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ACTE IV


(Même décor qu'au premier acte. La maison et la terrasse de Julien ont disparu et l'on voit, au loin, Paris. Neuf heures du soir. En été)

Scène Première

(Le père est assis près de la table. La mère, dans la cuisine, fait la lessive. A travers la porte vitrée, on aperçoit Louise dans sa chambre; elle travaille près de la fenêtre ouverte. La mère paraît à la porte de la cuisine et s'avance; elle pose près du père un bol de tisane, l'invite timidement à boire; puis va vers la fenêtre qu'elle ouvre. Celui-ci les yeux fixés sur Louise ne semble pas le voir)

LA MÈRE
(cherchant à l'égayer; doucement)
Tu devrais te rapprocher de la fenêtre…
il y fait si bon depuis que les démolisseurs
ont balayé le vieux faubourg… et ouvert à Paris
le chemin de notre chambre.
Ah! On respire maintenant!

(cherchant à intéresser le père, immobile et sombre)

Vois la belle trouée d'air, de lumière et de vie!

LE PÈRE
(après un silence, bas, suivant des pensées)
Oui, une fameuse trouée…

(hochant la tête)

Où sont disparues bien des choses…

LA MÈRE
(entre les dents)
Bien des gens!

LE PÈRE
(lointain)
Et du bonheur!

(La mère revient lentement vers la table. Elle s'assied en face du Père; lui tend le bol l'invitant à boire; il obéit)

LA MÈRE
(affectueusement)
Tu as peut-être eu tort de travailler aujourd'hui…

LE PÈRE
(déclamé, avec rondeur)
Après vingt jours de paresse, j'ai dû faire un effort
pour m'y remettre: mais maintenant,
c'est fini et je suis d'aplomb…
Le coffre est encore solide et peut lutter longtemps!
La fatigue me fait du bien…
Et j'ai pris l'habitude du chagrin…

(La mère fait un geste de pitié et de tendresse)

Les pauvres gens peuvent-ils être heureux?
A qui le bon Dieu donnerait-il son ciel
s'il n'y avait sur la terre que des gens heureux?

(plus énergique)

Bête de somme que je suis, que tous nous sommes,
sous le joug pesant de la Fatalité!
Tristes serfs d'une besogne qui ne cesse jamais!
Piteux jouets aux mains de l'injustice dans un monde
où tout n'est que misère et déception!…
Où choses et gens sont nos ennemis;
où les enfants même, dans l'égoïsme de l'amour,
nous martyrisent, et nous disent:

(âprement)

«Vous avez assez vécu! Place! Place! Nous n'avons plus besoin de vous! Nous ne voulons plus de maîtres!»

(regardant Louise douloureusement)

Et, si l'on veut lutter contre leur folie,
ces êtres d'orgueil, narguant notre tendresse,
ajoutent leur haine à toutes nos détresses, et,
silencieux, implacables, impatients, ils attendent
que la mort les délivre…

(avec grandeur)

… de ceux qui voudraient mourir pour eux!

(Louise se lève lentement, s'accoude au mur, puis ouvre la fenêtre de sa chambre et regarde mélancoliquement dans la nuit. Le père la suit des yeux. Dans les théâtres ou la disposition de la scène ne permet pas que la geste de Louise soit vu par tous les spectateurs, elle sortira de sa chambre et ira s'accouder au balcon. Plus tard, lorsque la Mère l'appellera, elle ira directement du balcon à la cuisine. Le Père, regardant Louise, avec un sentiment différent de ce qui précède; sans tristesse ni rancune, tels doivent s'évoquer ces souvenirs heureux)

Voir naître une enfant, la fleurir de caresses,
guider ses premiers pas, sourire à son premier sourire!

(La mère s'avance, s'arrête, et regarde tristement le père. Louise pleure; le père la contemple avec une émotion croissante)

Les fatigues, les tourments, rien ne coûte:
c'est pour elle, qu'elle soit toujours plus belle…

(La mère s'avance encore, s'arrête à quelques pas du père)

L'enfant grandit, c'est maintenant une jolie demoiselle
vers laquelle s'empressent les galants!

(Louise ferme sa fenêtre et se rassied)

Tout en elle est ravissant;
ils sont fiers les vieux parents,
car la fille de leur sang est pour tous
un modèle d'honneur et de sagesse.

(Il se lève, la mère s'éloigne)

Puis, un jour, un inconnu qui passe d'un regard enjôleur
séduit la pure fille,

(s'animant)

et chasse le passé de son coeur;
s'empare de sa pensée et détruit à jamais notre bonheur.
Ah! Soit maudit le voleur d'amour!
Qui de notre fille fit pour nous une étrangère;
le ravisseur dont le caprice d'un jour
nous causa tant de larmes et changea
le foyer de calme et de joie en enfer de discorde
et de haine!

(Silence)

LA MÈRE
(de la cuisine)
Louise!

(Elle s'approche de la porte. Grave)

Louise!

LOUISE
Quoi?

LA MÈRE
Viens m'aider!

(Louise se lève, range son ouvrage, éteint sa lampe, puis ouvre la porte; le père se tourne vers elle, lui tends les bras; elle passe sans le voir, se dirige vers la cuisine et disparaît. Les deux femmes dans la cuisine, à la cantonade)

LA MÈRE
Auras-tu bientôt fini de bouder?
Tu n'as donc pas pitié de ton père?

(le père écoute avidement)

Tu supposes peut-être qu'on va te laisser retourner chez ton amoureux?

LOUISE
(vivement)
Vous l'aviez promis!

LA MÈRE
Tu sais bien qu' c'est impossible,
on n'peut pas te laisser r'commencer un' vie pareille;
tu la connais maintenant la vie de bohème,
tu sais ce que c'est: de la misère en chansons!

(Louise s'éloigne au fond de la cuisine)

voyons, sois raisonnable…

(Sa mère la suit)

sois bonne pour nous:

(émue)

ton pauvre père souffre tant!

(Mimique expressive du père: il se lève et s'approche de la cuisine où les deux femmes continuent la discussion à voix basse)

LOUISE
(dont la voix s'élève; éclatant)
L'amour libre!

LA MÈRE
(moqueuse)
L'amour libre! L'amour libre!
En prônant aujourd'hui ce qu'il appelle l'amour libre,
il n'a qu'un but: esquiver le mariage!…

(marmottant, entre ses dents)

l'amour libre!… En voilà une histoire!

(elle rit railleusement)

Ah! Ah! Ah! Ah!
Ah! Ah! Ah! Ah!

(Lentement, le père va se rasseoir)

LOUISE
Rira bien qui rira la dernière!

LA MÈRE
C'est c'que nous verrons… en attendant, va dormir,
c'est l'heure; et n'oublie pas de dire bonsoir à ton père.

(Louise paraît à la porte; elle s'avance lentement, s'arrêtant par instants, et se dirige vers le père, qui la sent venir avec émotion)

Scène Seconde

LOUISE
Bonsoir, père.

(Elle lui présente son front. Le père la saisit avec violence, la serre contre lui et l'embrasse longuement. Sans lui rendre son baiser, Louise se dégage et s'éloigne froidement. Le père tend vers elle ses bras, puis s'élance)

LE PÈRE
Louise!

(suppliant)

Louise!

(Il l'attire à lui, et la ramène près de la table. Brusque)

Regarde-moi!

(tendre)

Ne suis-je plus ton père? N'es-tu plus l'enfant

(doux)

qu'autrefois j'ai bercée dans mes bras?

(avec passion)

N'es-tu plus la fille de mon sang?

(Il l'assied sur ses genoux et la berce comme un enfant)

Reste… repose-toi… comme jadis toute petite…

(Louise cherche à s'évader, la retenant)

Reste… ah! Souviens-toi des beaux jours d'autrefois!

(Louise essaie doucement de se dégager)

Pourquoi veux-tu partir?
Est-il donc pour toi un refuge sur la terre plus doux
que le coeur de ton père?

(la berçant)

«L'enfant dormira bientôt…
L'enfant dormira bientôt…»

(la cajolant)

Comme autrefois, endors-toi!

(s'efforçant de sourire)

«Si la p'tite enfant est sage,
elle aura un' belle image…
do-do,
l'enfant do»

(Louise lève la tête)

LOUISE
(comme en rêvant)
L'enfant serait sage, tout à fait sage,
si son père voulait lui faire moins de peine
et comprendre que la douleur est mauvaise conseillère…

LE PÈRE
Pourquoi parler de peine et parler de douleur…

(avec reproche)

Quand un père, une mère t'aiment
et ne vivent que pour ton bonheur?

LOUISE
(avec amertume)
Mon bonheur?…

(avec feu)

Vous n'avez qu'un signe à faire

(Elle interroge avidement le Père. Avec détresse)

pour que revienne le bonheur.

(il détourne la tête; gentiment enfantin, mais toujours triste)

La belle image que l'enfant désire,

(à son tour elle cajole le Père)

la grâce qu'elle vous demande,

(plus déclamé, s'animant peu à peu)

c'est de n'être plus, comme un oiseau mis en cage,

(elle se lève)

privée de liberté… et emprisonnée
par votre aveugle tendresse qui s'imagine
que je puisse être heureuse à vivre
ainsi qu'une captive dans l'âge où, sans la liberté, la vie

(rageuse)

est pire que la mort!

(La mère sort de la cuisine et s'approche)

LE PÈRE
Si tu veux être libre, laisse là ton rêve de folie?…

LOUISE
(à part; rêveuse)
Mon rêve de folie!…

(au père; ardente)

Vous voulez que j'abandonne tout espoir,

(triste)

et que je mente à mes serments…

(regardant la mère; provocante)

comme vous mentîtes

(avec feu)

à vos promesses!

(La mère fait un pas vers Louise comme pour la frapper. Le père l'arrête de la main)

LA MÈRE
Insolente!

LOUISE
(imitant sa mère)
«Oh! Elle sera libre maintenant:
ce que nous demandons c'est l'avoir un peu,

(avec une sensibilité feinte)

car nous l'aimons depuis plus longtemps que vous;
elle nous aimait avant de vous connaître»

(se tournant vers sa mère)

Vous nous reconnaissiez alors
le droit de nous aimer et de nous le dire!

LA MÈRE
(outrée)
Nous vous reconnaissions le droit de vous marier,
pas autre chose! Tant pis pour toi

(sarcastique)

si ton galant, satisfait, réclame maintenant

(emphatique, ironiquement)

l'amour libre…

(brutale)

tu n'as que c'que tu mérites!

LOUISE
(indignée)
Comment!… Comment!…

(à la mère)

tu oses le nier!… N'est-il pas vrai
que tu m'avais promis de me laisser libre?

(la Mère va répondre, mais le Père se lève, il fixe gravement Louise)

LE PÈRE
La liberté que tu demandes,
c'est la liberté de courir les rues…

(sombre)

la liberté de nous déshonorer!

(Louise fait le geste d'aller vers sa chambre. Le père l'arrête au passage. Il prend Louise dans ses bras. Avec détresse)

Louise! Ô mon enfant! Qui m'aurait dit qu'un jour
tu renierais ma tendresse, et que, loin de moi,
tu demanderais à vivre,
ô Louise! Reviens à toi,..

(Il la reprend et l'assied sur ses genoux)

comme autrefois, dans mes bras, ah!
N'est-ce plus mon enfant, ma Louise chérie,
que je presse en mes bras tremblants?

(Il l'interroge ardemment. Louise, songeuse, semble ne pas le voir)

LOUISE
(hochant la tête avec amertume, un peu récitante)
Les parents voudraient qu'on restât le marmot
dont la pensée sommeille à l'ombre de leur volonté.

LE PÈRE
Les misères, les tourments, tout s'oublie auprès d'elle,
elle est si bonne, si aimante, si belle!

LOUISE
(avec mélancolie, sans regarder son père)
Pourquoi serais-je belle, si ce n'est pour être aimée!

(Elle s'échappe des bras du père)

LE PÈRE
(la suivant)
Ah! N'est-ce pas t'aimer que te donner notre vie?…

LOUISE
Vous prenez la mienne!…

LE PÈRE
N'est-ce pas t'aimer que t'avoir pardonné?…

LOUISE
Pour m'emprisonner mieux qu'autrefois!

LE PÈRE
Ah! N'est-ce pas t'aimer que te supplier,

(plus durement)

quand j'aurais le droit

(plus près de Louise, menaçant)

de te commander!

(Louise fait un geste de révolte, puis, reprenant son calme, elle se détourne lentement du bras qui la menace. A ses lèvres montent les souvenirs des protestations apprises. Un lourd silence fige les attitudes, fait prévoir l'inéluctable dénouement)

LOUISE
(avec une grandeur tragique, mais sans emphase, un peu hésitante, toujours récitante)
Tout être a le droit d'être libre!
Tout coeur a le devoir d'aimer!

(Comme frappé de stupeur, le père laisse retomber son bras. La mère hausse les épaules)

Aveugle celui qui veut garrotter
l'originale et fière volonté

(le père fait un geste de découragement; il s'éloigne vers la table)

d'une âme qui s'éveille et qui réclame sa part de soleil,

(extasiée)

sa part d'amour!

(Rayon de lune sur la fenêtre)

LE PÈRE
(découragé; d'une voix lointaine)
Ah! Ce n'est pas toi, non, ce n'est pas toi qui parles
par ta bouche méchante!

(Louise demeure immobile mais son visage exprime qu'elle n'est pas insensible à la tragique lamentation)

Non! Ce n'est pas toi… c'est une étrangère!
Une ennemie impitoyable.
Ah! Ce n'est pas ma fille!
Mon seul bien! mon espoir! Ma jolie!

VOIX LOINTAINES
Ô Jolie! Ô Jolie! Ô Jolie, Jolie, Jolie, Jolie, Jolie!

LOUISE
(avec ravissement)
Paris! Paris m'appelle!
Ô la magique, la chère musique de la grande ville!

VOIX LOINTAINES
Ah! Jolie, Jolie, Jolie, Jolie!

LE PÈRE
(avec haine, entre ses dents)
Paris!

LOUISE
Ô l'attirante promesse!

LE PÈRE
(de même)
Paris!

LOUISE
L'inoubliable, l'affolant vertige!…
Au secours de la Fille, la Ville viendrait-elle!

(de plus en plus exalté)

Paris! Paris! Paris!

(Par la fenêtre on aperçoit la ville qui peu à peu s'éclaire davantage)

Paris! Paris! Fête éternelle du plaisir!
Paris! Paris! Splendeur de mes désirs!
Paris, ô Paris! Secours ma détresse,
fais revivre l'ivresse des hymnes d'allégresse!
Que s'écroulent les murs de la triste prison!
Sonne, cloche de joie des libres épousailles!

(avec charme mais fiévreusement)

Fais revivre le charme de l'heure
où mon coeur battait contre son coeur!

LE PÈRE
(dont la colère augmente)
Ah!

LOUISE
Vers sa demeure, asile des rêves,
ville maternelle, porte-moi d'un coup d'aile!

LE PÈRE
Tais-toi!

LOUISE
Encore un jour d'amour! Encore un jour d'amour!

LE PÈRE
Tais-toi! Tais-toi!

(Le Père s'élance et ferme la fenêtre)

LA MÈRE
(indignée, mais inquiète)
Elle devient folle!

(Louise revient au milieu de la chambre)

LOUISE
(hardiment, à toute volée)
Qu'il vienne vite, vite, mon bien-aimé,
pareil aux hardis chevaliers

(poétique)

des contes bleus de la Légende.

LA MÈRE
Que dit-elle?

LOUISE
A mon appel va-t-il accourir,
le Prince Charmant, dont la caresse

(pétulant)

éveilla la petite Montmartroise
au coeur dormant!

LE PÈRE
(hors de lui)
Tu n'as pas honte!

LOUISE
Qu'il vienne donc le poète, dont la tendresse
triomphante fit une muse de la pauvre recluse!

LA MÈRE
Veux-tu te taire!

LOUISE
(rageuse)
Ce n'est plus la petite fille au coeur timide et craintif.
C'est une femme au coeur de flamme
qui veut reprendre son amant!

(Elle s'élance vers la porte. Le père lui barre le passage)

LE PÈRE
Tu ne passeras pas!

(Louise revient sur ses pas, son visage n'exprime plus qu'un invincible amour)

LOUISE
(tournant dans la chambre comme une hallucinée, et défiant ses parents)
La la la la la la
La la la la la la
Ah! Il va venir bientôt!
La la la la la la
La la la la la la
Ah! Je vais revoir les yeux du bien-aimé!
Je vais entendre sa parole!
Et mes lèvres vont pouvoir se griser
de son ardent baiser toute l'éternité!

(Affolée d'amour, tournant sur elle-même)

Julien! À moi!.. Julien! À moi!…
Julien! Pour toujours, prends-moi!

LE PÈRE
(Au paroxysme de la colère, il s'élance sur elle comme pour la frapper, puis se ravise et furieusement ouvre la porte. Louise effrayée se réfugie au bout de la chambre; la mère s'interpose, suppliante)
Ah! Misérable! va-t'en! Va-t'en le retrouver!

(ouvrant la porte)

Dans la ville qui t'appelle, va donc t'amuser!

(Il marche sur Louise, retenu par la mère)

c'est plus gai qu'ici, là-bas…
Allons, dépêche-toi! Voici la fête qui s'allume! Ah! Ah!
Toutes les filles sont là, on les entend crier:
«Que la danse commence!»
Et brûlent les lampions!… Et ronfle la musique!

(Le père repousse violemment la mère et saisit aux mains Louise effrayée. Montrant Paris)

«Voilà l'Plaisir, mesdam's!»
On danse à crever, on rit à pleurer.

(D'un geste éperdu Louise se dégage; elle recule vers la porte)

«Voilà l'Plaisir, mesdam's!»

(La mère se jette au devant du père, s'attache à lui)

On n'attend plus que toi… allons va! Mais va donc!

LA MÈRE
Pierre!

LOUISE
Ah!

LA MÈRE
(s'accrochant au père)
Laisse-là!

(Louise, tremblante, apeurée, hésitant à sortir maintenant que son père la chasse, court autour de la chambre)

LOUISE
(Râles suppliants)
Hâ! Hâ!

LE PÈRE
Dépêche-toi!

LA MÈRE
Laisse-la, je t'en prie!

LE PÈRE
M'entends-tu?

LOUISE
Hâ!

LA MÈRE
Pierre!

LOUISE
Hâ!

LE PÈRE
(presque hurlé)
Vas-tu t'en aller!

LOUISE, LA MERE
Hâ!

LE PÈRE
Ou je te jette à la porte!

(Effrayant de colère, il saisit une chaise: il fait le geste de la lancer vers Louise. mais déjà il regrette et la chaise retombe)

LA MÈRE
(tombant; cri)
Ah!

LOUISE
(affolée, s'enfuit; cri)
Ah!

Scène Troisième

(Les clartés de la ville s'éteignent subitement. Louise partie, le père regarde autour de lui. Sa colère tombe. Il regrette et s'élance dans l'escalier. On l'entend qui appelle)

LE PÈRE
Louise!… Louise!…

(La mère se relève, court à la fenêtre qu'elle ouvre et regarde dans la nuit. Le père reparaît. Il reste un moment sur le seuil, comme terrassé par la douleur; il s'avance lentement, titubant, s'accrochant aux meubles,… croyant entendre revenir Louise, il fait un geste vers la porte. Il écoute les bruits du dehors, fixe, haineusement la ville dont les lueurs lointaines reparaissent vacillantes)

LE PÈRE
(tendant le poing vers la ville, avec haine et douleur)
Ô Paris!
ACTE IV


(Même décor qu'au premier acte. La maison et la terrasse de Julien ont disparu et l'on voit, au loin, Paris. Neuf heures du soir. En été)

Scène Première

(Le père est assis près de la table. La mère, dans la cuisine, fait la lessive. A travers la porte vitrée, on aperçoit Louise dans sa chambre; elle travaille près de la fenêtre ouverte. La mère paraît à la porte de la cuisine et s'avance; elle pose près du père un bol de tisane, l'invite timidement à boire; puis va vers la fenêtre qu'elle ouvre. Celui-ci les yeux fixés sur Louise ne semble pas le voir)

LA MÈRE
(cherchant à l'égayer; doucement)
Tu devrais te rapprocher de la fenêtre…
il y fait si bon depuis que les démolisseurs
ont balayé le vieux faubourg… et ouvert à Paris
le chemin de notre chambre.
Ah! On respire maintenant!

(cherchant à intéresser le père, immobile et sombre)

Vois la belle trouée d'air, de lumière et de vie!

LE PÈRE
(après un silence, bas, suivant des pensées)
Oui, une fameuse trouée…

(hochant la tête)

Où sont disparues bien des choses…

LA MÈRE
(entre les dents)
Bien des gens!

LE PÈRE
(lointain)
Et du bonheur!

(La mère revient lentement vers la table. Elle s'assied en face du Père; lui tend le bol l'invitant à boire; il obéit)

LA MÈRE
(affectueusement)
Tu as peut-être eu tort de travailler aujourd'hui…

LE PÈRE
(déclamé, avec rondeur)
Après vingt jours de paresse, j'ai dû faire un effort
pour m'y remettre: mais maintenant,
c'est fini et je suis d'aplomb…
Le coffre est encore solide et peut lutter longtemps!
La fatigue me fait du bien…
Et j'ai pris l'habitude du chagrin…

(La mère fait un geste de pitié et de tendresse)

Les pauvres gens peuvent-ils être heureux?
A qui le bon Dieu donnerait-il son ciel
s'il n'y avait sur la terre que des gens heureux?

(plus énergique)

Bête de somme que je suis, que tous nous sommes,
sous le joug pesant de la Fatalité!
Tristes serfs d'une besogne qui ne cesse jamais!
Piteux jouets aux mains de l'injustice dans un monde
où tout n'est que misère et déception!…
Où choses et gens sont nos ennemis;
où les enfants même, dans l'égoïsme de l'amour,
nous martyrisent, et nous disent:

(âprement)

«Vous avez assez vécu! Place! Place! Nous n'avons plus besoin de vous! Nous ne voulons plus de maîtres!»

(regardant Louise douloureusement)

Et, si l'on veut lutter contre leur folie,
ces êtres d'orgueil, narguant notre tendresse,
ajoutent leur haine à toutes nos détresses, et,
silencieux, implacables, impatients, ils attendent
que la mort les délivre…

(avec grandeur)

… de ceux qui voudraient mourir pour eux!

(Louise se lève lentement, s'accoude au mur, puis ouvre la fenêtre de sa chambre et regarde mélancoliquement dans la nuit. Le père la suit des yeux. Dans les théâtres ou la disposition de la scène ne permet pas que la geste de Louise soit vu par tous les spectateurs, elle sortira de sa chambre et ira s'accouder au balcon. Plus tard, lorsque la Mère l'appellera, elle ira directement du balcon à la cuisine. Le Père, regardant Louise, avec un sentiment différent de ce qui précède; sans tristesse ni rancune, tels doivent s'évoquer ces souvenirs heureux)

Voir naître une enfant, la fleurir de caresses,
guider ses premiers pas, sourire à son premier sourire!

(La mère s'avance, s'arrête, et regarde tristement le père. Louise pleure; le père la contemple avec une émotion croissante)

Les fatigues, les tourments, rien ne coûte:
c'est pour elle, qu'elle soit toujours plus belle…

(La mère s'avance encore, s'arrête à quelques pas du père)

L'enfant grandit, c'est maintenant une jolie demoiselle
vers laquelle s'empressent les galants!

(Louise ferme sa fenêtre et se rassied)

Tout en elle est ravissant;
ils sont fiers les vieux parents,
car la fille de leur sang est pour tous
un modèle d'honneur et de sagesse.

(Il se lève, la mère s'éloigne)

Puis, un jour, un inconnu qui passe d'un regard enjôleur
séduit la pure fille,

(s'animant)

et chasse le passé de son coeur;
s'empare de sa pensée et détruit à jamais notre bonheur.
Ah! Soit maudit le voleur d'amour!
Qui de notre fille fit pour nous une étrangère;
le ravisseur dont le caprice d'un jour
nous causa tant de larmes et changea
le foyer de calme et de joie en enfer de discorde
et de haine!

(Silence)

LA MÈRE
(de la cuisine)
Louise!

(Elle s'approche de la porte. Grave)

Louise!

LOUISE
Quoi?

LA MÈRE
Viens m'aider!

(Louise se lève, range son ouvrage, éteint sa lampe, puis ouvre la porte; le père se tourne vers elle, lui tends les bras; elle passe sans le voir, se dirige vers la cuisine et disparaît. Les deux femmes dans la cuisine, à la cantonade)

LA MÈRE
Auras-tu bientôt fini de bouder?
Tu n'as donc pas pitié de ton père?

(le père écoute avidement)

Tu supposes peut-être qu'on va te laisser retourner chez ton amoureux?

LOUISE
(vivement)
Vous l'aviez promis!

LA MÈRE
Tu sais bien qu' c'est impossible,
on n'peut pas te laisser r'commencer un' vie pareille;
tu la connais maintenant la vie de bohème,
tu sais ce que c'est: de la misère en chansons!

(Louise s'éloigne au fond de la cuisine)

voyons, sois raisonnable…

(Sa mère la suit)

sois bonne pour nous:

(émue)

ton pauvre père souffre tant!

(Mimique expressive du père: il se lève et s'approche de la cuisine où les deux femmes continuent la discussion à voix basse)

LOUISE
(dont la voix s'élève; éclatant)
L'amour libre!

LA MÈRE
(moqueuse)
L'amour libre! L'amour libre!
En prônant aujourd'hui ce qu'il appelle l'amour libre,
il n'a qu'un but: esquiver le mariage!…

(marmottant, entre ses dents)

l'amour libre!… En voilà une histoire!

(elle rit railleusement)

Ah! Ah! Ah! Ah!
Ah! Ah! Ah! Ah!

(Lentement, le père va se rasseoir)

LOUISE
Rira bien qui rira la dernière!

LA MÈRE
C'est c'que nous verrons… en attendant, va dormir,
c'est l'heure; et n'oublie pas de dire bonsoir à ton père.

(Louise paraît à la porte; elle s'avance lentement, s'arrêtant par instants, et se dirige vers le père, qui la sent venir avec émotion)

Scène Seconde

LOUISE
Bonsoir, père.

(Elle lui présente son front. Le père la saisit avec violence, la serre contre lui et l'embrasse longuement. Sans lui rendre son baiser, Louise se dégage et s'éloigne froidement. Le père tend vers elle ses bras, puis s'élance)

LE PÈRE
Louise!

(suppliant)

Louise!

(Il l'attire à lui, et la ramène près de la table. Brusque)

Regarde-moi!

(tendre)

Ne suis-je plus ton père? N'es-tu plus l'enfant

(doux)

qu'autrefois j'ai bercée dans mes bras?

(avec passion)

N'es-tu plus la fille de mon sang?

(Il l'assied sur ses genoux et la berce comme un enfant)

Reste… repose-toi… comme jadis toute petite…

(Louise cherche à s'évader, la retenant)

Reste… ah! Souviens-toi des beaux jours d'autrefois!

(Louise essaie doucement de se dégager)

Pourquoi veux-tu partir?
Est-il donc pour toi un refuge sur la terre plus doux
que le coeur de ton père?

(la berçant)

«L'enfant dormira bientôt…
L'enfant dormira bientôt…»

(la cajolant)

Comme autrefois, endors-toi!

(s'efforçant de sourire)

«Si la p'tite enfant est sage,
elle aura un' belle image…
do-do,
l'enfant do»

(Louise lève la tête)

LOUISE
(comme en rêvant)
L'enfant serait sage, tout à fait sage,
si son père voulait lui faire moins de peine
et comprendre que la douleur est mauvaise conseillère…

LE PÈRE
Pourquoi parler de peine et parler de douleur…

(avec reproche)

Quand un père, une mère t'aiment
et ne vivent que pour ton bonheur?

LOUISE
(avec amertume)
Mon bonheur?…

(avec feu)

Vous n'avez qu'un signe à faire

(Elle interroge avidement le Père. Avec détresse)

pour que revienne le bonheur.

(il détourne la tête; gentiment enfantin, mais toujours triste)

La belle image que l'enfant désire,

(à son tour elle cajole le Père)

la grâce qu'elle vous demande,

(plus déclamé, s'animant peu à peu)

c'est de n'être plus, comme un oiseau mis en cage,

(elle se lève)

privée de liberté… et emprisonnée
par votre aveugle tendresse qui s'imagine
que je puisse être heureuse à vivre
ainsi qu'une captive dans l'âge où, sans la liberté, la vie

(rageuse)

est pire que la mort!

(La mère sort de la cuisine et s'approche)

LE PÈRE
Si tu veux être libre, laisse là ton rêve de folie?…

LOUISE
(à part; rêveuse)
Mon rêve de folie!…

(au père; ardente)

Vous voulez que j'abandonne tout espoir,

(triste)

et que je mente à mes serments…

(regardant la mère; provocante)

comme vous mentîtes

(avec feu)

à vos promesses!

(La mère fait un pas vers Louise comme pour la frapper. Le père l'arrête de la main)

LA MÈRE
Insolente!

LOUISE
(imitant sa mère)
«Oh! Elle sera libre maintenant:
ce que nous demandons c'est l'avoir un peu,

(avec une sensibilité feinte)

car nous l'aimons depuis plus longtemps que vous;
elle nous aimait avant de vous connaître»

(se tournant vers sa mère)

Vous nous reconnaissiez alors
le droit de nous aimer et de nous le dire!

LA MÈRE
(outrée)
Nous vous reconnaissions le droit de vous marier,
pas autre chose! Tant pis pour toi

(sarcastique)

si ton galant, satisfait, réclame maintenant

(emphatique, ironiquement)

l'amour libre…

(brutale)

tu n'as que c'que tu mérites!

LOUISE
(indignée)
Comment!… Comment!…

(à la mère)

tu oses le nier!… N'est-il pas vrai
que tu m'avais promis de me laisser libre?

(la Mère va répondre, mais le Père se lève, il fixe gravement Louise)

LE PÈRE
La liberté que tu demandes,
c'est la liberté de courir les rues…

(sombre)

la liberté de nous déshonorer!

(Louise fait le geste d'aller vers sa chambre. Le père l'arrête au passage. Il prend Louise dans ses bras. Avec détresse)

Louise! Ô mon enfant! Qui m'aurait dit qu'un jour
tu renierais ma tendresse, et que, loin de moi,
tu demanderais à vivre,
ô Louise! Reviens à toi,..

(Il la reprend et l'assied sur ses genoux)

comme autrefois, dans mes bras, ah!
N'est-ce plus mon enfant, ma Louise chérie,
que je presse en mes bras tremblants?

(Il l'interroge ardemment. Louise, songeuse, semble ne pas le voir)

LOUISE
(hochant la tête avec amertume, un peu récitante)
Les parents voudraient qu'on restât le marmot
dont la pensée sommeille à l'ombre de leur volonté.

LE PÈRE
Les misères, les tourments, tout s'oublie auprès d'elle,
elle est si bonne, si aimante, si belle!

LOUISE
(avec mélancolie, sans regarder son père)
Pourquoi serais-je belle, si ce n'est pour être aimée!

(Elle s'échappe des bras du père)

LE PÈRE
(la suivant)
Ah! N'est-ce pas t'aimer que te donner notre vie?…

LOUISE
Vous prenez la mienne!…

LE PÈRE
N'est-ce pas t'aimer que t'avoir pardonné?…

LOUISE
Pour m'emprisonner mieux qu'autrefois!

LE PÈRE
Ah! N'est-ce pas t'aimer que te supplier,

(plus durement)

quand j'aurais le droit

(plus près de Louise, menaçant)

de te commander!

(Louise fait un geste de révolte, puis, reprenant son calme, elle se détourne lentement du bras qui la menace. A ses lèvres montent les souvenirs des protestations apprises. Un lourd silence fige les attitudes, fait prévoir l'inéluctable dénouement)

LOUISE
(avec une grandeur tragique, mais sans emphase, un peu hésitante, toujours récitante)
Tout être a le droit d'être libre!
Tout coeur a le devoir d'aimer!

(Comme frappé de stupeur, le père laisse retomber son bras. La mère hausse les épaules)

Aveugle celui qui veut garrotter
l'originale et fière volonté

(le père fait un geste de découragement; il s'éloigne vers la table)

d'une âme qui s'éveille et qui réclame sa part de soleil,

(extasiée)

sa part d'amour!

(Rayon de lune sur la fenêtre)

LE PÈRE
(découragé; d'une voix lointaine)
Ah! Ce n'est pas toi, non, ce n'est pas toi qui parles
par ta bouche méchante!

(Louise demeure immobile mais son visage exprime qu'elle n'est pas insensible à la tragique lamentation)

Non! Ce n'est pas toi… c'est une étrangère!
Une ennemie impitoyable.
Ah! Ce n'est pas ma fille!
Mon seul bien! mon espoir! Ma jolie!

VOIX LOINTAINES
Ô Jolie! Ô Jolie! Ô Jolie, Jolie, Jolie, Jolie, Jolie!

LOUISE
(avec ravissement)
Paris! Paris m'appelle!
Ô la magique, la chère musique de la grande ville!

VOIX LOINTAINES
Ah! Jolie, Jolie, Jolie, Jolie!

LE PÈRE
(avec haine, entre ses dents)
Paris!

LOUISE
Ô l'attirante promesse!

LE PÈRE
(de même)
Paris!

LOUISE
L'inoubliable, l'affolant vertige!…
Au secours de la Fille, la Ville viendrait-elle!

(de plus en plus exalté)

Paris! Paris! Paris!

(Par la fenêtre on aperçoit la ville qui peu à peu s'éclaire davantage)

Paris! Paris! Fête éternelle du plaisir!
Paris! Paris! Splendeur de mes désirs!
Paris, ô Paris! Secours ma détresse,
fais revivre l'ivresse des hymnes d'allégresse!
Que s'écroulent les murs de la triste prison!
Sonne, cloche de joie des libres épousailles!

(avec charme mais fiévreusement)

Fais revivre le charme de l'heure
où mon coeur battait contre son coeur!

LE PÈRE
(dont la colère augmente)
Ah!

LOUISE
Vers sa demeure, asile des rêves,
ville maternelle, porte-moi d'un coup d'aile!

LE PÈRE
Tais-toi!

LOUISE
Encore un jour d'amour! Encore un jour d'amour!

LE PÈRE
Tais-toi! Tais-toi!

(Le Père s'élance et ferme la fenêtre)

LA MÈRE
(indignée, mais inquiète)
Elle devient folle!

(Louise revient au milieu de la chambre)

LOUISE
(hardiment, à toute volée)
Qu'il vienne vite, vite, mon bien-aimé,
pareil aux hardis chevaliers

(poétique)

des contes bleus de la Légende.

LA MÈRE
Que dit-elle?

LOUISE
A mon appel va-t-il accourir,
le Prince Charmant, dont la caresse

(pétulant)

éveilla la petite Montmartroise
au coeur dormant!

LE PÈRE
(hors de lui)
Tu n'as pas honte!

LOUISE
Qu'il vienne donc le poète, dont la tendresse
triomphante fit une muse de la pauvre recluse!

LA MÈRE
Veux-tu te taire!

LOUISE
(rageuse)
Ce n'est plus la petite fille au coeur timide et craintif.
C'est une femme au coeur de flamme
qui veut reprendre son amant!

(Elle s'élance vers la porte. Le père lui barre le passage)

LE PÈRE
Tu ne passeras pas!

(Louise revient sur ses pas, son visage n'exprime plus qu'un invincible amour)

LOUISE
(tournant dans la chambre comme une hallucinée, et défiant ses parents)
La la la la la la
La la la la la la
Ah! Il va venir bientôt!
La la la la la la
La la la la la la
Ah! Je vais revoir les yeux du bien-aimé!
Je vais entendre sa parole!
Et mes lèvres vont pouvoir se griser
de son ardent baiser toute l'éternité!

(Affolée d'amour, tournant sur elle-même)

Julien! À moi!.. Julien! À moi!…
Julien! Pour toujours, prends-moi!

LE PÈRE
(Au paroxysme de la colère, il s'élance sur elle comme pour la frapper, puis se ravise et furieusement ouvre la porte. Louise effrayée se réfugie au bout de la chambre; la mère s'interpose, suppliante)
Ah! Misérable! va-t'en! Va-t'en le retrouver!

(ouvrant la porte)

Dans la ville qui t'appelle, va donc t'amuser!

(Il marche sur Louise, retenu par la mère)

c'est plus gai qu'ici, là-bas…
Allons, dépêche-toi! Voici la fête qui s'allume! Ah! Ah!
Toutes les filles sont là, on les entend crier:
«Que la danse commence!»
Et brûlent les lampions!… Et ronfle la musique!

(Le père repousse violemment la mère et saisit aux mains Louise effrayée. Montrant Paris)

«Voilà l'Plaisir, mesdam's!»
On danse à crever, on rit à pleurer.

(D'un geste éperdu Louise se dégage; elle recule vers la porte)

«Voilà l'Plaisir, mesdam's!»

(La mère se jette au devant du père, s'attache à lui)

On n'attend plus que toi… allons va! Mais va donc!

LA MÈRE
Pierre!

LOUISE
Ah!

LA MÈRE
(s'accrochant au père)
Laisse-là!

(Louise, tremblante, apeurée, hésitant à sortir maintenant que son père la chasse, court autour de la chambre)

LOUISE
(Râles suppliants)
Hâ! Hâ!

LE PÈRE
Dépêche-toi!

LA MÈRE
Laisse-la, je t'en prie!

LE PÈRE
M'entends-tu?

LOUISE
Hâ!

LA MÈRE
Pierre!

LOUISE
Hâ!

LE PÈRE
(presque hurlé)
Vas-tu t'en aller!

LOUISE, LA MERE
Hâ!

LE PÈRE
Ou je te jette à la porte!

(Effrayant de colère, il saisit une chaise: il fait le geste de la lancer vers Louise. mais déjà il regrette et la chaise retombe)

LA MÈRE
(tombant; cri)
Ah!

LOUISE
(affolée, s'enfuit; cri)
Ah!

Scène Troisième

(Les clartés de la ville s'éteignent subitement. Louise partie, le père regarde autour de lui. Sa colère tombe. Il regrette et s'élance dans l'escalier. On l'entend qui appelle)

LE PÈRE
Louise!… Louise!…

(La mère se relève, court à la fenêtre qu'elle ouvre et regarde dans la nuit. Le père reparaît. Il reste un moment sur le seuil, comme terrassé par la douleur; il s'avance lentement, titubant, s'accrochant aux meubles,… croyant entendre revenir Louise, il fait un geste vers la porte. Il écoute les bruits du dehors, fixe, haineusement la ville dont les lueurs lointaines reparaissent vacillantes)

LE PÈRE
(tendant le poing vers la ville, avec haine et douleur)
Ô Paris!



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