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ACTE QUATRIÈME

La Fête dans le patio de la belle Dulcinée
Musique invisible, on danse au loin, groupes aperçus de temps à autre. Dulcinée est dans un angle du patio, entourée de galants; elle est pensive.

JUAN
chagrin, à Dulcinée
Alors… traîtresse… je n'ai plus rien à espérer?

DULCINÉE
préoccupée, distraite
Plus rien… mais Pepita saura te consoler.

Juan s'éloigne? attristé

RODRIGUEZ
s'empressant à son tour et galamment
De ma grande détresse
Quand aurez-vous pitié?

GARCIAS
de même
Et resterez-vous la maîtresse…

PEDRO
finissant la phrase
…de celui qui souffre à vos pieds?

DULCINÉE
nonchalammant
Pauvres amis? vous m'ennuyez!
Rodriguez, Garcias et Pedro s'éloignent dépités
J'ai bien assez de mes tristesses…
Des danses lentes et silencieuses continuent au lointain accompagnées par la musique invisible.
(dans un rêve)
Lorsque le temps d'amour a fui,
Que reste-t'il de nos bonheurs?
Que reste-t'il des bonheurs?
Et des étés,
Lorsque la nuit dans ses voiles ansevelit
L'éclat des fleurs…
Lorsque le temps d'amour a fui
Qui peut croire aux bonheurs?
Qui peut croire aux bonheurs?
Lorsque le temps d'amour a fui…
Le temps d'amour?

Les danses ont cessé dans le lointain, la musique s'est tue tout la foule envahit le patio; Dulcinée s'est levée et est aussitôt entourée des amoureux qui s'empressent autour d'elle, mais voici que Rodriguez observera Juan se rapprochant de Dulcinée; même jeu de la part de Juan.

RODRIGUEZ
à part
Par fortune! Par fortune! serait-ce son tour?
Aura-t'il plus de chance… en lui parlant d'amour?

DULCINÉE
à part, les regardant malicieusement
Pauvres amis! Pauvres amis! ah! vous m'ennuyez! mes amis!
Vous m'ennuyez! vous n'aurez pas de chance en me parlant…
En me parlant d'amour!
riant
Ah! ah! ah!…mes pauvres amis!
Mes amis! vous n'aurez pas de chance
En me parlant d'amour!…en me parlant d'amour!
riant
Ah! ah! ah!

JUAN
à part
Par fortune! Par fortune! serait-ce son tour?
aura-t'il plus de chance…
En lui parlant d'amour?
Par fortune! Par fortune! serait-ce son tour?
aura-t'il plus de chance…
En lui parlant d'amour?

Toute la foule entoure Dulcinée; grand mouvement.

DULCINÉE
autre ton, autre allure
Ah!
ad libitum, tempo rubato
J'ai en ce moment le désir d'autre chose…
Je rêve et je pleure sans cause…
Je suis très à plaindre… et c'est pitié vraiment
De n'être pas ravie ayant de tels amants.

JUAN
Que dit-elle?

RODRIGUEZ
Que dit-elle?

PEDRO et GARCIAS
Hein?

DULCINÉE
machinalement
Je voudrais être aimée autrement que par vous…
Et qu'à l'accoutumée…
Ah! soyez imprévus, superbes, éclatants,
Car c'est de l'inédit que mon rêve demande…
Et d'inconnus frissons mordant ma chair gourmade!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ, JUAN et LA FOULE
Vivat pour Dulcinée!
Indomptable! Indomptable!
Vivat! vivat! Vivat! vivat!
Dulcinée a saisi une guitare.
gai et léger
… vivat! vivat! vivat!

DULCINÉE
avec fièvre
Alza! alza!
Ne pensons qu'au plaisir d'aimer,
A la fièvre des heures brèves
Où l'on sent le coeur se pâmer
Sous les baisers cueillis aux lèvres!
Olé!
Alza!
Que les yeux plongent dans les yeux,
Désirs courez la pretentaine;
Et jeunes gens, qu'il vous souvienne
Que l'amour sourit aux audacieux.
Anda!
Ne pensons qu'aux minutes brèves
Où les âmes vont se pâmer
Dans l'ivresse de s'adorer…
Sur les baisers pris sur les lèvres!

Elle danse

LA FOULE
Toute la Foule en hurlant d'enthousiasme
Alza!!!
Après ces applaudissements, des valets paraissent à la porte de la salle où aura lieu le souper dont on aperçoit les tables somptueusement servies. Tout la foule se dirigera peu à peu vers le souper.
on chante.
L'aube bientôt blanchira l'horizon!
on danse.
on chante.
Nous saluerons l'aurore en soupant verre en main!
on danse.
on chante.
Tandis que les vieux vins encore emporteront
Ce qui nous reste de raison!
on danse.
on chante.
L'aube bientôt blanchira l'horizon!
on danse.

Pendant qu'on s'éloigne peu à peu Pedro, Garcias, Rodriguez et Juan chantent entre eux, et après ils iront se diriger vers la salle du souper en suivant Dulcinée qui les y conduira gaîment.

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
L'aube bientôt blanchira l'horizon!
Nous saluerons l'aurore en soupant verre en main!

DULCINÉE
Soupons, soupons le verre en main!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
L'aube bientôt blanchira l'horizon!

DULCINÉE
Soupons, soupons le verre en main!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
Le verre en main!

Quelques instants après la sortie de Tous, Sancho est introduit par deux laquais.

SANCHO
faisant l'important et l'homme pressé, au premier valet ahuri.
Tout ce récit, jusqu'au bout: précipité et avec une seule et rapide respiration
Annonce le Grand Don Quichotte de la Manche,
Baron, chevalier de la Longue Figure,
Arrivant en Estramadure
Avec son écuyer le valeureux Don Sanche!

LE 1er LAQUAIS
ahuri
El señor… El señor… Quichotte… Estramadure…

SANCHO
Idiot!

LE 2d LAQUAIS
de même
El señor… chevalier d la Longue Figure…

SANCHO
condescendant
Mieux!

Don Quichotte entre, compassé, solennel.

LE 1er LAQUAIS
éclatant de rire, bas, à son camarade
Sont-ils drôles, j'augure que cet homme
N'a rien mangé depuis deux ans!

LE 2d LAQUAIS
Encore s'il nous faisait quelques riches présents!

Sancho s'apercevant de leur manège court sur eux furieux et les bouscule; les valets se sauvent apeurés.

SANCHO
aux valets disparus
Que le grand chevalier rêve, chante ou soupire,
Moi seul, entendez-vous, ai le droit de sourire!

DON QUICHOTTE
épanoui
J'entre enfin dans la joie!

SANCHO
geignant
Quand donc dans l'abondance et dans l'oisiveté?

DON QUICHOTTE
J'entre dans l'immortalité!

SANCHO
Quand pourrai-je palper le plus mince pécule?

DON QUICHOTTE
J'entre enfin dans la joie, et l'immortalité!

SANCHO
Quand donc dans l'opulence
et dans l'oisiveté? quand donc?
geinant encore plus
Quand donc dans l'abondance? et dans l'oisiveté?

DON QUICHOTTE
le réconfortant joyeusement
Tout vont t'échoir,
J'en jure par Hercule.

SANCHO
heureux
Tous ces biens vont m'échoir!

DON QUICHOTTE
avec gravité
Pour ton dévouement, ta vertu,
Je songe à t'enrichir.
très sérieusement
Que dirais-tu
D'une île?

SANCHO
? une île?

DON QUICHOTTE
Ou d'un château festonné de tourelles?
Ceint d'un parc, où le soir glissent des tourterelles?

SANCHO
ravi
Enfin!
stupéfait
Une île? un château?
la figure épatée par un large sourire
Ce rêve me sourit.
Mais dans combien de temps?

DON QUICHOTTE
réfléchissant
Ce soir… demain… peut-être…

SANCHO
paradant
O bien heureux moment où vêtu d'or, de brocatelles,
Le jabot fleuri de dentelles,
Devant mes gens je paraîtrai,
Moi leur seigneur et maître, en habit chamaré!

DON QUICHOTTE
avec assurance
Radieuse pour nous s'ouvre la Destinée!

SANCHO
exultant formidablement
Oh!! oh!! oh!! oh!!

DON QUICHOTTE
avec une tendre émotion
D'abord, ce soir, j'épouse Dulcinée,
sous le regard étonné de Sancho à cette nouvelle
Et l'emmène au pays charmant…
Où tout est rêve… enchantement…
L'heure y coule exquise, et se savoure toute.

SANCHO
intrigué
Où perche cet Eden?

DON QUICHOTTE
avec mystère
Moi seul en sais la route.

SANCHO
? lui seul?

DON QUICHOTTE
? moi seul!

SANCHO
? en sait la route!

Tous deux glorieusement.

DON QUICHOTTE
J'entre enfin dans la joie et l'immortalité!

SANCHO
Il connaît l'abondance et la félicité!

Des valets soulèvent les tentures de la salle du souper; au loin, on entend les bruits de la fête.

LA FOULE
au loin
L'aube bientôt blanchira l'horizon!

DON QUICHOTTE
avec une indicible émotion
Mais… voici… Dulcinée… ah! que je suis heureux!

LA FOULE
au loin
Nous saluerons l'aurore en soupant verre en main!

DON QUICHOTTE
Mon Sancho, tu vas voir, tu vas voir cet accueil chaleureux!

Dulcinée aperçoit Don Quichotte. Vivement elle s'avance et l'examine. Mouvement joyeux et moqeur de la part de tous.

DULCINÉE
Tiens, c'est vous chevalier? mais,
Pas une blessure? pas une égratignure?

DON QUICHOTTE
souriant, calme; avec un large geste
Intact!

DULCINÉE
souriante, malicieuse
Intact?
gaîment
Vivat!

Rires de la Foule.

RODRIGUEZ et JUAN
tous deux à Don Quichotte et à Sancho
On ne s'explique pas qu'à deux,
Vous ayez pu vous tirer de ce pas.

PEDRO et GARCIAS
tous deux à Don Quichotte et à Sancho
On ne s'explique pas qu'à deux, qu'à deux
Vous ayez pu vous tirer de ce pas.

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
Donnez de vos exploits, la preuve? la preuve? malepeste!

SANCHO
désignant son maître
Ne la voyez-vous pas,
Chers seigneurs, à son geste?
fièrement
…à deux!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ,
JUAN et LA FOULE
On ne s'explique pas qu'à deux,
Vous ayez pu vous tirer de ce pas.
Donnez de vos exploits la preuve!
La preuve!! Donnez la preuve!

SANCHO
Cher seigneurs!
Voyez? voyez son geste!

DULCINÉE
rieuse et incrédule aussi, à Don Quichotte
Auriez-vous donc les trente perles fines?

DON QUICHOTTE
navré, éffondré
Elle a douté!
Il exhume du fond de sa pauvre cape le collier qu'il tend d'un geste douloureux Dulcinée.
Voici, madame, le collier.

DULCINÉE
stupéfaite; vivement
Mon collier?

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos, Rodriguez et Juan avec les Ténors; en joie
Ah!!

Dulcinée avec joie reconnaît son collier et s'en pare aussitôt.

DULCINÉE
hardiment
Mon chevalier! Il faut que je t'embrasse!

Dulcinée saute au cou de Don Quichotte.

LA FOULE
tous désignant Don Quichotte
Voyez de quels transports… s'illumine sa face!

DULCINÉE
avec enthousiasme et ampleur
Les plus illustres faits des héros de jadis
Sont ici dépassés, même ceux d'Amadis!

LA FOULE
tous en triomphe
Vivat! vivat! vivat! vivat!

DON QUICHOTTE
fou d'amour s'avance vers Dulcinée
Marchez dans mon chemin
Et prêtez-moi
L'appui léger de votre main,
A deux nous aimerons davantage le monde,
Le temps sera plus court, la moisson plus féconde?
Les maux dont geint l'humanité
Ont besoin de la femme et de sa charité!
chaleureux
Allons vers l'Idéal, montons à grands coups d'aile!
Allons vers l'Idéal!
Allons!
Soyez mon épouse fidèle!

en lui offrant la main

DULCINÉE
riant
Me marier, moi!
Me marier, moi!
Me marier! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Me marier! ah!

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos; Rodriguez et Juan avec les Ténors; est secouée par le rire de Dulcinée qui la gagne, riant
Ah! ah! ah! ah!

DULCINÉE
Que j'abandonne ma maison?
toujours à Don Quichotte
Eh! mais… vous perdez la raison!
J'aime trop la folie et le rire
Et l'amour, mon charmant empire.
Je vous estime fort! vous êtes un galant
Fantasque, glorieux, étrange infiniiment…
Mais laissez moi, oui, laissez-moi très libre,
En ma ville natale.
riant
ah! ah! ah! ah! me marier!
aux éclats
ah! ah! ah! ah! ah! ah!

DON QUICHOTTTE
courbant la tête
O réponse fatale!
Dulcinée, d'un geste lent, éliogne la foule/ Sancho, lui-même s'efface.
Peu de mots ont suffi pour me désespérer.

DULCINÉE
au chevalier, simplement, avec son coeur
Oui, je souffre votre tristesse…
Oui, je souffre votre tristesse…
Et j'ai vraiment chagrin à vous désemparer?
Mais je dois vous désabuser… je le dois… je le dois!
Et en n'acceptant pas ce que vous proposez,
Vrai… je vous prouve ainsi ma sincère tendresse.
Vous? ami? ami? ah! j'aurais de la peine? en vous trompant?

DON QUICHOTTE
très ému
Dulcinée! Dulcinée!

DULCINÉE
émue, tristement souriante
Car c'est ma destinée
De donner de l'amour? à ceux dont le désir
Est d'avoir ou mon âme ou ma bouche à saisir.
Ah!
avec un tendre élan
Puisque vous souffrez et que je suis impure,
Indigne, lancez sur moi l'injure…
Vengez-vous!
Mais restez avec nous?
tendrement suppliante
Ah! restez avec nous!
Restez, restez! ah! restez!

DON QUICHOTTE
avec une infinie bonté
O toi dont les bras nus sont plus frais que la mousse,
Laisse-moi te parler
De ma voix la plus douce…
Avant de te quitter.
avec une gravité triste
Comme réponse à ma prière,
Pour m'avoir dit des vérités…
Femme, je te bénis:
Reste toujours sincère.
Tu m'as brisé le cour et je suis à tes pieds!
Tu m'as brisé le cour et je suis à tes pieds!
Femme, je te bénis!
C'est moi qui te bénis! c'est moi!

DULCINÉE
très tendrement expressif
Je t'ai livré mon coeur et te vois à mes pieds!
Je t'ai livré mon coeur et te vois à mes pieds!
Je t'ai livré mon coeur!
avec élan
Mon coeur!
Par toi je suis bénie par toi!

Dulcinée se penche vers le chevalier et l'embrasse au front avec ferveur. Dulcinée, au bruit de la foule qui revient, quitte le chevalier qui se relève soutenu par Sancho qui, le premier, est entré et s'est élancé vers son maître. Dulcinée rejoint ses amis. Le chevalier, à bout de forces, s'asseoit dans un coin; pendant ce qui suit, Sancho reste près de Don Quichotte et essaye de la consoler; le chevalier cherche à sourir à Sancho.

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos; Rodriguez et Juan avec les Ténors; bruyamment, à Dulcinée
Enfin, te revoilà!
Rends-nous ton clair sourire!

RODRIGUEZ
en montrant Don Quichotte
Non, ce n'est pas pour en médire…

JUAN
moqueur à Dulcinée
Mais tu prends trop souci de cette être falot.

DULCINÉE
rudement à Juan déconcerté
Si vous aviez son coeur, alors vous seriez beau!

JUAN
à des amis, en riant
Ah! ah! ah!
C'est un fou simplement qui pose à la victime.

DULCINÉE
interrompant Juan et très émue
Oui, peut-être est-il fou… mais… c'est un fou sublime!

Dulcinée s'éloigne doucement en envoyant un grand baiser au pauvre chevalier.

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos; Rodriguez et Juan avec les Ténors; après le départ de Dulcinée. Tous, entre eux, éclatant de rire.
Quelle histoire! Quelle histoire
Tout ça pour ce vieux déplumé!
Pour ce corps de héron!
Pour ce masque plissé!
Sancho frémissant sous les insultes a cherché à empêcher son maître d'entendre; mais le coup est trop rude; Don Quichotte est prêt à fondre en larmes.
Tout ça pour ce débris vermoulu du passé!
Quelle histoire!
Quelle histoire! pour ça! quelle histoire!

SANCHO
d'un geste terrible et d'une voix tonnante, à la Foule qui reste interdite
Ça, vous commettez tous un acte épouvantable,
Belle dames, seigneurs, en outrageant ici
Le héros admirable
Et hardi que voici.
avec hauteur et mépris
Riez, allez, riez du pauvre idéologue
Qui passe dans son rêve et vous parle d'églogue,
tendrement ému
D'amour et de bonté comme autrefois Jésus!
violement
Moquez-vous sans pitié de ses bas décousus,
De son pourpoint usé, de ses chausses boueuses,
flétrissant la foule qui recule devant lui
Vous… bas fripons, courtisans, gueuses,
qui devriez tomber aux pieds
De l'être saint dont vous riez?
à Don Quichotte, avec enthousiasme
Viens, mon grand!
Recommençons les belles chevauchées!
Viens, mon grand, viens!
Fonçons sur toute lâcheté…
Et donnons au malheur le pain de la bonté!
Viens, mon grand!
Viens! Viens!

Il embrasse son vieil ami qui lui tend les bras.
Rideau.
ACTE QUATRIÈME

La Fête dans le patio de la belle Dulcinée
Musique invisible, on danse au loin, groupes aperçus de temps à autre. Dulcinée est dans un angle du patio, entourée de galants; elle est pensive.

JUAN
chagrin, à Dulcinée
Alors… traîtresse… je n'ai plus rien à espérer?

DULCINÉE
préoccupée, distraite
Plus rien… mais Pepita saura te consoler.

Juan s'éloigne? attristé

RODRIGUEZ
s'empressant à son tour et galamment
De ma grande détresse
Quand aurez-vous pitié?

GARCIAS
de même
Et resterez-vous la maîtresse…

PEDRO
finissant la phrase
…de celui qui souffre à vos pieds?

DULCINÉE
nonchalammant
Pauvres amis? vous m'ennuyez!
Rodriguez, Garcias et Pedro s'éloignent dépités
J'ai bien assez de mes tristesses…
Des danses lentes et silencieuses continuent au lointain accompagnées par la musique invisible.
(dans un rêve)
Lorsque le temps d'amour a fui,
Que reste-t'il de nos bonheurs?
Que reste-t'il des bonheurs?
Et des étés,
Lorsque la nuit dans ses voiles ansevelit
L'éclat des fleurs…
Lorsque le temps d'amour a fui
Qui peut croire aux bonheurs?
Qui peut croire aux bonheurs?
Lorsque le temps d'amour a fui…
Le temps d'amour?

Les danses ont cessé dans le lointain, la musique s'est tue tout la foule envahit le patio; Dulcinée s'est levée et est aussitôt entourée des amoureux qui s'empressent autour d'elle, mais voici que Rodriguez observera Juan se rapprochant de Dulcinée; même jeu de la part de Juan.

RODRIGUEZ
à part
Par fortune! Par fortune! serait-ce son tour?
Aura-t'il plus de chance… en lui parlant d'amour?

DULCINÉE
à part, les regardant malicieusement
Pauvres amis! Pauvres amis! ah! vous m'ennuyez! mes amis!
Vous m'ennuyez! vous n'aurez pas de chance en me parlant…
En me parlant d'amour!
riant
Ah! ah! ah!…mes pauvres amis!
Mes amis! vous n'aurez pas de chance
En me parlant d'amour!…en me parlant d'amour!
riant
Ah! ah! ah!

JUAN
à part
Par fortune! Par fortune! serait-ce son tour?
aura-t'il plus de chance…
En lui parlant d'amour?
Par fortune! Par fortune! serait-ce son tour?
aura-t'il plus de chance…
En lui parlant d'amour?

Toute la foule entoure Dulcinée; grand mouvement.

DULCINÉE
autre ton, autre allure
Ah!
ad libitum, tempo rubato
J'ai en ce moment le désir d'autre chose…
Je rêve et je pleure sans cause…
Je suis très à plaindre… et c'est pitié vraiment
De n'être pas ravie ayant de tels amants.

JUAN
Que dit-elle?

RODRIGUEZ
Que dit-elle?

PEDRO et GARCIAS
Hein?

DULCINÉE
machinalement
Je voudrais être aimée autrement que par vous…
Et qu'à l'accoutumée…
Ah! soyez imprévus, superbes, éclatants,
Car c'est de l'inédit que mon rêve demande…
Et d'inconnus frissons mordant ma chair gourmade!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ, JUAN et LA FOULE
Vivat pour Dulcinée!
Indomptable! Indomptable!
Vivat! vivat! Vivat! vivat!
Dulcinée a saisi une guitare.
gai et léger
… vivat! vivat! vivat!

DULCINÉE
avec fièvre
Alza! alza!
Ne pensons qu'au plaisir d'aimer,
A la fièvre des heures brèves
Où l'on sent le coeur se pâmer
Sous les baisers cueillis aux lèvres!
Olé!
Alza!
Que les yeux plongent dans les yeux,
Désirs courez la pretentaine;
Et jeunes gens, qu'il vous souvienne
Que l'amour sourit aux audacieux.
Anda!
Ne pensons qu'aux minutes brèves
Où les âmes vont se pâmer
Dans l'ivresse de s'adorer…
Sur les baisers pris sur les lèvres!

Elle danse

LA FOULE
Toute la Foule en hurlant d'enthousiasme
Alza!!!
Après ces applaudissements, des valets paraissent à la porte de la salle où aura lieu le souper dont on aperçoit les tables somptueusement servies. Tout la foule se dirigera peu à peu vers le souper.
on chante.
L'aube bientôt blanchira l'horizon!
on danse.
on chante.
Nous saluerons l'aurore en soupant verre en main!
on danse.
on chante.
Tandis que les vieux vins encore emporteront
Ce qui nous reste de raison!
on danse.
on chante.
L'aube bientôt blanchira l'horizon!
on danse.

Pendant qu'on s'éloigne peu à peu Pedro, Garcias, Rodriguez et Juan chantent entre eux, et après ils iront se diriger vers la salle du souper en suivant Dulcinée qui les y conduira gaîment.

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
L'aube bientôt blanchira l'horizon!
Nous saluerons l'aurore en soupant verre en main!

DULCINÉE
Soupons, soupons le verre en main!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
L'aube bientôt blanchira l'horizon!

DULCINÉE
Soupons, soupons le verre en main!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
Le verre en main!

Quelques instants après la sortie de Tous, Sancho est introduit par deux laquais.

SANCHO
faisant l'important et l'homme pressé, au premier valet ahuri.
Tout ce récit, jusqu'au bout: précipité et avec une seule et rapide respiration
Annonce le Grand Don Quichotte de la Manche,
Baron, chevalier de la Longue Figure,
Arrivant en Estramadure
Avec son écuyer le valeureux Don Sanche!

LE 1er LAQUAIS
ahuri
El señor… El señor… Quichotte… Estramadure…

SANCHO
Idiot!

LE 2d LAQUAIS
de même
El señor… chevalier d la Longue Figure…

SANCHO
condescendant
Mieux!

Don Quichotte entre, compassé, solennel.

LE 1er LAQUAIS
éclatant de rire, bas, à son camarade
Sont-ils drôles, j'augure que cet homme
N'a rien mangé depuis deux ans!

LE 2d LAQUAIS
Encore s'il nous faisait quelques riches présents!

Sancho s'apercevant de leur manège court sur eux furieux et les bouscule; les valets se sauvent apeurés.

SANCHO
aux valets disparus
Que le grand chevalier rêve, chante ou soupire,
Moi seul, entendez-vous, ai le droit de sourire!

DON QUICHOTTE
épanoui
J'entre enfin dans la joie!

SANCHO
geignant
Quand donc dans l'abondance et dans l'oisiveté?

DON QUICHOTTE
J'entre dans l'immortalité!

SANCHO
Quand pourrai-je palper le plus mince pécule?

DON QUICHOTTE
J'entre enfin dans la joie, et l'immortalité!

SANCHO
Quand donc dans l'opulence
et dans l'oisiveté? quand donc?
geinant encore plus
Quand donc dans l'abondance? et dans l'oisiveté?

DON QUICHOTTE
le réconfortant joyeusement
Tout vont t'échoir,
J'en jure par Hercule.

SANCHO
heureux
Tous ces biens vont m'échoir!

DON QUICHOTTE
avec gravité
Pour ton dévouement, ta vertu,
Je songe à t'enrichir.
très sérieusement
Que dirais-tu
D'une île?

SANCHO
? une île?

DON QUICHOTTE
Ou d'un château festonné de tourelles?
Ceint d'un parc, où le soir glissent des tourterelles?

SANCHO
ravi
Enfin!
stupéfait
Une île? un château?
la figure épatée par un large sourire
Ce rêve me sourit.
Mais dans combien de temps?

DON QUICHOTTE
réfléchissant
Ce soir… demain… peut-être…

SANCHO
paradant
O bien heureux moment où vêtu d'or, de brocatelles,
Le jabot fleuri de dentelles,
Devant mes gens je paraîtrai,
Moi leur seigneur et maître, en habit chamaré!

DON QUICHOTTE
avec assurance
Radieuse pour nous s'ouvre la Destinée!

SANCHO
exultant formidablement
Oh!! oh!! oh!! oh!!

DON QUICHOTTE
avec une tendre émotion
D'abord, ce soir, j'épouse Dulcinée,
sous le regard étonné de Sancho à cette nouvelle
Et l'emmène au pays charmant…
Où tout est rêve… enchantement…
L'heure y coule exquise, et se savoure toute.

SANCHO
intrigué
Où perche cet Eden?

DON QUICHOTTE
avec mystère
Moi seul en sais la route.

SANCHO
? lui seul?

DON QUICHOTTE
? moi seul!

SANCHO
? en sait la route!

Tous deux glorieusement.

DON QUICHOTTE
J'entre enfin dans la joie et l'immortalité!

SANCHO
Il connaît l'abondance et la félicité!

Des valets soulèvent les tentures de la salle du souper; au loin, on entend les bruits de la fête.

LA FOULE
au loin
L'aube bientôt blanchira l'horizon!

DON QUICHOTTE
avec une indicible émotion
Mais… voici… Dulcinée… ah! que je suis heureux!

LA FOULE
au loin
Nous saluerons l'aurore en soupant verre en main!

DON QUICHOTTE
Mon Sancho, tu vas voir, tu vas voir cet accueil chaleureux!

Dulcinée aperçoit Don Quichotte. Vivement elle s'avance et l'examine. Mouvement joyeux et moqeur de la part de tous.

DULCINÉE
Tiens, c'est vous chevalier? mais,
Pas une blessure? pas une égratignure?

DON QUICHOTTE
souriant, calme; avec un large geste
Intact!

DULCINÉE
souriante, malicieuse
Intact?
gaîment
Vivat!

Rires de la Foule.

RODRIGUEZ et JUAN
tous deux à Don Quichotte et à Sancho
On ne s'explique pas qu'à deux,
Vous ayez pu vous tirer de ce pas.

PEDRO et GARCIAS
tous deux à Don Quichotte et à Sancho
On ne s'explique pas qu'à deux, qu'à deux
Vous ayez pu vous tirer de ce pas.

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ et JUAN
Donnez de vos exploits, la preuve? la preuve? malepeste!

SANCHO
désignant son maître
Ne la voyez-vous pas,
Chers seigneurs, à son geste?
fièrement
…à deux!

PEDRO, GARCIAS, RODRIGUEZ,
JUAN et LA FOULE
On ne s'explique pas qu'à deux,
Vous ayez pu vous tirer de ce pas.
Donnez de vos exploits la preuve!
La preuve!! Donnez la preuve!

SANCHO
Cher seigneurs!
Voyez? voyez son geste!

DULCINÉE
rieuse et incrédule aussi, à Don Quichotte
Auriez-vous donc les trente perles fines?

DON QUICHOTTE
navré, éffondré
Elle a douté!
Il exhume du fond de sa pauvre cape le collier qu'il tend d'un geste douloureux Dulcinée.
Voici, madame, le collier.

DULCINÉE
stupéfaite; vivement
Mon collier?

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos, Rodriguez et Juan avec les Ténors; en joie
Ah!!

Dulcinée avec joie reconnaît son collier et s'en pare aussitôt.

DULCINÉE
hardiment
Mon chevalier! Il faut que je t'embrasse!

Dulcinée saute au cou de Don Quichotte.

LA FOULE
tous désignant Don Quichotte
Voyez de quels transports… s'illumine sa face!

DULCINÉE
avec enthousiasme et ampleur
Les plus illustres faits des héros de jadis
Sont ici dépassés, même ceux d'Amadis!

LA FOULE
tous en triomphe
Vivat! vivat! vivat! vivat!

DON QUICHOTTE
fou d'amour s'avance vers Dulcinée
Marchez dans mon chemin
Et prêtez-moi
L'appui léger de votre main,
A deux nous aimerons davantage le monde,
Le temps sera plus court, la moisson plus féconde?
Les maux dont geint l'humanité
Ont besoin de la femme et de sa charité!
chaleureux
Allons vers l'Idéal, montons à grands coups d'aile!
Allons vers l'Idéal!
Allons!
Soyez mon épouse fidèle!

en lui offrant la main

DULCINÉE
riant
Me marier, moi!
Me marier, moi!
Me marier! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Me marier! ah!

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos; Rodriguez et Juan avec les Ténors; est secouée par le rire de Dulcinée qui la gagne, riant
Ah! ah! ah! ah!

DULCINÉE
Que j'abandonne ma maison?
toujours à Don Quichotte
Eh! mais… vous perdez la raison!
J'aime trop la folie et le rire
Et l'amour, mon charmant empire.
Je vous estime fort! vous êtes un galant
Fantasque, glorieux, étrange infiniiment…
Mais laissez moi, oui, laissez-moi très libre,
En ma ville natale.
riant
ah! ah! ah! ah! me marier!
aux éclats
ah! ah! ah! ah! ah! ah!

DON QUICHOTTTE
courbant la tête
O réponse fatale!
Dulcinée, d'un geste lent, éliogne la foule/ Sancho, lui-même s'efface.
Peu de mots ont suffi pour me désespérer.

DULCINÉE
au chevalier, simplement, avec son coeur
Oui, je souffre votre tristesse…
Oui, je souffre votre tristesse…
Et j'ai vraiment chagrin à vous désemparer?
Mais je dois vous désabuser… je le dois… je le dois!
Et en n'acceptant pas ce que vous proposez,
Vrai… je vous prouve ainsi ma sincère tendresse.
Vous? ami? ami? ah! j'aurais de la peine? en vous trompant?

DON QUICHOTTE
très ému
Dulcinée! Dulcinée!

DULCINÉE
émue, tristement souriante
Car c'est ma destinée
De donner de l'amour? à ceux dont le désir
Est d'avoir ou mon âme ou ma bouche à saisir.
Ah!
avec un tendre élan
Puisque vous souffrez et que je suis impure,
Indigne, lancez sur moi l'injure…
Vengez-vous!
Mais restez avec nous?
tendrement suppliante
Ah! restez avec nous!
Restez, restez! ah! restez!

DON QUICHOTTE
avec une infinie bonté
O toi dont les bras nus sont plus frais que la mousse,
Laisse-moi te parler
De ma voix la plus douce…
Avant de te quitter.
avec une gravité triste
Comme réponse à ma prière,
Pour m'avoir dit des vérités…
Femme, je te bénis:
Reste toujours sincère.
Tu m'as brisé le cour et je suis à tes pieds!
Tu m'as brisé le cour et je suis à tes pieds!
Femme, je te bénis!
C'est moi qui te bénis! c'est moi!

DULCINÉE
très tendrement expressif
Je t'ai livré mon coeur et te vois à mes pieds!
Je t'ai livré mon coeur et te vois à mes pieds!
Je t'ai livré mon coeur!
avec élan
Mon coeur!
Par toi je suis bénie par toi!

Dulcinée se penche vers le chevalier et l'embrasse au front avec ferveur. Dulcinée, au bruit de la foule qui revient, quitte le chevalier qui se relève soutenu par Sancho qui, le premier, est entré et s'est élancé vers son maître. Dulcinée rejoint ses amis. Le chevalier, à bout de forces, s'asseoit dans un coin; pendant ce qui suit, Sancho reste près de Don Quichotte et essaye de la consoler; le chevalier cherche à sourir à Sancho.

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos; Rodriguez et Juan avec les Ténors; bruyamment, à Dulcinée
Enfin, te revoilà!
Rends-nous ton clair sourire!

RODRIGUEZ
en montrant Don Quichotte
Non, ce n'est pas pour en médire…

JUAN
moqueur à Dulcinée
Mais tu prends trop souci de cette être falot.

DULCINÉE
rudement à Juan déconcerté
Si vous aviez son coeur, alors vous seriez beau!

JUAN
à des amis, en riant
Ah! ah! ah!
C'est un fou simplement qui pose à la victime.

DULCINÉE
interrompant Juan et très émue
Oui, peut-être est-il fou… mais… c'est un fou sublime!

Dulcinée s'éloigne doucement en envoyant un grand baiser au pauvre chevalier.

LA FOULE
Pedro et Garcias avec les Sopranos; Rodriguez et Juan avec les Ténors; après le départ de Dulcinée. Tous, entre eux, éclatant de rire.
Quelle histoire! Quelle histoire
Tout ça pour ce vieux déplumé!
Pour ce corps de héron!
Pour ce masque plissé!
Sancho frémissant sous les insultes a cherché à empêcher son maître d'entendre; mais le coup est trop rude; Don Quichotte est prêt à fondre en larmes.
Tout ça pour ce débris vermoulu du passé!
Quelle histoire!
Quelle histoire! pour ça! quelle histoire!

SANCHO
d'un geste terrible et d'une voix tonnante, à la Foule qui reste interdite
Ça, vous commettez tous un acte épouvantable,
Belle dames, seigneurs, en outrageant ici
Le héros admirable
Et hardi que voici.
avec hauteur et mépris
Riez, allez, riez du pauvre idéologue
Qui passe dans son rêve et vous parle d'églogue,
tendrement ému
D'amour et de bonté comme autrefois Jésus!
violement
Moquez-vous sans pitié de ses bas décousus,
De son pourpoint usé, de ses chausses boueuses,
flétrissant la foule qui recule devant lui
Vous… bas fripons, courtisans, gueuses,
qui devriez tomber aux pieds
De l'être saint dont vous riez?
à Don Quichotte, avec enthousiasme
Viens, mon grand!
Recommençons les belles chevauchées!
Viens, mon grand, viens!
Fonçons sur toute lâcheté…
Et donnons au malheur le pain de la bonté!
Viens, mon grand!
Viens! Viens!

Il embrasse son vieil ami qui lui tend les bras.
Rideau.

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