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ACTE CINQUIÈME

PREMIER TABLEAU

Le bord de la mer couvert de tentes troyennes. On voit les vaisseaux troyens dans le port. Il fait nuit. Un jeune matelot phrygien chante en se balançant au haut du mât d’un navire. Deux sentinelles montent la garde devant les tentes au fond de la scène.


N° 38 – Chanson d’Hylas

HYLAS
Vallon sonore,
Où dès l’aurore
Je m’en allais chantant, hélas!
Sous tes grands bois chantera-t-il encore,
Le pauvre Hylas?...
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l’enfant de Dindyme!
Fraîche ramée,
Retraite aimée
Contre les feux du jour, hélas!
Quand rendras-tu ton ombre parfumée
Au pauvre Hylas?...
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l’enfant de Dindyme!
Humble chaumière
Où de ma mère
Je reçus les adieux,

PREMIÈRE SENTINELLE
Il rêve à son pays...

DEUXIÈME SENTINELLE
Qu’il ne reverra pas.

HYLAS
Hélas!
Reverra-t-il ton heureuse misère,
Le pauvre Hylas?...
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l’enfant...

Il s’endort.


N° 39 – Récitatif et chœur

Entrent Panthée et les chefs troyens.

PANTHÉE
Préparez tout, il faut partir enfin.
Énée en vain
Voit avec désespoir l’angoisse de la reine,
La gloire et le devoir sauront briser sa chaîne
Et son cœur sera fort au moment des adieux.

PANTHÉE, LES CHEFS
Chaque jour voit grandir la colère des dieux.
Des signes effrayants déjà nous avertissent;
La mer, les monts, les bois profonds gémissent;
Sous d’invisibles coups nos armes retentissent;
Comme dans Troie en la fatale nuit,
Hector, dont l’œil courroucé luit,
En armes apparaît; un chœur d’ombres le suit;
Et ces morts irrités
La nuit dernière encore ont crié trois fois...

LES OMBRES
Italie! Italie! Italie!

PANTHÉE, LES CHEFS
Dieux vengeurs! c’est leur voix!...
Nous avons trop longtemps bravé l’ordre céleste;
Quittons sans plus tarder ce rivage funeste!
A demain! à demain!
Préparons tout, il faut partir enfin.

Ils entrent dans les tentes.


N° 40 – Duo

Les deux soldats en sentinelle marchent, l’un de droite à gauche, l’autre de gauche à droite. Ils s’arrêtent de temps en temps l’un près de l’autre vers le milieu du théâtre.

PREMIÈRE SENTINELLE
Par Bacchus! ils sont fous avec leur Italie!...
Je n’ai rien entendu.

DEUXIÈME SENTINELLE
Ni moi.

PREMIÈRE SENTINELLE
La belle vie,
Pourtant, qu’on mène ici!

DEUXIÈME SENTINELLE
Dans plus d’une maison
Nous trouvons et bon vin et grasse venaison.

PREMIÈRE SENTINELLE
A ma belle Carthaginoise,
Je puis déjà parler phénicien.

DEUXIÈME SENTINELLE
La mienne comprend le Troyen,
M’obéit sans me chercher noise.

PREMIÈRE SENTINELLE
La tienne comprend le Troyen?

DEUXIÈME SENTINELLE
M’obéit sans me chercher noise.
La femme n’est point rude ici pour l’étranger.

ENSEMBLE
Non, la femme n’est point rude ici pour l’étranger.

PREMIÈRE SENTINELLE
Et l’on nous veut faire changer
Ces douceurs contre un long voyage!

DEUXIÈME SENTINELLE
Les caresses de l’orage!

PREMIÈRE SENTINELLE
La faim.

DEUXIÈME SENTINELLE
La soif.

PREMIÈRE SENTINELLE
Vingt maux d’enfer!

DEUXIÈME SENTINELLE
Et tous les ennuis de la mer!

PREMIÈRE SENTINELLE
Maudite folie!

DEUXIÈME SENTINELLE
Pour cette Italie...

PREMIÈRE SENTINELLE
Où nous devons jouir du fruit de nos travaux...

ENSEMBLE
En nous faisant rompre les os!

DEUXIÈME SENTINELLE
Encor pâtir!

PREMIÈRE SENTINELLE
Encor pâtir!
Notre lot est l’obéissance.

DEUXIÈME SENTINELLE
Silence!
Je vois Énée à grands pas accourir.

Les deux sentinelles s’éloignent et disparaissent.


N° 41 – Récitatif mesuré et air

ÉNÉE
s’avançant dans une grande agitation
Inutiles regrets!... je dois quitter Carthage!
Didon le sait... son effroi, sa stupeur,
En l’apprenant, ont brisé mon courage...
Mais je le dois... il le faut!
Non, je ne puis oublier la pâleur
Frappant de mort son beau visage,
Son silence obstiné, ses yeux
Fixes et pleins d’un feu sombre...
En vain ai-je parlé des prodiges sans nombre
Me rappelant l’ordre des dieux,
Invoqué la grandeur de ma sainte entreprise,
L’avenir de mon fils et le sort des Troyens,
La triomphale mort par les destins promise,
Pour couronner ma gloire aux champs ausoniens;
Rien n’a pu la toucher; sans vaincre son silence
J’ai fui de son regard la terrible éloquence.

Ah! quand viendra l’instant des suprêmes adieux,
Heure d’angoisse et de larmes baignée,
Comment subir l’aspect affreux
De cette douleur indignée?...
Lutter contre moi-même et contre toi, Didon!
En déchirant ton cœur implorer mon pardon!
En serai-je capable?... En un dernier naufrage,
Ah! puissé-je périr, si je quittais Carthage
Sans te revoir pourtant!...
Sans la voir? lâcheté!
Mépris des droits sacrés de l’hospitalité!
Non, non reine adorée,
Âme sublime et par moi déchirée,
Bienfaitrice des miens! Non, je veux te revoir,
Une dernière fois presser tes mains tremblantes,
Arroser tes genoux de mes larmes brûlantes,
Dussé-je être brisé par un tel désespoir.


N° 42 – Scène

CHŒUR D’OMBRES
Énée!...

ÉNÉE
Encor ces voix!

Les quatre spectres voilés paraissent successivement, l’un à l’entrée des coulisses à gauche du spectateur, l’autre à l’entrée des coulisses à droite, les deux autres au fond du théâtre. Au-dessus de la tête de chacun d’eux brille une couronne de petites flammes pâles.

ÉNÉE
De la sombre demeure,
Messager menaçant, qui donc t’a fait sortir?...

LE SPECTRE DE PRIAM
visible
Ta faiblesse et ta gloire...

ÉNÉE
Ah! je voudrais mourir!

LE SPECTRE DE PRIAM
Plus de retards!

LE SPECTRE DE CHORÈBE
invisible
Pas un jour!

LES SPECTRES D’HECTOR ET DE CASSANDRE
invisibles
Pas une heure!

LE SPECTRE DE PRIAM
levant son voile devant les yeux d’Énée
Je suis Priam!... il faut vivre et partir!

Sa couronne s’éteint, il disparaît. Énée, s’élançant éperdu vers le côté droit de la scène, y rencontre le spectre de Chorèbe.

LE SPECTRE DE CHORÈBE
levant son voile
Je suis Chorèbe!
Il faut partir et vaincre!

Sa couronne s’éteint, il disparaît. Énée, reculant vers le fond du théâtre, y rencontre les deux autres spectres. Cassandre a le bras gauche appuyé sur l’épaule d’Hector. Hector est armé de pied en cap.

ÉNÉE
les reconnaissant au moment où ils se dévoilent
Hector! dieux de l’Érèbe!...
Cassandre!...

LES SPECTRES DE CASSANDRE et D’HECTOR
Il faut vaincre et fonder!...

Leurs couronnes s’éteignent, ils disparaissen.

ÉNÉE
Je dois céder
A vos ordres impitoyables!
J’obéis, j’obéis, spectres inexorables!
Je suis barbare, ingrat; vous l’ordonnez, grands dieux!
Et j’immole Didon, en détournant les yeux!


N° 43 – Scène et chœur

ÉNÉE
passant devant les tentes
Debout, Troyens, éveillez-vous, alerte!
Le vent est bon, la mer nous est ouverte!
Éveillez-vous!
Il faut partir avant le lever du soleil!

LES TROYENS
dans les tentes
Alerte!... entendez-vous, amis, la voix d’Énée?...
Ils sortent des tentes
Donnez partout le signal du réveil...

ÉNÉE
à un chef
Va, cours, porte cet ordre à l’oreille étonnée
D’Ascagne: Qu’il se lève et qu’il se rende à bord!
Avant le jour il faut quitter le port.
Ma tâche, jusqu’au bout, grands dieux, sera remplie,
Alerte, amis! profitons des instants!
Coupez les câbles, il est temps!
En mer! en mer! Italie! Italie!

CHŒUR
Voici le jour, profitons des instants!
Coupons les câbles, il est temps!
En mer! en mer! Italie! Italie!

ÉNÉE
se tournant du côté du palais de Didon
A toi mon âme! Adieu! digne de ton pardon,
Je pars, noble Didon!
L’impatient destin m’appelle;
Pour la mort des héros, je te suis infidèle.

Tous se précipitent hors de la scène dans diverses directions, comme pour faire des préparatifs de départ. On voit les vaisseaux commencer à se mettre en mouvement. Éclairs et tonnerre lointain.


N° 44 – Duo et chœur

DIDON
Errante sur tes pas,
Sous la foudre qui gronde,
J’ai voulu voir, je vois et ne crois pas...
Tu prépares ta fuite?

ÉNÉE
En ma douleur profonde,
Chère Didon, épargnez-moi!

DIDON
Tu pars? tu pars?
Sans remords! Quoi!
Dédaigneux du sceptre de Libye,
En m’arrachant le cœur tu cours en Italie!

ÉNÉE
J’ai trop tardé... des dieux les ordres souverains...

DIDON
Il part!... il suit la voix d’implacables destins,
Sans écouter la mienne! à ses lâches dédains
Il me voit exposer ma douleur surhumaine,
Elle voit un groupe de Troyens sourire en la regardant.
Et ma beauté de reine
Aux rires insolents de ces ingrats Troyens!...

ÉNÉE
Didon!

DIDON
Sans qu’à l’aspect d’une telle misère
La pitié d’une larme humecte sa paupière!
Tu pars? Non ! ce n’est pas Vénus qui t’enfanta,
Quelque louve hideuse aux forêts t’allaita!

ÉNÉE
Ô reine, quand à vous se dévoua mon âme,
Elle subit la loi d’un immortel amour,
Et jusqu’au dernier jour
Mon cœur vivra de cette flamme...

DIDON
Tais-toi! rien ne t’arrête;
La mort qui plane sur ma tête,
Ma honte, mon amour, notre hymen commencé,
Mon nom du livre d’or dès ce jour effacé!
Encor, si de ta foi, j’avais un tendre gage,
Oui, si d’un fils d’Énée
Le fier et doux visage
Me rappelant tes traits, souriait sur mon sein,
Je serais moins abandonnée...

ÉNÉE
Je vous aime, Didon : grâce! l’ordre divin
Pouvait seul emporter la cruelle victoire.

On entend la fanfare de la marche troyenne.

DIDON
A ce chant de triomphe où rayonne ta gloire,
Je te vois tressaillir!
Tu pars?

ÉNÉE
Je dois partir...

DIDON
Tu pars?

ÉNÉE
Mais pour mourir,
Obéissant aux dieux,
Je pars et je vous aime!

DIDON
Ne sois plus longtemps par mes cris arrêté,
Monstre de piété!
Va donc, va! je maudis et tes dieux et toi-même!

Elle sort. Des groupes de soldats troyens occupés des préparatifs du départ passent et se dirigent vers les vaisseaux.

ÉNÉE, LES TROYENS
Italie!

Ascagne arrive conduit par un chef troyen. Énée monte sur un vaisseau.


DEUXIÈME TABLEAU

Un appartement de Didon. Le jour se lève.

N° 45 – Scène

DIDON
Va, ma sœur, l’implorer
De mon âme abattue
L’orgueil a fui. Va! ce départ me tue
Et je le vois se préparer.

ANNA
Hélas! moi seule fus coupable,
En vous encourageant à former d’autres nœuds.
Peut-on lutter contre les dieux?...
Son départ est inévitable,
Et pourtant il vous aime.

DIDON
Il m’aime! non! non! son cœur est glacé!
Ah! je connais l’amour, et si Jupiter même
M’eût défendu d’aimer, mon amour insensé
De Jupiter braverait l’anathème.
Mais va, ma sœur, allez, Narbal, le supplier
Pour qu’il m’accorde encore
Quelques jours seulement. Humblement je l’implore:
Ce que j’ai fait pour lui, pourra-t-il l’oublier,
Et repoussera-t-il cette instance suprême
De vous, sage Narbal, de toi, ma sœur, qu’il aime?...


N° 46 – Scène

CHŒUR
au loin derrière la scène
En mer, voyez! six vaisseaux! sept! neuf! dix!

IOPAS
entrant
Les Troyens sont partis!

DIDON
Qu’entends-je?

IOPAS
Avant l’aurore
Leur flotte était en mer, on l’aperçoit encore!

DIDON
Dieux immortels! il part! Armez-vous, Tyriens!
Carthaginois, courez, poursuivez les Troyens!
Courbez-vous sur les rames,
Volez sur les eaux,
Lancez des flammes,
Brûlez leurs vaisseaux!
Que la ville entière...
Que dis-je?... impuissante fureur!
Subis ton sort et désespère,
Dévore ta douleur,
Ô malheureuse!
Et voilà donc la foi de cette âme pieuse!
J’offrais un trône!... Ah! je devais alors
Exterminer la race vagabonde
De ces maudits, et disperser sur l’onde
Les débris de leurs corps!
C’est alors qu’il fallait prévoir leur perfidie,
Livrer leur flotte à l’incendie,
Et me venger d’Énée et lui servir enfin
Les membres de son fils en un hideux festin!
A moi, dieux des enfers! l’Olympe est inflexible!...
Aidez-moi! que par vous mon cœur soit enflammé
D’une haine terrible
Pour ce fugitif que j’aimai!
Du prêtre de Pluton, qu’on réclame l’office!
Pour apaiser mes douloureux transports,
A l’instant même offrons un sacrifice
Aux sombres déités de l’empire des morts!
Qu’on élève un bûcher!
Que les dons du perfide
Et ceux que je lui fis,
Dans la flamme livide,
Souvenirs détestés, disparaissent!... Sortez!

NARBAL
à Anna
Son regard m’épouvante, ô princesse, restez!

DIDON
Anna, suivez Narbal.

ANNA
Que ma sœur me pardonne!

DIDON
Je suis reine et j’ordonne;
Laissez-moi seule, Anna.

Anna, Narbal et Iopas sortent.
ACTE CINQUIÈME

PREMIER TABLEAU

Le bord de la mer couvert de tentes troyennes. On voit les vaisseaux troyens dans le port. Il fait nuit. Un jeune matelot phrygien chante en se balançant au haut du mât d’un navire. Deux sentinelles montent la garde devant les tentes au fond de la scène.


N° 38 – Chanson d’Hylas

HYLAS
Vallon sonore,
Où dès l’aurore
Je m’en allais chantant, hélas!
Sous tes grands bois chantera-t-il encore,
Le pauvre Hylas?...
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l’enfant de Dindyme!
Fraîche ramée,
Retraite aimée
Contre les feux du jour, hélas!
Quand rendras-tu ton ombre parfumée
Au pauvre Hylas?...
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l’enfant de Dindyme!
Humble chaumière
Où de ma mère
Je reçus les adieux,

PREMIÈRE SENTINELLE
Il rêve à son pays...

DEUXIÈME SENTINELLE
Qu’il ne reverra pas.

HYLAS
Hélas!
Reverra-t-il ton heureuse misère,
Le pauvre Hylas?...
Berce mollement sur ton sein sublime,
Ô puissante mer, l’enfant...

Il s’endort.


N° 39 – Récitatif et chœur

Entrent Panthée et les chefs troyens.

PANTHÉE
Préparez tout, il faut partir enfin.
Énée en vain
Voit avec désespoir l’angoisse de la reine,
La gloire et le devoir sauront briser sa chaîne
Et son cœur sera fort au moment des adieux.

PANTHÉE, LES CHEFS
Chaque jour voit grandir la colère des dieux.
Des signes effrayants déjà nous avertissent;
La mer, les monts, les bois profonds gémissent;
Sous d’invisibles coups nos armes retentissent;
Comme dans Troie en la fatale nuit,
Hector, dont l’œil courroucé luit,
En armes apparaît; un chœur d’ombres le suit;
Et ces morts irrités
La nuit dernière encore ont crié trois fois...

LES OMBRES
Italie! Italie! Italie!

PANTHÉE, LES CHEFS
Dieux vengeurs! c’est leur voix!...
Nous avons trop longtemps bravé l’ordre céleste;
Quittons sans plus tarder ce rivage funeste!
A demain! à demain!
Préparons tout, il faut partir enfin.

Ils entrent dans les tentes.


N° 40 – Duo

Les deux soldats en sentinelle marchent, l’un de droite à gauche, l’autre de gauche à droite. Ils s’arrêtent de temps en temps l’un près de l’autre vers le milieu du théâtre.

PREMIÈRE SENTINELLE
Par Bacchus! ils sont fous avec leur Italie!...
Je n’ai rien entendu.

DEUXIÈME SENTINELLE
Ni moi.

PREMIÈRE SENTINELLE
La belle vie,
Pourtant, qu’on mène ici!

DEUXIÈME SENTINELLE
Dans plus d’une maison
Nous trouvons et bon vin et grasse venaison.

PREMIÈRE SENTINELLE
A ma belle Carthaginoise,
Je puis déjà parler phénicien.

DEUXIÈME SENTINELLE
La mienne comprend le Troyen,
M’obéit sans me chercher noise.

PREMIÈRE SENTINELLE
La tienne comprend le Troyen?

DEUXIÈME SENTINELLE
M’obéit sans me chercher noise.
La femme n’est point rude ici pour l’étranger.

ENSEMBLE
Non, la femme n’est point rude ici pour l’étranger.

PREMIÈRE SENTINELLE
Et l’on nous veut faire changer
Ces douceurs contre un long voyage!

DEUXIÈME SENTINELLE
Les caresses de l’orage!

PREMIÈRE SENTINELLE
La faim.

DEUXIÈME SENTINELLE
La soif.

PREMIÈRE SENTINELLE
Vingt maux d’enfer!

DEUXIÈME SENTINELLE
Et tous les ennuis de la mer!

PREMIÈRE SENTINELLE
Maudite folie!

DEUXIÈME SENTINELLE
Pour cette Italie...

PREMIÈRE SENTINELLE
Où nous devons jouir du fruit de nos travaux...

ENSEMBLE
En nous faisant rompre les os!

DEUXIÈME SENTINELLE
Encor pâtir!

PREMIÈRE SENTINELLE
Encor pâtir!
Notre lot est l’obéissance.

DEUXIÈME SENTINELLE
Silence!
Je vois Énée à grands pas accourir.

Les deux sentinelles s’éloignent et disparaissent.


N° 41 – Récitatif mesuré et air

ÉNÉE
s’avançant dans une grande agitation
Inutiles regrets!... je dois quitter Carthage!
Didon le sait... son effroi, sa stupeur,
En l’apprenant, ont brisé mon courage...
Mais je le dois... il le faut!
Non, je ne puis oublier la pâleur
Frappant de mort son beau visage,
Son silence obstiné, ses yeux
Fixes et pleins d’un feu sombre...
En vain ai-je parlé des prodiges sans nombre
Me rappelant l’ordre des dieux,
Invoqué la grandeur de ma sainte entreprise,
L’avenir de mon fils et le sort des Troyens,
La triomphale mort par les destins promise,
Pour couronner ma gloire aux champs ausoniens;
Rien n’a pu la toucher; sans vaincre son silence
J’ai fui de son regard la terrible éloquence.

Ah! quand viendra l’instant des suprêmes adieux,
Heure d’angoisse et de larmes baignée,
Comment subir l’aspect affreux
De cette douleur indignée?...
Lutter contre moi-même et contre toi, Didon!
En déchirant ton cœur implorer mon pardon!
En serai-je capable?... En un dernier naufrage,
Ah! puissé-je périr, si je quittais Carthage
Sans te revoir pourtant!...
Sans la voir? lâcheté!
Mépris des droits sacrés de l’hospitalité!
Non, non reine adorée,
Âme sublime et par moi déchirée,
Bienfaitrice des miens! Non, je veux te revoir,
Une dernière fois presser tes mains tremblantes,
Arroser tes genoux de mes larmes brûlantes,
Dussé-je être brisé par un tel désespoir.


N° 42 – Scène

CHŒUR D’OMBRES
Énée!...

ÉNÉE
Encor ces voix!

Les quatre spectres voilés paraissent successivement, l’un à l’entrée des coulisses à gauche du spectateur, l’autre à l’entrée des coulisses à droite, les deux autres au fond du théâtre. Au-dessus de la tête de chacun d’eux brille une couronne de petites flammes pâles.

ÉNÉE
De la sombre demeure,
Messager menaçant, qui donc t’a fait sortir?...

LE SPECTRE DE PRIAM
visible
Ta faiblesse et ta gloire...

ÉNÉE
Ah! je voudrais mourir!

LE SPECTRE DE PRIAM
Plus de retards!

LE SPECTRE DE CHORÈBE
invisible
Pas un jour!

LES SPECTRES D’HECTOR ET DE CASSANDRE
invisibles
Pas une heure!

LE SPECTRE DE PRIAM
levant son voile devant les yeux d’Énée
Je suis Priam!... il faut vivre et partir!

Sa couronne s’éteint, il disparaît. Énée, s’élançant éperdu vers le côté droit de la scène, y rencontre le spectre de Chorèbe.

LE SPECTRE DE CHORÈBE
levant son voile
Je suis Chorèbe!
Il faut partir et vaincre!

Sa couronne s’éteint, il disparaît. Énée, reculant vers le fond du théâtre, y rencontre les deux autres spectres. Cassandre a le bras gauche appuyé sur l’épaule d’Hector. Hector est armé de pied en cap.

ÉNÉE
les reconnaissant au moment où ils se dévoilent
Hector! dieux de l’Érèbe!...
Cassandre!...

LES SPECTRES DE CASSANDRE et D’HECTOR
Il faut vaincre et fonder!...

Leurs couronnes s’éteignent, ils disparaissen.

ÉNÉE
Je dois céder
A vos ordres impitoyables!
J’obéis, j’obéis, spectres inexorables!
Je suis barbare, ingrat; vous l’ordonnez, grands dieux!
Et j’immole Didon, en détournant les yeux!


N° 43 – Scène et chœur

ÉNÉE
passant devant les tentes
Debout, Troyens, éveillez-vous, alerte!
Le vent est bon, la mer nous est ouverte!
Éveillez-vous!
Il faut partir avant le lever du soleil!

LES TROYENS
dans les tentes
Alerte!... entendez-vous, amis, la voix d’Énée?...
Ils sortent des tentes
Donnez partout le signal du réveil...

ÉNÉE
à un chef
Va, cours, porte cet ordre à l’oreille étonnée
D’Ascagne: Qu’il se lève et qu’il se rende à bord!
Avant le jour il faut quitter le port.
Ma tâche, jusqu’au bout, grands dieux, sera remplie,
Alerte, amis! profitons des instants!
Coupez les câbles, il est temps!
En mer! en mer! Italie! Italie!

CHŒUR
Voici le jour, profitons des instants!
Coupons les câbles, il est temps!
En mer! en mer! Italie! Italie!

ÉNÉE
se tournant du côté du palais de Didon
A toi mon âme! Adieu! digne de ton pardon,
Je pars, noble Didon!
L’impatient destin m’appelle;
Pour la mort des héros, je te suis infidèle.

Tous se précipitent hors de la scène dans diverses directions, comme pour faire des préparatifs de départ. On voit les vaisseaux commencer à se mettre en mouvement. Éclairs et tonnerre lointain.


N° 44 – Duo et chœur

DIDON
Errante sur tes pas,
Sous la foudre qui gronde,
J’ai voulu voir, je vois et ne crois pas...
Tu prépares ta fuite?

ÉNÉE
En ma douleur profonde,
Chère Didon, épargnez-moi!

DIDON
Tu pars? tu pars?
Sans remords! Quoi!
Dédaigneux du sceptre de Libye,
En m’arrachant le cœur tu cours en Italie!

ÉNÉE
J’ai trop tardé... des dieux les ordres souverains...

DIDON
Il part!... il suit la voix d’implacables destins,
Sans écouter la mienne! à ses lâches dédains
Il me voit exposer ma douleur surhumaine,
Elle voit un groupe de Troyens sourire en la regardant.
Et ma beauté de reine
Aux rires insolents de ces ingrats Troyens!...

ÉNÉE
Didon!

DIDON
Sans qu’à l’aspect d’une telle misère
La pitié d’une larme humecte sa paupière!
Tu pars? Non ! ce n’est pas Vénus qui t’enfanta,
Quelque louve hideuse aux forêts t’allaita!

ÉNÉE
Ô reine, quand à vous se dévoua mon âme,
Elle subit la loi d’un immortel amour,
Et jusqu’au dernier jour
Mon cœur vivra de cette flamme...

DIDON
Tais-toi! rien ne t’arrête;
La mort qui plane sur ma tête,
Ma honte, mon amour, notre hymen commencé,
Mon nom du livre d’or dès ce jour effacé!
Encor, si de ta foi, j’avais un tendre gage,
Oui, si d’un fils d’Énée
Le fier et doux visage
Me rappelant tes traits, souriait sur mon sein,
Je serais moins abandonnée...

ÉNÉE
Je vous aime, Didon : grâce! l’ordre divin
Pouvait seul emporter la cruelle victoire.

On entend la fanfare de la marche troyenne.

DIDON
A ce chant de triomphe où rayonne ta gloire,
Je te vois tressaillir!
Tu pars?

ÉNÉE
Je dois partir...

DIDON
Tu pars?

ÉNÉE
Mais pour mourir,
Obéissant aux dieux,
Je pars et je vous aime!

DIDON
Ne sois plus longtemps par mes cris arrêté,
Monstre de piété!
Va donc, va! je maudis et tes dieux et toi-même!

Elle sort. Des groupes de soldats troyens occupés des préparatifs du départ passent et se dirigent vers les vaisseaux.

ÉNÉE, LES TROYENS
Italie!

Ascagne arrive conduit par un chef troyen. Énée monte sur un vaisseau.


DEUXIÈME TABLEAU

Un appartement de Didon. Le jour se lève.

N° 45 – Scène

DIDON
Va, ma sœur, l’implorer
De mon âme abattue
L’orgueil a fui. Va! ce départ me tue
Et je le vois se préparer.

ANNA
Hélas! moi seule fus coupable,
En vous encourageant à former d’autres nœuds.
Peut-on lutter contre les dieux?...
Son départ est inévitable,
Et pourtant il vous aime.

DIDON
Il m’aime! non! non! son cœur est glacé!
Ah! je connais l’amour, et si Jupiter même
M’eût défendu d’aimer, mon amour insensé
De Jupiter braverait l’anathème.
Mais va, ma sœur, allez, Narbal, le supplier
Pour qu’il m’accorde encore
Quelques jours seulement. Humblement je l’implore:
Ce que j’ai fait pour lui, pourra-t-il l’oublier,
Et repoussera-t-il cette instance suprême
De vous, sage Narbal, de toi, ma sœur, qu’il aime?...


N° 46 – Scène

CHŒUR
au loin derrière la scène
En mer, voyez! six vaisseaux! sept! neuf! dix!

IOPAS
entrant
Les Troyens sont partis!

DIDON
Qu’entends-je?

IOPAS
Avant l’aurore
Leur flotte était en mer, on l’aperçoit encore!

DIDON
Dieux immortels! il part! Armez-vous, Tyriens!
Carthaginois, courez, poursuivez les Troyens!
Courbez-vous sur les rames,
Volez sur les eaux,
Lancez des flammes,
Brûlez leurs vaisseaux!
Que la ville entière...
Que dis-je?... impuissante fureur!
Subis ton sort et désespère,
Dévore ta douleur,
Ô malheureuse!
Et voilà donc la foi de cette âme pieuse!
J’offrais un trône!... Ah! je devais alors
Exterminer la race vagabonde
De ces maudits, et disperser sur l’onde
Les débris de leurs corps!
C’est alors qu’il fallait prévoir leur perfidie,
Livrer leur flotte à l’incendie,
Et me venger d’Énée et lui servir enfin
Les membres de son fils en un hideux festin!
A moi, dieux des enfers! l’Olympe est inflexible!...
Aidez-moi! que par vous mon cœur soit enflammé
D’une haine terrible
Pour ce fugitif que j’aimai!
Du prêtre de Pluton, qu’on réclame l’office!
Pour apaiser mes douloureux transports,
A l’instant même offrons un sacrifice
Aux sombres déités de l’empire des morts!
Qu’on élève un bûcher!
Que les dons du perfide
Et ceux que je lui fis,
Dans la flamme livide,
Souvenirs détestés, disparaissent!... Sortez!

NARBAL
à Anna
Son regard m’épouvante, ô princesse, restez!

DIDON
Anna, suivez Narbal.

ANNA
Que ma sœur me pardonne!

DIDON
Je suis reine et j’ordonne;
Laissez-moi seule, Anna.

Anna, Narbal et Iopas sortent.



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