGARED
Ah ! regarde!

KARNAC, avec terreur
La tombe s'entrouvre...

Se détachant sous une vive lumière, apparait Saint Corentin immobile.

MARGARED
Je succombe sous l'effroi!

SAINT CORENTIN
Malheur sur vous !...
Puisqu'au fond de vos âmes
'a pas tressailli le remords,
Dieu, témoin de projets infâmes,
Fait sortir des tombeaux la voix des morts.

VOIX D'EN HAUT
Repentez­vous!

SAINT CORENTIN, rudement
Prince sans diadème,
Chef sans armée, Avare sans trésor,
O spectre de toi­même!
Pour rêver un forfait suprême
Es­tu lassé de vivre encor?

VOIX D'EN HAUT
Repentez­vous!

SAINT CORENTIN, sévèrement, mais avec moins de rudesse, se tourne vers Margared.
Et toi que je retiens au penchant de l'abîme,
Désarme, en le fuyant, le céleste courroux.
Dieu qui venge le crime Pardonne au repentir!

Il tombe à genoux

VOIX D'EN HAUT
Repentez­vous!



Acte 3

Premier tableau

Une galerie du palais d'Ys. A droite, l'entrée de la chapelle. A gauche, la porte de la chambre de Rozenn, précédée de quelques marches. Groupes de jeunes seigneurs, compagnons de Mylio, et de Jeunes filles, suivantes et amies de Rozenn. Entre les deux groupes se tient Jahel, grand maitre du palais.

JAHEL
Vous qui venez ici chercher notre maîtresse,
Il faut, suivant l'antique usage de l'Armor,
Envoyés de l'époux, que votre vœu s'adresse
Aux gardiennes de ce trésor.

Jahel se retire.

JEUNES GENS
Ouvrez cette porte à la fiancée
Avec nous bien vite elle s'en ira,

JEUNES FILLES
Non!
D'un espoir trompeur votre âme est bercée.
Celle que l'on réclame ici restera.

JEUNES GENS
Ouvrez !
Toujours rester seule, est­ce point folie
Avec tant de grâce et tant de beauté?

JEUNES FILLES
Folie! On peut être sage en étant jolie,
Non! Et rien n'est si doux que la liberté.

JEUNES GENS
Ouvrez !

JEUNES FILLES
Non!

JEUNES GENS
Au moindre désir prêt à se soumettre...

JEUNES FILLES
Se soumettre!

JEUNES GENS
C'est un doux amant qui lui tend les bras.

JEUNES FILLES
Cet amant bientôt fera place au maître,
La porte pour lui ne s'ouvrira pas.

JEUNES GENS
Ouvrez!

JEUNES FILLES
Non!

MYLIO, paraît au milieu de ses compagnons
Puisqu'on ne peut fléchir ces jalouses gardiennes,
Ah! laissez­-moi
Conter mes peines
Et mon émoi.

Vainement, ma bien­-aimée!
On croit me désespérer;
Près de ta porte fermée
Je veux encore demeurer.

JEUNES FILLES
Vainement près de sa porte
Il veut encor demeurer.

MYLIO
Les soleils pourront s'étendre.
Les nuits remplacer les jours.
Sans t'accuser et sans me plaindre
Là, je resterai toujours.

JEUNES FILLES
Toujours, toujours!

MYLIO
Je le sais, ton âme est douce,
Et l'heure bientôt viendra
Où la main qui me repousse
Vers la meinne se tendra.

JEUNES FILLES
Vrainement près de sa porte
Il veut encor demeurer!

MYLIO
Ne sois pas trop tardive
A te laisser attendrir,
Si Rozeen bientôt n'arrive,
Je vaix, hélas! mourir.

Rozenn en grande toilette de mariée paraît sur le seuil de la porte.

LE CHŒUR
Salut à l'époux
Comme à l'épousée!

ROZENN, à ses amies
Pourquoi lutter de la sorte;
Pensez­-vous que je voudrai
Laisser l'amant à la porte
Lorsque l'époux est entré ?

À Mylio.

Puisqu'une âme rebelle
eut briser si noble cœur,
J'entends la voix qui m'appelle:
Soyez mon maître et seigneur.

LE CHŒUR
Ponr être hénis. marchez à l'autel!

ROZENN
Où cela pourra vous plaire,
Avec vous emmenez­mol:
Toujours, clémente ou sévère
Votre loi sera ma loi.

C'est une douce chose
De tenir ce qu'on promet,
Quand le devoir qui s'impose
Est le rêve qu'on formait.

LE CHŒUR
Sur vos jeunes fronts descendront bientôt
Les grâces du ciel!

Le cortège se forme lentement et se dirige vers la chapelle.

Te Deum laudamus!

Entrent Karnac et Margared. Celle­ci se dirige vers la chapelle et demeure perdue dans une contemplation douloureuse. Karnac est agité et regarde de tous côtés.

KARNAC
Voici l'heure, viens!

LE CHŒUR
Te Dominum confitemur!

MARGARED
O Mylio!

KARNAC, s'approche de Margared et l'interpelle brutalement
Allons, pas de lâche faiblesse,
Ce palais est désert, accomplis ta promesse!

MARGARED, sombre
Qu'ai­je promis ?

LE CHŒUR
Te Denm laudamus!

KARNAC
Tu dois me montrer le chemin Qui conduit aux écluses! Accomplis ta promesse!

LE CHŒUR
Te Deum laudamus!

KARNAC
Afin que sous les flots déchaînés par ma main
Cette ville maudite ait disparu demain!
Pas de lâche faiblesse!
Accomplis ta promesse!

LE CHŒUR
Te Deum laudamus!

MARGARED
Vainement de lacheté tu m'accuses!
Je ne veux plus commettre un tel crime!

LE CHŒUR
Te Deum laudamus!

MARGARED
Oubliant les terreurs de la funeste plaine,
Veux­tu que Dieu par nous soit encore outragé ?

KARNAC
Ah ! mon seul souvenir est celui de ma haine!
Et je n'ai que l'effroi de n'être pas vengé !

Avec ironie, montrant la chapelle.

Vois ton amant joyeux et beau,
Ton amant incliné
Drès d'une autre femme!

MARGARED
Tais­toi! Tais­toi!

KARNAC
Faut­il donc que ce jour
Qui voit ton désespoir consacre leur amour ?

MARGARED
Hélas ! secourez­moi!
Dieu puissant! Secourez­moi!

LE CHŒUR
Te Dominum confitemur!
Te Denm laudamus!

KARNAC
Ils vont sortir de la chapelle,
Le cœur tremblant d'un doux émoi;
L'une songeant: il est à moi!
L'autre disant: comme elle est belle!
Et puis ils s'en iront et les vents embrasés
T'apporteront ce soir le bruit de leurs baisers.

MARGARED, affolée
Tais­toi! Ah! qu'ils périssent!

MARGARED ET KARNAC
Viens! Que la mer emporte en ses profondes eaux
Ceux qui s'aiment ou se haïssent,
Que la mer emporte victimes et bourreaux!

Ils sortent rapidement. Le cortège nuptial sort de la chapelle.

LE CHŒUR
Salut à l'époux comme à l'épousée!
Le ciel a béni leurs jeunes amours.
Que sur leur destin comme une rosée,
Les grâces du ciel descendent toujours!

ROZENN
Cher Mylio!

MYLIO'
Oui, le Seigneur est bon pour nous,
Il nous delivre de cruels ennemls
Puis il met votre main dans la mienne.
Ma Rozenn, je t'aime.

ROZENN
O mon époux! je t'aime, ô Mylio ! Je t'aime!

MYLIO
A l'autel j'allais rayonnant!
Mon amour était ma prière,
Je tremble maintenant
D'un bonheur trop grand pour la terre.
Dieu qui me remet, comme un trésor sacré
Un de ses anges sous ma garde,
Désormais me regarde.

ROZENN
Dans mon cœur enivré
Ne tressaille qu'une pensce,
C'est que toujours je sentirai
Ma main par la tienne pressce,
Je ne connais, et n'ai connu jamais
Que la route par toi suivie,
Et ta vie est ma vie!

MYLIO
Que le ciel, se penchant sur nous,
Mêle son éternelle flamme
Au baiser que l'époux
Donnant toute son âme,
Met au front de la femme!

ROZENN
Je t'aime! O cher époux!
A toi toute ma vie!

MYLIO
Des chemins où tu dois marcher à mon côté,
Sois la seule clarté,
De tous mes rameaux sois la rose!

ROZENN
Mylio!

MYLIO
Et, laissant jusqu'au soir tes regards dans les miens,
En mes songes reviens
Quand ma paupière sera close.

ROZENN ET MYLIO
Aimer, c'est la loi sainte, la douce loi!
Dans l'ivresse infinie, à toi, toujours à toi!
Je t'aime et mon coeur, enfin, sur ton coeur se pose!

À ce moment, le Roi reparait au fond de la galerie, il s'avance lent et triste. Rozenn, d'un geste affectueux, éloigne doucement Mylio qui la laisse seule avec son père.

ROZENN
Je reviendrai bientôt, mon père!
Ne soyez donc pas triste ainsi!

Margared parait au fond et écoute.

LE ROI
Et l'autre enfant qui me quitta naguère,
Pourrai­je la revoir aussi ?

ROZENN
Margared reviendra !... J'ai tant prié pour elle !...

MARGARED, à part
Leur cœur à tous les deux m'ait resté fidèle!

LE ROI
Que le ciel exauce tes vœux!

MARGARED
O remords!

ROZENN ET LE ROI
Que dans l'asile choisi
Elle trouve en sa détresse
Un peu de cette tendresse
Qu'elle a méconnue ici!

MARGARED, à part
Leur douce pitié m'accable et m'oppresse.

ROZENN ET LE ROI
Surtout, ô Dieu bon! Permets
Qu'un jour l'enfant se rappelle
La demeure paternelle.

ROZENN
Oui, permets que l'enfant se rappelle
Son père qui ne l'oubliera jamais.

MARGARED, à part
O mon père!

ROZENN ET LE ROI
Dieu puissant, tu sais qu'elle est pardonnée,
Dans la demeure abandonnée,
Ramène bientôt son enfant!

Rumeurs et cris au detors qui vont grandissant.

LE ROI
Ces rumeurs, ces cris d'alarme,
Qu'est­ce donc ?

Il se retourne et apercoit Margared.

Toi! ma fille!

ROZENN, court se jeter dans les bras de sa sœur
Margared, ô ma sœur!

MARGARED
Fuyez! Ces rumeurs confuses,
Ce sourd muaissement à chaque instant plus fort,
C'est la voix de la mort qui s'approche!

ROZENN
La mort ?

MYLIO, entrant subitement
Oui!... de coupables mains ont ouvert les écluses !

ROZENN
Grand Dieu!

LE ROI
Le nom de cet infâme ?

MYLIO
Karnac! je l'ai tué!
Le flot se précipite!
La mer vient sur nous!

VOIX AU DEHORS
Fuyons vite!
Fuyons tous
Dieu puissant, secourez­nous

ROZENN
O Mylio!

MYLIO
Rozenn, Dieu nous laissera vivre!

Il entraine Rozenn.

LE ROI, à Margared
Viens, ma fille, viens!

ROZENN, MYLIO ET LA FOULE
Fuyons vite! Fuyons tous !

MARGARED, elle résiste au Roi avec désespoir
Je ne dois pas vous suivre!
Je ne dois pas vous suivre
Le remords me le défend!

LE ROI
L'amour m'ordonne à moi de sauver mon enfant.

Il entraîne Margared, et tous sortent précipitamment.

LE CHŒUR
Fuvons!
Deuxième tableau

Le plateau d'une colline où le peuple s'est réfugié. Au loin une mer houleuse et sombre. A gauche, sur les rochers, un groupe d'hommes observant les progrès des flots dont on entend les grondements.

LE CHŒUR
O Puissance infinie!
Qui par ta volonté
Fais ie flot irrité
Ou la vague aplanie,
Aujourd'hui prends pitié
De l'impuissance humaine!
Sur ton peuple agenouillé
Étends ta main souveraine!

L'eau monte, l'eau monte encore!

LE ROI
Je n'ai plus de cité! La moitié de mon peuple est déjà chez les morts.

MYLIO
Épargne au moins ceux qui survivent!

LE CHŒUR
Épargne­nous, Seigneur!
L'eau monte!
Sur ton peuple agenouillé
Etends ta main souveraine!
Prends pitié!

MYLIO
Avant ce jour jamals les flots n'ont atteint ces sommets!

MARGARED, s'avance parlant comme dans une vision et répétant des paroles entendues. Toute ia foule s'est levée et l'écoute avec anxiété.
Allant où le maître l'envoie,
Toujours l'Occan montera!
Quand il aura recu sa proie,
Soudain le flot s'apaisera!

LE CHŒUR
Que dit-­elle ?
L'eau monte toujours ! L'eau monte encor!

LE ROI, à Margared
Si tu sais quelle est la victime
Qui doit descendre aux gouffres entrouverts,
Nomme­-la donc!

MARGARED
C'est moi!

TOUS
Margared!

LE ROI
Et quel came as­-tu commis ?

MARGARED
Complice d'un pervers, Sur la cité, sur vous, j'ai déchaîné les mers !

LE CHŒUR
Mort à l'infâme!
Frappons sans merci!
Perfide femme,
Qu'elle meure ici!
Par tous maudite et par tous condamnée!
L'Enfer t'appelle et ton heure est sonnée!

ROZENN
Grâce pour ma sœur!
Cédez à ma douleur!

MYLIO ET LE ROI
Apaisez votre fureur!
Cédez à sa douleur!

LE CHŒUR
Frappons! Mort à l'infâme!
Frappons sans merci!
Par tous maudite, etc.

ROZENN, MYLIO ET LE ROI
Grâce!

LE CHŒUR
Mort! Frappons sans merci!

LE CHŒUR
L'eau monte encor!

LE ROI
O peuple! souviens­-toi,
Si grand que soit le crime et juste la sentence,
Qu'à Dieu seul appartient le soin de la vengeance.

LE CHŒUR
L'eau monte toujours!

MARGARED
Vous combattez le ciel en combattant pour moi.
Ah! mon juge m'appalle!

Violent coup de tonnerre. Effroi du peuple. Margared profite de l'effroi général pour se débarrasser de ceux qui la retenaient; elle s'élance à travers les groupes, court au fond de la scène vers le rocher le plus élevé, le gravit, arrive au sommet du rocher.

MARGARED
Seigneur! Sauve un peuple innocent!
Pardonnne a l'âme criminelle!

TOUS
Ah !

Margared se jette dans la mer, Mylio court vers le rocher. Rozenn, désespérée, s'élance avec Mylio et gravit le rocher en méme temps que lui. Au moment où ils vont atteindre le sommet, Saint Corentin, enveloppé d'un rayon lumineux, se dresse devant eux à la place où se trouvait Margared et les arréte d'un geste impérieux.

LE CHŒUR
O justice ! O terreur!
Seigneur, sauve un peuple innocent!
Pardonne à l'âme criminelle!

Le Saint disparaît, le ciel s'illumine instantanément, une blanche clarté s'épand sur les vagues calmées. La foule se relève, et, reconnaissante, tend les bras vers le ciel.

MYLIO
Gloire à Saint Corentin, qui sauve
Un peuple innocent!
Gloire à Dieu tout­-puissant!

LE CHŒUR
Gloire à Dieu tout­-puissant!
Acte 1

Une terrasse du palais des rois d'Ys. Agauche les jardins. A droite l'entrée du palais au vaste escaleer degranit. A l'horizon, la mer. Scène populaire.

CHŒUR GÉNÉRAL
Noël! C'est l'aurore bénie,
C'est l'heure de joyeux émoi!
Toute crainte est bannie,
Aux jours meilleurs nous avons foi.

Que l'antique cité s'éveille rajeunie
Pour acclamer la fille de nos rois!
Cette enfant par ses charmes
Enchaîne un rival jaloux;

Vaincu par ses regards plus puissants que nos armes,
Nous le verrons tomber à ses genoux.
Oublions nos alarmes,
L'amour a triomphé pour nous.

Déployons les bannières;
Parons le seuil de nos maisons;
De la paix messagères,
Cloches. sonnez à tous les horizons!

JAHEL
Oui, peuple, voici l'heure où le roi, notre sire,
Au front de son enfant met la couronne d'or;
Où le prince Karnac aux autels va conduire
La belle Margared, la perle de l'Armor.

LE CHŒUR
Noël!

JAHEL
Pour cet heureux hymen,
Pour la paix qu'il nous donne,
Saint Corentin, gardien de la terre bretonne,
Nous prêta son concours!

LE CHŒUR
Qu'il nous protège toujours!

CHŒUR DES FEMMES
Les guerres sont terminées,
Voici pour nous décornais
Les tranquilles destinées,
Les doux travaux de la paix!

Les glaives sur la muraille Vont reposer pour toujours
Et les chants de bataille
Font place au chant des amours.

LE CHŒUR
Noël!
Voici pour nous désormais
Les tranquilles destinées!
Noël!

Quand les rois ont la jeunesse
Les peuples ont les plaisirs!

Appel de trompettes au dehors

JAHEL
Entendez­vous ce signal ? A l'horizon se montre
Déjà notre hôte glorieux!

LE CHŒUR
C'est lui, c'est notre maître,
Portons­lui nos vœux!
Bientôt il va paraître!
Qu'il nous rende heureux!
Noël!

Chantons, foule enivrée!
Fêtons tous son entrée!
Noël!

Gloire à notre maître!
Bientôt il va paraître!
Allons à sa rencontre
Lui porter nos vœux!

Chantons, foule enivrée,
Qu'il nous rende heureux!

Les chants se perdent au loin. Les princesses Rozenn et Margared paraissent aM haut de l'escalier, elles descendent lentement en scène. Rozenn observe Margared dont l'attitude trabit de sombres pensées

ROZENN
Margared, ô ma sœur! Quand chaque front rayonne,
Le tien est pâle et dans tes yeux
Brille une sombre flamme. et cette main frissonne.

Margared retire sa main que Rozenn venait de prendre.

MARGARED
Rozenn ! Que dis­tu donc ? non, mon cœur est joyeux.

Eh quoi! partout sur ma route
Se lève un peuple enchanté!
Un prince que l'on redoute
Par mes charmes est dompté!

J'ai la puissance royale,
J'ai le sceptre des aïeux,
Et tu dis que je suis pâle,
Tu vois la fièvre en mes yeux!

Si mon regard s'illumine,
C'est devant tant de splendeur,
Et mon front ne s'incline
Que sous le poids du bonheur!

ROZENN, à part
Ah ! sous ce cri d'orgucil un sanglot se devine!

à Margared

En silence pourquoi souffrir?
Dans mon cœur épanche ta peine!
Que la moitié m'en appartienne
Si ie ne sals pas la guénr!

On voit sous la fraîche rosée
Se relever le Iys tremblant.
Parfois une larme en coulant
Fait aussi notre âme apaisée.

MARGARED
Je n'ai pas à pleurer tout bas;
Et ta pitié, je ne la comprends pas.

En silence je veux souffrir,
Et ta douce parole est vaine.
Pourquoi conter une peine
Que tu ne saurais pas guérir ?

ROZENN
Pour terminer une sanglante guerre,
Au prince Karnac notre père
T'a promise. Aurais­tu regret de cet hymen?

MARGARED, sombre et résignée
Je fais mon devoir sans faiblesse, Et n'ai pas aujourd'hui, d'ailleurs, plus de tristesse Que je n'en eus hier! Et n'en aurai demain!

ROZENN
Alors pourquoi sur ton visage
Ces chagnns amers que i ai lus ?

MARGARED, ne se contenant plus
C'est qu'en moi, je porte l'image D'un autre que j'aimais!

ROZENN
D'un autre ?

MARGARED, sombre
Et qui n'est plus!

ROZENN, à Margared
C'est autre, Margared, peut­être accompagnait
Mylio, notre ami d'enfance,
Mvlio ani partit naguère et pour toujours ?...

MARGARED, avec passion et désespoir
Ah ! tu viens de le dire!
Oui, le même navire
Qui portait Mylio m'emportait mes amours!

Entrent les dames d'honneur et les suivantes de Margared, elles viennent l'habiller pour la cérémonie nuptiale. Rozenn entrwne sa soeur dans le coin gauche près de la rampe, s'efforce de calmer son agitation et se place devant elle, afin que les suivantes ne s'aperçoivent pas du désespoir de Margared.

LE CHŒUR
Venez, I'heure presse!
Devez­vous, Princesse
Tarder un instant ?
L'attente est cruelle
Quand elle est si belle,
Celle qu'on attend.
Laissez vos femmes empressées
Sur votre front mettre à la fois
Le voile blanc des fiancées
Et la couronne de nos rois.

MARGARED, à Rozenn
Un époux... détesté... va m'attendre à l'autel!
Je devrai... Iui jurer... un serment éternel!

ROZENN
O ma sœur! je comprends ta douleur!

MARGARED
Chère Rozenn, comprends­tu maintenant ?

ROZENN
Ah! pourquoi n'as­tu pas rejeté Cet hymen odieux par ton coeur redouté ?

MARGARED
Hélas! Je suis la rancon de la guerre.

ROZENN
N'accuse pas notre père!

Les femmes viennent entourer Margared qui se laisse emmener

ROZENN, seule
Vainement j'ai parlé de l'absence éternelle
Et de l'avenir sans espoir!
Non! non! je n'y crois pas!... je t'attends, je t'appelle!
O Mylio! je sens que je dois te revoir.

Par une chaîne trop forte
Tous deux nous étions unis.
Puisque je ne suis pas morte,
Tes jours ne sont pas finis.

Si celui que je réclame
N'était plus, ô vastes cieux,
Vous n'auriez pas tant de flamme
Et tant d'azur pour mes yeux!

O mer profonde et sereine!
Pourrais­tu sourire encor,
Si tu n'étais pas certaine
De me rendre mon trésor ?

Quand tu remplis à chaque heure
Mon rêve ou mon souvenir,
Une voix intérieure
Me dit que tu vas venir.

MYLIO, arrivé derrière Rozenn
Si le ciel est plein de flammes,
O Rozenn! c'est qu'il sait bien
Qu'à l'heure où tu me réclames
Mon coœur tremble près du tien.

Rozenn, immobile, frémissante, écoute, comme en un songe, sans oser se retourner.

ROZENN
Cette voix! est­ce un rêve ?

MYLIO
O Rozenn! mon cœur tremble près du tien!

Rozenn se retourne et se jette dans les bras de Mylio.

ROZENN
Mylio! Mylio! cette joie est possible!

MYLIO
C'est moi! C'est ton amant! Le Seigneur à ta voix ne fut pas insensible !

ROZENN
Le Seianeur est clément!

MYLIO
Le Seigneur est clément!

ROZENN
On te disait perdu sur de lointaines plages,
Vaincu par le destin plus fort que ton courage.

MYLIO
J'étais captif avec mes compagnons;
C'est vainqueurs maintenant que nous vous revenons!

ROZENN
Le bonheur est si grand que j'ose à peine y croire!
S'il allait se briser!…

Elle tressaille en entendant les trompettes.

ROZENN
Voici le prince et son cortège.

MYLIO
Le prince?

ROZENN
C'est l'éoux par ma sœur accepté!

MYLIO
Je vais rendre la liberté
Aux amis qui, jaloux de mon doux privilège,
Veulent aussi revoir leurs toits et leurs amours!

ROZENN
Quand vous verrai­je ?

MYLIO
Ce soir... demain... toujours.

FINALE : Mylio s'éloigne Rozenn resteun instant reâveuse et sort lentement. Le roi paraît au haut de l'escalier conduisant Margared en mariée et suivi de toute la cour. Par lefond entrent Karnac et ses guerriers suivis de tout le peuple d'Ys.

KARNAC, au Roi
Désireux d'accomplir l'union résolue,
Oubliant les débats qui nous armaient jadis,
Roi de la ville d'Ys,
Le Prince Kamac te salue!

LE ROI
Dans un rival je trouve un fils!
Soit béni le destin qui t'ouvre ma demeure!

Se tournant vers le peuple.

Et vous tous, écoutez ma parole à cette heure!

La foule s'approche.

Aux jours futurs j'ai dû songer,
tant déjà glacé par l'âge.
Que ma mort soit un deuil et non pas un danger!
Nos enfants ne pourront vous aimer davantage,
Ils sauront mieux vous protéger.
Bras vaillant, beauté sereine
Font le pouvoir puissant et doux:
Margared, vous serez leur reine!
Karnac, vous serez son époux!

LE CHŒUR
Nous voulons ici leur promettre
Obéissance à l'avenir!
O Roi, nous acceptons Karnac pour notre maître.
Aux autels du Seigneur nous allons les bénir!

Pendant la présentation, Rozenn s'est approchée de Margared, l'a prise par la main, et l'a menée hors des groupes sur le devant de la scène; elle lui dit quelques mots tout bas d'une façon animée.

MARGARED
Quoi! Mylio vivant! Par quel prodige ?

ROZENN
Il m'a parlé, te dis­je!

MARGARED, à part
Jour maudit!

ROZENN, avec tendresse
Comme lui, I'ami que tu pleurais Parmi nous reviendra!

MARGARED, à part
Lui vivant! et j'irais Me lier à Karnac d'une chaîne éternelle!

Le Roi revient vers Margared et lui prend la main.

LE ROI
Venez, ma fille, venez à la chapelle!

MARGARED, avec éclat
Non, mon père, jamais!

LE CHŒUR
Qu'a­t­elle dit ? Grands Dieux!

MARGARED
Je vous dis d'oublier la promesse donnée:
Car je repousse un hyménée
Hier indifférent, maintenant odieux!

LE PEUPLE D'YS
O criminelle démence!
De cette mortelle offense
Karnac voudra se venger.
Si la guerre est rallumée
Hélas! contre son armée
Qui pourra nous protéger ?

GUERRIERS DE KARNAC
De cette mortelle offense
Karnac saura se venger,
Tremblez. tremblez!

KARNAC
Tremblez! Tremblez!

LE ROI
O criminelle démence!

MARGARED
Que m'importe le danger ?

ROZENN
Faut­il perdre l'espérance ?

TOUS
C'est Mylio!

KARNAC
O Roi! c'est maintenant une guerre sans trêve,
Un combat sans merci!
Voici mon gant!

Karnac jette son gantelet. Mylio, caché jusqu'à ce moment dans la foule, s'avance rapidement

MYLIO
Je le relève!

La foule s'écarte et laisse voir au fond les soldats de Mylio.

TOUS
C'est Mylio!

MARGARED ET ROZENN
Mylio!

MYLIO
Oui, nous venons ici
Pour combattre avec vous!

TOUS
C'est Mylio!

KARNAC, avec dédain
Toi qui parles ainsi,
As­tu donc pour la mort une ardeur si jalouse?
Par elle méprisé, tu la cherches toujours.

MYLIO
Non, c'est toi qu'elle attend, toi qui veux une épouse,
Et ton lit nuptial est au pied de ces tours!

LE PEUPLE D'YS
Vive Mylio! Gloire à Mylio!

KARNAC ET SES SOLDATS
Tremblez, tremblez! Mort à Mylio!

Le peuple d'Ys veut se ruer sur Karnac; le Roi etMylio se jettent entre les deux groupes. Karnac et ses soldats sortent en menaçant.



Acte 2

Premier tableau

Une grande salle du Palais d'Ys, Margared, debout prés d'une fenétre, regarde la campagne.

MARGARED
De tous côtés j'aperçois dans la plaine
Les soldats par Karnac sous nos murs amenés.
O Mylio, si la lutte est prochaine,
De plus rudes combats en moi sont déchaînés.

Lorsque je t'ai vu soudain reparaître
Vivant et superbe ainsi qu'autrefois,
Mon cœur aussitôt s'est pris à renaître
Au feu de tes yeux, au son de ta voix;

Sans m'inquiéter de ceux que je blesse
Au­devant de toi j'ai voulu courir
Et l'emportement de ma folle ivresse
A tout renié pour te conquérir!

Hélas! chaque jour qu'en pleurant je compte,
Est venu venger l'oubli du devoir,
Mettant à mon front un peu plus de honte,
Laissant à mon âme un peu moins d'espoir.

C'est Rozenn, je le sens, qu'il aime et qu'il admire.
Oui! c'est elle qui reçoit
Les doux aveux qu'il soupire.

Et si je le vois sourire
C'est qu'il l'apercoit!
J'espère encor pourtant, si grande est ma démence!
Quand je serai sans espérance,
Vous qui m'aurez frappée, implorez le destin!
L'amour que rien ne lasse
En ce jour fera place
A la haine que rien n'éteint!

Le roi, Rozenn et Mylio paraissent. Margared se dissimule

LE ROI, à Mylio
Que demain au lever de l'aurore
La bataille s'engage.
Allez donc sans retard
Rejoindre nos soldats.

ROZENN
O mon père, ce départ...
Ce combat... c'est odieux!

MYLIO, avec tendresse
Pourquoi trembler encore ?

Calme et grave

Sur l'autel de Saint Corentin, Le protecteur de la Bretagne,
Pour que sa grâce m'accompagne,
Plein d'une ardente foi j'ai prié ce matin,
Et soudain j'ai cru voir que l'image sacrée
S'animait... Une voix d'en haut a murmuré
« Mon fils, marche au combat d'une âme rassurée;
Je veille sur mon peuple et je le déLendrai ! »

Oui, je le sens, je l'atteste,
Le salut nous est promis,
C'est à nos seuls ennemis
Que ce jour sera funeste!

Sans en garder le souci,
Nous pouvons compter leur nombre;
Pour les rejeter dans l'ombre,
Le Seigneur les compte aussi.

C'est lui qui, pour les abattre
Va seconder nos efforts!
Qui sait prier sait combattre
Et les croyants sont les forts!

MARGARED, cachée
Hélas! Pourrais­je, en mes alarmes,
Prier comme autrefois ?
O ciel! Je ne te vois
Qu'au travers de mes larmes!

LE ROI, MYLIO, ROZENN
Le ciel saura bénir nos armes
Le salut nous est promis!
C'est à nos seuls ennemis
Que ce jour sera funeste!

Sans en garder le souci,
Nous pouvons compter leur nombre!
Pour les rejeter dans l'ombre,
Le Seigneur les compte aussi!

C'est lui qui, pour les abattre!
Va seconder nos efforts!
Qui sait prier sait combattre!
Et les croyants sont les forts!

MARGARED
O ciel! je ne te vois
Qu'au travers de mes larmes!
Prends pitié de mes larmes!
Secourez­moi, Dieu puissant!

LE ROI
La Foi sera ton bouclier
Aux plaines où tu vas descendre,
Pour tous ceux qu'il te faut défendre,
Combats sans peur, preux chevalier!

ROZENN
Ah! Mylio ! qu'il te souvienne
Que je mourrai des mémes coups!
Puisque ta mort serait la mienne,
Défends­toi bien, mon cher époux!

MYLIO
Son époux !

LE ROI
Espère!
Du combat reviens en vainqueur,
Et ma fille est à toi!

MYLIO
Dieu puissant!

MARGARED
Dieu vengeur!

Trompettes au loin.

LE ROI
Entends cet appel!
viens! ton souverain, ton père
Veut être près de toi jusqu'aux derniers instants!

MYLIO
Partons!

Ils sortent

ROZENN, regardant du côté où Mylio est sorti
Va! demain, c'est l'éternelle ivresse!

MARGARED, elle se présente tout a coup à Rozenn
Ou le deuil éternel!

ROZENN, effrayée et comprenant que Margared est sa rivale
Ah! tu l'aimais!

MARGARED
J'ai trop lutté. Enfin ma douleur éclate!
Quand chacun pour lui fait des vœux
On m'oubliait peut­être ?
Ceux­là que j'ai formés, veux­tu pas les connaître ?...

ROZENN
Quel sombre éclair est dans tes yeux!

MARGARED
Oui, que dans sa main trompée
Son épée
Ne soit qu'un roseau!

s'exaltant de plus en plus

Que l'ennemi qu'elle blesse
Se redresse Pour combattre de nouveau!

Et si la mort elle­même
Doit seule vous désunir Pars!
Mylio! c'est là mon vœu suprême!
Pars, pour ne plus revenir!

ROZENN, avec indignation
Tais­toi! tais­toi! Margared!
Quel délire t'entraîne?
Songe à ceux que maudit ton aveugle fureur,
Et tremble que le ciel où va ton cri de haine
S'indigne de l'entendre aux lèvres d'une sœur.

Ah! si j'avais souffert de la même torture
Et vu m on fiancé pour to i m ' abandonnant,
Peut­être je serais morte de ma blessure,
Mais en vous pardonnant!

Que ta justice fasse taire
La plainte de ton cœur brisé!
Comme le deuil qu'il a causé,
Notre amour fut involontaire!

En nous il est venu comme viennent les fleurs
Sous la rosée en pleurs,
Sans qu'on puisse voir qui les sème;

Par la même tendresse éblouis et charmés
Nous nous sommes aimés,
Avant de savoir que l'on aime;

Nos âmes l'une à l'autre allaient si doucement
Que nos chastes bonheurs nous ont semblé vraiment
Etre voulus par Dieu lui­même.

MARGARED
Soyez maudits!

ROZENN
Le ciel est avec nous!

MARGARED
Je me vengerai!

ROZENN, montrant la statue de Saint Corentin
Le Saint nous défendra!

MARGARED
Va! Tu peux faire appel aux puissances des Cieux!
Que ton Saint vénéré sorte donc de sa tombe!
Qu'il entende mes vœux!
Et si son bras vengeur sur ma tête retombe,
Mon suprême soupir vous maudira tous deux!

ROZENN
Margared!

MARGARED
J'aime encore mieux te voir,
En ma folle détresse,
Un glaive dans le flanc qu'un autre amout au cœur!
Adieu! Adieu!

Elle sort en mençant.

Deuxième tableau

Une plaine immense. A l'horizon la silhouette de la ville d'Ys; à droite, une antique chapelle. Au lever du rideau, Mylio est debout au milieu de la scène entouré par ses soldats l'épée nue. Plusieursgroupes portentdes drapeaux etdes armes enlevés à l'ennemi Au fond et sur les côtés, des paysans et desiemmes acclament les vainqueurs.

LE CHŒUR
Victoire! Honneur à Mylio! Victoire!

MYLIO
Non! Ce n'est pas à moi qu'appartient tant de gloire.

Montrant la chapelle.

Il repose en ce lieu, celui qu'il faut bénir:
C'est à Saint Corentin que tout doit revenir!

LE CHŒUR
C'est à Saint Corentin que tout doit revenir!

Des soldats s'avancent vers la chapelle et disposent de chaque côté les drapeaux dont ils sont chargés.

LE CHŒUR
Il nous a donné le courage
Qui nous a gagné ces drapeaux;
Que leur trame guemere ombrage
Le lieu sacré de son repos.

MYLIO ET LE CHŒUR
C'est lui qui pour les abattre
A secondé nos efforts!
Qui sait prier sait combattre,
Et les croyants sont les forts!

Mylio, les soldats et la foule se retirent. Tous passent devant la chapelle de Saint Corentin et s'inclinent. La scène reste vide. Karnac s'avance lentement, abattu, les vêtements en désordre.

KARNAC
Perdu! Je suis perdu!
Mon armée est détruite!
Les plus vaillants sont morts; le reste a pris la fuite;
Et pour suprême affront j'ai survécu!

Margared apparait au fond, enveloppée d'un vêtement sombre. Elle écoute.

Celui qu'ils imploraient à l'heure des combats
Leur demeure fidèle Et moi lorsque j'appelle
L'enfer à mon secours, l'enfer ne répond pas!

MARGARED
L'enfer t'écoute!

KARNAC, qui a tressailli à sa voix, se retourne et la reconnait
Margared! Ah! tu viens sans doute
Une fois encor m'outrager!

MARGARED
Je viens te venger!

KARNAC
Me venger ?

MARGARED
Ta haine a passé dans mon âme!

Étendant la main vers la ville entrevue à l'horizon.

Là­bas, tous m'ont trahie et déchiré le cœur,
Et je n'ai plus d'amant, de père, ni de sœur
Dans la cité trois fois infâme!
Si tu veux nous unir,
Elle ne sera plus demain qu'un souvenir.

KARNAC
Ah! que pouvons­nous, quand à l'heure où nous sommes
Une armée a péri pour l'avoir essayé?

MARGARED
N'avons­nous pas un allié
Plus terrible que tous les hommes ?
L'Océan ?...

KARNAC
Que veux­tu dire ?

MARGARED
Notre cité Par une écluse est défendue
Contre la mer au flot sans cesse tourmenté;
Qu'on ouvre cette écluse et la ville est perdue!

KARNAC
Pourquoi ne l'as­tu fait ?

MARGARED
La barrière d'airain
Ne saurait se mouvoir sous une seule main,
Et j'ai compté sur toi...

KARNAC
Si fort que soit l'obstacle, Je le briserai!

MARGARED
Viens donc!

Ils s'éloignent et se dirigent vers la chapelle de Saint Corentin. Arrivés devant la chapelle. Margared s'arrête et s'écrie.

Et toi, qui dors en ce lieu vénéré,
Allons! fais un miracle!
Pour défendre ton peuple, il est temps, lève­toi!

KARNAC
Partons!

Le ciel s'obscurcit tout à coup. La scène est dans l'ombre. Cri de terreur de Margared montrant la statue qui s'anime.

MARGARED
Ah ! regarde!

KARNAC, avec terreur
La tombe s'entrouvre...

Se détachant sous une vive lumière, apparait Saint Corentin immobile.

MARGARED
Je succombe sous l'effroi!

SAINT CORENTIN
Malheur sur vous !...
Puisqu'au fond de vos âmes
'a pas tressailli le remords,
Dieu, témoin de projets infâmes,
Fait sortir des tombeaux la voix des morts.

VOIX D'EN HAUT
Repentez­vous!

SAINT CORENTIN, rudement
Prince sans diadème,
Chef sans armée, Avare sans trésor,
O spectre de toi­même!
Pour rêver un forfait suprême
Es­tu lassé de vivre encor?

VOIX D'EN HAUT
Repentez­vous!

SAINT CORENTIN, sévèrement, mais avec moins de rudesse, se tourne vers Margared.
Et toi que je retiens au penchant de l'abîme,
Désarme, en le fuyant, le céleste courroux.
Dieu qui venge le crime Pardonne au repentir!

Il tombe à genoux

VOIX D'EN HAUT
Repentez­vous!



Acte 3

Premier tableau

Une galerie du palais d'Ys. A droite, l'entrée de la chapelle. A gauche, la porte de la chambre de Rozenn, précédée de quelques marches. Groupes de jeunes seigneurs, compagnons de Mylio, et de Jeunes filles, suivantes et amies de Rozenn. Entre les deux groupes se tient Jahel, grand maitre du palais.

JAHEL
Vous qui venez ici chercher notre maîtresse,
Il faut, suivant l'antique usage de l'Armor,
Envoyés de l'époux, que votre vœu s'adresse
Aux gardiennes de ce trésor.

Jahel se retire.

JEUNES GENS
Ouvrez cette porte à la fiancée
Avec nous bien vite elle s'en ira,

JEUNES FILLES
Non!
D'un espoir trompeur votre âme est bercée.
Celle que l'on réclame ici restera.

JEUNES GENS
Ouvrez !
Toujours rester seule, est­ce point folie
Avec tant de grâce et tant de beauté?

JEUNES FILLES
Folie! On peut être sage en étant jolie,
Non! Et rien n'est si doux que la liberté.

JEUNES GENS
Ouvrez !

JEUNES FILLES
Non!

JEUNES GENS
Au moindre désir prêt à se soumettre...

JEUNES FILLES
Se soumettre!

JEUNES GENS
C'est un doux amant qui lui tend les bras.

JEUNES FILLES
Cet amant bientôt fera place au maître,
La porte pour lui ne s'ouvrira pas.

JEUNES GENS
Ouvrez!

JEUNES FILLES
Non!

MYLIO, paraît au milieu de ses compagnons
Puisqu'on ne peut fléchir ces jalouses gardiennes,
Ah! laissez­-moi
Conter mes peines
Et mon émoi.

Vainement, ma bien­-aimée!
On croit me désespérer;
Près de ta porte fermée
Je veux encore demeurer.

JEUNES FILLES
Vainement près de sa porte
Il veut encor demeurer.

MYLIO
Les soleils pourront s'étendre.
Les nuits remplacer les jours.
Sans t'accuser et sans me plaindre
Là, je resterai toujours.

JEUNES FILLES
Toujours, toujours!

MYLIO
Je le sais, ton âme est douce,
Et l'heure bientôt viendra
Où la main qui me repousse
Vers la meinne se tendra.

JEUNES FILLES
Vrainement près de sa porte
Il veut encor demeurer!

MYLIO
Ne sois pas trop tardive
A te laisser attendrir,
Si Rozeen bientôt n'arrive,
Je vaix, hélas! mourir.

Rozenn en grande toilette de mariée paraît sur le seuil de la porte.

LE CHŒUR
Salut à l'époux
Comme à l'épousée!

ROZENN, à ses amies
Pourquoi lutter de la sorte;
Pensez­-vous que je voudrai
Laisser l'amant à la porte
Lorsque l'époux est entré ?

À Mylio.

Puisqu'une âme rebelle
eut briser si noble cœur,
J'entends la voix qui m'appelle:
Soyez mon maître et seigneur.

LE CHŒUR
Ponr être hénis. marchez à l'autel!

ROZENN
Où cela pourra vous plaire,
Avec vous emmenez­mol:
Toujours, clémente ou sévère
Votre loi sera ma loi.

C'est une douce chose
De tenir ce qu'on promet,
Quand le devoir qui s'impose
Est le rêve qu'on formait.

LE CHŒUR
Sur vos jeunes fronts descendront bientôt
Les grâces du ciel!

Le cortège se forme lentement et se dirige vers la chapelle.

Te Deum laudamus!

Entrent Karnac et Margared. Celle­ci se dirige vers la chapelle et demeure perdue dans une contemplation douloureuse. Karnac est agité et regarde de tous côtés.

KARNAC
Voici l'heure, viens!

LE CHŒUR
Te Dominum confitemur!

MARGARED
O Mylio!

KARNAC, s'approche de Margared et l'interpelle brutalement
Allons, pas de lâche faiblesse,
Ce palais est désert, accomplis ta promesse!

MARGARED, sombre
Qu'ai­je promis ?

LE CHŒUR
Te Denm laudamus!

KARNAC
Tu dois me montrer le chemin Qui conduit aux écluses! Accomplis ta promesse!

LE CHŒUR
Te Deum laudamus!

KARNAC
Afin que sous les flots déchaînés par ma main
Cette ville maudite ait disparu demain!
Pas de lâche faiblesse!
Accomplis ta promesse!

LE CHŒUR
Te Deum laudamus!

MARGARED
Vainement de lacheté tu m'accuses!
Je ne veux plus commettre un tel crime!

LE CHŒUR
Te Deum laudamus!

MARGARED
Oubliant les terreurs de la funeste plaine,
Veux­tu que Dieu par nous soit encore outragé ?

KARNAC
Ah ! mon seul souvenir est celui de ma haine!
Et je n'ai que l'effroi de n'être pas vengé !

Avec ironie, montrant la chapelle.

Vois ton amant joyeux et beau,
Ton amant incliné
Drès d'une autre femme!

MARGARED
Tais­toi! Tais­toi!

KARNAC
Faut­il donc que ce jour
Qui voit ton désespoir consacre leur amour ?

MARGARED
Hélas ! secourez­moi!
Dieu puissant! Secourez­moi!

LE CHŒUR
Te Dominum confitemur!
Te Denm laudamus!

KARNAC
Ils vont sortir de la chapelle,
Le cœur tremblant d'un doux émoi;
L'une songeant: il est à moi!
L'autre disant: comme elle est belle!
Et puis ils s'en iront et les vents embrasés
T'apporteront ce soir le bruit de leurs baisers.

MARGARED, affolée
Tais­toi! Ah! qu'ils périssent!

MARGARED ET KARNAC
Viens! Que la mer emporte en ses profondes eaux
Ceux qui s'aiment ou se haïssent,
Que la mer emporte victimes et bourreaux!

Ils sortent rapidement. Le cortège nuptial sort de la chapelle.

LE CHŒUR
Salut à l'époux comme à l'épousée!
Le ciel a béni leurs jeunes amours.
Que sur leur destin comme une rosée,
Les grâces du ciel descendent toujours!

ROZENN
Cher Mylio!

MYLIO'
Oui, le Seigneur est bon pour nous,
Il nous delivre de cruels ennemls
Puis il met votre main dans la mienne.
Ma Rozenn, je t'aime.

ROZENN
O mon époux! je t'aime, ô Mylio ! Je t'aime!

MYLIO
A l'autel j'allais rayonnant!
Mon amour était ma prière,
Je tremble maintenant
D'un bonheur trop grand pour la terre.
Dieu qui me remet, comme un trésor sacré
Un de ses anges sous ma garde,
Désormais me regarde.

ROZENN
Dans mon cœur enivré
Ne tressaille qu'une pensce,
C'est que toujours je sentirai
Ma main par la tienne pressce,
Je ne connais, et n'ai connu jamais
Que la route par toi suivie,
Et ta vie est ma vie!

MYLIO
Que le ciel, se penchant sur nous,
Mêle son éternelle flamme
Au baiser que l'époux
Donnant toute son âme,
Met au front de la femme!

ROZENN
Je t'aime! O cher époux!
A toi toute ma vie!

MYLIO
Des chemins où tu dois marcher à mon côté,
Sois la seule clarté,
De tous mes rameaux sois la rose!

ROZENN
Mylio!

MYLIO
Et, laissant jusqu'au soir tes regards dans les miens,
En mes songes reviens
Quand ma paupière sera close.

ROZENN ET MYLIO
Aimer, c'est la loi sainte, la douce loi!
Dans l'ivresse infinie, à toi, toujours à toi!
Je t'aime et mon coeur, enfin, sur ton coeur se pose!

À ce moment, le Roi reparait au fond de la galerie, il s'avance lent et triste. Rozenn, d'un geste affectueux, éloigne doucement Mylio qui la laisse seule avec son père.

ROZENN
Je reviendrai bientôt, mon père!
Ne soyez donc pas triste ainsi!

Margared parait au fond et écoute.

LE ROI
Et l'autre enfant qui me quitta naguère,
Pourrai­je la revoir aussi ?

ROZENN
Margared reviendra !... J'ai tant prié pour elle !...

MARGARED, à part
Leur cœur à tous les deux m'ait resté fidèle!

LE ROI
Que le ciel exauce tes vœux!

MARGARED
O remords!

ROZENN ET LE ROI
Que dans l'asile choisi
Elle trouve en sa détresse
Un peu de cette tendresse
Qu'elle a méconnue ici!

MARGARED, à part
Leur douce pitié m'accable et m'oppresse.

ROZENN ET LE ROI
Surtout, ô Dieu bon! Permets
Qu'un jour l'enfant se rappelle
La demeure paternelle.

ROZENN
Oui, permets que l'enfant se rappelle
Son père qui ne l'oubliera jamais.

MARGARED, à part
O mon père!

ROZENN ET LE ROI
Dieu puissant, tu sais qu'elle est pardonnée,
Dans la demeure abandonnée,
Ramène bientôt son enfant!

Rumeurs et cris au detors qui vont grandissant.

LE ROI
Ces rumeurs, ces cris d'alarme,
Qu'est­ce donc ?

Il se retourne et apercoit Margared.

Toi! ma fille!

ROZENN, court se jeter dans les bras de sa sœur
Margared, ô ma sœur!

MARGARED
Fuyez! Ces rumeurs confuses,
Ce sourd muaissement à chaque instant plus fort,
C'est la voix de la mort qui s'approche!

ROZENN
La mort ?

MYLIO, entrant subitement
Oui!... de coupables mains ont ouvert les écluses !

ROZENN
Grand Dieu!

LE ROI
Le nom de cet infâme ?

MYLIO
Karnac! je l'ai tué!
Le flot se précipite!
La mer vient sur nous!

VOIX AU DEHORS
Fuyons vite!
Fuyons tous
Dieu puissant, secourez­nous

ROZENN
O Mylio!

MYLIO
Rozenn, Dieu nous laissera vivre!

Il entraine Rozenn.

LE ROI, à Margared
Viens, ma fille, viens!

ROZENN, MYLIO ET LA FOULE
Fuyons vite! Fuyons tous !

MARGARED, elle résiste au Roi avec désespoir
Je ne dois pas vous suivre!
Je ne dois pas vous suivre
Le remords me le défend!

LE ROI
L'amour m'ordonne à moi de sauver mon enfant.

Il entraîne Margared, et tous sortent précipitamment.

LE CHŒUR
Fuvons!
Deuxième tableau

Le plateau d'une colline où le peuple s'est réfugié. Au loin une mer houleuse et sombre. A gauche, sur les rochers, un groupe d'hommes observant les progrès des flots dont on entend les grondements.

LE CHŒUR
O Puissance infinie!
Qui par ta volonté
Fais ie flot irrité
Ou la vague aplanie,
Aujourd'hui prends pitié
De l'impuissance humaine!
Sur ton peuple agenouillé
Étends ta main souveraine!

L'eau monte, l'eau monte encore!

LE ROI
Je n'ai plus de cité! La moitié de mon peuple est déjà chez les morts.

MYLIO
Épargne au moins ceux qui survivent!

LE CHŒUR
Épargne­nous, Seigneur!
L'eau monte!
Sur ton peuple agenouillé
Etends ta main souveraine!
Prends pitié!

MYLIO
Avant ce jour jamals les flots n'ont atteint ces sommets!

MARGARED, s'avance parlant comme dans une vision et répétant des paroles entendues. Toute ia foule s'est levée et l'écoute avec anxiété.
Allant où le maître l'envoie,
Toujours l'Occan montera!
Quand il aura recu sa proie,
Soudain le flot s'apaisera!

LE CHŒUR
Que dit-­elle ?
L'eau monte toujours ! L'eau monte encor!

LE ROI, à Margared
Si tu sais quelle est la victime
Qui doit descendre aux gouffres entrouverts,
Nomme­-la donc!

MARGARED
C'est moi!

TOUS
Margared!

LE ROI
Et quel came as­-tu commis ?

MARGARED
Complice d'un pervers, Sur la cité, sur vous, j'ai déchaîné les mers !

LE CHŒUR
Mort à l'infâme!
Frappons sans merci!
Perfide femme,
Qu'elle meure ici!
Par tous maudite et par tous condamnée!
L'Enfer t'appelle et ton heure est sonnée!

ROZENN
Grâce pour ma sœur!
Cédez à ma douleur!

MYLIO ET LE ROI
Apaisez votre fureur!
Cédez à sa douleur!

LE CHŒUR
Frappons! Mort à l'infâme!
Frappons sans merci!
Par tous maudite, etc.

ROZENN, MYLIO ET LE ROI
Grâce!

LE CHŒUR
Mort! Frappons sans merci!

LE CHŒUR
L'eau monte encor!

LE ROI
O peuple! souviens­-toi,
Si grand que soit le crime et juste la sentence,
Qu'à Dieu seul appartient le soin de la vengeance.

LE CHŒUR
L'eau monte toujours!

MARGARED
Vous combattez le ciel en combattant pour moi.
Ah! mon juge m'appalle!

Violent coup de tonnerre. Effroi du peuple. Margared profite de l'effroi général pour se débarrasser de ceux qui la retenaient; elle s'élance à travers les groupes, court au fond de la scène vers le rocher le plus élevé, le gravit, arrive au sommet du rocher.

MARGARED
Seigneur! Sauve un peuple innocent!
Pardonnne a l'âme criminelle!

TOUS
Ah !

Margared se jette dans la mer, Mylio court vers le rocher. Rozenn, désespérée, s'élance avec Mylio et gravit le rocher en méme temps que lui. Au moment où ils vont atteindre le sommet, Saint Corentin, enveloppé d'un rayon lumineux, se dresse devant eux à la place où se trouvait Margared et les arréte d'un geste impérieux.

LE CHŒUR
O justice ! O terreur!
Seigneur, sauve un peuple innocent!
Pardonne à l'âme criminelle!

Le Saint disparaît, le ciel s'illumine instantanément, une blanche clarté s'épand sur les vagues calmées. La foule se relève, et, reconnaissante, tend les bras vers le ciel.

MYLIO
Gloire à Saint Corentin, qui sauve
Un peuple innocent!
Gloire à Dieu tout­-puissant!

LE CHŒUR
Gloire à Dieu tout­-puissant!



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